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LES ARTS N° 110 Février 1911 LE STUDIO DE FRANÇOIS 1er DE MÉDICIS Vue d'ensemble (Pala75o Vecchio. — Florence)
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LES ARTS N° 110 Février 1911 LE STUDIO DE FRANÇOIS 1er DE MÉDICIS Vue d'ensemble (Pala75o Vecchio. — Florence)
Photo Alimari. BRONZINO. — PORTRAIT D'ÉLÉONORE DE TOLEDE, FEMME DE COSME DE MÉDICIS LE STUDIO DE FRANÇOIS Ier DE MÉDICIS au Palazzo Vecchio Photo Alimari. GIOVANNI STRADANO. — L’ALCHIMISTE L’ITALIE nous réserve encore et toujours de belles surprises. Au cœur même de ses centres artistiques les plus célèbres et les plus connus, dont le terrain a été battu et fouillé depuis des années et des années, l’on fait de temps à autre des découvertes surprenantes. Qui aurait jamais imaginé qu’à Florence, dans le fameux Palazzo Vecchio, on aurait pu faire une trouvaille extraordinaire, on aurait pu découvrir toute une salle historique et la restituer à l’admiration de tous les amateurs avec son ancienne décoration de peinture et de sculpture, telle absolument qu’elle a été lors de sa courte existence si vite oubliée? Une telle surprise est vraiment peu commune et peu banale, et il faut se féliciter et se réjouir du hasard qui l’a permise. D’autant plus que cette découverte ne nous a pas seulement rendu plusieurs œuvres d’art du plus haut intérêt et de la plus grande beauté, mais elle nous a aussi révélé un de ces lieux suggestifs et magiques où l’on éprouve ces rares et délicieuses sensations de l’histoire, ce frisson du passé toujours si émouvant. Car il ne s’agit pas ici de la mise en lumière d’une ou de quelques œuvres d’art, mais de la révélation de toute une salle, une petite salle, à vrai dire, un studio secret, entièrement décoré avec une richesse incomparable et qui nous ouvre une des pages les plus intéressantes de l’histoire de Florence et des Médicis, vers la fin de ce seizième siècle si fécond et si complexe tant au point de vue artistique qu’au point de vue politique.
LE STUDIO DE FRANÇOIS Ier DE MÉDICIS Ce studio avait été construit par Vasari, entre 1570 et 1573, pour François de Médicis, qui s'y retirait, loin de Bianca Cappello et des soins du gouvernement, pour se consacrer tout entier à ses études et à ses expériences d'alchimie. La petite salle fut décorée avec une magnificence et un GIROLAMO MACCHIELLI. — LES THERMES DE POUZZOLES
LES ARTS BRONZINO. — PORTRAIT DE COSME DE MÉDICIS goût extraordinaires sous la direction de Vasari, par une foule d'artistes, peintres et sculpteurs, tels que Giambologne, Ammannati, Elia Candido, Giovanni dall’Opere, Vincenzo de Rossi, le Stradano, le Poppi, Santi di Tito, Alessandro Allori, Mirabello Cavalori, Tommaso di San Frediano et d'autres parmi les meilleurs élèves de Vasari. Le thème, le sujet de cette décoration avait été suggéré par don Vincenzo Borghini, à qui l'on doit ces Invenzioni per stanze di Palazzo qui sont encore la meilleure description des œuvres d'art du Palazzo Vecchio. Connaissant le caractère et les goûts du prince, Borghini proposa que fussent figurés à la voûte du studio, la Nature avec Prométhée et les quatre Éléments; Poppi fut chargé de cette décoration. Sur la paroi au-dessous de l'allégorie de l'Eau, les élèves de Vasari ont représenté la Pêche des perles, celle de la Baleine, l'origine ALESSANDRO FEL. — L'ORFÈVRE du Corail et de l'Ambre, le Passage de la mer Rouge, la Fabrication de la laine; au-dessous de la représentation du Feu, l'Invention de la poudre, une Fonderie de canons, une Verrerie, les Laboratoires d'un alchimiste et d'un orfèvre et les Thermes de Pouzzoles; au-dessous des allégories de la Terre et de l'Air, sur la surface le long des deux parois plus étroites, une Mine d'or et une Mine de diamants. Enfin, dans huit petites niches furent placées les statues de Plutus, d'Ops, d'Amphitrite, de Vénus, de Junon, de Zéphyr, d'Apollon et de Vulcain. Plus bas, comme panneaux d'armoires, l'on peignit encore d'autres représentations ayant trait aux divinités figurées dans la partie supérieure: Alexandre et la famille de Darius, le Festin de Cléopâtre, Médée, Ulysse et Circé, les Rêves, etc., et en haut, dans deux tondi, les portraits des parents de François, Cosme et Éléonore.
LE STUDIO DE FRANÇOIS F. DE MEDICIS MIRABELLO CAVALORI. — LA LAINERIE
LES ARTS Toute cette splendeur fut bientôt détruite ou dispersée. Les transformations subies par le beau palais firent perdre jusqu'au souvenir de cette salle dont parvint seulement jusqu'à nous la description des anciens auteurs, Baldinucci, Pelli, Lanzi et Borghini. Les œuvres d'art furent enlevées et transportées ailleurs où l'on oublia vite leur provenance. Seules les fresques du plafond furent respectées et restèrent à leur place avec les deux beaux portraits de Cosme et d'Éléonore, attendant dans une salle obscure la découverte et la restauration actuelles. Il y a deux ans, lorsque l'Administration communale de Florence remania l'installation des bureaux municipaux et dégagea la salle dite des Éléments au second étage du palais, l'on découvrit en même temps au premier étage, à côté du salon des Cinquecento, une petite salle dont les murs étaient entièrement nus, mais dont la voûte était décorée de plusieurs fresques et dont les deux lunettes latérales étaient ornées de deux admirables portraits du Bronzino. Cette salle fut ouverte pour donner accès au Tesoretto de Cosme, et on lui donna le nom d'antichambre du Tesoretto. L'obscurité de la salle qui n'a pas de fenêtre, le luxe de la décoration de la voûte, la présence des deux portraits convenaient mal à une antichambre. C'est ainsi qu'à la suite de recherches actives, le directeur du musée du Bargello, M. Poggi, membre de la commission qui organise au Palazzo Vecchio, dans les salles de Cosme, une exposition de portraits, put identifier cette petite salle avec le studio secret de François Ier. Les anciennes descriptions lui vinrent en aide; les tableaux et les sculptures qui la décoraienf furent retrouvés au cénacle de San Salvi, au Photo Almari. MIRABELLO CAVALORI. — LAVINIE A L'AUTEL musée du Bargello et en d'autres salles du palais. Enfin, sous une légère couche d'enduit, l'on retrouva les cadres originaux des peintures et des sculptures. La direction des Beaux-Arts consentit volontiers à la restitution des œuvres d'art enlevées, et en peu de jours la salle se trouva reconstituée telle qu'elle a été imaginée par Vasari, telle qu'elle a servi de lieu de méditation et d'étude à François Ier. Cette reconstitution parfaite nous transporte d'un coup à cette époque lointaine. On pourrait croire que François Ier y vient encore poursuivre, à l'abri des soucis du pouvoir, ses recherches et ses travaux. On s'attend à le voir paraître, tel qu'on peut se l'imager d'après son portrait par Rubens au Louvre. Par cette petite porte il passe dans la chambre à coucher, aujourd'hui malheureusement détruite, où l'attendait Bianca Cappello. Cette évocation d'un temps lointain est aussi complète et aussi suggestive qu'elle pouvait l'être, grâce à la présence et à l'état de conservation parfaite de toute une série d'œuvres d'art exécutées par des artistes pour lesquels on n'ajamaise jusqu'à ce jour grande considération. L'école de Vasari y resplendit d'une lumière de gloire tout à fait nouvelle. Ces artistes, presque inconnus et dont les œuvres ont été longtemps dédaignées et souvent confondues avec celles d'autres artistes par suite d'attributions trop hâtives, y apparaissent animés d'un ardent esprit de jeunesse, exaltés et ennoblis par un sentiment de la beauté qui nous surprend et par son originalité et par sa modernité. Ce n'est pas le moindre mérite de cette reconstitution du studio de François Ier d'avoir mis en lumière tant d'artistes inconnus et méconnus. ART. IAHN RUSCONI.
LE STUDIO DE FRANÇOIS I° DE MÉDICIS GIAMBOLOGNA. — JUNON ELIA CANDIDO. — ÉOLE (LE STUDIO DE FRANÇOIS I° DE MÉDICIS)
E. MEISSONIER, — 1814. — CAMPAGNE DE FRANCE LA COLLECTION CHAUCHARD au Musée du Louvre L est des manifestations dont il ne faut pas trop parler par avance, si l'on désire que, venu le moment opportun, l'attention demeure. Or, on a beaucoup écrit, discuté sur la collection Chauchard. De longues années, elle auréola son propriétaire d'un nimbe de gloire. Lui disparu, la presse détailla avec complaisance les merveilles qui devaient entrer au Louvre. Elles y sont maintenant. Cependant, la foule, parmi laquelle se glissent nombre d'artistes et de connaisseurs, ne discontinue pas de parcourir les deux galeries où les cent soixante-dix numéros de la collection viennent d'être exposés. C'est qu'il n'y a pas eu de déception. Avec l'argent qu'il dépensa, M. Chauchard, plus averti, eût certes réuni bien d'autres morceaux de mérite ; mais s'il acquit très cher les perles de sa collection, la beauté du choix justifie les sommes déboursées. Le fait brutal, essentiel, est celui-ci : de par ce legs, le Louvre s'enrichit d'une vingtaine de tableaux de tout premier ordre, de tableaux qui auront toujours une place d'honneur dans n'importe quel Louvre de l'avenir, si sélectionné soit-il. Autour de ce noyau exceptionnel, se groupent d'autres œuvres excellentes qui sont pour les peintres, un enseignement et pour les amateurs, une joie. Qu'en ce magnifique bouquet se soient glissées quelques productions discutables, c'est possible. Mais, bien exceptionnelles sont les collections, même formées par des hommes de grand goût, exemptes de telles erreurs. Or, M. Chauchard n'avait qu'un critérium, et très discutable : le prix; c'est merveille qu'avec un tel facteur il s'en soit tiré à aussi bon compte, c'est-à-dire avec autant de fortes œuvres. Et puis, s'il n'avait pas le goût affiné, il avait au moins des préférences. Il alla aux maîtres de l'Ecole de 1830, parce qu'ils étaient les plus haut cotés. Mais, parmi eux, il a choisi les paysagistes, un peu, est-il permis de supposer, parce que la bouffée d'air frais qui s'épandait de leurs œuvres, les belles pages de nature qu'ils évoquaient, répondaient à des souvenirs lointains d'homme de la campagne parvenu, mais non acclimaté à la Ville; donc à des sentiments intimes, inconscients, mais d'autant plus forts. Je n'en veux pour preuve que son lot de Diaz. Il aurait pu se
LA COLLECTION CHAUCHARD AU MUSÉE DU LOUVRE contenter de quelques nymphes; or, il a été à Diaz paysagiste. Il eut mille fois raison, car il conquit ainsi des choses non pas aimables, fortes. Mais, par-dessus tout, devons-nous lui savoir gré d'avoir réuni autant de toiles de Corot et de Millet, et d'avoir conservé à la France quelques compositions de Rousseau. N'en rencontre pas qui veut. Voilà belles années que ses œuvres se sont raréfiées. L'Amérique n'a pas toujours été le pays des enfants gâtés collectionnant à coups de dollars. Elle a possédé naguère des amateurs très conscients, aimant par eux-mêmes la nature et l'art. Exempts des préjugés qui empêchaient tant de prétendus connaisseurs de l'ancien continent de rendre hommage aux beautés que révélaient les Rousseau, les Millet, les Dupré, ils compérèrent parmi les premiers acquéreurs de ces maîtres. Mais des trois, c'est Rousseau, le poète des grands arbres, des forêts touffues, si parentes de leur propre nature, qui les impressionna le plus. Voilà pourquoi tant de belles pages du maître sont définitivement fixées en Amérique. Honneur donc à la collection Chauchard, puisque par elle le Louvre s'enrichit d'une pièce aussi capitale que le Chemin de la forêt de l'Isle-Adam et de toiles de la qualité de la Route dans la forêt de Fontainebleau et de la Mare près de la route. — Le Chemin de la forêt de l'Isle-Adam est une des œuvres où Rousseau mit le plus de lui-même. Il l'exécuta au printemps de 1846, durant un séjour à l'Isle-Adam, en compagnie de Jules Dupré. Il allait travailler chaque soir, au soleil couchant. Le site, hélas! n'existe plus. La spéculation est passée par là, sciant les grands arbres et arrachant jusqu'aux touffes de gazon. Mais la vision de Rousseau nous reste, impressionnante comme un beau poème. Soixante années ont passé sur cette œuvre, et cependant elle conserve intact l'enivrement d'une chaude journée, les vibrations de lumière qui enchantèrent l'artiste, le rayon de soleil qu'il voulut retenir. La sève court encore sous l'écorce dure des arbres; l'herbe a toute sa senteur. Et comme le bon peintre s'est bien débrouillé au milieu de ce vert masquant l'architecture des futaies! Ses «grands yeux fixes et voraces, qui n'en ont jamais assez et qui s'ouvrent comme des arcs de triomphe (1)», ont tout vu, tout retenu: le cadre des hautes frondaisons, le tapis épais des mousses et des gazons, le petit chemin discret que révèlent des herbes foulées,—et surtout la belle et chaude lumière qui dramatise le ciel, baigne la clairière et blondit les verts. Dans un tel cadre, les quelques vaches dont la silhouette claire égayé la composition, la tache modeste de leur gardienne, semblent peu de chose. Ainsi le voulut (1) Th. Thoré.
LES ARTS. Rousseau, qui ne voyait là qu'une aumône jetée à ceux que ne contentait point la vraie, la grandiose et solitaire nature. Ce gourmand d'effets rares, ce nomade qui passa ses années de jeunesse à courir par monts et par vaux, plantant son chevalet en Auvergne, en Franche-Comté, par les Landes, dans une Sologne sauvage, ou simplement dans les Gorges d'Apremont, lorsque l'escarcelle peu remplie interdisait les lointains voyages, avait un tempérament d'homme des villes. Sensitif et nerveux, il était maladivement impressionné par les cataclysmes de la nature. Un orage l'attirait et cependant le troublait. Mais le désir de tout voir, de tout rendre, était le plus fort. Oh! traduire l'effet contradictoire offert par un ciel de plomb troué par une percée de lumière qui va éclairer intensivement une ligne de verdure dans la plaine ou en un coin de forêt! Supplice de Tantale que ces harmonies difficiles, supplice qui tenaillait Rousseau et l'abandonnait exténué. Mais quand l'effet était bien rendu, quel soulagement, quel réconfort ! C'est ce qui arriva lorsqu'il peignit la Route dans la forêt de Fontainebleau. L'orage menace. Le ciel lourd surplombe un vaste espace dégarni, coupé par un rideau d'arbres expressifs et divers, dont le feuillage DIAZ. — LE BRACONNIER brûlé par endroits témoigne des derniers spasmes d'un été trop chaud. Mais l'effet cherché se trouve plus loin; grandiose et rare, il est dans l'arrière-plan, éclairé par un soleil que contrarie l'interposition de nuages renvoyant des rayons prismatiques qui surchauffent les verts, roussissent les herbes, bouleversent, en les magnifiant, les tons locaux. C'est superbe. Ah! les arbres, les libres arbres qui poussent robustes dans la forêt ou par la lande, comme Rousseau les aime! Avec quelle science il indique leur structure en apparence capricieuse, à la vérité si équilibrée. Voyez plutôt cette Mare au chêne, dont les frondaisons vigoureuses se découpent sur un couchant qui se mue en or. Nulle part Th. Rousseau n'avait trouvé de plus belles ramures qu'en Berry. D'antiques chênaies et de grands ormes y abondaient alors. Car « le terrain, doucement imprégné d'eau, entretient une sève qui ne donne même pas à l'hiver le temps de calmer ses énergies ». La Mare auprès d'un coteau, ordonnée comme un Georges Michel, et la Mare près de la route sont d'éloquents échos de ses visions de Sologne et de Berry. Tous les « Rousseau » de la collection Chauchard ne
LA COLLECTION CHAUCHARD AU MUSÉE DU LOUVRE DAUBIGNY. — SOLEIL COUCHANT SUR L'OISE TH. ROUSSEAU. — LA PASSERELLE Photos Brown & Cie.

Cet article décrit la redécouverte et la restauration du studio secret de François Ier de Médicis au Palazzo Vecchio de Florence. La salle, construite par Vasari entre 1570 et 1573, était richement décorée de peintures et sculptures par des artistes de l'école de Vasari, reflétant les intérêts du prince pour l'alchimie et les études. L'article détaille également la collection Chauchard récemment acquise par le Louvre, mettant en avant la qualité des œuvres et les préférences de collectionneur de M. Chauchard, ainsi qu'une section sur l'œuvre de l'artiste Louis Legrand.