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N° 105 LES ARTS Septembre 1910 ARMURE DE GUERRE. — Allemagne. — 1er quart du xvie siècle GALERIE DE LA CHEVAUCHÉE, MILIEU Le Musée Stibbert. — Florence
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N° 105 LES ARTS Septembre 1910 ARMURE DE GUERRE. — Allemagne. — 1er quart du xvie siècle GALERIE DE LA CHEVAUCHÉE, MILIEU Le Musée Stibbert. — Florence
Photo Almari. DEMI-ARMURES FRANÇAISES, 2e moitié du XVIe siècle. — ÉPÉES À COQUILLE, XVIIe et XVIIIe siècles UN COIN DE LA GALERIE DE LA CHEVAUGHÉE LE MUSÉE STIBBERT A FLORENCE ILORENCE, cette patrie classique des Arts, a l'heureux privilège d'attirer les collections les moins destinées en apparence à se fixer sur les rives de l'Arno. Après celles de Carrand et de Ressman qui, formées surtout en France, ne semblaient pas appelées à franchir les Alpes, voilà le Musée Stibbert, qu'on croyait promis à l'Angleterre, installé à jamais dans la cité du Giglio. Les curieux qui avaient obtenu la faveur de visiter les Galeries du chevalier Frédéric Stibbert, comme on l'appelait à Florence, avaient tous gardé de la princière villa de la via di Montughi un souvenir inoubliable. Ceux qui, après une première visite, lui écrivaient pour parler de quelques pièces les ayant particulièrement intéressés, recevaient de lui des réponses d'un caractère très personnel; sa grosse écriture irrégulière, au milieu d'une page et souvent d'une phrase, passait sans transition du français à l'anglais, parfois même à l'italien, et vice versa; malgré ce mélange bizarre, ses lettres révélaient un érudit à côté du collectionneur. De tous les amateurs d'armes, le Musée Stibbert était connu comme une des plus belles Armeries privées du monde. Aussi lorsque, le 10 avril 1906, on apprit le décès de Stibbert, après le tribut de regrets payé à sa mémoire, tous se demandèrent quel allait être le sort de sa magnifique collection, fruit de cinquante années de recherches. La curiosité des amateurs fut vite satisfaite: la villa de la via di Montughi, avec toutes ses dépendances et toutes les collections d'objets anciens et modernes qu'elle renfermait, était léguée au gouvernement anglais. Un legs de 800,000 francs accompagnait ce don princier, pour assurer l'entretien du Musée. Au cas de non acceptation, la ville de Florence était substituée, dans toutes ces dispositions, au gouvernement anglais. Ce dernier accepta tout d'abord. Mais, lorsqu'il eut pris
LE MUSÉE STIBBERT A FLORENCE ARMURES ITALIENNES ET ALLEMANDES XVIe SIÈCLE SALLE D'ENTRÉE Photo Almari.
LES ARTS plus ample connaissance du testament, où il était stipulé que les collections devaient rester dans leur état actuel et n'être jamais déplacées, il comprit que le Musée Stibbert ne pouvait profiter qu'à l'Italie. Revenant alors sur ses premières dispositions, il notifia, le 16 août 1906, sa renonciation au legs du chevalier Stibbert, et ce legs passa à la ville de Florence. Celle-ci, on le comprend, n'avait garde de refuser. L'ancien fonds du Bargello, augmenté des collections Carrand et Ressman, constituait déjà un musée d'armes des plus intéressants; l'adjonction de la collection Stibbert, bien que celle-ci ne dût pas se fonder avec les précédentes, allait donner à la capitale de la Toscane un ensemble à même de rivaliser avec les grandes Armerie. Un décret du 18 avril 1908 régla de façon définitive la situation du musée. Conformément aux dispositions testamentaires de Stibbert, le Conseil d'administration comprend le Syndic de Florence, le Directeur des Galeries, le Directeur des Beaux-Arts, le Consul général d'Angleterre et le neveu du donateur, le comte Robert Pandolfini, dans la famille duquel le titre d'administrateur sera héréditaire. Luxueusement installé dans la villa même qu'habitait Stibbert, le Musée qui fut la préoccupation constante de sa vie est resté, suivant sa volonté, dans le cadre préparé par lui. Il est depuis quelque temps livré au public, avec le système mixte des entrées, payantes le mardi, le jeudi et le samedi, gratuites le dimanche, et rien n'a été épargné pour lui donner en tout les dispositions les plus séduisantes. LA SALLE D'ENTRÉE Dans la première salle, tendue d'anciennes tapisseries qui atteignent le haut plafond à caissons armoriés, des hommes d'armes semblent veiller. Assis sur une banquette richement sculptée, l'un d'eux tient un espadon à deux mains de dimensions exceptionnelles; un estoq se fût mieux accordé peut-être avec son harnois. L'épée à deux mains ne pouvait être manœuvrée que par un homme de pied, et tout, dans l'armure du porteur, indique le cavalier; l'arrêt de la cuirasse, notamment, ne peut laisser aucun doute. Deux autres, debout de chaque côté de la porte, s'appuient sur le tronçon d'une lance rompue, dans la pose du Saint Georges de Mantegna, à l'Académie des Beaux-Arts de Venise. Ces restes de lance font voir quelle arme ce devait être encore lorsque, la lance une fois brisée, on se servait du tronçon comme d'une massue. L'usage du tronçon de lance était réglementé dans certains tournois suivant des lois aussi minutieuses que celles qui réglaient l'emploi des autres armes; nous nous proposons de publier quelque jour les documents concernant cet ancien usage, assez fréquent, bien qu'il n'ait jamais été signalé, à ce que nous croyons du moins. LA GALERIE DE LA CHEVAUCHÉE La porte ainsi gardée donne accès dans la salle des armures équestres. Dès l'entrée, on est saisi par l'aspect imposant d'un escadron de gens d'armes qui occupe tout le milieu de cette immense galerie. Les armures de pied, disposées le long des murs, paraissent vraiment s'être rangées pour laisser défiler cette armée bardée de fer. Cette mise en scène un peu théâtrale ne peut viser évidemment qu'à des reconstitutions isolées, l'ensemble comprenant des armures d'époques diverses et qui n'ont pas été de mode en même temps. L'effet néanmoins est grandiose, et la salle mérite vraiment son nom de Galerie de la Chevauchée (Salone della Cavalcata). Un lansquenet ouvre la marche. Son magnifique plastron, couvert d'un velours brodé qui s'engage sous la pièce de renfort Photo Almari. ARMURE DE GUERRE France (?). — Milieu du xvie siècle
LE MUSÉE STIBBERT A FLORENCE ARMURE MAXIMILIENNE ARMURE À BOSSE DE POLICHINELLE GALERIE DE LA CHEVAUCHÉE
LES ARTS de la pansière, est bien riche pour appartenir à un homme de pied. Il tient une guisarme de la forme la plus rare, et semble vouloir faire faire place à l'escadron qui le suit. Derrière lui, à gauche, un cavalier ren- gaine son épée, avec le beau geste que Maro- chetti a donné au duc Emmanuel-Philibert de la place Saint-Charles, à Turin, son chef- d'œuvre; et certes, le metteur en scène de cette chevauchée ne pouvait s'inspirer d'un meilleur modèle. Son armure à bandes richement gra- vées, de la forme dite à cosse de pois ou à bosse de polichinelle, est du dernier quart du xvi° siècle; elle est moins ancienne que la barde et la selle de son cheval, travaillées au re- poussé dans le style des maîtres milanais de 1550. Son voisin porte une armure maximilienne du commencement du xvi° siècle, de fabrication sans doute allemande, et le chanfrein de son cheval appartient bien à la même armure. Mais ce chanfrein, coupé de sa partie inférieure, dont on voit les trous des rivets, a été complété par une muserole. A leur suite, deux harnois de la seconde moitié du xvi° siècle, provenant des familles italiennes Borromeo et Guadagni. L'équipe- ment des chevaux, armés de chanfreins et capara- çonnés de housses bro- dées aux armes et à la devise de leurs maîtres, est plus riche encore que l'adoubement de ces derniers. Chacun des cavaliers tient une masse d'armes, dont l'usage touchait, à ce moment, à ses derniers jours. Plus loin, un gen- darme allemand du commencement du xvi° siècle, coiffé d'une bourguignote et armé aussi d'une masse d'armes. La housse de son cheval ne le cède en rien à celle des précé- dents. Il nous est impos- sible, on le comprend, de passer en revue tous les personnages de ce splendide cortège. Cha- cun mériterait une men- tion pour son armure et le complément de son costume, souvent en étoffes d'une richesse inouïe; mais le cadre restreint qui nous est tracé ne comporte pas un catalogue, et nous devons nous borner à attirer l'attention sur les pièces que la beauté du travail ou leur extrême rareté rendent particu- lièrement remarquables. Vers l'une des extré- mités de la salle, contre le mur, un cavalier en armure complète de la deuxième moitié du xv° siècle, monté sur un cheval pareillement armé de toutes pièces, semble être le condot- tiere de cette armée qui défie. Ses gantelets à ner- vures, dont le droit est incomplet des doigts, ne doivent pas être ceux de l'armure et paraissent même avoir deux pro- venances différentes; leur date est d'ailleurs celle du reste de l'ar- mure. Ils sont munis de ces terribles picots ou gadelinges qui transfor- maient, à l'occasion, cette défense en arme offensive redoutable, et auxquels Thomas de La Marche dut la victoire dans son duel judiciaire avec Jean Visconti. Malgré la diversité de provenance de quel- ques-unes de ses pièces, ce harnois est des plus intéressants; il est rare de rencontrer des ar- mures aussi anciennes absolument complètes. Celle-ci a toutes les ca- ractéristiques des ar- Photo Alinari.
ARMURES DES FAMILLES BORROMEO ET GUADAGNI SALLE DE LA CHEVAUGHÉE Photo: Alimart.
LES ARTS mures italiennes de cette époque, entre autres la frange de mailles au-dessous du genou, dont nous parlerons plus loin, au sujet d'un autre exemplaire de cette disposition. Le cheval, bardé de fer et de mailles, a l'allure que Misson regardait comme si surprenante dans le portrait équestre de Giovanni Acuto (John Hawkwood). Décrivant la fresque du Dôme de Florence, où Paolo Uccello a peint le fameux condottiere, ce voyageur signale comme une « faute considérable » le cheval qui marche l'amble. Misson, qui a su voir tant de choses dans son Voyage d'Italie, n'a pas fait preuve ici de son habituel esprit d'observation; plus attentif, il aurait remarqué que ce qui lui paraissait anormal au xvie siècle avait été la règle au xve, et que l'allure du cheval d'Hawkwood, loin d'être une exception, était celle de presque tous les portraits équestres de cette époque. Cet amble qui le choquait si fort, il l'aurait retrouvé, sans sortir du Dôme de Florence, dans une fresque d'Andrea del Castagno, portrait de Marrucci da Tolentino, qui fait pendant au portrait d'Acuto; il l'aurait constaté encore à Vérone, dans le monument de Sarego, à l'église Sainte-Anastasie; à Padoue, dans la statue de Gattamelata, chef-d'œuvre de Donatello; à Venise enfin, dans la célèbre statue équestre de Bartolomeo Colleoni. Le Jean-François-Gonzague de Sperandio, au musée du Louvre, confirme, lui aussi, la généralité de cette allure au xve siècle. Qu'on veuille bien l'observer cependant, elle convenait au palefroi, cheval de route et de parade, mais non point au destrier, cheval de bataille, qui seul était armé. Uccello, qui donnait l'amble au cheval d'un portrait équestre, s'est bien gardé de peindre avec la même allure les chevaux de ses batailles que conservent le Louvre, la National Gallery et le Musée des Offices. Si donc l'amble du cheval de la collection Stibbert est bien observé, l'armure dont ce cheval est revêtu est inopportune; aucun des chevaux des fresques et statues que nous venons de citer n'est armé. Peut-être eût-il mieux valu réserver cette barde, dont les nervures ne cadrent pas d'ailleurs avec le harnois uni du cavalier, pour un autre des chevaux du Musée. Et qu'il nous soit permis, à ce propos, de témoigner un regret: on ne tient pas assez compte aujourd'hui, dans la peinture et dans la sculpture historiques, de l'universalité de cette allure des palefrois aux xive et xve siècles. Ce détail a cependant son importance, et, s'il a été rarement observé chez nous, malgré la passion avec laquelle on recherche l'exactitude la plus minutieuse, c'est peut-être faute d'exemples. En Italie, où, comme on vient de le voir, ces exemples abondent au contraire, on y a pris garde; déjà, en 1833, Marochetti a cru devoir mettre à l'amble le cheval de la statue d'Emmanuel-Philibert, bien que cette coutume des siècles précédents ne fût plus aussi constante au xvie. Même dans les musées d'armes italiens, quelques tentatives ont été faites dans ce sens, et la restitution du Musée Stibbert n'est pas unique. A l'Armeria de Turin, l'allure du cheval qui porte l'armure du duc Emmanuel a été copiée sur celle de sa statue; on en a fait autant à l'Arsenal de ARMURE MAXIMILIENNE Allemagne. — Commencement du xvi° siècle Photo Almori. ARMURE DE GUERRE Italie (?). — Milieu du xvi° siècle
LE MUSÉE STIBBERT A FLORENCE ARMURE DE GUERRE Italie. — 2e moitié du xve siècle
LES ARTS Venise pour le cheval qui porte l'armure attribuée à Gattamelata, probablement aussi d'après la statue de cet homme de guerre. La chose était d'ailleurs, cette fois, bien inutile, cette armure étant postérieure de près de cent ans à la mort de Gattamelata. LA SALLE DE LA COUPOLE Dans le magnifique hall qui porte le nom de Salle de la Coupole, avec d'autres tableaux, ceux-là de maîtres anciens, dont quelques-uns sont dignes des grands musées, le portrait de Stibbert, dû au pinceau de Gelli, fait revivre le célèbre amateur au milieu des merveilles par lui accumulées. Les œuvres d'art de toute nature se disputent ici la place; mais nous n'avons à parler aujourd'hui que des armes. Devant Stibbert, une vitrine laisse voir des arquebuses allemandes aux fûts richement incrustés d'ivoire et de nacre; sur une autre, pleine de pièces d'armures, des casques divers de types et d'époques montrent leurs visières fermées ou leurs faces béantes. Dans les coins de la salle, des mannequins armés, réunis par petits groupes, sont comme les habitants de ce palais de l'armement ancien. Le groupe de droite appartient au xvi^e siècle; seule, la
LE MUSEE STIBBERT A FLORENCE ANIME. — TRAVAIL DE MANTOUE UN GROUPE DE LA SALLE DE LA COUPOLE Italie. — XVIIe SIECLE

Cet article présente le Musée Stibbert à Florence, une collection d'armes et d'objets anciens léguée à la ville. Il décrit en détail plusieurs salles du musée, notamment la Galerie de la Chevauchée, mettant en lumière des armures équestres, des épées et d'autres armes historiques. L'auteur discute des caractéristiques d'époque et de nationalité des pièces, tout en soulignant l'importance de l'authenticité et de la précision dans la présentation des collections muséales.