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LES ARTS N° 65 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mai 1907 Photo Mereau & Co. ROLL. — CARESSE DE SOLEIL
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LES ARTS N° 65 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mai 1907 Photo Mereau & Co. ROLL. — CARESSE DE SOLEIL
W.-G. DE GLEHN. — LA CHEMISE (panneau décoratif) LES SALONS DE 1907 Société nationale des Beaux-Arts ORSQU’ON parcourt, dans les grands musées, les salles réservées à la peinture du commencement du xixe siècle, il arrive que l’esprit, frappé par la répétition de certains caractères dans les productions d’une même époque, cherche à reconstituer, à l’aide des éléments présents, la physionomie des Salons d’autrefois. Il imagine les expositions au temps de David : des files de Romains rompues seulement par des paysages conventionnels placés entre deux portraits de généraux; parfois aussi, quelque peinture mignarde due à certains vieillards qui avaient donné leur fleur au temps de Louis XV. David meurt, et c’est la lutte entre les élèves d’Ingres et les disciples de Delacroix. L’attention, sollicitée par les scènes religieuses et les tableaux d’histoire des uns, les truculences romantiques des autres, s’attarde avec délices devant les paysages empreints d’une senteur de nature vraie que signent Huet, Corot et Rousseau. Que la note soit donnée par David, Ingres ou Delacroix, les œuvres, très étudiées et travaillées, témoignent d’un savoir certain et d’un identique désir de perfection. Les catalogues mentionnent seulement quelques centaines de numéros; aussi, les amateurs, complaisamment, avancent, reculent, discutent : les artistes ont mis des mois à exécuter leur « Salon », et le visiteur consacre plusieurs journées à l’examen de l’effort accompli. Les envois se comptent maintenant par milliers; chacun d’eux s’efforce d’être dissemblable du voisin, afin d’attirer l’attention du visiteur pressé, qui ne connaît plus la douceur
LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS des découvertes, conséquence des flâneries prolongées. Il semble qu'il y ait surabondance de personnalités. Au raisonnement, on s'aperçoit que c'est là simple éparpillement d'efforts mal soutenus par des volontés variables. Il faut reconnaître aussi que les conditions de production sont autres. Naguère, l'artiste voyageait peu; il ne lisait pas énormément. Il connaissait un petit nombre de faits relatés dans les histoires romaines ou les mythologies; il voyait, dans les palais et dans les églises, des peintures célèbres, ternies par le temps ou mal éclairées. Une certaine paresse d'esprit l'empêchait de restituer à ces œuvres leur splendeur primitive. En fait, il n'ambitionnait le plus souvent que d'égaliser son maître. L'artiste moderne voit trop et n'a pas le temps de réfléchir. Tour à tour, il rêve de fanfares éclatantes et de douces symphonies, de mouvement et de sérénité. Et puis, il est pressé de réaliser son désir. A-t-il conscience de sa faiblesse, il compte sur l'entraînement, la bataille pour se fortifier. Conséquence: les productions s'accumulent, envahissent hall et galeries, rendent insuffisant le colossal Palais des Beaux-Arts de l'avenue Nicolas II. LA PEINTURE À LA SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS Pourtant, il est encore, parmi nos artistes, de grands noms, des tempéraments merveilleusement doués, des praticiens rompus à toutes les difficultés du métier. Malgré les années, la main reste souple et l'œil conserve sa sensibilité. Et je songe aux verveux portraits de la Comtesse V..., de Mademoiselle G.D..., par Carolus-Duran; au délicieux nu, blond et lumineux, que M. Roll intitule Petit Plein-Air, et à cet autre nu, de touche plus robuste, titré: Caresse de soleil. L'esprit d'observation persiste dans le Montmartre peint par M. Béraud, et le sens d'une certaine mondanité, dans le Cercle de Puteaux, de M. Gervex. Ce sont là, avec M. Guillaume Dubufe, avec M. Dagnan-Bouveret, avec le génial Carrière et le puissant Albert Besnard, les fondateurs du présent Salon. Ce sont ces peintres qui, parrainés par Puvis de Cha- Photo Moreau & Co. CAROLUS-DURAN. — PORTRAIT DE Mlle G. F...
LES ARTS vannes, ont assuré sa prospérité, naguère; c'est eux qui répondant plus exactement aux préoccupations de notre ont groupé les jeunes talents dont l'art plus moderne, temps, assure la perpétuité du succès à la Société nationale des Beaux-Arts. Ce Salon peut aussi s'enorgueillir de l'adhésion de Bracquemond, à la fois peintre, dessinateur, graveur, décorateur. Une salle lui est exclusivement réservée cette année; elle ne contient pas toutes ses œuvres, mais au moins la plus grande partie d'entre elles. Le Luxembourg a prêté l'Edmond de Goncourt; d'ailleurs sont venus Auguste Vacquerie et ces portraits dessinés si près d'Holbein: la Grand'mère, le Dr Montègre, l'Auteur par lui-même; voici les eaux-fortes originales, si puissantes d'effets, et les interprétations d'après Gustave Moreau, Delacroix, Corot, Turner, Henry Leys, qui témoignent de la compréhension de l'aquafortiste, de la sûreté de son métier si complexe sous l'aisance apparente. L'exposition Bracquemond est un plaisir pour l'élite. La foule, elle, se masse devant un portrait officiel, celui du roi Edouard VII, dû à M. Harold Speed. La valeur de cet artiste me semble mieux prouvée par le Châle mauve, peinture largement exécutée et d'un bel émail. M. Albert Besnard est représenté cette année par deux vastes compositions destinées aux voussures de la coupole du Petit Palais. En ce monument réservé à l'art, M. A. Besnard a entendu présenter la création esthétique sous ses deux formes essentielles: la Pensée et la Matière. Celle-ci, luxuriante de passion et de couleur; celle-là, sobre de ton et n'utilisant que des lignes reposantes. Mais ce n'est pas en ce Salon, où elles ne sont présentées ni dans leur jour, ni avec le recul nécessaire, que ces belles compositions peuvent être jugées complètement. Décorateur expérimenté, A. Besnard a gradué les tons, disposé les lumières en vue de l'éclairage que donnera la coupole du Petit Palais. La Forêt et la Mer, due à M. J.-Francis Auburtin, séduit par la clarté de l'ensemble, la douceur des tonalités, la jolie invention de ce faune caché parmi les rochers et occupé à tirer de sa flûte rustique les sons merveilleux qui triomphent de la résistance des Nymphes disséminées dans la splendeur du décor. On aimera, pour la sûreté du dessin et la solidité d'exécution, le panneau Archéologie-Histoire, que M. Victor Koos destine à l'une des salles du Collège de France. Rappellera-t-on que Victor Koos fut, avec Alexandre Séon, dont on voit ici de beaux dessins et une jolie composition, Rose mystique, l'un des collaborateurs les plus Panneau décoratif pour le salon ovate du Ministère de l'Agriculture
H. CARO-DELVAILLE. — LA BRUNE AU MIROIR Photo Mureau & Cie.
LES ARTS Photo Mereau & Cir. G. DUBUFE. — PRINTEMPS précieux de Puvis de Chavannes?—Marseille, colonie grecque est un nouveau témoignage de l’amour que M. F. Montenard porte à la Provence dont infatigablement il fixe l’éclat lumineux. Toutefois une antiquité autrement troublante et parée de beauté est évoquée par W.-G. de Glehn dans son Soir antique, ses Danaides, tandis que la délicatesse de sa palette se révèle entière dans une composition de belle tenue : la Chemise. M. Lucien Simon signe un chef-d’œuvre : la Grand’Messe. Nous sommes en Finistère, un jour de fête. Les hommes ont endossé la veste de velours noir qui s’arrange si bien de leur visage grave; les femmes ont mis leur plus belle robe, leur corsage aux riches broderies dont le dessin se répète sur la coiffe bigarrée qui leur enserre la tête. Celles qui ont un grade dans la piété dominent l’assemblée de leurs cornettes qui se déploient comme des ailes d’albatros. Et puis, ce sont des enfants émerveillés par le décor, la lumière des cierges, l’odeur de l’encens. Un rayon de soleil illumine la nef, caresse le groupe central, tandis que le reste des assistants demeure, recueilli, dans la demi-pénombre des bas-côtés. La composition, admirablement établie, est soutenue par un dessin précis, une couleur chaude, sans inutile complication de tonalités. La Grand’Messe admirée, on désire tout naturellement faire connaissance avec son auteur. La présentation va être faite par M. Ch. Cottet. Lucien Simon est en costume de ville. Sa tête fine, distinguée, terminée par une barbiche en pointe, est coiffée d’un chapeau haut de forme qui allonge encore, rend plus svelte sa haute stature. Mais, M. Charles Cottet est, cette année, en veine de présentation : voici, découpée sur un fond de rivière, une jeune femme d’une distinction rare; elle est vêtue de violet, un grand chapeau encadre sa physionomie blonde, un peu génée de l’insistance du regard. Autre chose, dans un intérieur artiste, une Jeune Fille au grand chapeau noir paraît. Ses lourds bandeaux noirs, son teint olivâtre encadré par la masse du chapeau à plume, son corsage aux reflets turquoise mourante, succédant à une jupe vert sombre eussent enchanté Baudelaire. On comptera aussi, parmi les plus excellentes toiles de ce Salon, les quatre envois de M. Jacques-E. Blanche. Qu’il s’agisse de l’étude préparatoire au portrait de Thomas Hardy, du portrait lui-même qui, avec de rares qualités de dessin et de couleur, résume puissamment l’esprit du modèle et les caractères de sa race; — ou de la troublante apparition de jeune fille, non plus enfant, mais pas encore tout à fait femme, que M. J.-E. Blanche a si pittoresquement titrée Shrimp-girl, — ou encore de l’admirable toile désignée
A. BESNARD. — LA MATIÈRE. — LA PENSÉE Pointure décorative destinée à la coupe du Petit Palais
LES ARTS par ce titre qui aurait plu à M. de Stendhal : le Verre de Venise. Le verre de Venise, placé là, sur la coiffeuse, n'est pourtant qu'accessoire. La véritable perle de Venise, c'est la délicieuse créature qui mire sa lourde chevelure, la matité de sa chair, le velours de son regard dans la psyché. Son corsage noir dessine le galbe de son torse qui s'échappe d'une jupe de lumière dont les reflets contrastent avec la demi-obscu-rité du boudoir. M. Aman-Jean est un des peintres élus des femmes, tou-jours tentées de considérer le talent de l'artiste comme un miroir merveilleux qui doit refléter seulement, de leur grâce, ce qu'elle a d'exceptionnel. Tel, le Portrait de Miss Ella C..., si digne de voisiner avec les Porteuses de Guirlandes, belle page décorative. Pour la rareté de la matière, la distinction des types, l'élégance des poses, bien peu égalent M. Lavery, représenté par le portrait de Lady Norah B..., vêtue de noir, grande plume blanche au chapeau, et par la délicieuse appa-rition de baigneuse, dont le fin visage est encadré dans le cercle doré d'une ombrelle japonaise : Miss Daisy M... Puisque nous en sommes sur le chapitre de la grâce et J.-FRANCIS AUBURTIN. — LA FORÊT ET LA MER de la distinction, il sied de mentionner ici la présence de Madame Gabriele d'Annunzio, qui a choisi comme peintre M. de la Gandara, de qui l'on voit aussi un autre portrait d'une belle tenue, celui du comte Anne-Jules de Noailles. M. Louis Picard empreint d'un charme poétique les por-trraits qu'il peint. J'aime aussi sa petite composition : Sur la terrasse, si finement nuancée. M. Raymond Woog a peint un très bon portrait de Pablo Casals et brossé d'enthousiasme une grande toile illuminée par la grâce subtile du modèle, Lady H... François Guiguet est un dessinateur né. Aucune parti-cularité du modèle qu'il ne puisse rendre, qu'il ne sache rendre, faire sentir dans un trait souple et aisé. Fils d'artisan, nul n'indique aussi bien que lui l'attitude du menuisier soigneux donnant un coup de scie net et franc ; artiste, surtout, et comme tel séduit par la grâce d'un sourire, le galbe d'un beau visage, il excelle dans le portrait, — le portrait expressif et ressemblant. On devine tels ceux qu'il a envoyés cette année. La probité de Mademoiselle L.-C. Breslau est prouvée
LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS LA GANDARA. — PORTRAIT DE Mme. GABRIELE D'ANNUNZIO Photo Moreau & Cie.
LES ARTS par le portrait de M. J.-E. N..., et surtout par l'expressive effigie de garçonnet saisi dans une pose élégamment naturelle. Mais l'art de cette belle artiste n'est-il pas toujours fait de fraîcheur et de jeunesse? Voyez plutôt les quatre panneaux de fleurs qui complètent son exposition. — La fleur a heureusement inspiré plus d'un peintre et l'on n'oublie pas, par exemple, les glycines si finement nuancées de M. H. Dumont, pas plus, au reste, que les chrysanthèmes F. MONTENARD. — MARSEILLE, COLONIE GRECQUE (Appartient à la Ville de Marseille) dont Madame Lisbeth Delvolvé-Carrière a paré deux des quatre panneaux destinés à la décoration de l'ermitage de Jean Dolent, à Belleville. Complaisons-nous un moment dans la compagnie des peintres qui apprécient la douceur du silence, expriment le charme des grands appartements où sommeille le passé. Voici Lobre, avec un prestigieux coin de cathédrale de Chartres; la pénombre des travées rend plus somptueux l'éclat des hautes verrières. Confions-nous encore à lui, suivons-le à Trianon, à travers les enfilades d'appartements du château de Versailles, reposons-nous dans la petite pièce où se trouvent les gentils portraits de Mademoiselle de
LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS Béthisy et de son frère, par Belle. Le charme des œuvres de M. Lobre ne peut s'analyser. On est pris, enveloppé, par cet art simple, naturel et puissamment évocateur pourtant. De même, M. Walter Gay a su pénétrer en maints intérieurs « qui se souviennent ». Un délicieux peintre d'intérieurs modernes, de scènes familiales, M. Morisset, fait cette année une inutile incursion dans le nu. M. Prinet présente gentiment une Femme en brun, dont la grâce sera tout à l'heure l'attrait de l'Intérieur de Salon qui voisine. M. Michel-Marius a séjourné au château de Bizy et il a rendu avec bonheur les architectures xvm siècle qui, fait rare, parent encore ses jardins. Car tout s'effrite, disparaît, est défiguré. Le gracieux hôtel construit par Madame du Barry, et dans lequel est installé le ministre de l'Agriculture, est, paraît-il, veuf de décorations. Pour rendre tout son charme au salon réservé aux réceptions de la femme du ministre, on a eu l'idée ne s'adresser à M. Gaston La Touche. Le choix ne pouvait être plus heureux. M. La Touche est, par excellence, peintre de fêtes galantes et il n'a eu garde de faillir à sa renommée dans les quatre spirituels panneaux qu'il a titrés : le Désir de plaire, la Bonté d'âme, la Tendresse du cœur, l'Amour maternel. Sortons, s'il vous plaît, du vieil hôtel. Si nous gagnons, à L. CHIALIVA. — TROUPEAU D'OIES, PRÈS VICHY travers les Champs-Élysées, la rive droite, nous aurons grande chance de rencontrer quelques-unes des gracieuses femmelettes dont M. Jeanniot révèle si bien la grâce : à la ville, sur la plage, en yacht. Venise est bellement glorifiée cette année par M. Le Sidaner qui évoque, en une toile magistrale, son canal en fête, illuminé par les mille lueurs des fanoux durant une nuit claire. Avec moins de poésie, mais des tonalités plus vibrantes, M. Abel Truchet a peint les mêmes spectacles, tandis que M. Guillaume-Roger présente une Venise d'hiver, poudrée de neige, au-dessus de laquelle courent des nuages rosis par les rayons d'un soleil pâle. M. Émile René-Menard pare de splendeur la nature. Il aime à rendre la poésie des grands espaces, à dominer les cimes moutonnantes des forêts mystérieuses, refuges des faunes, des nymphes et des pâtres. Parfois, sur un sommet, non loin du peintre dont la main travaille et l'esprit rêve, des ombres apparaissent, prennent forme. L'artiste, en elles, reconnaît quelque figure fabuleuse, chère à l'Hellade. C'est, par exemple, le Berger Paris admirant la créature nue qui dévoile sa beauté dans le mystère du couchant. Pourquoi faut-il que cette quiétude esthétique soit si avarement dispensée aux humains; pourquoi tant de spectacles douloureux distraient-ils des joies inspirées par la pure beauté? C'est que, hélas! la nature elle-même, si élément à certaines heures, est tributaire des forces aveugles. La forêt connaît la rafale qui déracine les chênes; les océans,

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente une revue des Salons de 1907, se concentrant sur la Société Nationale des Beaux-Arts. L'article discute des œuvres de divers artistes tels que Carolus-Duran, Roll, Béraud, Gervex, Carrière, Besnard, Auburtin, Koos, Montenard, de Glehn, Simon, Cottet, Blanche, Aman-Jean, Lavery, de la Gandara, Picard, Woog, Guiguet et Breslau. Il aborde également l'exposition de tissus et miniatures d'Orient et une chronique des ventes d'art à Paris, Londres et New York.