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LES ARTS N° 27 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mars 1904 J.-B. GREUZE. — LES DEUX AMIES Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre

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P. WOUWERMAN. — HAUTE DE CAVALIERS LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES Le Legs Arthur de Rothschild au Louvre M. le baron Arthur de Rothschild, s'inspirant du bel exemple de sa mère, a légué au Louvre quelques excellents tableaux flamands et hollandais et quatre peintures de Greuze très importantes. Non loin de la Laitière, si célèbre et si admirée dès le premier jour de son exposition publique, viendront bientôt prendre place d'autres toiles intitulées : l'Oiseau mort, l'Enfant à la Poupée, l'Effroi et les Deux Amies, dont le succès ne sera certainement pas moins grand. Le premier de ces tableaux doit être identifié avec celui qui figura au Salon de l'an VIII (n° 174), sous le titre : Un Enfant hésitant de toucher un Oiseau, dans la crainte qu'il ne soit mort. Ce titre, d'une précision méticuleuse habituelle à Greuze, nous permet de distinguer ce tableau de ceux des Salons de 1759 et de 1765, représentant, comme celui-ci, le chagrin d'une fillette à la mort de son oiseau. Toute l'habileté de ce peintre de l'enfance à rendre la grâce naïve, le charme ingénu, la beauté naissante de la jeune fille, se manifeste dans cette peinture d'une coloration claire et blonde, d'une exécution très souple et très enveloppée. L'Enfant à la Poupée et l'Effroi nous montrent deux fillettes en buste, d'une grâce enfantine et maniérée. Il faut admirer avec quel soin, quelle précaution même est peint, ou plutôt caressé par le pinceau, le modèle délicat de ces visages d'enfants dont les traits sont à peine formés encore, la souplesse de ces cheveux fins, abondants et ondulés, tandis que les vêtements, les accessoires sont exécutés plus vigoureusement. L'Effroi est une étude préparatoire pour le tableau, gravé par Jules Jacquemart, que possède le Metropolitan Museum de New-York. Le tableau des Deux Amies est une composition des plus agréables. Deux jeunes filles, jolies toutes deux, l'une blonde, l'autre brune, légèrement vêtues d'étoffes flottantes, la gorge et les bras nus, se promènent, enlacées, dans un paysage riant. Ce groupe charmant est une des plus gra-

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D. TÉNIERS — LE CABARET Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre

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LES ARTS J. RUYSDAEL. — LA ROUTE Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre cieuses inventions du vieux maître; car nous pensons que cette œuvre, restée inachevée, d'une exécution un peu alourdie, est une des dernières peintures de Greuze, peut-être même pourrait-on parfois y soupçonner la main d'un élève. L'aspect en est clair et gai, et l'on peut aisément prévoir la très grande célébrité de cette œuvre quand le public la connaîtra. Déjà, croyons-nous, des compositions analogues, conservées en Angle- terre, ont eu la plus grande influence sur le développement de la peinture dans ce pays, et ont établi la vogue toujours croissante des amateurs anglais pour les œuvres de Greuze. Ce maître qui figurait déjà au Louvre avec plus d'honneur qu'aucun autre peintre français, y pourra désormais être étudié sous les aspects les plus variés de son talent, par des œuvres capitales. Que ne peut-on en dire autant de tant d'artistes charmants du xviie siècle, des Fragonard, des Watteau, des Pater qui attendront probablement longtemps encore une fortune égale à celle de Greuze! Auprès de ces riantes images, les tableaux flamands et hollandais légués au Louvre par M. le baron Arthur de Rothschild paraîtront quelque BACKHUYSEN. — LA CÔTE DE SCHEVENINGUE Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre

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HOBBERMA. — FERME SOUS BOIS Legs Arthur de Rolschild au Musée du Louvre

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LES ARTS peu austères. Mais ils sont d'une exécution assez solide et assez forte pour n'avoir à redouter aucune comparaison. Deux peintures de Téniers sont d'une qualité exceptionnelle: l'une nous montre, devant une auberge rustique, une réunion de paysans, les uns attablés et buvant, d'autres très occupés à jouer aux boules, d'autres regardant en fumant; à droite, le paysage, mouvementé et boisé, s'étend au loin, sous un ciel gris très lumineux d'une exécution très souple et très large. Le second tableau nous fait pénétrer dans un de ces intérieurs rustiques, que le peintre fréquentait: une gravure de Lépicié nous donne le titre imprévu d'une scène analogue. C'était, parait-il, des réunions de francs-maçons flamands, plus occupés à boire, à jouer et fumer qu'à toute autre besogne. Était-ce donc là ce qui déplaisait tant à Louis XIV? — L'exécution de ce tableau est libre et puissante, elle égale celle des meilleures œuvres de ce maître que possède le Musée. Il est signé à gauche, ainsi que le précédent: D. Téniers f. Après le peintre des paysans, le peintre des chasseurs et des brigands, Ph.Wouwerman, qui est représenté ici par une œuvre importante, une Halte de Cavaliers, nous faisant assister à quelque scène de brigandage comme ce maître aimait à en peindre. C'est bien dans un repaire qu'il nous a conduits. Une sentinelle à cheval veille, à gauche, à la sécurité de tous. Les uns sont en selle, d'autres, descendus de cheval; l'un d'eux pousse devant lui un pauvre hère dont on espère D. TÉNIERS. — LES JOUEURS DE BOULES Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre à coup sur tirer quelques renseignements utiles sur les riches habitants ou voyageurs du pays. Sa mine misérable, son attitude pitieuse font contraste avec les riches costumes, chapeaux à plumes et larges bottes, avec la belle assurance des seigneurs brigands. Quelques compagnons, assis à terre, à droite, ennemis de l'oisiveté sans doute, sont fort occupés à jouer aux cartes. C'est encore l'idée de combat et de lutte que devrait évoquer une très belle marine de Backhuysen. Mais le ciel est si riant, si ensoleillé, la mer paraît si calme, une barque, montée par quelques pêcheurs au premier plan, navigue si paisiblement que nous ne pouvons nous résoudre à voir autre chose qu'une belle manœuvre dans l'évolution de ces hauts navires; les coups de canon qu'ils tirent ne semblent avoir causé aucun dommage dans leurs coques sculptées ni dans leurs majestueuses et fières voilures. C'est une évolution d'escadre en vue des côtes de Scheveningen, et je ne connais pas de tableau de ce maître dont la lumière soit aussi argentée et douce, l'exécution aussi solide que celle de ce tableau, qui égale les meilleures œuvres de W. Van de Velde ou de Van de Capelle. Deux paysages complètent cet ensemble remarquable, exécutés par les deux plus célèbres paysagistes hollandais: l'un est de Jacob Ruysdael et nous montre une route s'en-

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LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES. — LE LEGS ARTHUR DE ROTHSCHILD AU LOUVRE 7 J.-B. GREUZE. — L'EFFROI Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre J.-B. GREUZE. — L'ENFANT À LA POUPEE Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre fonçant dans une forêt sur la lisière de laquelle s’élèvent des arbres majestueux. Le regard peut errer à droite, à travers une plaine étendue couverte d’arbres et que des collines bordent à l’horizon : le ciel est chargé de gros nuages gris, très lumineux, de cette transparente limpidité qui était une des qualités précieuses du maître dont le tableau porte la signature à gauche : J. Ruysdael. L’autre paysage est signé de Hobbema, dont le Louvre ne possédait encore que deux œuvres. Celle-ci est de grande importance : elle nous montre cette pittoresque ferme de briques, ombragée de grands arbres, que le maître reproduisit si souvent, mais rarement, certes, avec autant de bonheur qu’ici. Ces masses profondes d’arbres dont l’automne commence à jaunir les feuilles, ce sol J.-B. GREUZE. — L'OISEAU MORT Legs Arthur de Rothschild au Musée du Louvre encombré de broussailles et d’herbes folles, sont peints avec une maitrise surprenante, dans une harmonie chaude, que complète le gris subtil des nuages, tamisant la lumière et la répandant partout. Cette œuvre très typique du maître est signée à gauche, sur un tronc d’arbre : M. Hobbema f. 1662. On peut juger, par les reproductions qui accompagnent ces lignes trop brèves, de quelle riche collection le Louvre s’est trouvé d’un seul coup augmenté. Qu’il nous soit permis de rendre hommage, en terminant, à la mémoire de M. le baron Arthur de Rothschild, qui voulut continuer les traditions généreuses de sa famille, dont le nom est écrit déjà plusieurs fois sur la liste des grands bienfaiteurs du Louvre. JEAN GUIFFREY.

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Cliché P. Sweeney. NOTRE-DAME-DE-PITIÉ. — CHAPELLE DU CHATEAU DE BIRON Les Sculptures du Château de Biron Le château de Biron, situé sur les limites du Périgord et de l’Agenais, est moins connu des archéologues, moins célèbre que nombre d’autres grandes demeures féodales de la même région, telles Bonaguil ou Castelnau-de-Bretenoux, qui dressent comme lui, sur un plateau élevé, au-dessus des vallées des affluents du Lot ou de la Dordogne, leurs masses imposantes, plus ou moins entamées par les ravages du temps et des hommes. Il n’est cependant ni moins pittoresque, on en peut juger par les quelques photographies qui accompagnent cet article, ni moins intéressant dans le détail de la construction, chacune presque des grandes époques de l’architecture française y ayant laissé sa trace. Il a, de plus, le mérite d’être encore intact en nombre de ses parties et d’avoir conservé dans le cadre pour lequel elles ont été faites un ensemble de sculptures des plus remarquables. Ce sont ces dernières surtout que nous nous réjouissons de pouvoir présenter aux lecteurs des Arts : si, par leur saveur quelque peu archéologique, elles diffèrent notablement des objets qu’on a l’habitude de mettre sous leurs yeux, elles ont le grand mérite d’être absolument inédites, presque totalement inconnues, et elles valent bien, à notre avis, d’entrer enfin à leur rang dans l’histoire de l’art français. Nous ne saurions prétendre consacrer ici au château lui-même l’étude historique et archéologique qu’il mériterait et qui n’a été qu’à peine esquissée par M. Salles dans une très courte notice parue en 1885 (1). Disons seulement que certains des bâtiments, au cœur même du château, entre la cour d’honneur, qui occupe la partie la plus haute du plateau, et la grande cour ou place d’armes, située un peu plus bas, paraissent appartenir au xiie siècle. C’est notamment un mur de donjon austère aux contreforts énormes qui doit avoir appartenu à ce primitif castel de Biron que les Albigeois prirent en 1211 et que Simon de Montfort reprit l’année suivante. Augmenté sans doute au cours du xive et du xve siècle, le château joua un rôle important dans les guerres anglaises, mais fut pris et complètement brûlé par les Anglais en 1444. C’est pendant la seconde moitié du xve siècle, à l’époque même où, non loin de là, s’élevait, pour Béranger de Roque- (1) J. Salles. Château de Biron. Bergerac 1885.

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LES SCULPTURES DU CHATEAU DE BIRON feuil, l'admirable forteresse de Bonaguil, que Biron fut réparé et considérablement agrandi. Au-dessous du plateau supérieur, une nouvelle cour beaucoup plus vaste fut nivelée sur le versant, soutenue par des murs de terrasse imposants et bordée de bâtiments plus largement ouverts, plus somptueux, plus conformes au goût de cette époque si féconde qui n'attendait pas la Renaissance italienne pour apporter dans ses constructions le souci de l'agrément, de la clarté et de la magnificence. Les travaux étaient vraisemblablement en cours d'exécution lorsque Pons de Gontaut, seigneur de Biron, dut accompagner Charles VIII dans son équipée au delà des Alpes. Sans doute à Florence ou à Naples, suivit-il l'exemple de son maître et « n'estima-t-il à cette heure Amboyse, ni lieu qu'il eût par delà », mais cela ne l'empêcha pas, une fois rentré en France, de faire continuer ses travaux par les bons maîtres d'œuvre gothiques qui les menaient jusque-là, et suivant le même mode, tout comme Charles VIII faisait continuer Amboise en cherchant à agrémenter, ici ou là, la robuste construction gothique de ses logis où de ses tours, de quelque lucarne, balustrade ou clef de voûte « à la mode d'Ytallie ». Pendant son séjour à Rome, en 1495, Pons de Gontaut avait obtenu du pape Alexandre VI, une bulle l'autorisant à fonder une chapelle privée sous le vocable de Notre-Dame-de-Pitié de Biron et à y installer un collège de chanoines. C'est cette chapelle canoniale qui fut la grande entreprise

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LES ARTS LA MISE AU TOMBEAU (Détail) CHAPELLE DU CHATEAU DE BIRON

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LES SCULPTURES DU CHATEAU DE BIRON LA MISE AU TOMBEAU (Detail) CHAPELLE DU CHATEAU DE BIRON