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LES ARTS N° 29 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mai 1904 Côte Bross, Clement S. Cie. --- ROSLIN. — PORTRAIT DE L'ARTISTE PAR LUI-MÊME (Legs de S. A. I. la Princesse Mathilde au Musée du Louvre)

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F. GUARDI — LA PLACE SAINT-MARC A VENISE (Collection de S. A. I. la Princesse Mathilde) LA PRINCESSE MATHILDE ARTISTE ET AMATEUR HALL. — PORTRAIT PRÉSUMÉ DE Mme DE GRAFFIGNY (Collection de S. A. I. la Princesse Mathilde) ...A côté du salon, au premier étage, où, dans la journée, la Princesse recevait de préférence ceux qu'elle honorait de sa confiance et, peut-on dire, de son amitié, — car, princesse de naissance, de nature et de caractère, elle sut, comme son frère, se faire et se garder des amis, — était son atelier, où, deux fois la semaine, elle s'enfermait pour travailler tout le jour. Ce n'était point là, chez elle, un goût auquel elle se contraignit comme était la musique, qu'elle pratiquait aussi. De bonne foi et pour le plaisir, avec une joie qui se montrait à son attention, elle besognait à sa peinture et y prenait du mal. De ses doigts légers et fins, la main la mieux faite qu'on pût voir copiait, avec une patience appliquée, le modèle vivant, d'un geste adroit, plongeait le pinceau dans le grand verre, reprenait des couleurs sur la palette et lavait largement le papier. Quel tableau de sa galerie la Princesse n'a-t-elle pas copié? Duquel de ses hôtes de Saint-Gratien n'a-t-elle point tenté le portrait? Elle avait choisi pour la guider en ses peintures — après Raffet, qu'elle eut à Florence, — d'abord Giraud, merveilleux improvisateur, artiste adroit et littéraire, une sorte de Dumas père de la peinture, puis, à la mort de Giraud, en 1881, Ferrier, puis Doucet, puis Baschet; mais, au vrai, le seul qui ait pu exercer une influence sur son esthétique, ce fut Eugène Giraud. Il l'amusait, la distrayait, lui contait des histoires; toujours, comme J.-B. Isabey qu'il n'égalait point certes, mais qu'il rappelait par des côtés, il était prêt à toute besogne de peintre, tantôt couvrant les murs de sa peinture légère, aimable et vivante, tantôt croquant sur nature la charge des invités, — témoin l'album que la Princesse a légué au Cabinet des Estampes, — tantôt s'exerçant aux portraits officiels, — témoin ce portrait qu'il fit d'elle, de profil, couronne en tête, le col nu paré de ses perles

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J.-B. TIEPOLO — LE CARNAVAL DE VENISE (Collection de S.A.I. la Princesse Mathilde)

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LES ARTS historiques, issant, comme on dit en blason, d'un manteau de velours rouge; trente-cinq années durant, il fut « l'ami familier et fidèle ». On voudrait, à preuve, citer au moins quelques passages de ce petit livre où la Princesse a dit ses souvenirs d'Eugène Giraud, mais l'amitié n'est point ici en jeu. Comme commensal, Giraud eut son influence dans la maison, où il avait introduit, avec son frère Charles, qui a reproduit les intérieurs de l'hôtel de la rue de Courcelles en des tableaux qui prendront un intérêt documentaire très particulier, son fils Victor, dont la Princesse acquit l'immense toile, le Charmeur de pigeons, du Salon de 1870, mais lui-même avait sur la Princesse, en tant qu'artiste et surtout en tant qu'appréciatrice des arts, exercé une action : peut-être vaudrait-il mieux dire qu'il avait contribué à déformer sa nature. Illustrateur plus que peintre, Giraud était de l'arrière-garde des romantiques — romantique timoré, point coloriste, son plus grand succès, au Salon de 1839, a été la Permission de dix heures, — mais romantique tout de même, par sa passion pour les choses et les gens de théâtre, par l'exotisme de ses sujets, par sa conversation, sa blague et ses amitiés; il éreintait de bon cœur les pompiers, les bourgeois, l'art officiel et le reste, tout friand qu'il fût de décorations et d'honneurs, et, quoique élève de Hersent, lequel l'était de Regnault, il méprisait, comme il avait été de mode en son bon temps, tout ce qui était de la peinture de l'Empire. Il n'allait point jusqu'à vanter l'anarchie en matière d'art, l'autodidactisme, l'impressionnisme et le reste ; meme, quoiqu'il eût été des compagnons de voyage de Dumas père, méprisait-il assez les fouques de coloris des romantiques échevelés; sa peinture mince ne se prêtant pas aux empâtements, il niait volontiers ce qu'il ne faisait point, mais, parce qu'il démolissait ceux-ci, il n'en voulait pas moins à ceux-là. Il s'arrêtait à un degré qui n'eût pas été fort loin de celui où monta Horace Vernet : même facilité, même faculté d'improvisation ; chez lui, moins d'accent, de science, de pittoresque, point de spécialité militaire, ce qui était le grand tort, mais de l'esprit infiniment, de l'observation superficielle, une prestesse amusante; au fond, la même race. La Princesse, si elle eût suivi son tempérament, eut été franchement à cette glorieuse école dont chaque jour qui passe établit la puissance, la fécondité, la résistance, et qui, par la probité du dessin et la loyauté de la peinture, s'établit la souveraine incontestée de l'Art français au xixe siècle ; mais elle n'avait point, pour réagir contre son entourage, la belle et tranquille fermeté de son frère qui, lui, ne transigea point, et qui, dans le passé, demeura fidèle à David, dans le présent, à Ingres et à Flandrin. Elle subit sur ces points les influences ambiantes, mais l'on ne gagna point sur elle au point qu'elle abandonnât cette sorte d'esthétique instinctive qui était de sa race, qui lui donnait la passion de l'ordre, de la netteté, du goût, de l'ordonnance, qui lui faisait rechercher uniquement, dans les manifestations d'art, les représentations de la figure humaine, qu'il détournait du paysage et lui rendait haïssables les façons outrées et violentes d'envisager la nature; elle admit des transactions et, parce que certains peintres fréquentaient sa maison, elle leur acheta des tableaux qui lui déplaisaient, mais elle donna son argent en réservant son estime. Elle se TAPE/SERIE DU XVIe SIÈCLE - SUITE DES JEUX D'ENFANTS (Collection de S.A.I. la Princesse Mathilde)

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LA PRINCESSE MATHILDE ARTISTE ET AMATEUR SIR TH. REYNOLDS. — PORTRAIT DE FEMME (Legs de S. A. I. la Princesse Mathilde au Musée du Louvre) Cliché Brann, Clément & Cie.

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LES ARTS rendit moins exclusive qu'elle n'eût été de fond, mais son éclectisme n'alla jamais jusqu'à lui faire admettre certains sujets et certaines façons de les peindre. Dans le choix des tableaux que, sous l'Empire, elle achetait aux Salons — et elle en acheta infiniment, — elle était, en même temps que par ce goût d'art, conduite par un sentiment qui est une des plus jolies nuances de son caractère. Il lui plaisait de découvrir un artiste nouveau, de l'encourager par l'achat de son premier tableau à succès, de réparer, s'il était opportun, les bévues officielles et de se rendre ainsi la protectrice de ses confrères : ne s'associait-elle point à eux pour présenter ses œuvres à la critique, et, de 1859 à 1866, Son Altesse Impériale Madame la Princesse Mathilde, élève de M. Eugène Giraud, n'a-t-elle point été une des plus fidèles exposantes du Palais de l'Industrie ; ainsi mérita-t-elle, des libres suffrages des artistes, deux mentions honorables en 1861 et 1863, et une médaille en 1865. Quantité de tableaux ont passé par ses mains généreuses, car elle aimait donner; elle le faisait d'une grâce incomparable et d'un air qui ne permettait point le refus; elle se plaisait à faire plaisir et, pour peu qu'un visiteur admirât un peu trop vivement un tableau, il le trouvait chez lui à son retour. Combien ont ainsi pris place successivement sur les murs de la serre, qui ont fait ensuite l'orgueil de maisons particulières ou ont porté à l'étranger l'honneur de l'art français ! Détaille, Zamacois, Amaury-Duval, Vollon, Gérôme, combien d'autres, ont traversé le salon de la rue de Berry, mais n'est-ce point qu'avec ceux qui sont restés l'on peut prendre une idée de ce que cherchait la Princesse ? Léon Bonnat n'avait point encore obtenu sa première récompense lorsqu'elle lui achetait, en 1860 et 1861, le Jeune Italien et la Jeune Fillette italienne ; Gustave Jacquet était encore un inconnu, lorsqu'elle prenait de lui l'Appel aux Armes (1867) ; Roybet était profondément ignoré, lorsqu'elle choisissait Un Fou sous Henri III (1866) ; James Tissot était plus que contesté, lorsqu'elle voulait la Retraite dans le Jardin des Tuileries (1868) ; Toulmouche exposait pour la quatrième fois, lorsqu'elle lui demandait Après le Déjeuner (1853), en même temps que l'Impératrice Eugénie achetait le Premier Pas. Chacun de ces tableaux éveille un souvenir, rappelle une jolie pensée ou une bonne action. Qu'on ne s'étonne point de voir autant de tableaux d'Anastasi : lorsque le pauvre peintre devint subitement aveugle, la Princesse organisa la vente de son atelier et, plus tard, à Saint-Gratien, elle lui offrit jusqu'à son dernier jour une hospitalité qui n'était point seulement généreuse, pleine d'attentions et de douceurs, mais singulièrement méritoire. Cette maison, qui était si largement ouverte aux œuvres des artistes, n'était pas moins accueillante à leurs personnes. Quiconque, dans le dernier demi-siècle, a honoré l'Ecole française, y vint recevoir la consécration de son talent. Quelques-uns, après les désastres de 1870, ne surent point trouver le chemin de la demeure nouvelle, mais combien rares ceux-là, près de ceux qui, d'un dévouement respectueux et attendri, d'une amitié constante et fidèle, ont accompagné jusqu'au dernier jour celle dont le gracieux sourire avait salué leurs premiers succès. Hébert, Gérôme, Bonnat, Lefebvre, Détaille, Heullant, Guillaume, combien d'autres ! Mais à quoi bon des noms ! Plus tard s'écrira l'histoire de ce

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LA PRINCESSE MATHILDE ARTISTE ET AMATEUR --- salon, l'histoire de ces amitiés, l'histoire de la Princesse, et, à l'admiration qu'on ne pourra refuser à la bonté de son cœur se mêlera la surprise qu'éveillera la hauteur de son esprit. L'on verra alors par quelle rectitude d'idées, par quelle générosité de sentiments, par quelles envolées d'éloquence, par quel amour du vrai, du beau et du bien, la nièce de l'Empereur, si profondément et si gracieusement femme malgré tout, sut attirer, attacher et pour jamais retenir les hommes les plus éminents de son temps. Du choix que la Prin- cesse faisait elle-même, au Salon, des ta- bleaux de ses contempo- rains, faut-il conclure qu'elle agissait de même pour les tableaux de maîtres anciens dont, durant le second Empire, elle composa sa galerie? Elle n'avait là ni les mêmes mo- tifs, ni les mêmes fantai- sies, et, s'il lui était agréable d'encourager des artistes nouveaux et de saluer la première l'aube des jeunes talents, dès qu'il s'agissait du passé, c'étaient seulement des toiles dont le mérite fut indiscutable qu'il lui était permis d'accrocher aux murs d'un palais impérial. Elle trouvait heureusement alors près d'elle, pour l'aider en ses recherches et lui marquer les voies, un directeur de conscience artistique qui fut entre les plus avisés connaisseurs de son temps et dont la compétence indiscutable la mettait à l'abri de toute surprise. M. Frédéric Reiset, conservateur des peintures au Musée du Louvre, puis directeur des Musées, fut un de ces hommes rares qui portent à apprécier les choses d'art, en même temps qu'un goût natif, une science faite de comparaissions, d'études, de métier, et qui, s'ils se trompent parfois sur l'attribution d'un tableau, ne se trompent jamais sur la valeur d'une œuvre d'art. Ceux qui rechercheront, au Musée Condé, les tableaux que, en 1879, M. Reiset céda au due d'Aumale et qui forment la partie assurément la plus précieuse des collections de Chantilly, sau- ront à quoi s'en tenir sur le tact que por-tait M. Reiset dans une telle chasse aux chefs-d'œuvre. Sans doute, il indiquait seulement et la Princesse décidaît; mais, pour repousser de telles indications, comme il eût fallu lutter contre soi-même. Quoi qu'on en ait dit, ce fut une belle époque pour la Curiosité, celle de 1850 à 1870, et que de collectionss'yfor-mèrent avec peu d'argent, qui présente-ment vau-draient des millions. Mais dans ces collections, les amateurs pouvaient, au hasard de la trouvaille, introduire parfois, quel que fût leur goût, un morceau suspect; chez une princesse impériale, il n'en allait point ainsi; et M. Reiset, qui en avait la responsabilité morale, eût été singulièrement atteint lui-même si l'on avait pu mettre en doute le moindre des tableaux qu'il avait fait choisir. Aussi, moins sévère, moins archaïque, plus facilement abordable, plus meublante si l'on peut dire, que la collection qu'il avait formée pour lui-même, la collection qu'il aida la Princesse à H.-V. DANLOUX. — PORTRAIT D'HOMME (Legs de S. A. I. la Princesse Mathilde au Musée du Louvre)

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LES ARTS composer est de celles où toutes les pièces, soigneusement triées, méritent une admiration qui n'a rien à faire avec la mode et qui relève de la beauté absolue. Chacune est un exemple frappant d'un temps, d'un milieu, d'une école, et l'ensemble forme à la fois la galerie qui sied à une femme, chez laquelle toutes les convenances doivent être respectées et dont les salons ne sauraient être ni attristés par des supplices, ni sanctifiés à l'excès par des sujets religieux, et la galerie qui sied à une princesse, car tous les tableaux sont vrais, francs, purs et hors de pair. Qu'on prenne cette merveilleuse petite tête d'homme qui par Reiset était attribuée à Holbein, et qui est restituée à Amberger, cet autre portrait d'homme de Philippe de Champagne, ou, par Van Dyck, le portrait de la femme de François Snyders; qu'on s'arrête aux admirables effigies qu'a peintes Pourbus : Marie de Médicis, Louis XIII, Anne d'Autriche, Christine de France; devant ces êtres encore dont Jean de Bray, Jean Fictoor, Keiser, Haas, La Tour, Antonio Moro, Verspronck, Drouais, Greuze, Lépicié, Van Loo, Mignard, Perronneau, Rigaud, Santerre, Tournières, Sophonisba Anguisciola, le Basan, le Bronzino, Fontana, Francia, Carlo Marate ont immortalisé les traits; des sociétés lointaines se lèvent des obscurités de l'histoire, les personnages des grands drames des temps révolus s'agitent devant nos yeux et quelque chose ressuscite de leur âme pour jamais dissoute. Ils nous apprennent leurs mœurs, leur conception de la vie, le rêve de leurs yeux chercheurs ou calmes, la rudesse de leurs manières, la splendeur de leurs façons. Ils tiennent avec leur siècle dans un cadre médiocre; ils le livrent et l'apportent. Et lorsque, trouvant les murs, Venise apparait, Venise sublime de lumière, enivrante de vie sociale, emplie de musiques sur le silence de ses canaux , la Venise où passe Casanova sur la gondole de l'abbé de Bernis, la Venise que peignent Canaletto et Guardi, l'étonnante Venise dont ces deux Carnaval qu'on dit de Tiepolo et qui sont à coup sûr d'un génial artiste, racontent mieux que tous les poèmes et toutes les littératures, l'âme de joie, de luxe et de plaisir; alors c'est, par le plaisir des yeux, toute une philosophie qui imprègne l'esprit, non plus le bonheur de voyager à travers les temps et d'y retrouver des amis, mais comme le conseil de laisser porter sa vie par les gondoliers experts, d'écouter chanter les guitares, de regarder les danses gracieuses, de dire et d'écouter des mots d'amour — les seuls qui vaillent d'être prononcés. De cette suite de tableaux, les quelques chefs-d'œuvre que la Princesse a détachés pour les offrir au Musée du Louvre, afin d'y compléter certaines suites ou d'y donner une note nouvelle, ne primaient point ; ils étaient autres. Ceux-ci ou ceux-là pouvaient également prendre place au Louvre, ils étaient de même qualité et de même origine. C'était bien la dernière galerie qui demeurât intacte de toutes celles qui ont été formées il y a cinquante ans : une galerie qui ne fut point fastidieuse par sa spécialité; qui, par ses sujets appropriés à la vie sociale, put être présentée dans les appartements d'habitude; qui, par un ensemble de tableaux de toutes les écoles, offrit une histoire presque complète de l'art flamand, français et italien du xvie au xviiie siècle; qui fût enfin éminemment décorative, merveilleusement agréable et supérieurement instructive. FRÉDÉRIC MASSON. ÉCOLE ESPAGNOLE DU XVIIe SIÈCLE. — TÊTE D'HOMME (Legs de S. A. I., la Princesse Mathilde au Musée du Louvre)

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Les Accroissements des Musées MUSÉE DE BERLIN STATUETTES DE BRONZE ITALIENNES RÉCEMMENT ACQUISES I. — LORENZO GIBBERTI — CARIATIDE (bronze) Ratteur: 22 cent. (Musée de Berlin) La collection des statuettes de bronze du musée de Berlin est de création récente : il n'y a que douze ans qu'elle a été commencée ; quelques rares pièces seulement proviennent d'acquisitions antérieures. Dès les premières années, la collection put s'accroître rapidement : chaque bon objet était le bienvenu, et d'heureuses circonstances de toute espèce vinrent favoriser nos efforts. C'est ainsi que dans les deux ou trois premières années près de cent statuettes de bronze italiennes de valeur furent acquises. Aujourd'hui nous serions satisfaits si, dans le même espace de temps, nous nous enrichissions de la dixième partie de ce chiffre, comme cela a été le cas au cours des deux dernières années. Parmi ces nouvelles acquisitions, quelques pièces sont l'œuvre de maîtres de premier ordre. C'est d'abord une statuette de Lorenzo Ghiberti : pièce II. — DONATELLO — ANGE (bronze) Ratteur: 37 cent. (Musée de Berlin)

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fort rare, car, en dehors de ses petites figures des portes du Baptistère de Florence, je ne connais aucune statuette authentique de sa main. De même que ces figures, cette cariatide (fig. I), haute d'environ 22 centimètres, faisait partie antérieurement d'un petit édicule; elle était placée, sans doute, en pendant d'une statuette similaire, au côté d'un tabernacle dont elle soutenait le fronton. Les formes élancées, les larges plus disposés avec goût, le type peu individuel de la tête, sont tout à fait caractéristiques de l'artiste; plus parente sous ce rapport des figures de la première porte du Baptistère que de la deuxième, notre statuette, — qui jusqu'alors faisait partie d'une collection particulière de Florence, — doit avoir été exécutée entre ces deux œuvres. Plus remarquable et plus grande est la statuette d'un petit ange (fig. II) frappant du tambourin, debout sur un coquillage qu'entoure une couronne. Haut de 37 centimètres, il a exactement les mêmes dimensions, la même pose, les mêmes support que les Anges de Donatello aux fonts baptismaux de San Giovanni, à Sienne. Le type, la forme de la tête, des extrémités et de la chevelure sont tout à fait semblables. Or, comme il manque justement un Ange aux fonts baptismaux de Sienne, il n'y a aucun doute que cette statuette ne soit cet Ange de Donatello. On s'est demandé si ce ne serait pas peut-être une ancienne réplique ou même une copie moderne; mais cette objection tombe en présence de l'œuvre, dont la magnifique patine ancienne exclut toute idée de copie ou de falsification. Cette patine est très particulière: la statuette a été d'abord dorée; puis, elle a reçu (à la même époque?) une légère patine brun foncé; quelques parties à l'abri de la main ont conservé ce dernier ton; ailleurs subsistent des traces de la dorure; mais en maints endroits les deux couches ont été enlevées par le maniement de l'objet et remplacées par une belle patine naturelle brun clair. Cette figure, sous le rapport du mouvement, est une création particulièrement séduisante de Donatello. Sa structure offre les caractères de rudesse propres à la première période de l'artiste, que montre par exemple l'Amour du Bargello, et répond à la date d'exécution de cette œuvre (1426). Donatello a exécuté aussi peu de statuettes de bronze isolées que Ghiberti. Celles qui nous sont connues sont, ou des parties d'un monument, comme les Anges des fonts baptismaux de Sienne, ou des fontes d'après des modèles en cire de grandes statues. Depuis dix ans, le musée de Berlin possède une de ces dernières statuettes: une fonte d'après le modèle du David de la casa Martelli et qui offre tout l'intérêt d'une libre ébauche (fig. III). Le Louvre possède une statuette plus petite, datant également de la période avancée de la vie de Donatello, modèle d'une statue toute semblable, mais nue, qui ne fut pas exécutée ou n'est pas parvenue jusqu'à nous, provenant de la collection Pulsky, de Budapest; le nouveau catalogue des bronzes du Louvre l'attribue bien à l'école florentine, et plutôt encore à Verrocchio (fig. IV). Un délicieux buste d'enfant (fig. IX) a été récemment acquis, dont l'attribution à Antonio Rossellino est plau- III. — DONATELLO. — DAVID (bronze) Hauteur : 36 cent. (Musée de Berlin) IV. — ÉCOLE FLORENTINE, fin du XV° siècle. — DAVID (bronze) Hauteur : 22 cent. (Musée du Louvre)

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LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES. — MUSÉE DE BERLIN --- V. — A. RICCIO. — NYMPHE ENDORMIE (bronze) Hautour : 45 cent. (Musée de Berlin) dormi la nymphe. Les formes pleines de celle-ci sont les mêmes que celles de l'Abondance de la collection Carrand, au Bargello, de la magnifique Femme agenouillée de la collection Martin Le Roy, à Paris, et d'autres figures féminines de Riccio. Une autre statuette de bronze, représentant également une femme assise (fig. VI), acquise en même temps par le musée, offre un contraste complet avec le réaliste délicat et plein de fantaisie qu'était Riccio; si je ne me trompe, elle peut être d'un artiste de la cour des Gonzague, l'orfèvre Pier Giacomo Ilario, dit Antico, également de l'école de Padoue et de très peu l'aîné de Riccio. Cette figure et quelques autres semblables montrent une certaine pauvreté d'invention et de forme dans leur imitation de l'antique; elles offrent régulièrement certaines particularités, telles que la dorure des cheveux et des vêtements. Cette statuette nous fait songer à quelque banale allégorie moderne destinée à la décoration d'une gare de chemin de fer; et, de fait, c'est d'une représentation de ce genre qu'il s'agit: la figure, empruntée, comme Antico aimait à le faire, à l'antique, n'est autre que la sible. D'un modèle très délicat, il reproduit admirablement les traits peu arrêtés, les formes un peu rondes et indécises de l'enfance. C'est le même type qu'on retrouve dans les beaux bustes en marbre du palais Martelli, à Florence (où on l'attribue à tort à Donatello), de la collection Hainauer, à Berlin, de l'église des Vanchettoni, à Florence. La fonte en bronze donne au notre rareté et valeur. Du plus grand maître de la statuaire en bronze du nord de l'Italie, A. Riccio, le musée de Berlin a pu acquérir l'an dernier une œuvre hors ligne: une Nymphe nue (fig. V), assise et endormie sur un tronc d'arbre. Elle faisait probablement pendant à un jeune Pan du musée d'Oxford, blotti de même et tenant en main la syrinx aux sons de laquelle il a en- VI. — PIER GIACOMO ILARIO, dit ANTICO. — FEMME ASSISE (bronze) Hautour : 20 cent. (Musée de Berlin)