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LES ARTS N° 11 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Décembre 1902 LA COLLECTION DUTUIT AUGUSTE DUTUIT 1812-1902

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NEPTUNE APAISANT LA TEMPÊTE Plaque d'émail de Limoges, pointe en grisaille par Martin Didier. — xvie siècle LA COLLECTION DUTUIT Le 11 juillet 1902, M. Auguste Dutuit mourait à Rome, et le 16 juillet, M. de Selves, préfet de la Seine, apprenait que ce très célèbre collectionneur faisait la Ville de Paris, l'héritière, non seulement de tous ses trésors d'art, mais encore d'une partie de sa fortune. C'était pour Paris un coup de chance aussi inespéré que bienvenu. Depuis de longs mois, l'organisation du Petit Palais n'avance que péniblement, les matériaux manquaient, et voici que tout d'un coup, comme dans un conte de fées, la Fortune apparaissait les mains pleines de richesses inestimables et aussi de beaux écus sonnants. Mais les termes très précis du testament définissaient nettement la volonté du testateur. Des limites étaient fixées pour l'inventaire et la mise en place des collections, et ces limites étaient à ce point étroites qu'il n'y avait pas un jour à perdre. C'était dans les deux mois qui suivraient la mort de M. A. Dutuit que ses dispositions devaient être acceptées par la Ville de Paris, et c'était encore dans les quatre mois qui suivraient l'acceptation du legs que les collections, dans des conditions nettement déterminées, devaient être placées sous les yeux du public. Le lendemain même du jour où M. de Selves me fit l'honneur de me charger du soin de l'installation du Musée Dutuit au Petit Palais, c'est-à-dire le 17 juillet, je partais pour Rouen, — car c'était à Rouen que se trouvait l'hôtel renfermant les trésors, — accompagné de MM. Jean Robiquet, Hénard et Escolier. Comme tout le monde, je ne connaissais la Collection de MM. Dutuit que de nom ; en 1878, je me souvenais d'avoir admiré quelques précieux objets leur appartenant. On apprenait de temps en temps que M. A. Dutuit venait d'acquérir quelque pièce rarissime à un prix fabuleux. Mais l'hôtel du quai du Havre demeurait hermétiquement clos, et personne n'entrait, sous aucun prétexte, dans cette maison quasi mystérieuse. Nous savions qu'elle contenait des tableaux de maîtres, des bijoux, des faïences, des antiquités, d'incomparables estampes, dont 400 eaux-fortes de Rembrandt, des Alb. Dürer, des M. Schengauer, des Callot, et tous les principaux maîtres de l'eau-forte et du burin, enfin une bibliothèque que l'on s'accordait à considérer comme l'une des plus précieuses que l'on eût jamais réunies.

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LA COLLECTION DUTUIT --- La maison de M. Dutuit, on nous l'avait dit à maintes reprises, était une retraite presque inaccessible à l'intérieur de laquelle, seuls quelques initiés avaient pu pénétrer. Qu'allions-nous trouver? Une de ces demeures somptueuses comme en habitent nos grands amateurs d'art parisiens qui sont presque tous des gens d'un goût très sûr, et s'entendant aussi bien à acquérir de belles choses qu'à les placer dans un cadre digne d'elles? L'hôtel du quai du Havre était-il plus simplement un logis d'antiquaire, où, dans un amusant pèle-mêle, nous verrions soudain apparaître un prodigieux ensemble d'œuvres rares? Le spectacle qui nous était réservé devait dérouter toutes nos prévisions. Imaginez l'intérieur du Cousin Pons. Une fois de plus Balzac avait été le grand devin, et quel pittoresque tableau il eût laissé de cette inoubliable vision! D'abord l'aspect froid, maussade de l'édifice, à quatre étages, morne visage de pierre, regardant le plus riant, le plus animé des paysages: la Seine vivante de bateaux, de remorqueurs aux longues trainées d'écume; le pont transbordeur, les docks, les tramways bruyants et les yachts élégants; plus loin, la charmante campagne rouennaise; de fines collines bleues et mauves bordant l'horizon: à gauche Bon-Secours, à droite la Bouille, les fumées de Croisset et, passant sur toutes ces choses exquises, l'air vif, léger, parfumé, qui vient de la mer et apporte les bonnes senteurs du large. Puis, la porte de l'hôtel au lourd marteau de bronze, le péristyle obscur, la petite cour emprisonnée par de hautes murailles et le triste jardin, où dans cette atmosphère lugubre les pauvres arbres meurent d'une incurable anémie. A côté, les remises et écuries, et, sous les voitures, contre les harnais ternis, quelques caisses d'emballage auxquelles nous ne prêtons aucune attention, les voyant abandonnées et les croyant vides. Nous montons l'escalier sombre, et au premier étage nous pénètrons dans une vaste pièce. Le coeur nous bat quand le juge de paix brise les scellés. La première vitrine que nous rencontrons dissipe toutes nos appréhensions: elle contient trois admirables pièces de faïence d'Oiron, dont le célèbre chandelier payé 91,000 francs sans les frais! et dix plats de Palissy; plus loin une autre vitrine : d'inestimables majoliques italiennes aux reflets mordorés, et des faïences d'Urbino, de Deruta, de Faenza, des verreries arabes, des verreries vénitiennes, des porcelaines de Chine, des laques, des ivoires. Sur la cheminée une belle pendule, d'un ancien travail italien, et, comme contraste avec ce semblant d'arrangement dont la seule description montre le classement fantaisiste, par terre, des caisses d'emballage, analogues à celles aperçues sous la remise. Nous ouvrons et que découvrions-nous? Une statuette en buis du xvie siècle, des plats de Chine, des majoliques précieuses, le fastueux plat de Rouen commandé par Saint-Simon, alors qu'il «se mit en faïences», le plat de verre peint «la Ronde d'amours, d'après Raphaël», payé 40,000 francs à la vente Stein, etc. Quelle heure inoubliable d'inattendues surprises! Nous voici désormais fixés, poursuivant nos recherches, et chaque jour ces recherches nous feront découvrir des trésors, non pas que toutes les pièces que nous rencontrons et que nous mettrons sous les yeux du public soient également des chefs-d'œuvre. Quel est le Musée qui ne contient que des chefs-d'œuvre (et il s'agit ici d'une collection privée)? Mais, dans chaque catégorie, émaux, ivoires, bois sculptés, céramique, estampes, tableaux, dessins, antiquités, livres, etc., se rencontrent des morceaux de tout premier ordre. Les meubles seuls font absolument défaut. Que d'heures véritablement exquises mes collaborateurs et moi avons passées à Rouen pendant les six semaines qu'a duré notre incessant travail, et où nous eûmes la sensation de refaire une collection, d'une collection déjà formée, mais éparsse, et dont le choix parfait nous préservait des déceptions. Je ne recommencerai pas l'inventaire de chacune des chambres où successivement nous pénétrâmes et qui toutes se ressemblaient. Partout l'abandon, et surtout la poussière religieusement respectée ayant mis sa patine grise. M. A. Dutuit avait donné les ordres les plus sévères (et nous serions mal venus de l'en blâmer). Il ne fallait pas toucher à aucun des es chers bibelots, il craignait les heurts et les maladresses, et c'est peut-être à cette consigne absolue que Épisodes de la vie d'Alexandre. — Travail de Limoges. — xviie siècle (Collection Dutuit)

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LES ARTS nous devons aujourd'hui d'admirer dans un état de conservation quasi miraculeux les plus fragiles verreries et les ivoires les plus délicats. Mais jamais on ne saura combien mes amis et moi avons dû absorber de microbes ! Toutefois il convient de dire notre stupéfaction au seuil même de la si fa meuse bibliothèque tant prônée : imaginez une chambrette mesurant environ 4 mètres carrés, et le long des murs, des étagères en bois noirci remplies de livres sur trois épaisseurs, au milieu de cette pièce, quatre ou cinq caisses d'emballage bourrées de volumes, enveloppés dans de minces papiers de soie : telle était la bibliothèque de M. Dutuit ! Est-ce donc là cette admirable collection, sont-ce là ces manuscrits aux prix fabuleux ? A tout hasard nous regardons, et le premier volume que nous ouvrons se trouve être : Les Funérailles de la reine Anne de Bretagne (de la main de Pierre Choque, son héraut d'armes), enluminé merveilleusement, et dans une magnifique reliure aux armes royales ! Puis, ce sont les Horae beatae Virginis Mariae, un manuscrit du xve siècle, avec des figures qui, par leur art infini, rappellent Memling ; c'est un Labyrinthe de Versailles, manuscrit du xviiie siècle, orné de figures de Jacques Bailly, aux armes de Louis XIV. C'est une première édition de la Bible, datant de 1462, un grand Boece de Consolatione, de 1494, dont on ne connaît que deux exemplaires, ce sont les Commentaires de l'Ancien Testament, aux armes de Louis XII, et c'est le Diable Boiteux de Lesage, aux armes de la du Barry... et tant d'autres... Nous sommes stupéfiés ! Je ne décrirai ni le salon du premier étage où les majoliques de Luca della Robbia voisinaient avec des peintures, genre troubadour, deC.Roqueplanetla pendule de Lepaute payée des milliers de francs à la vente Double, ni la salle contenant les estampes, et quelles estampes ! avec 410 eaux-fortes originales de Rembrandt et l'œuvre presque complet de Durer, de Mantegna, de Callot, de Lucas de Leyde, de Nanteuil, de Claude Lorain, etc., etc., ni la galerie des Antiques. On ne décrit pas ces chambres étranges, poussiéreuses, remplies de chefs-d'œuvre et de caisses à moitié pleines, ni le cabinet où s'empilaient cinq Teniers, deux Hobbema, un Rembrandt, quatre Ostade, un Metzu, un Cuyp, un Pater, des laques de Chine, trois pendules Louis XV, un paravent, deux Van de Velde, deux groupes et un bas-relief de Clodion, des meubles dorés du plus fâcheux style moderne italien, deux Scènes Normandes d'Hippolyte Bellangé, et toujours, surtout cela, une couche de poussière immaculée. Pourtant, malgré cet étonnant désordre, malgré cette sorte d'abandon, malgré cette éternelle poussière, et malgré ces caisses fermées, nous nous sentions tous pris d'un grand respect et d'une sorte de vénération pour la mémoire de M. A. Dutuit. Ce qu'on nous avait contenté de sa vie nous avait tout d'abord étonnés : son mépris du monde et de ses usages, sa misanthropie, son absolu dédain du confort, son feutre mou et ses voyages en 3e classe. Ce mélange stupéfiant de prodigalité et d'économie nous déroutait. L'œuvre qu'il laissait nous expliqua la pensée directrice de la vie de cet homme de bien. Un but des plus élevés dirigeait cette nature que certaines excentricités pouvaient faire faussement juger. Auguste Dutuit travaillait pour l'avenir. Cette collection que son frère Eugène avait en grande partie réunie, et qu'il complétait chaque jour, cette réunion d'incomparables matériaux qui représentaient tant de recherches, tant d'efforts, tant d'argent, cet édifice que leur goût sûr et leur intelligent éclectisme élevaient pierre à pierre, avait dans sa pensée une destination humanitaire. Son testament nous en donne la preuve; il thésaurisait pour les esprits futurs. Dès lors, à quoi bon entourer ces richesses d'une parure éphémère? Il savait où elles étaient déposées, dans les caisses du quai du Havre, chez le très érudit et très aimable M. Feuardent, quidevaitêtre son exécuteur testamentaire, chez Chenue, le maître emballeur, dont l'habileté professionnelle nous émerveilla, dans sa cave ou dans son grenier, à Rouen ou dans ses châteaux des Moulineaux ou d'Espremenil; — c'en était assez. Quand la mort arrêteraitsonlabeur d'infatigable pour- REMBRANDT VAN RIJN. — SASCHIA COUCHÉE (dessin) (Collection Dutuit)

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LA COLLECTION DUTUIT voyeur, quelqu'un, qu'il aurait désigné, viendrait prendre possession de la récolte, et saurait lui trouver une place définitive, digne d'elle, digne surtout de la pensée directrice qui présida à un si noble labeur. Et Auguste Dutuit s'est adressé à la Ville de Paris, et Paris, reconnaissant, lui a ouvert toutes grandes les portes de son plus beau palais. Ainsi compris, et c'est ainsi qu'il faut le comprendre, le caractère d'Auguste Dutuit s'élève à sa véritable hauteur, et c'est avec une reconnaissance infinie et un très pieux respect que nous saluons cette noble figure d'un véritable bienfaiteur de l'humanité. GEORGES CAIN. D. TÉNIERS LE JEUNE. — scène d'intérieur (Collection Dutuit)

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--- CLODION — BACCHANTESBas-relief. — Terre cuite --- Les Tableaux de la Collection Dutuit Nous avons eu l’occasion, dans une étude, d’écrire il y a quelque temps dans les Arts, qu’« une collection était un état d’âme ». Voici certainement une occasion de vérifier cet aphorisme. Au moment où va être exposée au public la célèbre collection Dutuit, nous sommes à même d’étudier l’état d’âme d’un grand collectionneur de province vers le milieu du siècle dernier. Je dis « grand collectionneur de province », car, bien que les frères Dutuit fussent en relations continues avec Paris et ce qu’il compte d’experts les plus éminents dans le domaine de la curiosité, leur résidence était surtout Rouen, et leur villégiature Rome. Ils vivaient dans un milieu retiré, discret. Ils ne connaissaient pas les frémissements intimes de la bataille, ne se battant souvent que par procuration, et ils ignoraient ces fécondes luttes entre collectionneurs parisiens, ces émulations qui s’exercent sans cesse, ces coups d’œil jetés par-dessus l’épaule du voisin, ces triomphes qui consistent à lui enlever à son nez et à sa barbe la pièce qui devient retentissante encore plus après la vente que pendant, ces pâleurs soudaines lorsque c’est le voisin en question qui l’emporte, cette belle jalousie dont le personnage de Daudet dit avec délices : « Si vous saviez comme ça fait souffrir ! » Malgré leur considérable fortune, ne pouvant ou ne voulant être les seconds dans Paris, ils voulaient être au moins les premiers dans Rouen, et ils y réussirent. Cet « état d’âme » se constate très nettement dans leur collection de peintures anciennes, la seule dont nous ayons à parler ici. Ce goût de l’intimité discrète, du bon petit tableau de cabinet d’amateur, s’affirme, sans fracas, mais avec éloquence, dans cette réunion de peintures hollandaises. Et ce choix même, la prédilection visible pour cette école n’est-elle pas encore un trait de plus de ce goût modeste, raisonné et mesuré? Alors qu’ils recherchaient et conquéraient avec bonheur les estampes et les livres, de façon à former une bibliothèque vraiment princière, et une collection des eaux-fortes de Rembrandt qui n’a guère de rivale, ils semblèrent, en peinture, préférer la pièce paisible et de bon aloi à la pièce foudroyante. Ils y réussirent dans une belle proportion; peut-être auraient-ils échoué dans une poursuite plus ambitieuse. C’est pour cela que le public doit être mis en garde contre l’opinion préconçue qu’auraient pu faire naître chez lui les éloges, d’ailleurs très mérités, que l’on fit par avance de cette collection si renommée. Du moins, il est bon de lui expliquer dans quel sens il faut entendre ces éloges. Ceux qui arriveraient au Petit Palais dans l’idée qu’ils vont voir des salles pouvant lutter avec les plus orgueilleux musées, se prépareraient mal à la nature du plaisir qui les attend. Si, au contraire, ils veulent jouir discrètement, aimablement, de quelques grâces exquises, auxquelles le silence et le mystère d’un vieil hôtel de province étaient un cadre plus adéquat que les hautes galeries du Petit Palais, encore hanté des souvenirs splendides de la Rétrospective de 1900, alors ils auront de vrais agréments, et cela sera une joie et un honneur pour nous de leur éclairer de notre mieux la beauté intense de certaines de ces choses dignes de leur devenir amies. La tâche était infiniment difficile et délicate de présenter un tel ensemble. Il y fallait tout le goût, l’ardeur, le dévouement de M. Georges Cain. Il s’est tiré une fois de plus à son honneur de ce problème si peu commode, et l’on peut dire que c’est une nouvelle victoire à l’actif de l’artiste et de l’administrateur éminent qui, à Carnavalet et à l’Exposition de 1900, en remporta de si belles. Si, après la présentation qu’il a su faire de la collection Dutuit, les collectionneurs parisiens ne viennent pas grossir volontairement les trésors du Petit Palais, — en ayant soin, à l’exemple du collectionneur rouennais, d’imposer à l’administration de prudentes limites de temps, — c’est que la contagion de l’exemple ne sera qu’un vain mot. L’on peut assurer que la place ne leur manquera pas dans ce commencement de Louvre municipal. Comment faut-il s’y prendre pour pleinement goûter la

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LA COLLECTION DUTUIT PORTRAIT DE REMBRANDT VAN RIJN (Collection Dutuit)

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LES ARTS collection Dutuit, en ce qui concerne les peintures? C'est ce que je vais essayer de faire comprendre par les quelques exemples les plus importants. D'une manière générale, pour qu'un tableau hollandais de cette catégorie donne tout le plaisir dont il est susceptible, il faut que le spectateur s'efforce de le mériter. Il ne faut pas qu'il soit fiévreux, impatient. Il doit avoir le goût, qui va un peu se perdant, de la belle matière, des ambres et des dorures enfumées, des SAINT PAUL Plaques de châsses ou de reliquaires. — Émaux champlévés. — xiiie siècle (Collection Dutuit) SAINT THOMAS choses patientes, appliquées, doucement luxueuses. Sans cela, autant faire le tour de la salle en dix minutes et s'en aller avec l'illusion qu'on est renseigné. Nous avons dit tout à l'heure que les frères Dutuit n'avaient pas visé surtout la pièce ambitieuse. La présence sur le catalogue du nom impérieux de Rembrandt donnerait à supposer qu'il y a au moins une exception. Mais dans le portrait de ce personnage enturbanné, richement vêtu, couvert de fourrures et de pierreries, faut-il voir, malgré le respect que nous impose une belle signature, la présence

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HOBBEMA. — LES MOULINS (Collection Dutuit)

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LES ARTS réelle du maître? C'est une œuvre de petit format, moyen tout au plus, comme les principales pièces de la collection. Elle est fort agréable à voir, et n'importe quel musée d'Allemagne ou n'importe lequel de nos grands musées de province n'hésiterait pas à le déclarer le plus authentique Rembrandt qui soit. Lorsque M. Dutuit en fit l'acquisition, c'étaient ses débuts dans l'art de collectionner. Je crois même que ce fut la toute première peinture qu'il acheta. A cette époque, Rembrandt était mal connu et encore plus mal compris peut-être que de son vivant. C'est le moment où M. Charles Blanc le biographiait Paul Rembrandt et lui attribuait au moins autant de vulgarité que de génie. On confondait avec une grande facilité ses peintures et celles de ses élèves, et on accordait une égale admiration à des œuvres formidablement inégales. Ne blâmons point nos devanciers. Ces sortes de procès sont infiniment longs à instruire. C'est à peine, aujourd'hui encore, parmi les personnes que passionne le grand peintre et le grand penseur, s'il y a une faible majorité pour discerner les vrais Rembrandt et pour percevoir les différences, pourtant capitales, qui séparent l'homme qui réellement peignit les Pèlerins d'Emmaüs, la Bethsabée, l'Hendrickie Stoffels, les deux Philosophes, le Saint Mathieu, le Joseph du musée de Berlin, le Portrait de Famille du musée de Brunswick, les Syndics, de ceux qui, en habiles fabricants, composèrent des scènes bibliques, costumèrent des Pères et des Mères de Rembrandt, et des Rembrandt par lui-même. L'un était d'une distinction supérieure, infaillible, exquis dans ses œuvres de jeunesse, poignant et profond dans ses œuvres de maturité, grandiose et surhumain dans ses œuvres dernières. Les autres étaient de prestigieux singes, auxquels on peut attribuer toutes les fautes de goût ou tout le manque de sublime dont on chargea Rembrandt avant de le mieux connaître et de séparer impitoyablement le bon grain de l'ivraie. Le tableau de la collection Dutuit est une peinture séduisante. C'est peut-être un Bol, un Lievens, peut-être bien un bon Gérard Dow dans sa manière pseudo-rembrandtesque, encore que le peintre ait montré par trop de malice et de ruse à peindre le chien de la façon la plus lourde et la plus détestable, et trahisse ainsi le pastiche pour l'avoir voulu trop cacher. Mais, de toute façon, il faut soit renoncer à l'attribution à Rembrandt (malgré une de ces belles signatures comme l'on sait que les marchands en firent apposer sur diverses peintures de son école tout de suite après la mort du maître), soit dire que cette peinture n'ajoute rien à la gloire du grand Van Rijn. Ceux qui ont le culte et l'admiration raisonnée de cet homme impeccable, préféreront certainement la première façon de voir. Ils feront leurs dévotions à l'inestimable collection des eaux-fortes de Rembrandt qui encadrent cette peinture, et l'on peut dire qu'ils préféreront le cadre... au tableau.

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LA COLLECTION DUTUIT ISAAC VAN OSTADE. — LA FERME (Collection Dutuit)