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LES ARTS N° 10 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Novembre 1902 Cliché Moreau Frères. TAPISSERIE DES FLANDRES TISSÉE DE LAINE, DE SOIE ET D'OR (Commencement du xvie siècle) (Collection Martin Le Roy)
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LES ARTS N° 10 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Novembre 1902 Cliché Moreau Frères. TAPISSERIE DES FLANDRES TISSÉE DE LAINE, DE SOIE ET D'OR (Commencement du xvie siècle) (Collection Martin Le Roy)
La Collection de M. Martin Le Roy QUAND la bienveillance de M. Edmond Foulc nous permit il y a quelques mois de faire connaître aux lecteurs de cette revue le plus remarquable cabinet d'amateur de la Renaissance qui existe actuellement à Paris, notre désir était qu'un jour nous puissions publier à la même place les merveilles du moyen âge que le goût avisé de M. Martin Le Roy a su, depuis plus de vingt ans, patiemment réunir, et qui forment à l'heure actuelle la plus admirable collection de ce genre qui ait pu se former et s'enrichir, depuis la dispersion des collections de Spitzer. Ce désir est aujourd'hui comblé, et la bonne grâce de l'amateur s'est prêtée aussi complètement à cette publication, que les limites mêmes de cette revue le comportaient; c'est dire qu'aucun monument essentiel n'a été omis de cette collection célèbre. Elle demeure pour quelques-uns d'entre nous l'asile respectueusement visité, où furent peu à peu, et judicieusement recueillis, tant d'objets vénérables, tout pénétrés d'histoire, et qui prennent une importance si grande aux yeux de ceux qui en sentent la beauté parfois sévère et rude, ou qui en comprennent le sens évocateur de civilisations éteintes. Je viens de parler de «beauté», et c'est l'honneur de notre époque d'avoir eu la délicatesse de la sentir, et l'intelligence de la définir dans des objets qu'on traitait il y a encore trente ans de «barbares et de gothiques». Et l'on sait ce que ce dernier terme renfermait alors de dédain et de mépris. Maintenant que nous ne pouvons regarder sans une émotion toute naturelle les figures du portail de Chartres ou de la cathédrale de Reims, et toutes les représentations des personnages humains que les ivoirières ou les orfèvres du xime ou du xive siècle firent d'après les données de style et de caractère dont l'origine doit être cherchée avant toute autre dans la grande sculpture, nous ne pouvons comprendre par quelle oblitération du goût on refusait à une Vierge du xive siècle une élégance et un charme qu'on goûtait et qu'on louait dans une Vierge du xvie siècle. Et de même, est-il surprenant qu'on pût ne pas préférer la noble simplicité de formes et la sobriété décorative d'un objet d'orfèvrerie du haut moyen âge, à l'extravagante complication d'un objet du xve ou du xvie siècle! Ce goût des objets du moyen âge, M. Martin Le Roy l'a eu très vif. Mais, ainsi que nous nous sommes plu à le noter chez M. Foulc, il a voulu qu'ils concourrissent en son hôtel au but décoratif qu'il s'était proposé, que cet ensemble n'eût pas «l'air musée»; c'est en cela que ces deux
LA COLLECTION DE M. MARTIN LE ROY hommes de goût différaient de Spitzer, chez qui tout était classé méthodiquement et prêt pour l'étude; si bien que dix ans plus tard, toute la collection eût pu être enlevée par une ville américaine pressée d'avoir un grand musée, et réinstallée telle quelle, sans le moindre changement. Le grand charme du hall de M. Martin Le Roy, c'est de sentir qu'on y vit, c'est qu'on peut s'asseoir dans ces stalles ou cette chayère, poser le café sur cette table du xvie siècle, tirer le soir comme un rideau ces merveilleuses tapissieres, qui à elles seules sont une fortune, saisir au hasard sur les meubles une dinanderie ou un bronze, éprouver la totale joie artistique que connaissent bien tous les amateurs, et qui ne consiste pas seulement à regarder un objet d'art, mais encore à le toucher. Dans le dénombrement que nous allons faire de ces merveilles, nous verrons que tout cela n'a pas été l'œuvre d'un jour, mais de longues recherches, et voilà ce qui en fait le prix aux yeux de celui qui les possède. Tout cela a une histoire, des états de possession successifs, quelquefois célèbres; il a fallu une patiente attente, les basards heureux d'une journée de grande vente, avec les émotions de l'alea, et puis aussi les prises plus obscures, les débats avec un marchand, et ces réussites qu'on a souvent comparées à celles de la chasse, et qui offrent à ceux qui savent les ressentir les mêmes joies fortes et après. Presque toutes les séries d'objets qu'ont produits le Moyen Age et la Renaissance sont ici représentées, quelques-unes par des documents tout à fait éminents, tels que l'orfèvrerie, le bronze, l'ivoire ou la tapissierie; je n'émettrai qu'un regret, c'est de n'y point rencontrer une seule céramique, série qui eût pu, à en juger par les autres, présenter le plus vif intérêt. Bien que les tableaux ne se présentent pas, à vrai dire, à l'état de galerie, et qu'ils ne soient entrés ici que pour décorer les salons ce sont toutes peintures d'écoles anciennes, quelques-unes d'un trop réel intérêt pour que nous ne commencions pas par eux notre visite. PEINTURE Les Écoles allemandes primitives sont très mal représentées en France, dans les musées comme dans les collections particulières. Au Louvre même, si l'on excepte Holbein, il est très difficile de se faire une idée de ces Écoles si diverses, mais marquées d'un si fort accent particulier, qui en fait l'homogénéité. Voici, par exemple, deux tableaux colonais qu'on peut, d'après les classements les plus récents faits des artistes de Cologne, attribuer au maître de Saint-Séverin. Car les Écoles allemandes primitives ont ceci de particulier que, malgré les recherches d'archives et tous les travaux critiques faits avec méthode par les savants allemands, on n'a pu parvenir à connaître les noms de bien des artistes du xve siècle. On a dû, pour la commodité du classement et des discussions, s'appuyer pour chacun d'eux sur une œuvre célèbre, capitale, n'étant jamais sortie de l'église pour laquelle elle VIERGE EN IVOIRE. — France, fin du xiiie siècle (Collection Martin Le Roy)
LES ARTS avait été faite, et pouvant servir de pivot à toutes les recherches ultérieures qui permettraient de grouper autour de cette œuvre-type beaucoup d'autres peintures présentant avec elle des analogies. Les deux peintures dont je veux parler représentent: l'une, la Présentation au Temple; dans le chœur circulaire d'une église, devant l'autel, le grand prêtre portant une serviette brodée, reçoit la Vierge devant une suite de personnages qui tiennent des cierges. Sur l'autre panneau est figurée la Circoncision, devant une table ronde, dans la chapelle d'une église qu'on voit en perspective. La Vierge agenouillée porte une robe vert pâle nuancé de jaune, bien particulière à l'École colonaise. Les figures se caractérisent par des proportions courtes, chapeille, vêtue d'une longue robe d'un vert olive un peu pâli, tenant dans ses mains la boîte aux parfums, suivie de saint Christophe, tenant le long bâton branchu du pélerin, et portant sur ses épaules le petit Jésus. Respectueux de la tradition d'une iconographie immuable, l'artiste a creusé les dalles de la chapelle d'une piscine dans laquelle saint Christophe a dû descendre. Sur l'autre panneau sont représentés saint Georges appuyé sur la longue épée qui a tué le dragon, et saint Martin, mitré et tenant la crosse épiscopale, faisant l'aumône à un estropié à genoux devant lui. Beaucoup de noblesse alliée à beaucoup de sérénité; les figures longues, vêtues d'amples et lourdes étoffes, ont ce calme des êtres soustraits aux accidents de la vie extérieure, et qui semblent passer d'un pas silencieux dans l'ombre des couloirs d'un de grosses têtes et des joues bouffies. La peinture, très fraîche, n'est pas exempte de froideur, et manque d'accord et d'harmonie, très inférieure sous ce rapport et aussi quant au sentiment, aux œuvres flamandes qui en ont été les inspiratrices. Qu'il y a loin de l'œuvre d'un Van Eyck ou d'un Rogier Van der Weyden à l'œuvre la plus significative d'un maître colonial. Ces deux peintures proviennent de l'ancienne collection Vyer, de Cologne. De la seconde moitié du xve siècle, et d'un peintre, B. Strigel, dont on ne peut étudier l'œuvre que dans les musées de Munich et d'Augsbourg, sont deux tableaux, qui formaient peut-être les deux volets d'un grand triptyque. D'un côté sainte Madeleine s'avance sous les voûtes d'une couvent. Sur les fonds gris des grands murs nus, seules les étoffes apportent la joie de leurs couleurs franches, l'harmonie parfois un peu crue des rouges et des verts clairs. Deux portraits d'hommes fixent encore ce caractère de l'art allemand expressif et sérieux. C'est celui d'un homme vêtu d'un manteau qui laisse apparente la fine chemise plissée et brodée, coiffé d'une toque plate. La large figure, encadrée d'une barbe fine, est éclairée d'un regard méditatif et réfléchi. Cela n'a pas la forte et profonde expression d'un Holbein, mais cela touche par l'accent de sincérité qui en émane. L'autre portrait d'homme, d'une harmonie plus fine et plus savante peut-être, les noirs profonds des vêtements étant exaltés par la délicatesse des gants gris perle, appartient à l'École du Tyrol. Quelques savants allemands l'ont attribué à Hans von Schwag.
LES ARTS VITTORIO GIORGIO. — L'ANGE ET TOBIE. — Sienne, xve siècle (Collection Martin Le Roy)
LES ARTS L'entrée récente au musée du Louvre d'un tableau infiniment précieux de la primitive École des Pays-Bas a appelé l'attention sur son auteur, un peintre dont les œuvres sont très rares, car il mourut à vingt-huit ans. Geertgen van Saint-Jans, Gérard de Saint-Jean, ainsi nommé d'un couvent de chevaliers de Saint-Jean où il vécut, et pour lequel il travailla à Haarlem. Karel Van Mander rapporte qu'Albert Dürer avait fort admiré son talent quand il vint en Hollande. Deux œuvres authentiques qu'on connaissait de lui, deux volets de triptyque, déjà cités par Van Mander, se trouvent à la Galerie impériale de Vienne. Le panneau du Louvre, représentant la Résurrection de Lazare, est venu s'y ajouter. Et voici qu'un tableau, possédé par M. Martin Le Roy, prêté par lui à l'Exposition rétrospective de Bruges, et qui a pu y être longuement étudié, viendrait peut-être s'ajouter à l'œuvre si peu nombreuse de maître Gérard. C'est une Déposition de Croix qui, par le caractère des figures, l'exécution précise et le sentiment du paysage, peut être attribuée, sinon au maître, du moins à un de ses élèves, et rappelle par bien des points École florentine, XV° siècle (Collection Martin Le Roy)
LA COLLECTION DE M. MARTIN LE ROY un Crucifiement qui se trouve au musée des Offices de Florence. Les Écoles italiennes sont diversement représentées par un panneau représentant la Vierge adorant l'Enfant Jésus, couché et endormi devant elle, de l'école de Crivelli, et par une autre Vierge entre deux Saints, vêtue d'une étoffe à lourds orfrois, qui provient de l'abbaye de Fermo dans la Romagne. Un petit panneau figurant une Mise au Tombeau, la Vierge tenant étendu sur ses genoux le corps du Christ, avec la vigueur de coloration d'une robe rouge et d'un manteau bleu qui s'enlèvent sur un fond d'or gaufré, paraît attribuable au Siennois Lippo Memmi, le collaborateur fidèle de son beau-frère Simone di Martino. PLATEAU DE FIANGAILLES. — École florentine, XV° siècle (Collection Martin Le Roy) Une œuvre charmante, le petit Tobie, marchant, accompagné par l'ange, dans un paysage accidenté des grands profils de montagnes âpres, rappelle par sa donnée générale le tableau célèbre de Pollaiuolo, à l'Académie de Florence. Mais ici plus de douceur, plus de détente, et surtout le caractère des figures, ont incité à chercher à cette œuvre une origine siennoise, et à prononcer le nom de Francesco Giorgio. Un portrait d'homme, aux longs cheveux d'un blond de blé mûr, le cou nu, les épaules couvertes d'une écharpe d'un
LES ARTS bleu pâle, a toute la grâce infiniment douce d'un Basaiti. Deux plateaux, de ceux qu'on dénomma longtemps plateaux d'accouchées, mais qui sont vraisemblablement de ces travaux d'un art plutôt industriel, et faits pour être offerts en cadeaux d'hyménée, représentent, l'un, la rencontre du berger Paris et des trois Déesses, l'autre, une sorte de Triomphe de l'Amour trainé sur un char, et bandant son arc au-dessus des têtes d'une suite de personnages aux costumes florentins qui lui font cortège. Les costumes si particuliers, les blouses plissées et serrées à la taille par des ceintures, les manteaux à larges manches, les coiffes en bourrelets ou les hautes coiffures coniques, sont autant d'indications d'une influence pisanellesque indéniable. C'est ainsi que l'art si personnel d'un grand maître savait imprimer sa marque et son action sur les travaux d'ateliers qui ne se targuaient pas de grand art, et dont les productions nous charment tant aujourd'hui. Mais l'œuvre capitale de cette petite série de peintures italiennes est, à mon sens, un tout petit panneau, devant lequel je ne redoute pas de prononcer le grand nom de Mantegna ; dans un paysage montagneux, au détour des grands rochers, deux bergers marchent vers la crèche accompagnés d'une femme vêtue de blanc qui porte un poulet. D'une exécution précise et volontaire, ce petit tableau a toutes les qualités du dessin ferme et vigoureusement expressif de Mantegna. Et l'hypothèse est bien près de se transformer en certitude, quand on rapproche de ce petit panneau un tableau plus complet, une Adoration des Bergers, qui fait partie des collections de M. A. B. Boughton Knight, à Dounton-Castle, en Angleterre, que Charles Yriarte avait eu l'occasion d'étudier, et où se retrouve à l'état d'épisode secondaire de la composition le morceau dont nous venons de parler. La sculpture de pierre et de marbre est plutôt rare chez M. Martin Le Roy. La chose la plus intéressante que nous ayons à signaler est un grand médaillon de l'Ecole milanaise du xve siècle qui a fait partie de la collection Gavet. Deux profils d'homme et de femme se présentent l'un devant l'autre à des plans différents. La sculpture en est extrêmement énergique et du plus fier caractère, les figures se détachant en assez fort relief du fond. L'ORFÈVRERIE RELIGIEUSE ET L'ÉMAILLERIE C'est ici vraiment la partie tout à fait importante des collections de M. Martin Le Roy, et je ne connais aucune collection particulière qui offre à l'heure présente un si riche ensemble de monuments dignes d'une étude archéologique un peu sérieuse. Les deux grandes écoles d'orfèvrerie et d'émaillerie du moyen âge, l'Ecole rhénane au xiiie siècle et l'Ecole limousine au xiiiie siècle, sont représentées par des objets
LA COLLECTION DE M. MARTIN LE ROY BERNARD STRIGEL (attribué à). — VOLET DE TRIPTYQUE. — Allemagne, fin du XVIIe siècle (Collection Martin Le Roy) de premier ordre, et qui peuvent être objets de convoitise pour les plus célèbres musées. On sait quel fut l'état florissant des ateliers d'orfèvrerie et d'émaillerie des provinces rhénanes pendant le XIXe siècle, et quel remarquable caractère d'unité présentent tous les objets qui y furent fabriqués alors. Leur influence fut très forte, dans toutes les provinces de langue française qui les avoisinaient, aussi bien dans les Flandres et la région de la Meuse, qu'en Lorraine et même jusque dans l'Ile-de-France, où nous savons par le livre de son administration que Suger avait attiré des orfèvres lorrains à Saint-Denis. Mais comme en Allemagne la production des émaux n'a pas eu le rayonnement, la puissance d'expansion qu'elle a eus à Limoges, comme la vallée du Rhin ne fut jamais un centre d'exportation, et qu'on ne rencontre pas d'émaux champlevés rhénans ou mosans comme on rencontre des émaux limousins dans des églises lointaines, il est certain que les travaux sortis de leurs mains étaient plus généralement soignés, et qu'ils ne furent pas obligés, pour fabriquer hâtivement, de simplifier les procédés techniques que les traditions leur avaient transmis. En Allemagne, comme en France, bien qu'une semblable transformation technique, comme toutes les évolutions, ne se soit pas produite à une date déterminée et fixe, on peut dire cependant d'une façon générale que c'est au XIIe siècle que commence la série des émaux champlevés. Et il est remarquable de constater l'usage étendu que les orfèvres allemands tirèrent de l'émail, et l'application merveilleuse qu'ils en firent aux monuments qui sortaient de leurs ateliers de fonderie. On a cherché souvent, dans beaucoup de traités d'émaillerie, à formuler des règles fixes qui permettraient de distinguer à première vue un émail rhénan ou mosan d'un émail français, d'après la gamme de couleurs plus généralement employées, les verts assez particuliers, souvent nuancés de jaune, les verts émeraude rompus, les lilas violacés dans le modèle des figures, qui sembleraient plutôt appartenir aux ateliers allemands. Mais des exceptions pourraient venir si souvent infirmer la thèse, ces caractéristiques pouvant être parfois relevées sur des émaux limousins, que rien ne vaut une étude attentive des monuments, la mémoire des yeux, qui trompe moins que toute autre. Deux petites plaques rencontrées ici sont des spécimens parfaits pour se faire une opinion à cet égard. Sur l'une nous voyons l'archange saint Michel tuant le dragon ; sur l'autre, un Centaure tirant de l'arc. Si nous étudions d'abord le style des figures, nous leur trouvons un caractère bien personnel, un souci plus littéraire dans l'invention des sujets et dans leur présentation, un art plus intimement uni à celui des miniaturistes : à cet égard, la figure de saint Michel ne
LES ARTS déparerait pas la marge d'un manuscrit. — La qualité des émaux est aussi de celles qu'on n'oublie pas; les vêtements du saint Michel sont bleus rompus de blanc, les corps du Centaure et du dragon sont d'un vert acide, le buste nu du Centaure est lilas. Pris en soi, les tons sont purs et francs, mais d'une complète inharmonie; adroit émailleur, l'artiste était aussi peu peintre que possible, et ce n'est pas l'unique exemple où nous aurions à le constater sur les bords du Rhin. Quatre plaques émaillées sont encore d'excellents spécimens pour habituer l'œil à discerner les émaux champlevés rhénans. Nous y voyons représentés une Annonciation, un Christ de Majesté et deux apôtres, où ces mêmes colorations de bleu rompu de blanc, de vert clair rehaussé de jaune et de lilas violacé se retrouvent. Un coffret où tous les personnages sont en réserve et gravés sur un fond d'émail, est un très bel objet de cette orfèvrerie allemande dont la production fut si abondante au xiiie siècle. Sur le dessus de la boîte est représenté le premier acte de la Déposition de Croix, quand deux personnages, montés sur des échelles, déclouent le corps du Christ. Les côtés sont décorés de prophètes assis sur des sphères. Les autels portatifs tiennent le premier rang parmi les objets de haute curiosité et de grande rareté. Le Musée du Louvre n'en possède aucun, le musée de Cluny en acquit jadis un à la vente Stein, et depuis la disper- BOITE DE MIROIR. — IVIOIRE. — France, xiv° siècle PLAQUES D'IVOIRE. — Sud de l'Italie, x° ou xi° siècle (Collection Martin Le Roy)
LA COLLECTION DE M. MARTIN LE ROY COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE. — Ivoire byzantin du xie siècle. — Monture d'émaux rhénans du xiie siècle (Collection Martin Le Roy)

Cet ouvrage, le numéro 10 de la collection « Les Arts », présente la collection d'objets d'art médiévaux et de la Renaissance de M. Martin Le Roy. Il détaille diverses œuvres, notamment des peintures des écoles allemandes et italiennes, de l'orfèvrerie, de l'émaillerie, ainsi que des meubles et sculptures. L'article met en avant la richesse et la diversité de la collection, soulignant l'importance de ces pièces pour l'étude archéologique et artistique.