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LES ARTS N° 9 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Octobre 1902 J.-JAMES TISSOT. — MARGUERITE AU REMPART

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J.-JAMES TISSOT. — LA SIESTE (Aquarelle) J.-JAMES TISSOT L'été de 1902 a été singulièrement rude à nos peintres. En quelques mois, on a vu disparaître, coup sur coup, Benjamin-Constant, Huguet, J.-G. Vibert, Louis Deschamps, Ernest Baillet, James Tissot. Tous ces talents furent, dans une certaine mesure, personnels. Ils ont apporté chacun à notre art une note inédite, sinon juste. James Tissot, dont la main, quoique experte, fut lourde, et qui ne connut jamais les joies de la couleur, n'a pas donné la plus savoureuse, mais la plus curieuse, à coup sûr, lui est due et la plus pénétrante. Par une fortune assez rare, c'est au déclin de sa vie qu'il a fourni le meilleur de son œuvre. Au cours d'une carrière qui fut longue, — il est mort à soixante-six ans, et son activité s'exerçait depuis au moins quarante ans. — il a touché à tout : dans une première période, toute française, à la peinture de genre ; dans une seconde période, tout anglaise, à la vie élégante et mondaine. Sa troisième étape nous le montre, à Paris, préoccupé du problème de l'au-delà et traduisant en des compositions hallucinantes, qu'il grava, les fantômes évoqués sous ses yeux par des spirites amis. Revenu à la foi de ses pères, il aborde la peinture religieuse et, quinze années durant, il s'y livre avec cette conscience tenace qui n'aboutit pas de toute nécessité au chef-d'œuvre, mais qui produit, presque toujours, l'œuvre forte. Les quinze ans que dura cette période, il les remplit d'un labeur obstiné dont les résultats ont propagé partout sa renommée. Reproduites avec des soins scrupuleux, en couleurs, par des procédés d'une fidélité absolue, dans le beau livre édité, voilà cinq ans déjà, par la maison Mame, les trois cent quatre-vingt-cinq aquarelles dans lesquelles Tissot avait entrepris de reconstituer, d'après les Évangiles, tous les épisodes de la vie de Jésus, ont valu une notoriété universelle à l'artiste. Pas un coin du monde civilisé où son interprétation de la légende sacrée n'ait été accueillie, tant l'accent de vérité qui y règne est poignant, avec une émotion intense et recueillie. Sans doute, il en eût été de même de la Bible, dont il préparait, quand la mort l'a frappé, une illustration également abondante, et non moins passionnément réaliste. Si l'on s'en tenait à l'esquisse rapide que je viens d'en tracer, la carrière du peintre paraîtrait, à première vue, très complexe, et son talent ne serait rien moins qu'homogène. Pour peu qu'on l'étudie, on sera frappé du contraire. Réaliste fervent dès le début, mais réaliste à la façon de Henry Leys, dont les premières œuvres de Tissot, en particulier la série des tableaux qui lui ont été inspirés par la légende de Faust, attestent à tel point l'influence en ce qu'on J.-JAMES TISSOT. — ÉTUDE DE FEMME (Aquarelle)

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J.-JAMES TISSOT. — L'ENFANT PRODIGUE

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LES ARTS serait tenté d'y voir du pastiche, l'artiste y affirme déjà, et hautement, le double caractère qui donnera à son illustration de la Vie de Jésus, un accent si personnel et si ferme : il s'y montre en même temps que soucieux de vérité, mais d'une vérité profondément expressive et humaine, archéologue passionné. Dans ce récit d'autrefois dont il tente une représentation vivante et exacte, pas un détail qui ne l'intéresse, pas une partie de costume ou de décoration qui ne soit étudiée avec le même scrupule que le motif principal, dût-il par là lui faire tort. Transplanté par les hasards de la vie, aux environs de 1871, outre Manche, il y est séduit par l'élégance d'aspect, la belle et virile tournure de la femme dans les milieux élégants, par la fraîcheur du type irlandais qui caractérise la femme des basses classes, et il s'essaye à en fixer le charme. Sans effort, il y réussit. Son pinceau n'eut jamais été assez souple, son dessin assez spirituel pour traduire, dans sa mobilité, la Française. Esprit lent, sérieux, réfléchi, et qui ne saisit qu'avec peine le fugitif et le subtil des menues nuances, il s'est reconnu, devant la Parisienne, impuissant: J.-JAMES TISSOT. — LE SÉJOUR EN ÉGYPTE Extrait de la Vie de N.-S. Jean-Christ, édité par MM. ALFRED MANE et FILS il n'hésite pas devant l'Anglaise, plus simple, et dont la grâce, plus robuste, est moins déconcertante. Dans ses aquarrelles, que l'eau-forte a rendues populaires, voyez-la, promenant en été, sur les rives herbues de la Tamise, dans les jardins fleuris de Kew, sous les ombreuses futaies de Richmond, ses formes élancées, moulées dans une légère étoffe de surah, débarquant radieuse d'un canot conduit par un rameur athlétique, ou, sur le pont d'un boat-house, étendue dans le traditionnel rocking-chair et rêvant, vous serez frappé, pour peu que vous connaissiez l'Angleterre, de la sincérité de l'interprétation, de sa justesse et, caractéristique encore plus qu'inattendue et plus rare chez un artiste français, du ton extraordinairement anglais qu'elle affecte. Aussi Tissot fit-il à ses compatriotes, quand il revint se fixer parmi eux, l'effet d'un étranger. Il le sentit, et vécut délibérément à l'écart. Le long séjour à Londres avait d'ailleurs déterminé dans son être une poussée mystique qui ne s'accommodait en rien du tumulte et de la vie un peu évaporée du boulevard. Obstinément fermé aux bruits du dehors, l'atelier de Tissot ne s'ouvrait jamais tout grand. De loin en

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LES ARTS Copyright 1895 by J.-J. Tissot. J.-JAMES TISSOT. — MATER DOLOROSA Extrait de la Vie de N.-S. Jesus-Christ, éditée par MM. ALFRED MAME et FILS

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LES ARTS loin, de rares intimes, adeptes convaincus des croyances spirites, ou curieux seulement d'occultisme, mais dont la curiosité avait été reconnue par Tissot respectueuse, y étaient convoqués. Ils y assistaient à des séances médianimiques dont ils s'accordaient à vanter l'intérêt, et le physicien Crookes, à plusieurs reprises, y évoqua, de la façon la plus émouvante, l'ombre jolie de Katie King. On retrouverait, dans les premiers numéros de la Revue illustrée, en 1885, si mes souvenirs sont exacts, d'impressionnants dessins où M. Albert Besnard a retracé quelques-unes de ces évocations. Agitée par des préoccupations de cette nature, la production de Tissot fut, pendant cette période de huit à dix ans, assez trouble, mais le talent de l'artiste y gagna de s'assouplir à des formes nouvelles, et, quand la parole d'un dominicain eut ramené à la foi catholique l'âme angoissée du spirite, quand Tissot, pour affirmer cette foi, entreprit le grand travail où les quinze dernières années de sa vie s'absorbèrent, il était mûr pour cette périlleuse entreprise. Il y apportait, avec ce réalisme instinctif qui devait lui dicter le programme de son œuvre, un sens du surnaturel qui avait manqué, depuis des siècles, à tant d'autres, et dont le manque avait rendu depuis si longtemps insipides toutes les manifestations de la peinture religieuse. Il y apportait en même temps, — et le mérite à cela n'est J.-JAMES TISSOT. — JÉSUS ENGAGE LES APÔTHÈRES À SE REPOSER Extrait de la Vie de N.S. Jean-Christ, éditée par MM. Alfredo Mars et Fils Copyright 1895 by J.-J. Tissot. pas moindre, — une notion précise, une vue claire de ce qu'il fallait pour stimuler l'attention et piquer la curiosité d'une époque de scepticisme aigu ou de foi molle comme la nôtre. La vie de Jésus n'est plus pour nous que de l'histoire et, dans l'histoire, l'esprit de notre temps se pique d'exac-titude; il est scientifique et documentaire à outrance. Les reconstitutions archéologiques lui sont chères. Plus les temps dont on lui parle sont lointains, plus il tient à ce qu'on les fasse revivre en accumulant de menus faits pittoresques, en révélant de petits détails ignorés. Le fond des choses l'intéresse souvent moins que le décor. Il veut aux événements un cadre d'une fidélité impeccable et d'une intransigeante vérité. Tant mieux si l'émotion s'y joint par surcroît. Rien ne pouvait mieux servir James Tissot que cette tendance universelle des esprits. Elle s'accordait à merveille avec sa façon de voir. Elle corroborait l'élan impérieux de sa nature. L'homme qui avait attaché une si grande importance, dans un sujet de romance comme la Rencontre de Faust et de Marguerite, à l'exacte reconstitution du détail, même le plus infime, ne pouvait comprendre une reconstitution de la Vie de Jésus autrement et, bien qu'il considérât l'entreprise comme un acte de foi, cet homme de sens pratique l'eût difficilement hasardée s'il n'avait jugé le moment opportun. Et le moment l'était d'autant plus que la peinture religieuse était morte. Elle avait connu jadis de belles heures.

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LES ARTS Copyright 1896 by J.-J. Tissot. J.-JAMES TISSOT. — LA FOULE S'EN VA EN SE FRAPPANT LA POITRINE Extrait de la Pie de N.-S. Jean-Christ, éditée par MM. ALFRED MAME ET FILS

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LES ARTS --- Aux primitifs, tous les moyens étaient bons pour faire en même temps de bonne peinture et des œuvres d'une foi profonde et ardente. Le réalisme expressif des Flamands n'y avait pas moins réussi que l'idéale candeur d'un frâ Angelico. Au xvi^e siècle, Dürer et Raphaël, Michel-Ange et Léonard de Vinci mis à part, l'illustration des scènes de la Bible et de la Vie de Jésus avait tourné à un art tout de parade. Pour rafraîchir et renouveler la formule au xvii^e siècle, il ne fallut pas moins que le génie d'un Rembrandt. En touchant à la légende sacrée, le xviii^e siècle l'avait purement travestie. Le xix^e n'a guère été plus heureux. Retirez le Christ en Croix de Prud'hon et quelques notes poignantes de Delacroix, que reste-t-il? L'art qui a fourni leurs modèles aux officines de la rue Saint-Sulpice, l'incolore Flandrin qui, du moins, eut l'intuition de la sainteté, les fadares mystiques d'Overbeck, l'imagerie banale d'Ary Scheffer, — de quoi soulever de dégoût les âmes les plus croyantes. Quant à l'extraordinaire éclosion de tableaux religieux à laquelle nous avons assisté depuis quinze ans, est-il besoin d'en parler? Quel homme intelligent n'en a senti depuis longtemps tout le factice? Sincère à ses débuts, avec l'Allemand de Uhde, dont la Cène, grâce aux tendances humanitaires qui l'animent, reste en dépit de tout une belle œuvre, haute d'inspiration, large de souffle, intense de sentiment, le mouvement a tout de suite avorté. Les fantaisies auxquelles s'est livré Jean Béraud peuvent encore ameuter la foule: on ne les prendra jamais pour de la peinture religieuse. Le mouvement, néanmoins, quoique factice, avait ramené l'attention sur le genre. C'était un nouvel élément de succès pour Tissot. Les encouragements ne devaient pas lui manquer pour sa tâche. Il partit. Pendant dix ans, il vécut sur les lieux qui avaient été, dix-neuf cents ans plus tôt, le théâtre des événements qu'il se proposait de retracer. Les Évangiles en main, il parcourut la Judée en tous sens, replaçant les faits dans le décor, étudiant ce décor en lui-même et le notant avec un souci criant de vérité. Tous les replis du sol, tous les accidents du terrain lui étaient devenus familiers. Quand il les eut notés avec une patience inlassable, il passa à ses études de types. Pas un personnage de son œuvre qui n'ait été ainsi, et sur place, minutieusement observé dans l'allure, dans le geste, dans le costume. Il se disait, avec plus de vraisemblance, au fond, que de justesse, que dans cet Orient immuable, ni le vêtement, ni la race ne devaient s'être modifiés depuis Jésus, et il traduisit, sans l'interpréter, ce qu'il voyait. Aux yeux de tous les raffinés, ce fut une faute. Dans bon nombre de scènes, l'anachronisme est choquant, le réalisme, auquel l'artiste a sacrifié d'autant plus qu'il est dépourvu d'imagination, lui fait tort. Et l'exécution, parfois lourdement appuyée, accentue ce qu'il y a, dans ce parti pris, d'excessif. La mise en scène, en revanche, est parfaite, et l'œuvre, d'un bout à l'autre, est vivante. Sent-elle en quoi que ce soit le divin? L'inclinerais à croire le contraire. Il est des nuances qu'un esprit positif comme Tissot ne sera jamais capable de rendre. Il a esquivé les unes, mal compris et médiocrement rendu certaines autres. Quant au surnaturel, il l'a mieux entendu que le divin. Son passé de spirite l'y avait merveilleusement préparé. Il l'a rendu avec une étrangeté qui était de mise, avec une puissance d'évocation qui s'impose. Touchera-t-il jamais les âmes pieuses? Il est permis d'en douter. Mais son œuvre est d'un intérêt poignant pour les autres, et elle est vraiment neuve. C'est plus qu'il n'en faut pour durer. Fr. THIÉBAULT-SISSON. Copyright 1895 by J.-J. Tissot. J.-JAMES TISSOT. — LE MAGNIFICAT Extrait de la Vie de N.S. Jesus-Cheurt, édité par MM. ALFRED MARE et FILS

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LA COLLECTION RESSMAN Ressman (Constantin) est né à Trieste en 1832, et mort à Paris en 1899. C'était une nature d'élite. Il vint faire son droit à Padoue, et, après de brillants examens, il fut reçu docteur. Pris d'amour pour les idées libérales, il participa au mouvement, non d'une façon platonique, mais effectivement. Il consacra à la propagande une notable partie de sa fortune, et en 1854, lors du procès de Mantoue, il fut condamné par les tribunaux autrichiens pour crime de haute trahison. En 1861, il se fit naturaliser Italien; l'année suivante, il fut reçu, après concours, attaché au ministère des Affaires étrangères. Sa carrière fut rapide et brillante. Il franchit successivement tous les degrés de la hiérarchie, devant ses grades et ses postes uniquement à son mérite; il passa comme secrétaire et conseiller à Londres et à Paris, et, comme ambassadeur, à Constantinople et à Paris. En 1895, il fut mis en disponibilité; il subit sa disgrâce sans récrimination, avec dignité; il aimait la France et resta à Paris, où il finit ses jours. Il avait été nommé sénateur du royaume d'Italie en 1898. Dès que sa mort fut connue, le président du Sénat, M. Saracco, M. Nigra, dont il avait été le collaborateur à Paris, M. Visconti-Venosta, ministre des Affaires étrangères, proclamèrent hautement, en séance, son patriotisme, ses vertus civiques, ses nobles sentiments et ses éminentes qualités de diplomate. Ressman était un esprit cultivé dans tous les BEAUME ALLEMAND. — XX° SIÈCLE (Collection Ressman) Cliché Almori. N° 16 POUDRIERES. — XVIe SIÈCLE N° 15 N° 18 N° 17 Cliché Almori. N° 11

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LES ARTS genres, d'une vaste érudition, de relations sûres et bienveillantes, d'un cœur généreux. Il aimait les arts, mais comprenant qu'il ne pouvait embrasser tout leur vaste domaine, il s'était spécialement attaché aux armes. L'arme, en effet, au temps des belles armes constituait un objet spécialement typique d'un pays, d'une époque; elle avait un caractère propre, une sorte d'individualité, on pourrait dire une personnalité; elle était adéquate de celui qui la portait; par une épée, on sentait la qualité et la nature de l'homme qui mettait flamberge au vent; aucun autre objet d'art usuel n'était aussi intimement lié à celui qui le détenait. Ressman était dans ces idées lorsqu'il entreprit sa collection; pendant de longues années, il y consacra une partie de ses ressources, son goût éclairé, sa science, et un flair particulier dont il était doué. Il suivit les ventes et se mit en relations avec les collectionneurs, notamment avec Louis Carrand et Victor Gay qu'il accompagna dans plusieurs de ses voyages d'exploration en Allemagne. En 1894, alors qu'il était ambassadeur du roi d'Italie près la République française, il fit son testament. « Lascio tutte le mie armi, armature, frammenti ed accessori d'armi antiche alla citta di Firenze, affinche sièno deposte nel R. Museo Nazionale al Bargello, possibilmente in immediata prossimità degli oggetti lasciatevi del defunto mio amico Louis Carrand. » Après avoir été relevé de ses fonctions l'année suivante, pour des motifs purement politiques, il ne changea rien à ses dispositions. Son désir a été réalisé; la collection a été installée au Bargello, tout près de la salle de Carrand (1), et dans d'excellentes conditions, par les soins du distingué conservateur du musée, M. Benvenuto Supino. En outre d'une cinquantaine d'objets de moindre importance, réunis en lots, elle comprend environ 280 pièces d'origine italienne, française, allemande et orientale. Casques anciens et pièces appartenant à des casques. Chanfreins, éperons, mors. Épées. Dagues. Armes de hâte. Pistolets. Arcs, arbalètes. Lances, pommeaux, poudrières, accessoires d'épées. Armes orientales. Objets divers: statuettes, plaques, olifants, chaperons de faucon, etc. Tous ces objets ont été choisis avec science et goût, mais les épées et les dagues dominent par la qualité. Chargé ici d'une simple notice, je me suis borné à recueillir quelques renseignements à Florence et à reprendre des extraits tirés de l'inventaire dressé, peu avant la mort de Ressman et sur sa prière, par le baron de Cosson, dont la haute compétence est connue. Et encore je limite les extraits aux pièces dont les Arts donnent la reproduction et à quelques autres. Le texte du baron de Cosson est simple et clair; il doit être reproduit littéralement, tout commentaire, toute amplification seraient inutiles. (1) Les Arts donneront prochainement une notice sur la collection Carrand. (N.D.L.D.) Ce sera le guide indispensable de l'auteur qui entreprendra une publication spéciale sur la collection Ressman, car, quoiqu'elle en soit grandement digne, elle n'a pas encore donné lieu à pareil travail. Il est vrai que plusieurs écrivains compétents ont étudié les pièces les plus importantes, notamment Édouard de Beaumont (1), Gay (2), Maindrón (3), Supino (4), et d'autres sans doute. * La pièce capitale de la collection est l'épée vénitienne (n° 1 de nos reproductions, page 16). Voici la description qu'en fait M. le baron de Cosson: « Épée vénitienne de la fin du xve ou du commencement du xvie siècle. Cette épée, une des trois plus belles qui existent, est peut-être la plus remarquable de toutes par sa forme, qui est absolument unique. Le pommeau est formé comme ceux des dagues à oreilles dites stradiotes, mais de très grande taille; il est orné d'un dessin fait au burin et au poïçon, d'un style à demi oriental et d'une rare originalité. La poignée, de corne jaune, est ornée de bandes de filigrane. Au milieu des quillons sont deux oreilles renversées qui répètent la forme du pommeau. Les quillons sont légèrement tordus à droite et à gauche, et décorés d'arabesques de même style que le dessin des oreilles. La lame, large à la garde et effilée, est ornée de chaque côté, près de la garde, d'un sujet allégorique traité à l'antique et de la même main que la gravure de l'épée de Borgia, appartenant au duc de Sermoneta, et de celles que l'on voit sur les plus belles cinquadea (langues de bœuf) italiennes. Cette gravure est dorée en plein. Cette épée, d'une puissance et d'une allure extraordinaires, est également remarquable par sa parfaite conservation. Elle conserve son ancien fourreau, mais dégarni de ses mouleurs. » Les dagues, dites en Italie alla stradiotta, ont une forme particulière. Leur dénomination vient du nom stradiotto, qui était donné à une troupe de cavaliers armés à la légère, que la République de Venise recrutait en Orient. E. de Beaumont fournit des détails sur la provenance de la pièce: « Cette arme, écrit-il, de beauté étrange, fut rapportée d'Italie, après notre dernière campagne de Lombardie, par un officier d'infanterie qui mourut quelques années plus tard à Versailles, où son régiment était alors en garnison. Là, elle fut vendue aux enchères avec les objets banaux que contenait le coffre de bagages de l'officier défunt et adjugée pour la somme de cent francs à un Parisien marchand d'armes. Il l'acheta de compte à demi avec un de ses confrères qu'il venait de rencontrer, et l'un des deux la vendit, peu de jours après, dix mille francs à M. Louis Carrand. » Ressman faisait des échanges avec son ami Carrand, en ajoutant, à l'occasion, des soultes pour rétablir l'égalité. Naturellement, on ne sait rien de la combinaison qui a eu l'épée de Venise pour résultat, mais il est certain que (1) Fleur des belles Épées. — Boussod et Valadon, Paris, 1885. (2) Glossaire archéologique. — Paris, 1887. (3) Les Armes. — Quantin, Paris, 1890. (4) Le Gallerie nationali italiane. — Roma, 1902.

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LA COLLECTION RESSMAN Cliché Almucci. N° 2 STATUETTE FRANÇAISE. — XIVe SIÈCLE (Collection Ressman)