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POURQUOI NOUS AVONS FAIT L'EXPOSITION DU SAHARA
par Henri-Paul EYDOUX, Secrétaire général de l'Exposition du Sahara
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Organiser à Paris une exposition du Sahara peut paraître, à première vue, un paradoxe.
La connaissance du grand désert a fait, depuis quelques années, de tels progrès que l'heure était venue de « faire le point » et de donner un état exact du Sahara 1934.
On divise généralement l'histoire saharienne en deux grandes étapes : la « pré-cameline » et la « cameline » (car l'introduction du chameau ne date que de la fin de l'Empire romain). Une ère nouvelle du Sahara s'est ouverte : celle de l'auto et de l'avion, vieille de quinze ans à peine, mais qui a bouleversé les conditions de vie du désert.
Le Hoggar à dix jours de Paris, des postes d'essence au Tanezrouft, l'aménokal des Touaregs montant en avion : le désert accommodé au goût du jour. C'était une raison de plus pour faire l'Exposition du Sahara. Elle s'imposait avant que des bouleversements profonds ne vinssent par trop modifier la vie saharienne.
Quand cette manifestation fut décidée par le docteur Rivet et Georges-Henri Rivièr dans le cadre du Musée d'Ethnographie qu'ils ont rénové, le matériel susceptible de figurer à une telle exposition se résument en quelques dizaines de pièces des collections du Musée.
Mais on savait pouvoir compter sur les Sahariens, sur une magnifique équipe d'hommes passionnés du désert : des officiers, des explorateurs, des savants. On savait aussi que M. Carde était le premier gouverneur général de l'Algérie ayant concrétisé cette notion que son domaine s'étend jusqu'au delà du Hoggar ; et, de fait, sans ses encouragements et son appui, l'Exposition du Sahara n'eût pu être menée à bien.
Les concours se révélèrent si nombreux, si actifs, que le cadre de l'exposition fut progressivement élargi : on décida d'y comprendre l'ensemble des activités et des sciences sahariennes. Il apparut difficile de s'en tenir aux limites géographiques du Sahara français, et l'exposition devint internationale.
Le gouvernement de Rome, sollicité de participer à la manifestation du Trocadéro, a réalisé une magnifique section, accomplissant par là un geste amical dont la portée politique ne saurait être trop soulignée.
Certes, la conquête du Fezzan, de Ghât, de Koufra est toute récente encore, mais l'Italie n'en a pas moins, en un temps très court, accompli une œuvre scientifiquement féconde. A cet égard, la documentation envoyée par les gouvernements de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine et par les institutions scientifiques de la péninsule était encore en grande partie inédite, et elle apporte même d'étonnantes révélations sur l'histoire ancienne du Sahara.
Le Sahara égyptien ne pouvait être absent de l'Exposition. Il est représenté notamment par une très belle documentation sur les sédentaires berbères de Siwa, l'oasis de Jupiter Ammon, et des pièces ethnographiques des grands nomades du Soudan anglo-égyptien.
Les explorations anglaises et allemandes ont pu être reconstituées grâce aux envois des Sociétés de Géographie de Londres et de Berlin. Le major Laing, Barth, Nachtigall, Erwin von Bary, Richardson, Davidson, Rohlf's, d'autres encore, revivent par des manuscrits, des cartes, des lettres, par un grand nombre de documents originaux qui ne laissent pas d'être profondément émouvants.
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Car les organisateurs de l'exposition ont voulu que la pénétration saharienne fût retracée, que l'œuvre des grands explorateurs fût évoquée. Et, dans la sereine paix de l'histoire, voisinent côte à côte, dans le cerceuil de verre des vitrines, les souvenirs des hommes qui furent des émules, souvent même des concurrents...
Cent années d'histoire saharienne sont ainsi évoquées, depuis René Caillié jusqu'au prince Sixte de Bourbon, en passant par Flatters, Duveyrier, la colonne de Wimpfen, Soleillet, Victor Largeau, la mission Foureau-Lamy, le colonel Monteil, Chudeau, la colonne Flamand-Pein, la prise d'In-Ghar, le combat de Tit, le général Largeau, le marquis de Morès, Psichari, Vieuchange, le général Clavery, d'autres encore, dont la seule énumération constituerait le palmarès de la pénétration saharienne.
Et, au centre de cette section d'histoire, le Père de Foucauld et le général Laperrine.
La grande salle de l'exposition où figure la section historique s'intitule : « La France au Sahara ». Les différentes formes de nos activités sahariennes y sont présentées : les missions des Pères Blancs et des Sœurs Blanches, avec les précieux souvenirs des religieux massacrés au Sahara, les travaux et les œuvres des stations ; l'administration des Territoires du Sud; l'action militaire, pour laquelle la collaboration officielle du Ministère de la Guerre a été obtenue ; la cartographie moderne présentée par le Service Géographique de l'Armée, et en regard de laquelle figure un choix de portulans du Moyen-Age, documents rarissimes dont la Bibliothèque Nationale a consenti à se dessaisir pour la durée de l'exposition.
Dans d'autres salles, une large place a été donnée aux sciences naturelles évocatrices de la vie du désert, au Sahara « post-camelin », si l'on peut dire : celui de l'auto et de l'avion, enfin au Sahara des artistes et des littératureurs, symbole du désert conquis.
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Mais la section la plus importante de l'exposition est celle qui est consacrée à l'ethnographie. L'opinion populaire voit dans le Sahara d'immenses étendues dont la vie est absente. Le désert a une vie humaine raréfiée, certes, mais combien passionnante. Trait d'union entre l'Afrique blanche et l'Afrique noire, les hommes du désert forment un complexe de races, d'Arabes, de Berbères, de négroïdes, d'hybrides
La place d'honneur a été naturellement donné, à l'exposition, aux Touaregs. Le grand public les aime, sans trop les connaître, à travers Pierre Benoit et Brigitte Helm ; ils ont un prestige mérité de chevaliers guerriers et amoureux. Ce sont aussi de grands artistes qui ont conservé pieusement, en même temps que leurs grandes manières, leurs costumes et leur art traditionnels et qui ne se sont pas laissé entamer par l'influence européenne et la paccotille des comptoirs africains.
Mais si les Touaregs sont en vedette de l'exposition, aucune population du désert n'a été oubliée. Des sections sont consacrées aux diverses tribus de la Mauritanie, aux gens de Tombouctou, aux différentes populations des oasis; aux Mozabites, les puritains du désert; aux Chaamba, les rivaux arabes des Touaregs; aux Tibbous même, étrange population qui vit dans le refuge des montagnes dantesques du Tibesti.
Bien entendu, une place importante a été également donnée à la préhistoire saharienne, « actualisée » par les relevés des surprenantes peintures rupestres découvertes tout récemment dans le Tassili des Ajjer par MM. E.-F. Gautier et Reygasse, les deux grands savants sahariens.
L'archéologie saharienne est elle-même représentée par quelques pièces telles que les anciennes idoles touaregs trouvées au Hoggar par le général Nieger et par les objets et les bijoux de Tin-Hinan, la reine légendaire des hommes voilés, l'Antinéa des romans et du cinéma...
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POPULATIONS DU SAHARA
Le Sahara a une vie humaine raréfiée, mais d'un prodigieux intérêt. Formant la cloison — mais aussi le lieu de rencontre — entre deux mondes opposés, le noir et le blanc, ses immensités sont le domaine de populations variées dans leur langue, leur race, demeurées en noyaux distincts et parfois très tranchés les uns et les autres, façonnés au désert.
On peut les classer en noirs ou négroïdes et blancs, en Arabes et Berbères, ou mieux, en arabophones et en berbérophones.
Les noirs sont, par leur constitution physiologique, les travailleurs du Sahara. Les blancs en sont les seigneurs, que ce soient d'éternels che-distincts et parfois très tranchés les uns et les autres, façonnées au désert. taires, des « casaniers », comme les Mozabites, qui prennent leur retraite de commerçants dans leurs villes saintes.
Les savants ont fort à dire encore sur les origines des Sahariens. Les Garamantes — qu'on ne connaissait que par les dires des historiens antiques — commencent à livrer leurs secrets gravés ou peints sur la pierre ; une grande civilisation dut régner jadis, dans le désert. Les Touaregs nous étonnent par leurs grandes manières : ils les doivent sans doute à ce qu'ils sont de très bonne famille aristocratique.
Mais il y a, au Sahara, des fils de famille et des parents pauvres. Parmi ces derniers, les Tibbous du Tibesti, qui sont étranges et mal con-nus. Tous, quels qu'ils soient, sont intéressants. Le Sahara est un immense laboratoire d'anthropologie et d'ethnographie.
H.-P. E.
TOUAREG
Photo Iebac.
UN CARROUSEL TOUAREG
Montés sur leur grand méhari, on voit ici des Touareg — hommes et femmes — procédant à un carrousel. Au loin se profilent les montages du Hoggar.
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UN TARGUI NOBLE
Ce chef du Hoggar, magnifiquement drapé dans son costume traditionnel d'étoffes bleues et blanches, demeure le visage voilé par le « litham ».
( Photo Capitaine Demoulin )
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COSTUMES DE SEBIDA
Ce splendide costume est celui que revêtent les Touaregs dans les fêtes ; on en remarquera l'étrange coiffure. Cette photographie a été prise au cours des fêtes de la Sebiba (fêtes de la moisson) qui se déroulent à Djanel chez les Touaregs Ajier.
( Photo Capitaine Toubeau de Maisonneuve )
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LA JOUEUSE D'IMZAD
Cette jeune femme du Hoggar, type caractéristique de la Targuia, est photographiée ici avec son « imzad », le violon tonareg, sur lequel les femmes accompagnent les chants et les récits durant les cours d'amour qui se perpétuent chez les Tonaregs, guerriers et poètes.
( Photo M. Force )
JEUNE TARGUIA
Cette beauté du Hoggar, au visage fin et régulier, se profile sur un mur où — pittoresque symbole — un « blédard » a inscrit : « Solus eris »...
( Photo Capitaine Demoulin )
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GUERRIER TARGUI
On voit ici un classique guerrier du Hoggar, tenant à la main gauche le bouclier de peau et, à la main droite, l'épée dont la forme évoque les glaives du Mogen-Age.
ESCRIME CHEZ LES TOUAREG
Ces deux nobles Dag Rali, en un pacifique duel de parade, perpétuent les gestes des combattants touareg. Ils ont le bouclier et le sabre traditionnels. La lame du combattant de droite, en mauvais fer, s'est tordue dans la bataille.
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MAURES
GUERRIER MAURE
Ce Maure appartient à une tribu zénaga guerrière du Trarza. Les cheveux en broussaille, le visage farouche, les lèvres épaisses, vêtu d'étoffes bleues, à la figure peu avenante, est caractéristique de ces populations mauritaniennes que nous pacifions progressivement.
(Photo Colonel Gillier)
Photo Universelle.
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UNE MAURITANIENNE
La Mauritanie est habitée par des populations berbères et arabes, souvent mélangées, dont il est difficile parfois de déceler l'origine ethnique. La coiffure de cette jeune femme ne manque pas de pittoresque ; elle a dû exiger, en tout cas, de longues heures de travail.
( Photo Colonel Gillier )
JEUNE FILLE MAURE
Cette jeune fille appartient à la tribu maraboutique du Brakna ; elle est vêtue d'étoffes assez misérables, mais sa coiffure et ses bijoux procèdent d'une pittoresque recherche de la coquetterie.
( Photo Colonel Gillier )
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UNE HARTANIA
On ne distingue guère, à première vue, si cette photographie est celle d'un homme ou d'une femme. Elle représente une « hartania », c'est-à-dire une domestique noire, au service des grands nomades maures.
( Photo Colonel Gillier )
UNE BEAUTÉ À L'ENGRAISSEMENT
Cette femme de chef maure est parée de lourds bijoux, dans lesquels prévalent l'ébène et l'ambre. Elle est soumise à un traitement sévère pour engraisser ; c'est, là-bas, un symbole de richesse.
( Photo Colonel Gillier )
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LA RENAISSANCE
Si la reconquête du Fezzan est de date encore toute récente, les Italiens n'en ont pas moins, en un laps de temps très court, accompli, dans cette zone du Sahara, une œuvre scientifique féconde.
Une des missions les plus importantes a été, à cet égard, celle qui, sous le haut patronage de S. A. R. le Duc d'Aoste, a poursuivi une campagne de fouilles archéologiques dans l'antique Phazania, siège du peuple des Garamantes.
Cette mission était composée du professeur Biagio Pace, de l'Université de Naples, du professeur Sergio Sergi, de l'Université de Rome, et du docteur Giacomo Caputo, inspecteur des Musées. Elle a travaillé, du 4 octobre 1933 au 25 janvier 1934, autour de l'Ouadi-el-Adjal, près du village de Gherma, qui n'est autre que l'antique capitale du peuple des Garamantes.
Une nécropole immense s'étendait, offrant aux regards plus de quarante-cinq mille tombes. La mission Pace-Sergi-Caputo ne tardait pas à mettre à jour les témoignages d'une civilisation de type préhistorique assez avancé qui attint son apogée au début de l'ère chrétienne à la suite d'une extraordinaire évolution à laquelle la civilisation romaine avait imprimé son caractère et sa direction.
Le mystère garamantique se révélait, en même temps que la présence d'un mouvement commercial intense de Rome avec cette partie du désert. Les matériaux d'une page inédite et surprenante de l'histoire ancienne d'Afrique étaient réunis...
Le professeur Biagio Pace a bien voulu nous donner un article inédit sur les résultats de sa mission. Doyen de la Faculté des Lettres de Naples, archéologue réputé, député au Parlement national de Rome, où il est rapporteur du budget des Colonies, le professeur Pace joint à des titres multiples celui d'une amitié sincère pour la France. Nos lecteurs sauront gré à cet éminent savant du magnifique exposé qu'il a bien voulu nous présenter.
FOUILLES DANS LE FEZZAN
Par BIAGIO PACE
Les quelques voyageurs qui, dans un but scientifique, ont parcouru le Fezzan avant la conquête italienne, avaient indiqué, le long du bord méridional de la ligne verdoyante de l'oasis de l'Ouadi-el-Adjal, l'existence d'une nécropole formée de tumuli de pierres. De nouveaux renseignements ont été recueillis sur cette nécropole au cours des opérations de la conquête du pays et rapportés dernièrement par Son Altesse Royale le Duc d'Aoste.
Ce lieu sépulcral garda son mystère jusqu'à ces derniers temps; car les quelques éléments connus ne nous apprenaient rien sur le rite, ni sur la civilisation, ni sur la chronologie, ni sur la race du peuple qui y avait laissé pourtant des témoignages; de sorte que les uns faisaient remonter ce peuple à des époques très reculées, comme c'est la mode pour la chronologie africaine ; tandis que, plus récemment, d'autres l'ont rattaché, au contraire, aux nègres du Soudan qui envahirent le Fezzan peu après l'an mille. Il semblait que les tumuli offri-raient peu d'intérêt, car les explorations vagues et désordonnées faites dans plusieurs d'entre eux avaient mis au jour des ossements décomposés, mais pas de mobilier; tandis que, au contraire, les fouilles systématiques que nous y avons faites nous ont prouvé que ces tumuli gardent des témoignages exceptionnels pour l'histoire primitive de l'intérieur de l'Afrique.
La population, qui laissa des témoignages si importants de sa propre vie dans cet immense cime-tière de l'Ouadi-el-Adjal, le plus grand que l'on connaisse dans le monde entier, nous apparait, après trois mois à peine de recherches, dans toute son essence historique et civile. Le compte des tumuli, fait avec l'aide du moudir de la vallée, comme guide, et la collaboration des chefs des villages et des maîtres d'école indigènes, porte à quarante-cinq mille environ les tombes à peine visibles. Le rite funéraire nous est apparu clairement, comme il arrive dans ce genre de recherches qui doivent porter sur les régions de la mort plutôt que sur celles, bien souvent perdues, de la vie; les corps avaient été ensevelis, avec les membres repliés et la tête inclinée, dans une position accroupie; on sait
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LA RENAISSANCE
que ce rite, d'origine très ancienne, est répandu dans une grande partie de l'Afrique et de la Méditerranée, et il a été expliqué de diverses manières. Les conditions toute spéciales du climat, plus sec qu'aucun autre, ont permis la conservation des éléments qui, dans d'autres tombes de même rite, ont disparu, ou nous échappent. Il résulte, en effet, d'après de nombreux indices, que tel cadavre était lié, tel autre enseveli dans un sac. Cela nous montre la barbarie originelle de ce rite, qui semble avoir été pratiqué au moment de l'agonie, afin de protéger d'une façon magique les survivants contre la terreur de la mort.
Les tombes, recouvertes par des tumuli uniformes, sont de différents types et sont parfois signalées par une ou deux stèles en forme de corne qui les couronnent, ou simplement par une ou plusieurs pierres dressées, brutes comme des menhirs ou taillées en forme d'obélisque. Parfois, au contraire, les stèles sont quadridigitées, avec une décroissance semblable à celle des doigts de l'homme; cette observation nous rappelle un symbole carthaginois bien connu qui, cependant, n'est pas phénicien, donc qui est libyque. Devant les stèles sont posées des tables formées par des blocs sur la face supérieure desquels est creusée une cuvette, entourée de plusieurs petites cavités. Stèles et tables évoquent un culte et des offrandes funéraires de nourritures ou de libations.
Sur le contrefort du Zinkèkra — c'est ainsi que s'appelle l'éperon du bord rocheux qui limite la conque de Gherma à l'Occident — on a retrouvé une forteresse avec sa défense militaire, basée sur un système cohérent qui barre les passages naturels avec de grands et robustes bastions. Cette population connaît une bonne technique basée sur l'association de socles en belles pierres taillées et d'une maçonnerie en briques crues. Elle ne l'emploie pas seulement pour les ouvrages de défense. Bien que la masse de la population vécût dans de fragiles cabanes — qui, au dire du poète Lucain, étaient la proie facile du vent, et que nous pouvons imaginer
UN ASPECT DES FOUILLES DE GHERMA
semblables aux zéribes d'aujourd'hui — on a découvert aussi sur le rocher, et au cœur de l'oasis de Gherma, quelques belles maisons comprenant deux grandes pièces dont l'une est divisée, fabriquées avec une habileté technique aussi remarquable que la variété et la hardiesse avec laquelle les tombes ont été souvent construites.
Des conclusions, basées uniquement sur des faits, et non sur des conjectures, permettent de rattacher à la civilisation des tombes aussi bien les maisons que l'agger au pied de la montagne, et, par conséquent, les autres aggers topographiquement connexes. Cette civilisation est en outre caractérisée par l'emploi d'armes de pierre, par l'ignorance des métaux et par une céramique grossière fabriquée sans tour à potier et ornée d'une agréable décoration. De plus, nous possédons la détermination chronologique la plus précise.
En effet — et c'est en cela que consiste l'élément indicateur donnant une signification historique exceptionnelle à l'ensemble des restes mis au jour — on a remarqué, dans les maisons et dans les tombes, l'apport survenu à une certaine époque d'éléments empruntés à la civilisation romaine à la suite d'une véritable invasion d'objets industriels, spécialement de céramique et de verrerie de fabrication italienne. Cette influence se retrouve tout le long de l'Ouadi-el-Adjal et même jusqu'au vingt-cinquième parallèle de Rhât.
Toute une partie de la civilisation de Garama coïncide donc avec la vie de l'Empire romain, jusqu'au septième siècle après Jésus-Christ, date de la conquête arabe qui apporta, en même temps que l'islamisme, un profond changement dans le rite funéraire et qui a dû mettre un terme, évidemment, à la grandiose nécropole en substituant aux antiques rites des procédés d'ensevelissement plus faciles à disparaître. D'autre part, la civilisation de Garama datait déjà de plusieurs siècles lorsque s'est faite sentir l'influence romaine; elle remonte à une époque indéterminée à laquelle appartiennent des rites, des coutumes, des armes, des gravures rupestres