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SOMMAIRE N° 6. — JUIN 1934. --- Les Peintres de la Provence par Arsène ALEXANDRE (26 illustrations) LES LIVRES Mathilde POMES - Journal ................................................ François MAURIAC - Discours aux nuages ................................. Georges DUHAMEL - L'Instinct du bonheur ............................... André MAUROIS - Le Visionnaire ........................................ Julien GREEN - Les fatales amours ................................... Fernand FLEURET - L'enchantement du Portugal ......................... Gabrielle REVAL - Salazar ................................................ Antonio FERRO --- LA RENAISSANCE 11, RUE ROYALE — PARIS Directeur : Mme CHARLES POMARET

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CÉZANNE. — Environs d'Aix. Photo Bernheim Jeune. LES PEINTRES DE LA PROVENCE par Arsène ALEXANDRE L'Ecole Provençale est à la fois célèbre et mal connue, à ce point que beaucoup de gens ne savent pas qu'il existe une Ecole Provençale. J'entends par là que — pour ne pas remonter jusqu'à Nicolas Froment ou Enguerrand Charonton, ni même à Puget, ni à Fragonard, ni à Joseph Vernet — l'on connaît évidemment la personnalité et l'œuvre de quelques-uns des astres, mais on saisit assez mal la figure complète de cette constellation picturale et même les réciprocités et relations entre tous ceux qui ont eu ou qui ont plus ou moins d'éclat. On ne découvre pas nettement, ni suivant leurs mérites respectifs, ceux qui se sont récemment révélés à la lunette des observateurs. C'est un défaut inhérent à notre esprit français. Alors que nous avons des manuels et des conférenciers qui nous permettent de ne pas broncher sur la moindre subdivision des écoles italiennes, nous serions pris au dépourvu s'il nous fallait distinguer les caractères par quoi se distingue l'école d'Avignon de celle d'Aix et celle-ci de l'école de Marseille. Il en est de même de la connaissance que nous devrions posséder de l'existence et des caractéristiques des diverses autres écoles françaises. Lorsque M. Depeaux fit don de son vivant, au Musée de Rouen, de ce superbe ensemble qui comprenait tant de beaux artistes déjà appréciés tels que Lebourg, Delattre, Frechon, Couchaux et autres, je prononçai les mots d'Ecole de Rouen. Le donateur lui-même fut ébahì comme si j'avais découvert une île inconnue dans la Seine... Inférieure. A ce qu'il parut, il fallait pour trouver cela une extraordinaire perspicacité, dont je ne me doutais pas.

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LA RENAISSANCE Or, dans les histoires de l'art qui encombrent la bibliothèque, je cherche en vain une Histoire, un Chapitre, proprement dits et intitulés : Ecole Provençale. Certes, de remarquables monographies, des livres charmants et justement enthousiastes vous font aimer, apprécier à leur valeur ceux que nous avons nommé sans exagération des astres. André Gouirand, dans ses Peintres Provençaux, trace d'éloquentes psychologies de Loubon, Engalière, Ricard, Monticelli, etc. Ricard a été raconté par Brès; Monticelli fait le sujet d'un très important volume par Arnaud d'Agnel et Isnard, et d'un autre, étincelant de verve et d'une surprenante intensité de vie, par André Négis. D'autres travaux, moins développés, concernent Loubon, Aiguier, Grivolas. Quelquefois ce sont de simples études de revues ou de modestes brochures. Mais le grand livre d'ensemble sur les successives pléiades des peintres de la Provence est encore à faire. Du moins, nous pouvons ici, à l'aide des témoins dont nous venons de citer les noms et les travaux, et de nos propres impressions, silhouetter les beaux maîtres, sur lesquels l'histoire constituera un édifice solide, clair et définitif. Nous avons aussi quelques enchaînements de maîtres à élèves devenant eux-mêmes plus ou moins des maîtres et quelques dates significatives. Si Puget a repoussé sur notre terre de sculpteurs et dans une autre région sous le nom de Rodin, du moins ne nous étonnons pas que Monticelli se reproduise dans la province où naquit Fragonard. Peu importe que ce dernier soit devenu Parisien et que CÉZANNE. — Paysage. Monticelli soit, après des fugues à Paris plus ou moins heureuses, plus ou moins douloureuses aussi, redevenu Marseillais. L'histoire de l'art ne devrait jamais s'asservir aux conditions de temps et d'espace. De même des tempéraments académiques peuvent former des élèves d'une excellente, voire truculente originalité. L'Ecole des Beaux-Arts de Marseille en est une preuve: Aubert, esprit modéré, reconnut la valeur du jeune Monticelli. Mais son successeur à la direction de cette même Ecole fut le puissant et libéral Loubon. Celui-ci aura été l'élève de Constantin, lequel a été le maître du même Granet et aura joué un rôle très important comme éducateur, sans compter le charme particulier de son œuvre. L'Ecole d'Aix l'a quelque temps à sa tête. Il est des scènes de lui, telles que le Lancem ent d'un Montgolfière à Aix, qui n'est pas inférieure aux meilleurs Moreau ou Saint-Aubin. Quelle n'a pas dû être son influence pendant sa longue carrière dans ses divers déplacements, tant à Aix qu'à Marseille et à Digne ! Un autre directeur d'Ecole, à Marseille, Magaud, n'a pas l'envergure de ses prédécesseurs. Mais c'est un maître attentif et bienveillant. En dehors de ces considérations toujours assez obscures à débrouiller, et impossibles à résumer dans cette étude rapide, voici du moins d'intéressantes suites de grandes personnalités à divers degrés de générations. Bidauld, qui, dans une certaine mesure, pressent le paysage moderne, mais ne le fait nullement pressentir, meurt en 1813. Mais, en 1814, naît Aiguier, qui est une sorte de Corot CÉZANNE. — Les Joueurs de cartes. (Musée du Louvre.)

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LA RENAISSANCE provençal, de qui les ouvrages sont encore du plus haut prix. Dix ans après ce maître naît un autre très grand peintre, Engalière, qui laisse des chefs-d'œuvre, mais meurt trop tôt pour avoir produit ce nombre approximatif d'œuvres et d'études requis pour que les collectionneurs les connaissent, les recherchent et, par conséquent, les admirent. La même année, 1824, qu'étaient nés Engalière et Monticelli à Marseille, naissait Grivolas à Avignon. Ce que la brièveté de la vie avait fait pour empêcher Engalière d'arriver à la grande célébrité, une modestie sauvage l'avait fait pour en priver également Grivolas. Les mêmes causes en art ne produisent que rarement les mêmes effets. En est-il une preuve plus saisissante que le parcours déplorablement abrégé de Paul Guigou qui, lui, meurt à trente-sept ans, mais qui eut un petit nombre d'œuvres, gagne une gloire prestigieuse entre toutes ? (1834 à 1871). De même que, pour certains maîtres des plus rares (exemple Vermeer, de qui l'on ne connaît qu'une quarantaine d'œuvres seulement), les moindres produits de son pinceau ont été catalogués. Il suffit, pour que nous apprécions sa valeur, des trois tableaux du Louvre et de celui de Marseille. Une filiation encore: Ricard est l'élève de Loubon. (Il l'est de Titien aussi, mais Loubon l'a pris pour ainsi dire au berceau.) Relations d'artistes à artistes : Ricard, ami intime de Monticelli, lequel fascine littéralement Cézanne. De ce dernier qui, en dehors de ce qu'il est, est en même temps par excellence représentatif de la Provence par l'amour de la couleur, je ne parlerai pas ici, car il y aurait absurdité à ne pas le nommer et ridicule à ajouter quelque chose à tout ce qu'on a dit et écrit de lui. Pourtant je me donnerai peut-être ce ridicule de dire que la terre où a poussé la fleur

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LA RENAISSANCE parfumée de Fragonard devait très naturellement donner naissance au rude eucalyptus de Cézanne. Je puis maintenant, après avoir posé sur le papier ces points éparpillés d'une figure qui, complétée, serait celle de l'école provençale, non point révéler, mais rappeler les divers caractères par quoi se distinguent et nous enthousiasment les principaux maîtres ainsi choisis. Aiguier, peintre et coiffeur, comme Jasmin était coiffeur et poète, est une nature exquise et passionnée à la façon des tendres et des modestes. C'est un autodidacte parce qu'il ne peut pas s'offrir au maître, mais un autodidacte qui devient, dès qu'il peut venir au Louvre un moment, l'élève de Claude Lorrain. C'est un luxe. Mais il n'est nullement le plagiaire de son maître. C'est sur nature qu'il étudie, à Toulon, sa ville natale, les transparents échanges de caresses entre le ciel et la mer. Le tableau du Musée de Marseille, Soleil couchant sur la Méditerranée, est pris sur le chemin de la Corniche, près du vallon des Auffes. Rien de véhément, tout est persuasion. Cet amoureux de la lumière à la fois claire et apaisée en arrive vers la fin de sa vie à rêver de ne plus composer une peinture que d'eau et de ciel. La mort le guette pendant qu'il goûte, grâce à la prospérité de sa femme comme modiste, le plaisir de ne plus coiffer, mais seulement de peindre. Bien que son art demeure discret et attentif, dans tous les musées ou collections où il figure nous en avons toujours subi l'attirance. Une seule œuvre pose parfois bien des questions et aussi des réflexions sur la frivolité de ceux qui disent aimer la peinture. Comment les visiteurs du Musée de Marseille ne s'arrêtent-ils pas longuement devant ce chef-d'œuvre de composition et de couleur, la Route de Grenade, par Engalière, tableau beau comme un Dehodeneq ? Et, d'ailleurs, Dehodeneq lui-même est-il apprécié comme il faudrait ? Comment ce riche coloriste semble-t-il avoir été ignoré de Delacroix qui savait tout, ou plutôt comment n'a-t-il pas été lui-même voir le maître, puisqu'après sa vie voyageuse il vint à Paris et y mourut ? Le catalogue du Musée de Marseille, si bien dressé par Philippe Auquier en 1808, avec, parmi ses excellentes notices, d'intéressantes citations de Guigou, le fait élève du sage Aubert, à l'Ecole de dessin. Mais d'autres ouvrages lui donnent plus justement pour maître Loubon, et cette indication seule doit être retenue. Engalière commence tard et est arrêté trop tôt. Il aurait été loin. Il avait passionnément visité les régions les moins ressassées de l'Espagne; puis également quantité d'études en Italie. Ne pourra-t-on pas un jour les rassembler ? Les occasions d'expositions ne manquent pas en Provence. Quoi qu'il en soit, ce tableau vous hantera quand vous l'aurez daigné regarder, avec ses ornières où cahote la charrette à mules, son arbre qui a subi tant de coups de soleil, et au fond la plaine, et plus au fond encore la ville devinée, et plus loin encore la neigeuse Sierra. Comme ceci est plutôt un voyage à l'aventure, voilà que j'ai fait passer l'élève avant le maître, contre toute méthode. C'est que Loubon se trouve vraiment le centre, à mon avis, de l'Ecole Provençale, jusque, et exclusivement, à Cézanne. Il l'est non seulement parce que comme maître il était bon, encourageant dès que son œil clair- GRANET. — La mort de Poussin. (Musée d'Aix.) Photo G. Perrin. GRANET. — Capucin rédigeant un écrit. (Musée d'Aix.)

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LA RENAISSANCE G. RICARD. — Portrait de Madame de Calonne. (Musée du Louvre.) voyant prévoyait dans leurs juvéniles essais des artistes du talent et de l'avenir les plus divers, tels que Papety, Ricard, Monticelli et Guigou. Mais il est maître encore par son œuvre qui réunit le rythme et le dynamisme, et les met au service du sentiment vrai, intense, qu'il a de la terre natale et de ce qui vit sur elle et d'elle. Personne, sauf Potter, n'a atteint ce naturel et cette force dans l'harmonie entre le sol, l'atmosphère et les bêtes. Un Troyon, un Charles Jacque sont inanimés et factices à côté de cela. Ne parlons pas d'une Rosa Bonheur, n'est-ce pas ? Ici nous voyons peut-être une des caractéristiques de l'Ecole d'Aix, chaude et drue. C'est tout dire : Granet l'avait encouragé et lui avait ouvert les yeux. Loubon avait rencontré ce noble ainé en Italie et il en avait recueilli les précieux avis pour sa culture générale. Avis qui ne devaient que rendre plus précieuse la leçon qu'il donnerait quand il serait appelé à la direction de l'Ecole de Marseille. On n'est pas surpris que la Campagne Romaine, pendant ses deux années d'Italie, l'ait pourtant attiré plus encore que les musées. En 1835, ses Troupeaux descendant les Alpes, ses Bœufs sur la route d'Aix à Marseille (1853), ses Menons de la Crau; voilà quelques exemples qui, dans les musées G. RICARD. — Portrait de Lamartine. (Collection de Mme Charles Pomaret.) d'Arles, d'Aix ou divers autres, sont témoins de sa grandeur, et le magnifique tableau du Musée de Marseille, la Vue de Marseille prise des Ayalades, devrait figurer dans toutes les anthologies. Rien de plus vivant que ces tumultueux troupeaux poussés par les bergers et leurs chiens vers la ville couchée entre ses monts et sa mer. Je ne rivaliserai pas pour décrire cette peinture magistrale, avec un compatriote du peintre, mais je donnerai au lecteur le plaisir de cette description du sentiment qui anime toutes les autres œuvres : « En Provence, le vent fauche l'herbe et lance au visage des passants des poignées de pierrailles; les gens deviennent alors insupportables. Tout surexcités, ils courent, halètent, crient, se fâchent et jurent. Sur les routes crayeuses, la poussière fouette, entre dans les yeux et cribile les oreilles. Les chevaux ruent, hennissent, renâclent, relèvent brusquement la tête et tirent sur la bride, que le charretier secoue violemment; les bœufs, les chèvres, les moutons, harcelés par le vent, s'emportent, dévalent et disparaissent dans une envolée de poussière. C'est le mistral, c'est la Provence, c'est la peinture de Loubon. » Cette jolie impression par Bouillon-Landais a la qualité d'être à la fois un Loubon, mais aussi de nous initier à l'apreté, moins

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LA RENAISSANCE TORRENTZ. — Gilanos. (Musée de Marseille.) tumultueuse, mais non moins prenante, de son grand et infortuné élève Paul Guigou. Celui-ci rencontre d'abord de vives oppositions de sa notariale famille à sa vocation de peintre. Mais en attendant de vaincre cette malencontreuse résistance, il a l'heureux instinct de demander des leçons au maître que, justement, il lui fallait. Il faut lire dans le livre de Négis sur Monticelli l'arrivée à Paris de ce clerc manqué chez son camarade Monticelli. C'est un roman où la tristesse se mêle au comique et le découragement alterne avec de constants réveils d'enthousiasme. Ce qu'il faut noter particulièrement dans la courte carrière de Paul Guigou, c'est que, après de méritoires essais, à Paris, il reçut une déterminante impression de sa visite à l'atelier de Courbet. En étudiant, par exemple, au Louvre, une de ses superbes Routes provençales, vous trouverez avec un peu d'attention, et en tenant compte de maintes différences techniques et optiques, le sentiment de Courbet dans ses roches et ses combes jurassiennes de la même nature que celui de Guigou dans ses chemins rocailleux. Même acharnement dans l'amour de la terre natale et dans la patience à rendre la peinture aussi solide que la nature. Paris, où maintes fois revenait Guigou, lui était vite triste et lourd. Nous ne lui valions rien, ni comme vie, ni comme lumière. Aussi retrouvait-il, sur le sol cher, la force et le courage qu'attaquaient les ennemis les plus dangereux, l'indifférence du public. Au Salon de 1862, ses deux toiles n'avaient même pas obtenu un regard de la critique et des artistes eux-mêmes. Il est touchant de noter que Guigou, critique lui-même par l'occasion de quelques écrits publiés dans de petites revues, se dépensait au service des confrères qu'il estimait et n'enviait pas. La technique de Guigou n'appartient qu'à lui seul. Il serait vain de l'imiter dans sa robuste subtilité. Aussi, tandis que Monticelli a été suivi de nombreux faussaires, faciles à dépister d'ailleurs, on ne verra jamais dans les collections, ni passer en vente un faux Guigou. Son secret, si on peut l'appeler ainsi, consiste dans un don unique des rapports. Les éléments les plus brillants, les rubis, les topazes, les saphirs, juxtaposés, mélangés en mosaïque, sont absorbés dans une paradoxale unité. Toute cette pâte précieuse elle-même se plie et subordonne à une construction rigoureuse. Guigou ne perd jamais de vue la ligne, que Monticelli fait s'évaporer comme sous la flamme d'un chalumeau magique. Remarquons que tous les deux, d'ailleurs, avaient précédé assez notablement l'impressionnisme et R. SEYSSAUD. — Baigneuse. (Collection de M. Arsène Alexandre.)

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LA RENAISSANCE R. SEYSSAUD. — Maternité. (Collection de M. Guttin, Industriel à Salon.) Claude Monet, Monticelli de seize ans et Guigou de six. Ce sont deux mouvements entièrement séparés et qui n'ont rien de commun entre eux ; mais il est intéressant de noter que Guigou mourait en 1871 après avoir prouvé, comme Monticelli, que la couleur est fille de Provence au moment où Monet et Sisley en étaient encore au gris transparent de Corot. Que de grands artistes nous sommes obligés de passer en revue aussi sommairement ! Ce qui prouve encore une fois l'intérêt qu'il y aurait à écrire au complet cette histoire de l'Ecole Provençale. Il en est qui sont trop célèbres et trop connus pour que nous n'ayons pas à faire autre chose que d'inscrire leur nom, mais qui, dans ce livre, se trouveraient encadrés, selon leur importance, entre maints autres maîtres méritoires et moins favorisés, avec lesquels, même, ils sont en réciprocité d'amitié, ou d'influences tant données que reçues. C'est pour cela que nous ne résumerons même pas ce qui a été écrit sur le truculent poète Monticelli, truculent et tendre à la fois. Non plus sur ce grand peintre classiquement vénitien : Ricard. Mais nous devons du moins contribuer au plaisir des lecteurs en leur remettant sous les yeux quelques-unes de leurs ensorcelantes pages. Que de passants inconnus ont, entre autres, rêvé devant le Portrait de Madame de Calonne sans avoir à souffrir de son caractère, lequel était, paraît-il, difficile ! Bornons-nous à rappeler, entre autres traits intéressants, d'abord, la culture des plus étendues de ce profond portraitiste et ses relations avec Ziem lorsqu'ils étaient à Venise, lui s'absorbant dans les

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Photo Petit Provençal. M. ENGALIÈRE. — Vue de Grenade. (Musée de Marseille.) Photo Bernheim Jeune. MONTICELLI. — Passage du gué.

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LA RENAISSANCE A. CHABAUD. — Paysage. musées et le Palais, et l'autre devant les jeux du soleil sur la lagune. Reste à trancher auquel des deux cela a le plus profité. Nous aurions, si la place avait permis, préféré mettre en lumière certaines originalités plus modestes, originalités de caractère et de terroir. Contentons-nous de deux exemples des plus sympathiques : Suchet et François Simon. Ce dernier est excellemment doué dans la peinture d'animaux dans leur milieu, et peints avec un sentiment qui n'est pas si inférieur à celui de Loubon pour que Théophile Gautier ait pu faire ce rapprochement : « Vous avez cru jusqu'à ce jour, A. CHABAUD. — Berger. écrivait à un de ses protecteurs ce bon et simple peintre, que j'étais un artiste ordinaire, n'ayant d'autre travail que celui de mes tableaux. Non, monsieur, je ne peins que les jours consacrés à la promenade. Je suis ouvrier, mais malgré mon travail manuel je me livre aux beaux arts... » Entendez-vous cela avec l'accent du Midi ? Est-ce assez touchant ? Quant à Suchet, ami de Monticelli et partageant ses tribulations sentimentales comme ses ripailles, c'est un type extraordinaire. Très bon peintre d'ailleurs, comme le prouve sa Pêche aux thons sur les côtes de la Provence, c'est encore un élève de Loubon. Il a mis dans ses toiles tout le mouvement de ses aventures maritimes dont il faisait les récits, authentiques parbleu ! Le nombre des peintres de la campagne et de la mer qui se rattachent à l'Ecole Provençale, Marseille ou Toulon, est trop considérable, trop varié, et d'une qualité un peu trop différente de ces originalités particulières pour que nous puissions les examiner ici. La liste suffira et encore restreinte: Ponson, Casile, Allègre, Olive, Décanis, Coste, Dauphin, Moutte, etc., etc. Le temps commence à peine du classement. Mais il est encore deux maîtres différents et profonds, chacun en son genre, sur qui je voudrais essayer d'attirer la lumière avant de passer, pour finir, à deux ou trois remarquables contemporains. L'un est ce singulier Hispano-Provençal qu'est Torrentz. La salle du Musée de Marseille, qui lui est consacrée, montre en lui un romantique concentré et un réaliste d'un extraordinaire relief. Ses Gitanos sont d'une vie intense. Bien que né à Marseille, ce superbe transfuge semble s'être trompé de temps et de pays. L'autre est un des plus beaux maîtres de l'Ecole d'Avignon. C'est le peintre par excellence du Mont Ventoux, et aussi des charmes tantôt langoureux, tantôt piquants de la Provençale. Paysagiste exquis, observateur de la vie, chercheur infaillible, modeste jusqu'à la sauvagerie, parfait en tout ce qu'il a touché, c'est peut-être le plus injustement

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LA RENAISSANCE L. DENIS-VALVEREAUX. — Mistral et l'Ecole Parisienne en 1898. (Musée de Nîmes.) Dans ce tableau sont représentés : MM. Saint-Pons, Maurras, Charles Brun, Frédéric Amouretti, Lionel des Rieux, Marthe Denis-Valveraux, Mistral, Marie Gasquet, Raoul Charbonnel, José Mauge, L. Denis-Valveraux et Adrien Frossant. inconnu de tous les maîtres méridionaux. J'ai nommé Pierre Grivolas. Il faudrait que quelqu'un de ses élèves encore vivants, Seyssaud, par exemple, ou Germaine Casse, ou quelque bon lettré, chercheur et émotif dont la Provence n'est pas pauvre, lui consacrât un livre plus détaillé et plus complet que les études d'ailleurs très bien faites qui ont paru sur lui il y a longtemps déjà. Le nom de Seyssaud est arrivé tout naturellement sous ma plume, car je n'aurais pas pu écrire une bonne étude sur l'Ecole sans que fût faite une large part à ce peintre qui s'est formé, a œuvré et grandi dans une méditation intense autant que solitaire jusqu'à parvenir au premier rang, pour ainsi dire sans s'en douter, et digne de tous ces grands ainés. Avec René Seyssaud on ne peut appliquer aucune des formules habituelles si commodes pour la « critique d'art ». Bien avant de voir de la peinture, il en a fait. Loubon disait à ses élèves : « Regardez la nature, cela suffit ». Seyssaud n'a même pas eu besoin de ce conseil, et si Grivolas s'est intéressé à lui, c'est après qu'il avait déjà sa physionomie, sa passion et son but, et cela dès l'âge indécis pour tant d'autres. Comme le bon Chardin dans sa prime jeunesse, il s'est servi des couleurs en « en mettant jusqu'à ce que ça ressemble ». Mais quand on fait de telles ressemblances, on ne voit pas comme les autres, parce que les « autres » se préoccupent surtout de chercher et de trouver en dehors d'eux-mêmes. Nous avons suivi Seyssaud peu d'années après ses premières manifestations. Il peignait tout ce qu'il entourait, à Villes-sur-Ozon, puis à Carpentras, et enfin il a continué de peindre à Saint-Chamas, avec une douceur passionnée, avec une énergie sans cesse plus riche, et cette audace qui s'ignore qui est la belle forme instinctive de l'art. Tous les aspects des monts, des mers, des plaines, tous les caractères des arbres, auxquels le soleil distribue et prodigue la vie, il les a épuisés, croirait-on, et chaque fois il en renouvelle l'expression. S'est-il parfois adonné à la nature-morte et au portrait, il y a également réussi avec la même fougue et la même profondeur. J'ai plaisir, en jetant un long regard en arrière, à le retrouver mainte-