Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

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--- ÉLISABETH SALAMON. Jésus avec les enfants. (Partie d’un tryptique, peinture sur ivoire.) SOMMAIRE N°s 4-5. — AVRIL-MAI 1934. --- L’Art religieux d’aujourd’hui ........................................ Joseph PICHARD De la Peinture religieuse moderne .................................. Pierre-Claude DUBOIS Sculpteurs d’aujourd’hui ................................................ ALBERT DUBOS L’Architecture religieuse de notre temps ..................... M. STOREZ Le Vitrail et les Arts du Feu ............................................ J. HÉBERT-STEVENS L’Orfèvrerie ........................................................................ A. RIVIR La Broderie liturgique ...................................................... Mlle G. CLÉRY L’Email sur cuivre ............................................................... ANDRÉ GAIN Les Salons du printemps 1934 ......................................... R.-G. PIGEON 50 illustrations et un hors-texte en couleurs : Notre-Dame-des-Champs. Esquisse d’un carton de tapisserie de Mme PAULINE PEUGNIEZ, exécuté au point d’Aubusson par BRAQUENIÉ. P. Drien La Rochelle (Prix de « La Renaissance » 1934). Mathilde POMÈS Les Livres ........................................................................... Mathilde POMÈS     Le Voyageur sans bagages ........................................ Albert FLAMENT.     Mer Caraïbe ................................................................. ODETTE ARNAUD.     Les Heures de silence ................................................ ROBERT DE TRAZ.     Commentaires ............................................................ MARCELLE SAUVAGEOT.     Itia et Alberto .............................................................. ANGELO GATTI. --- LA RENAISSANCE 11, RUE ROYALE — PARIS Directeur : Mme CHARLES POMARET

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JEAN BERNARD. — Etude pour l'Evangile de Saint Jean.

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L'ART RELIGIEUX D'AUJOURD'HUI A L'HOTEL DE ROHAN Photo Vizzarona. DESVALLIÈRES. — Crucifixion. deuses, les dentellières, qui préparent l'appareil des offices liturgiques. Grand art chrétien qui jadis fit les cathédrales ! Mais, depuis un siècle, à quelle bassesse était-il tombé ! Et beaucoup, à bon droit, s'en scandalisaient, car la courbe d'un art est celle même des idées et des sentiments qui l'inspirent. En nos jours d'exigences spirituelles, une grande activité envahit à nouveau les églises. Et l'art réconcilie encore une fois la matière avec l'esprit. Quelques artistes hardis ont eu le mérite de frayer les voies nouvelles. Et des mouvements, peu à peu, naissent et se propagent. Aujourd'hui, c'est à une véritable renaissance de l'art religieux que nous assistons. Et c'est à prendre conscience de cette renaissance qu'on a convié le grand public. Des réalisations qui s'échelonnent sur plus de vingt ans, les tendances les plus récentes des jeunes écoles, cette œuvre puissante des chantiers, qui constitue peut-être l'effort architectural le plus curieux de notre temps et auquel restera attaché le nom du cardinal Verdier, on a tenté, par des maquettes, des documents et un nombre important de pièces originales, de donner de toutes ces choses une vue d'ensemble. Révélation pour certains, pour d'autres bilan, pour quelques-uns présage, cette exposition doit marquer une date dans l'histoire de l'art religieux en France. Elle clôturera d'abord définitivement, il y a lieu de le penser, une ère de veulerie qui a trop duré. Il y a de certaines choses qu'on ne tolérera plus dans nos églises. De plus en plus, il y aura des prêtres pour exiger des œuvres d'art authentiques et préférer un certain dénuement à une laideur encombrante. Et peut-être une organisation apparaîtra qui mettra fin à une anarchie trop complaisante à la facilité et au mauvais goût. Toute connaissance exige une étude, la connaissance des choses de l'art au même titre que toute autre. Et nulle n'est à la fois plus précieuse et plus négligée. La visite d'une exposition qui, en dépit de lacunes inévitables, résume dans le domaine qu'elle s'est assignée toute la production d'une époque, est le meilleur élément de formation esthétique. A partir de cette exposition, des visites s'imposent à telle église, à telle galerie. Des artistes ont pris à cœur de renouveler l'art religieux ; il faut que le public — et particulièrement celui qui achète — s'intéresse à leur œuvre. Notre époque peut, à ce sujet, fort bien marquer son nom à côté de tel grand siècle d'autrefois, mais à condition que nul de ceux qu'à quelque titre que ce soit, cet effort intéresse, n'y demeure pratiquement indifférent. L'esprit, une fois de plus, nous sollicite, mais il ne fera rien sans notre assentiment et notre concours. Joseph PICHARD.

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HERMINE DAVID. — Marie-Madeleine. (Photo Marc Vaux.) MARCEL JALLOT. — Adoration des Bergers. (Photo G. Thiriet.)

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DE LA PEINTURE RELIGIEUSE MODERNE par Pierre-Claude DUBOIS Des expositions de plus en plus fréquentes, des articles nombreux, des ouvrages, et, en particulier, celui très remarquable de Maurice Brillant, ont fait connaître très largement les réalisations et les tendances de la peinture religieuse moderne. Ainsi, les noms et les œuvres de ceux que leur talent a porté depuis longtemps au premier plan sont bien connus du public et, pour un peu, comme pour le « gothique » assimilé au « religieux ancien », on identifierait leur manière avec ce qui est « religieux moderne ». Il importe donc moins de parler de ce qui existe — sinon pour rendre hommage au mérite des œuvres et dire le grand courage des premiers — que de noter, dans l'activité présente, les progrès et les tendances de ce mouvement de la peinture. Mouvement dont on ne saurait négliger l'importance parmi les aspirations de l'art contemporain. Toutefois, on ne saurait le bien juger en l'isolant de ses causes et il est nécessaire, pour le concevoir dans ses ressources et ses possibilités, de considérer qu'il correspond dans notre époque à une activité religieuse profonde et qu'il s'associe à un vaste mouvement d'apostolat, à des formes de vie religieuse plus intense dont nous saisissons partout les manifestations sous l'impulsion de l'Eglise elle-même. Donc, rien d'artificiel. Et si tous ceux qui collaborent à cette œuvre d'édification catholique, architectes et artistes, n'ont pas encore également senti (croiyants ou incroyants) toute l'importance de cette pénétration de la religion dans l'ensemble de la vie moderne et combien elle était loin de certaines formes convenues, qu'à tort on lui prête, il faut bien dire que les œuvres que nous attendons et dont nous voyons déjà quelques promesses, seront celles qui s'adapteront à cette vie et en reflèteront l'esprit. Et non, comme nous le voyons encore trop souvent, celles qui continuent à copier indéfiniment une vie et des sentiments exprimés pour d'autres époques et qu'on ne saurait suffisamment rajeunir en les revêtant de formules plastiques ou de stylisation moderne. Je m'expliquerai en prenant quelques exemples des autres époques : Un Giotto, un Michel-Ange, un Greco, celui-ci, notamment, dans l'étonnant Enterrement du Comte d'Ogaz, nous montrent une vie particulière, mais qui s'intègre, en quelque sorte, à l'élément surnaturel qui l'enveloppe et l'anime. Cela est exprimé directement, venant droit de tout l'être de l'artiste et l'on n'oserait dissocier l'expression plastique de son sujet tellement il y a concordance du concept à l'exécution. Au contraire, Ingres, si puissant de moyens et qui touche si bien l'homme dans ses admirables portraits, n'a pas ce sens du réel dans ses tableaux religieux et la composition, les gestes et les sentiments de ses figures y sont d'une vision toute conventionnelle. Combien on lui préfère l'imagination et même l'abandon d'un Rubens ou d'un Tintoret qui nous paraissent, à ce point de vue, plus conformes à la richesse et à la charité de la vie catholique. Là est toute la question, quant aux espoirs de la peinture religieuse moderne : être vivante en même temps que plastique. Pas plus qu'elle ne saurait être considérée comme l'illustration d'un catéchisme populaire, elle ne doit se limiter à une sorte de remplissage décoratif ; ses qualités plastiques n'étant pas une fin en soi, elles doivent pouvoir servir un sujet vivant pour la fin spirituelle que celui-ci se propose.

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PIERRE DUBREUIL. — La Nativité. Autrement, elle sera comme ces idoles qui ne voient ni ne sentent, ou, mieux, comme la cymbale de Saint Paul qui retentit mais ne porte pas la charité. Cela est sans doute, sous beaucoup d'aspects, une vérité première; mais il faut dire que, dans l'état présent de la peinture, la crainte très justifiée de l'art littéraire a rendu excessivement prudent quant au « Sujet ». Enfin, il était assez de mode depuis pas mal de temps de traiter indifféremment les choses les plus sacrées et celles qui intéressent le plus profondément les destinées de l'homme comme de simples « motifs ». Mais, d'après ce qu'on peut juger dans les manifestations présentes de l'art religieux, il y a à ce point de vue quelque chose de changé et l'on peut penser que la religion en prenant l'homme avec toutes ses facultés et en les ordonnant sur le plan surnaturel est bien capable de faire chez les artistes la synthèse de la pensée et de la plastique. Notons, en passant, que voilà une conséquence qui peut avoir des effets sur l'ensemble du mouvement artistique et déjà nombreux sont les artistes qui s'intéressent à cet aspect de l'art religieux, même pour ses résultats picturaux. Enfin, des peintres qui sont à l'avant-garde des Salons les plus modernes, et qui, hier encore, ne semblaient aucunement désignés pour le faire, ont exposé ces derniers temps des œuvres religieuses qui ont ces qualités de réalisme et de surnaturel dont nous parlions plus haut en même temps qu'elles gardent toute leur hardiesse et leur franchise plastiques. Ces résultats ne sauraient passer inaperçus et laisser indifférents l'ensemble de leurs confrères et la partie du public pour qui ces questions de plastique et de sujet continue de demeurer posée. Aussi, dans l'orientation des artistes, et dans les expositions, les conséquences de l'art religieux moderne se font déjà sentir. Dans le premier cas, il est certain que la question est largement posée parmi les jeunes vocations et dans les programmes des Académies. Déjà les

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LE MOLT. — Nativité. exigences de la peinture murale à fresque, qui trouve sa plus sûre expression dans l'art religieux, a suscité des apprentissages nombreux et, de même, l'art du vitrail et la mosaïque ont sollicité aussi les peintres auxquels il faut souhaiter de plus en plus d'audace dans ce sens, en réaction contre une production commercialisée qui, dans l'indifférence de plus d'un demi-siècle, avait donné à l'art religieux le lamentable aspect que l'on sait. Quant aux expositions, il faut reconnaître que, la peinture religieuse ne pouvant s'y manifester que d'une façon incomplète, elles ne sauraient donner qu'un reflet de la vaste production déjà accomplie ou en œuvre. Ni les maquettes, ni les cartons ne peuvent donner au public une idée vraie des réalisations obtenues dans les édifices religieux. En plus que l'œuvre elle-même a une vie propre, le cadre lui prête aussi son ambiance, et il va de soi qu'une peinture bien comprise est faite en fonction de son entourage. Mais cette réserve ne fait qu'apporter, à sa manière, une preuve en faveur de la peinture religieuse qui trouve son sens en dehors ou au delà du tableau, méritant comme la sculpture d'être l'associée intime de l'architecture. A ce sujet, des articles récents, sous forme d'enquête, se sont efforcés de définir le rôle du peintre auprès de l'architecte. Des opinions diverses, sans conclusions formelles, il semblait cependant résulter qu'on y considérait trop facilement la peinture comme un simple élément ornemental. Or, si la couleur, les surfaces et les lignes sont des éléments importants de la décoration, même en restant confinés dans de simples assemblages décoratifs (ce qui appelle certainement déjà beaucoup d'art), ce serait une erreur de considérer sur le même plan la peinture ou la sculpture qui animent et expriment un sujet et apportent aussi avec l'œuvre la valeur absolue de la personnalité de l'artiste. Ainsi il n'est pas douteux que les peintures d'un Puvis aient une vie propre en plus qu'elles garnissent les murs du Panthéon; que la Marseillaise de Rude, à l'Arc de Triomphe, et la Danse de Carpeaux, à l'Opéra,

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--- J. LE CHEVALLIER. — Station Chemin de Croix.(Peinture sur fibrociment.) --- H. DE MAISTRE. — 9e Station.(Photo Sully.) --- ALICE HOHERMANN. — Saint Christophe.(Gouache.) --- HENRI HÉRAUT. — Pieta. ---

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(Peinture sur papier découpé et verni.)

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JEAN BERNARD. Etude pour l'Evangile de Saint-Jean. JEAN LAIR. — Jésus au Jardin des Oliviers. pourtant identiques en volume et en surface à des œuvres symétriques, aient une valeur bien particulières et qu'elles ajoutent singulièrement à la vie et à la signification des monuments qu'elles revêtent. Ceci nous semble établi que si l'architecte, maître d'œuvre, est qualifié pour résoudre en surfaces, volumes et lumière l'ensemble de son œuvre, le concours qu'il peut demander aux artistes n'est pas si secondaire, mais qu'il s'agit d'une collaboration dans l'esprit même. Pour le clergé, à qui j'ai beaucoup pensé en écrivant ces remarques, il est évident que nous attendons de lui nos directives sur le plan religieux et souvent aussi nos sujets. Mais je ne doute pas, instruit par une collaboration déjà longue, Le Haut Moyen-Age. Fresque de TOUBLANC, WEIL, BOUQUET, H. MARRET. Eglise du Saint-Esprit, à Paris. P. TOURNON. (Architecte). que les responsabilités que lui impose la conduite spirituelle de notre vie moderne lui facilite grandement et rapidement la compréhension de l'effort que font les artistes modernes pour se libérer des formules et exprimer plus directement ce qu'ils ressentent par leur foi ou dans leurs aspirations. Dans l'ensemble, le problème n'est pas sans analogie avec celui de l'architecte, mais on pourrait le conclure facilement, avec optimisme, en disant que faire confiance aux artistes, dans leur partie, ne serait pas la plus mauvaise affaire, car, en contact permanent et direct avec la vie, leur émotivité, leur sens du vrai, leur constant souci d'idéal les a bien placés pour sentir certaines formes de vérité, qu'elles soient du domaine de l'esprit ou de la sensibilité.

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SCULPTEURS D'AUJOURD'HUI par Albert Dubos E.-J. BACHELET. — Mise au tombeau. (Marbre noir.) L'église est de nos jours un des rares endroits où la sculpture garde sa raison d'être et se sente chez elle. Elle n'y figure pas comme un élément de décoration qu'un changement de goût peut écarter, elle y joue un rôle de premier plan. Ce rôle, bien lourd à la vérité, les sculpteurs d'aujourd'hui peuvent-ils l'assumer? Faisons un rapide tour d'horizon. Sans doute on a rarement vu, réunis dans le même temps, de si nombreux maîtres qu'en ces dernières années : Bourdelle et Joseph Bernard, encore si près de nous, Maillol, Despiau, Drivier, Wlérick, Gimond. Ils ont fait école, et l'on voit aujourd'hui dans les salons beaucoup de bonne sculpture. Or, les thèmes sacrés ont exercé sur les artistes un attrait extrêmement vif. Déjà, le jeune Bourdelle, rêvant sa vie de sculpteur, voulait, pour couronner son œuvre : > Eriger dans l'azur comme un rêve de givre > La blanche cathédrale, arbre où nichent les saints. > Enrouler les rinceaux autour des vitraux peints, > Et faire flamboyer dans l'hosannah du cuivre > La mère de Jésus levant vers Dieu ses mains... C'est qu'il existe entre les tendances, les théories, les techniques de notre temps et les exigences de l'art religieux une convenance profonde. Il ne faut donc pas s'étonner si dans l'œuvre, profane dans son ensemble, de beaucoup de nos contemporains, les morceaux d'inspiration religieuse ont une place de premier plan. Ainsi la Vierge à l'enfant, de Bourdelle, que ses vers esquissaient déjà, la Prière de Joseph Bernard, plus humaine que ses habituelles bacchantes, la Pieta de Drivier, qui rejoint les plus belles figures flamandes. Je pense aussi à cette autre Pieta, d'un climat tout différent, de Margareta Cossacanu, à la Jeanne d'Arc d'Abbal — tailleur de pierre, il doit reprendre un jour la place des compagnons des cathédrales. Soudbinine, statuaire, décorateur, céramiste, a trouvé dans Les Deux Testaments quelques-unes de ses inspirations les plus heureuses. Et la grande tête de Christ, de Germaine Banninger, n'est-elle pas aussi une des œuvres les plus religieuses qu'on puisse voir ? « La bonne peinture est dévote par elle-même », disait Michel Ange. On sent dans ces œuvres une force de persuasion, une sincérité d'émotion religieuse qui leur donne la plus réelle valeur apologétique. Mais toutes ne sont pas proprement des statues d'église, des objets qui seront placés dans le sanctuaire. Or, ce sont justement de telles statues que demandent les