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SOMMAIRE N° 12. — DECEMBRE 1934. --- L’Idéologie de 1937 ................................................ A. DE MONZIE. Mise en chantier de l’Exposition de 1937 .................. JACQUES GREBER. 10 illustrations. Rétif de la Bretonne .............................................. MAX TERRIER. 7 illustrations. A propos de René Iché ............................................ LÉON REGIS. 8 illustrations. Les Livres d’art ..................................................... M. P. Ch. P. Les Livres ............................................................. MATHILDE POMES. Duo --- COLETTE --- Henri Heine --- ANTONINA VALLENTIN --- Torquemada --- MARGUERITE JOUVE --- Mes Espagnes --- MARIE-LOUISE BERCHER --- Une Femme chez les Chasseurs de Têtes --- TITAYNA --- Sainte-Unefois --- LOUISE DE VILMORIN --- Histoires du Paradis --- MARIETTA MARTIN --- Mon Seigneur et mon Dieu --- HENRIETTE CHARASSON --- Impatience --- IRÈNE JEANNE --- LA RENAISSANCE 11, RUE ROYALE — PARIS Directeur: Mme CHARLES POMARET

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2me Année. — N° 36. Le Numéro : 60 centimes. Du 1er au 15 Septembre 1898. LE MONITEUR DES EXPOSITIONS Organe de l'Exposition de 1900 Rédacteur en Chef HENRY LAPAUZE --- SOMMAIRE L’Entrée monumentale de l’Exposition. MAX DE NANSOUTY Causerie scientifique et industrielle de l’Exposition de 1900. LA TOUR Échos. A. DA CUNHA Les Travaux de l’Exposition de 1900 : La nouvelle ligne de Courcelles aux Invalides (deuxième article). Documents officiels : Le Comité de contentieux. — Les travaux des Comités d’admission. — Le Comité technique d’électricité. — Les Comités départementaux. — Les Colonies. — Adjudications. Expositions diverses. (16 Gravures.) --- Font Alexandre III. — Motif de décoration (M. Morice, statuaire). Il faut que l’Exposition annuelle se répète à la philosophie et le style du travail qu’elle met en œuvre grandement, puisque il est possible de faire une grande partie de l’œuvre qu’il a produite, mais aussi que par le passé, il a été nécessaire de procéder à des travaux importants et à des recherches supplémentaires dans le domaine de l’histoire. Alfred Frenkel Conseil général de l’État, mars 1929. --- PARIS. — Bureaux : 6, rue Le Peletier, 6. — PARIS. FAC-SIMILE DE LA COUVERTURE DU « MONITEUR DES EXPOSITIONS »

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L'IDÉOLOGIE DE 1937 par A. de MONZIE J'avais conçu un plan sans doute trop ambitieux pour l'Exposition Internationale de 1937. La Ville de Paris et M. Lucien Lamoureux, ministre du Commerce d'hier, ont réduit ce plan à de moindres proportions. Une fois de plus, on a fait de la sagesse en petitesse. Je ne récrimine pas. Il faut simplement regagner le temps et l'espace perdus, les regagner en promptitude de décision et en hauteur de vues. Ce serait une erreur de croire qu'une exposition s'ordonne par les seuls soins jaloux d'un ministre et d'une administration. Il a paru jusqu'ici que le Commissariat général, en dépit de l'éminente personnalité du Commissaire général, M. Edmond Labbé, était considéré et traité comme une annexe provisoire de la permanente bureaucratie. Un département qualifié pour favoriser l'échange des marchandises s'est jugé opte à contrôler l'échange des pensées. Il est vrai que, depuis quelques années, il s'est produit d'assez étranges transferts de compétence : les P.T.T., à cause de la radio, ayant entrepris de régénérer la musique française, il n'y aurait pas lieu de s'étonner si, délaisant la surveillance des opérations qui se traitent à la Bourse du Commerce, les services du ministère du Commerce s'employaient à « contingenter » l'apport de la sculpture et de la peinture françaises dans la « compensation » internationale prévue pour 1937. Tout compte fait, cette sorte de dépassements d'attributions n'a rien de scandaleux ; les mêmes abus d'autorité furent glorieusement commis par Colbert. Mais, en l'absence de Colbert, il vaut mieux ne pas recommencer. Le Commissaire général est ou doit être le maître de l'œuvre. Un maître intrépide. Les réflexions nuisent à l'intrépidité, surtout quand elles sont le fait d'autrui, le fait de commissions nombreuses et empressées. Il y a déjà pour conseiller M. Labbé une commission des Beaux-Arts et une commission de l'Esthétique, dont le double zèle peut se traduire en avis contradictoires. À ces commissions s'ajouteront des comités d'admission par classes, par catégories, avec des présidents, des secrétaires, des intrigues, des combinaisons, de la casse, du séné, des décorations. Entre ces fils de fer barbelés, entre ces feux de file, l'humble originalité d'un artiste se frayera malaisément un chemin vers le grand public. Nous risquons de transporter hors du Parlement ces méthodes de vaine suspicion et de trompeuses garanties par quoi l'audace des individus se trouve paralysée, sans que l'intérêt des collectivités soit sauvegardé. Il convient d'en venir ou de revenir à un plus exact partage des responsabilités et des tâches. Au gouvernement d'assurer le respect de la loi, des décrets et de la charte internationale. Au Commissariat général de tracer le cadre dans lequel une élite nationale affrontera les diverses compétitions étrangères. Pour le surplus, c'est à nous, à vous, à tous, qu'il appartient d'approvisionner l'idéologie de 1937. Car 1937 ne saurait être une réédition de 1925, une réédition populaire, c'est-à-dire pour gens appauvris, une exposition de demi-luxe et de demi-deuil. Les conditions économiques et psychologiques imposent

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un programme inédit de recherches. Tout ce qui rappellerait l'insolence quantitative de 1925 messièrait en 1937, messied déjà en 1934. Désormais, la richesse a le devoir d'être pudique. L'hygiène n'exige plus l'ostentation. Le home n'affectera plus les apparences gourmées d'un palais. 1925 réalisa le triomphe de la luminosité, 1937 rétablira les droits de l'intimité. En 1925, littérature et architecture de jazz: beaucoup de lumière et beaucoup de bruit à domicile. Fini! Jacques-Emile Blanche vient d'écrire avec les mémoires de Joséphin Perdillon l'oraison funèbre et tintamarresque de cette période où le repas s'interrompait pour un tour de danse. En 1937, littérature et architecture exprimeront, j'en suis sûr, cette nostalgie encore inavouée qui ramène les hommes vers leurs habitudes et préférences traditionnelles. Plus de bijoux, ni de meubles standardisés, du moins par goût d'un chacun! Il y aura de nouveau un culte du bel objet et aussi, dans les ménages peu fortunés, le respect de l'objet. Ici comme ailleurs, ici plus qu'ailleurs, les commodités de l'existence ne suffisent plus à contenir un certain appétit sentimental qu'a réveillé la brutalité des mauvais jours. Nous reportons aux choses une tendresse que les êtres ne retiennent plus. « La production industrielle nous a entourés d'une foule d'objets neutres et indifférents, reproduits à un très grand nombre d'exemplaires, qui ne sont pas proprement à nous, qui n'enrichissent pas vraiment notre maison. En ce temps-là, au contraire, le moindre objet était un obscur commencement de chef-d'œuvre, chaque ustensile était unique, chacun essayait humblement d'être beau et celui même qui restait bien loin de ce but était encore solide, loyal, amical... » Naguère j'aurais lu sans émoi ces lignes adorables d'Abel Bonnard dans la vie de Saint François-d'Assise. Encore bien que j'aie gardé ma foi dans l'avenir des idées, je subis l'attirance d'une civilisation où l'objet participe de la diversité humaine et porte en soi la marque particulière d'un travail humain. Qu'importe la nature de ce travail? En ferronnerie, la soudure autogène ne remplace pas la soudure au marteau. Aucune machine ne supplée à la finition par la main de l'artiste ou de l'artisan. A travers l'objet ouvrage il existe une communication vivante de l'ouvrier à l'usager qui relève du langage inarticulé de l'art. C'est ce langage qui se parlera en 1937. Cela ou le silence! Mais il n'y a plus de choix. Des milliers de producteurs ont été alertés en vue de cette renaissance. L'alerte donnée, ces producteurs, ces créateurs — pour la plupart anonymes — ont forcé la consigne de prudence que se passaient les financiers de la Ville et ceux de l'Etat. La décision différée de mois en mois a été prise, a été publiée. Malgré tous les barrages, toutes les embûches et toutes les consultations, l'art et l'artisanat français tiendront leurs libres assises, tandis que les chemins de fer fêteront leur premier centenaire et que le rationalisme célébrera le troisième centenaire du Discours de la Méthode. Ces additifs solennels ne détourneront pas la curiosité universelle de ce spectacle qu'offrira le génie de notre race dans cette manifestation où, semble-t-il, notre originalité ne se dissimulera point sous les oripeaux d'une foire mondiale. Les Soviets ont expulsé récemment de leur territoire ou de leur confiance un bâtisseur d'Occident qui leur apportait des systèmes pour reconstruire Kiew et Moscou à la manière d'Hollywood. Nous devons par avance exclure de notre section française les maisons en uniforme, expulser les prédicants de l'uniformité. Une renaissance, c'est une époque où les artistes et les peuples signent leurs œuvres.

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MISE EN CHANTIER DE L'EXPOSITION DE 1937 par Jacques GREBER (Architecte en Chef adjoint de l'Exposition de 1937) L'Exposition de 1937 est enfin en voie de réalisation. Décidée quatre ans seulement avant la date fixée pour son ouverture, il ne lui était pas permis, pour que son plein succès fût assuré, de servir de base au vaste programme d'extension urbaine que certains architectes auraient voulu lui assigner. Cette entreprise, d'ailleurs, n'était-elle pas en soi quelque peu inopportune en cette époque de pénitence ? On a donc sagement agi, pensons-nous, en donnant à l'Exposition un cadre approprié au temps et aux moyens limites qui peuvent lui être consacrés. Cependant, sur les quatre années de travail qu'on aurait pu employer à la parfaire, quinze mois ont été pris par de trop longues hésitations, de stériles rivalités, nées du doute, de l'inquiétude, de l'amertume, qu'a fait naître la crise, dans l'esprit de ceux que ce projet de salut public devait au contraire ramener à l'espoir, à l'optimisme et à l'entente. A ces débuts pénibles, ne cherchons d'autre cause, n'accusons d'autre coupable que le temps cruel où nous vivons. Mais puisque maintenant l'ouvrage est tracé, ne perdons plus une heure des deux années qui nous restent pour le mener à bien. Si c'est un tour de force, ce ne sera pas la première fois qu'on verra, en France, s'accomplir l'impossible. D'ailleurs, la tâche sera singulièrement facilitée par le concours précieux qu'apporteront à l'architecte en chef les remarquables techniciens de la Ville de Paris, qui travailleront avec lui sous l'autorité éminente de M. Martzloff, directeur des Services d'Architecture et des Promenades, et de M. Giraud, directeur général des travaux. Et qu'on ne vienne pas nous dire que le manque de temps, le programme relativement limité, le choix prétendu sans mérite d'un emplacement trop connu, interdisent à l'œuvre de 1937 d'être originale et jeune, et de marquer un progrès sur celles qui, en ce même cadre, l'ont précédée.

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D'abord, elle est née sous le signe de l'urbanisme ; c'est au centre même de Paris qu'elle laissera d'importants et nécessaires embellissements qu'on aurait, sans elle, encore négligé d'accomplir : Manutention militaire, Garde-Meuble, Gare du Champ-de-Mars, près de dix hectares de terrains seront récupérés pour l'aménagement futur de deux des plus beaux quartiers de Paris. Ajoutons la couverture de la voie ferrée au long du quai d'Orsay et la création d'une allée de promenade au-dessus d'elle ; l'élargissement du pont d'Iéna et la construction d'un passage souterrain facilitant le croisement du quai de Tokio et du courant de circulation vers le pont d'Iéna. N'est-ce pas là faire œuvre utile, profitable sans délai et sans coûteuses expropriations au développement, vers l'ouest du centre de Paris ? Quant au plan directeur de l'Exposition, il est l'adaptation, au terrain concédé, des besoins déterminés par la classification des groupes et classes prévus. Il s'établit sur deux axes principaux. Vue des magasins. L'allée principale bordée d'arbres séculaires.

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VUE AÉRIENNE DE LA MANUTENTION Le premier est dominé par le Trocadéro, conservé, mais transformé par un masque temporaire de ses lignes extérieures, et utilisé pour doter l'Exposition, à peu de frais, d'un vaste Palais des Congrès et de toutes les manifestations de l'abstrait. En face, à l'autre extrémité de ce grand axe, la Tour Eiffel, jeune encore à cinquante ans, paraîtra plus grande sur la masse horizontale, de verre et de métal, du Palais des Sciences couché à sa base et laissant intacts le Champ de Mars et ses perspectives majestueuses. L'autre axe sera formé par la grande voie maîtresse du fleuve, reflétant ses deux rives si différentes de conformation et d'effet. Sur la rive gauche, à la place de la gare du Champ-de-Mars, et encadrant tout le tableau de fond adossé au pont de Passy, le groupe régional, vaste ensemble urbain de 5 hectares, où toutes les régions de France seront représentées et assemblées, malgré leurs contrastes harmonieux, dus au terroir et à la tradition, en une démonstration d'architecture moderne française: utile réponse aux tentatives artificielles de création d'un art international qui meurt de son indigence — tout LA MANUTENTION Aspect actuel. LA MANUTENTION Aspect actuel.

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comme le pastiche, cher au xix° siècle, avait fini par succomber de sa contradiction avec le génie toujours renouvelé de la race. La leçon du centre régional, à elle seule, par la forme dans laquelle elle sera donnée, pourrait justifier le titre même de l'Exposition : Arts et Techniques appliqués à la Vie molerne. Et c'est peut-être davantage encore au groupe des « métiers et des arts appliqués » que les visiteurs achèveront de se convaincre que la vie moderne, liée au progrès, appelle des formules nouvelles dans le domaine de tous les arts, sans en excepter l'urbanisme. Utilisant les belles cours plantées du Garde-Meuble, on y créera les rues d'un quartier idéal de commerce, où les métiers d'art seront montrés vivants, ayant pour stands leurs étalages et leurs boutiques, leurs ateliers au travail. Finie la classification de salles aux vitrines mortes, les répétitions imposées par le catalogue. L'union des choses se fera comme dans la vie, selon leurs emplois. Au lieu de ces longs hangars à alvéoles et à estrades, où, dans une interminable perspective poussiéreuse, se mêlent les plus baroques superpositions, où les noms des firmes se masquent et se confondent, nous reverrons simplement la rue, avec ses jeux de couleur, et ses pittoresques enseignes ressuscitées. Pourquoi le xx° siècle des gens d'Europe ne serait-il pas aussi gai, aussi grouillant et attirant que le moyen âge encore visible des souks et des bazars ? Rééducation et simple remise en ordre. Faisons revivre (en une formule qui n'est pas si futuriste ni si révolutionnaire qu'elle le paraît), faisons revivre la rue où le piéton est maître, stationne, badaude, traverse d'une échoppe à l'autre suivant son caprice, oublie le temps, le moteur, le klakson, le compteur, la fièvre..., vit enfin les minutes heureuses du temps perdu. La Ville réordonnée de l'avenir nous donnera ces « groupes d'ilots » construits, entourés et desservis par des voies larges où la circulation rapide pourra s'effectuer sans gêner personne, mais sillonnés à l'intérieur par des rues sans voitures, où les emplettes se feront à l'abri de tous les « embarras » du Paris moderne. Le groupe des métiers d'art nous donnera une vision réelle de ce que pourrait être un de ces quartiers futurs, sans bruit, sans fumée ni odeurs d'échappements et sans « clous », si peu respectés ! En face, la Manutention sordide aura fait place aux Musées d'Art moderne de la Ville et de l'État, que certains auraient voulu abrités sous un même toit, do-

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LA RENAISSANCE minant des terrasses étagées entre l'avenue du Président-Wilson et le quai de Tokio. Mais, nul doute que, malgré la difficulté d'un problème compliqué de ce double programme, les architectes, tentés par ce premier et grand concours, sauront en apporter de magnifiques solutions, pour l'enrichissement du paysage de la Seine et l'emballissement définitif de Paris. Ce groupe de palais, ainsi que le décor nouveau du Trocadéro et des pentes qui en forment la base vers le quai, seront les deux parties importantes de l'Exposition sur la rive droite. Une promenade étroite les réunira; la place manque, en effet, pour construire en bordure du fleuve. Nous en profiterons pour mettre l'Exposition sur l'eau : pontons, bateaux à l'ancre, formeront une suite pittoresque de mûres et de voiles colorées qui, vue d'en face, chantera sur le fleuve une musique inaccoutumée. Le quai et la large berge de la rive gauche permettent la construction de nombreux pavillons ; au centre, près du pont d'Iéna, qu'ils encadreront suivant un plan équilibré, sinon complètement symétrique, les pavillons et galeries des nations étrangères, invitées, occuperont, comme il convient, la place d'honneur. Ils auront pour voisins, en aval, le quai vivant et bigarré des provinces maritimes, et, en amont, le rivage plus calme du quartier urbain des métiers d'art, qui se prolongera vers le pont de l'Alma du groupe des Transports et du Tourisme, dans la grande variété de ses diverses classes ; on verra, là encore, une image bien vivante de la technique moderne, inséparable des arts qui l'agrémentent pour la joie de nos déplacements incessants. L'ensemble qui, sur 1.500 mètres, occupera la rive gauche entre le pont de l'Alma et le pont de Passy, sera marqué, malgré les différences nécessaires des diverses architectures, d'une servitude d'arcades ou de galeries couvertes au niveau d'une promenade ininterrompue d'où les foules jouiront du spectacle de la Seine, en fête de jour et de nuit. Cette disposition servira deux buts : utilité et esthétique générale, par l'effet de grandeur que cette longue horizontale donnera à la perspective du quai. Enfin, la lumière, d'une part, les émissions sonores, d'autre part, et même la couleur des bâtiments, seront soumises respectivement à des plans directeurs qui en banniront le désordre. Cette autre expérience nouvelle de l'Exposition de 1937, dans chacun de ces trois domaines, est susceptible d'apporter d'utiles leçons pour l'organisation future de la vie urbaine. Exposition réduite, a-t-on dit ; sa petite taille ne l'empêche pas, comme on le voit, d'avoir d'assez grandes ambitions. A Sceaux, mieux qu'on ne pourrait le faire nulle part ailleurs, l'Art des Jardins, dans le cadre superbe du parc reconstitué, trouvera de belles occasions de se manifester, et, dans une seconde annexe, boulevard Kellermann, réservée à l'Habitation, l'art de bâtir sera analysé en une vivante leçon de choses. Ce bref commentaire du plan général de l'Exposition en ses diverses parties montre le travail préparatoire accompli. L'exécution de ses divers éléments va être distribuée, sous la direction de M. Charles Letrosne, architecte en chef, au plus grand nombre possible d'architectes choisis au concours. Déjà le plus important de ces concours, celui des Musées d'Art moderne, s'achève, et sera suivi, aussitôt, de douze autres concours échelonnés jusqu'à février prochain. Cette méthode de répartition du travail fait naître les plus légitimes espoirs parmi les jeunes. Le nom de l'architecte en chef, unanimement proposé par ses confrères lors de sa nomination, est une sûre garantie que ces espoirs ne seront pas déçus. Et 1935 marquera, pour un grand nombre d'artistes et d'artisans, une date heureuse de coopération joyeuse pour l'accomplissement d'une œuvre longtemps attendue, mais féconde en répercussions multiples sur la vie économique et le moral du pays.

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LE PONT NEUF ET LES MARCHANDES DE FLEURS DU QUAI DE LA MÉGISSERIE Sanguine et pierre noire, par Gabriel de Saint-Aubin. (Collection de M. A. Vell-Picard.) Photo Balloz.

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RÉTIF DE LA BRETONNE A PROPOS DE L'EXPOSITION ORGANISÉE AU MUSÉE CARNAVALET POUR COMMÉMORER LE DEUXIÈME CENTENAIRE DE SA NAISSANCE par Max TERRIER Paranoïaque, mythomane, érotomane, fétichiste, maniaque incestueux, Rétif de la Bretonne peut n'être considéré que comme un anormal et un objet d'étude pour les psychiatres et les curieux ; c'est pourtant aussi l'écrivain qui a laissé de la vie populaire au XVIIIe siècle les tableaux les plus vrais. Son imagination délirante lui fait s'attribuer des actions qu'il n'a pas commises et se placer dans des circonstances où il ne s'est pas trouvé, et cependant elle ne l'éloigne jamais des conditions de sa vie quotidienne. Mythomane, il ment innocemment à son avantage, comme font les professionnelles de la galanterie ; il oublie la vérité et même qu'il existe une vérité, mais sa mémoire ne laisse rien échapper des détails accessoires, dispositions des lieux, costumes, menus incidents ; ainsi, M. Rouger a pu prouver que Mme Fournier, ce paragon de pureté, avait une demi-douzaine d'enfants quand Rétif a habité chez elle, et cependant on retrouve encore aujourd'hui la maison telle qu'il l'a décrite. Les lieux dont il parle sont ceux où il habitait et se promenait; il les indique avec précision et trouve le mot pittoresque qui, après cent cinquante ans, les fait encore revivre à nos yeux. Les milieux où se passent les récits qu'il a laissés sont ceux qu'il a fréquentés, où il a vécu, et que ses intrigues amoureuses lui ont fait connaître sous des aspects infiniment divers : paysans aisés, menu peuple et petite bourgeoisie de Paris; il est curieux de remarquer qu'il a rarement tiré un parti littéraire des relations que lui valurent ses succès d'auteur, loin de vouloir faire comme tant d'écrivains qui représentent le grand monde où ils ont l'ambition d'accéder plutôt qu'un accès véritable. Né en 1734, il était le fils de paysans du village de Sacy, en Basse-Bourgogne ; il garda les vaches, joua avec les autres enfants du village et fit d'honnêtes études chez un magister modèle ou avec deux de ses frères, deux prêtres ; devenu vieux, il avait gardé de cette enfance les souvenirs les plus vifs, qui rendent délicieuses les premières pages de Monsieur Nicolas et se retrouvent dans La Vie de mon père. L'exactitude de ces souvenirs, vieux de cinquante ans, est étonnante : M. Funck-Brentano a pu en vérifier sur beaucoup de points l'authenticité et souligner l'aisance et le charme de la vie paysanne au XVIIIe siècle ; rien de plus opposé à la phrase éternellement citée de La Bruyère, qui, d'ailleurs, selon l'intention de celui-ci, ne conviendrait pas moins à la condition des paysans de tous les temps et du nôtre que de l'ancien régime. La vie du jeune paysan fut interrompue pendant une année qu'il passa à l'Hôpital général de Bicêtre, parmi les enfants de chœur, dont le directeur était un de ses frères, janséniste rustique et ardent. À dix-sept ans, il partit pour Auxerre, où il entra comme apprenti typographe à l'imprimerie d'un nommé Fournier, le mari de Mme Parangon. Malgré son amour pour celle-ci, Rétif commence ou plutôt continue à se dévergonder; les scènes de la vie familiale d'un maître avec ses apprentis et certains tableaux des amusements dominicaux des jeunes gens laissent encore beaucoup de charme au récit que l'auteur fait de cette période de son existence. À vingt et un ans, il débarque du coche d'eau au port Saint-Paul, dans Paris qu'il ne quittera guère et tout près de l'île Saint-Louis qui devait devenir « son île ». Photo Bullos. PORTRAIT DE RETIF DE LA BRETONNE Gravure exécutée d'après un dessin de son ami Binet.