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COUPE LONGITUDINALE SUR LE BOSQUET MONTRANT LES FAÇADES LATÉRALES DES DEUX PAVILLONS. GALATHÉE PAR TUBY. — APHRODITE PAR ANGUIER. ARION PAR RAON. NYMPHE DE DIANE PAR FLAMEN. LE BOSQUET DES DÔMES ERS 1890, le Bosquet des Dômes était un des coins les plus pittoresques des Jardins de Versailles. Ce pittoresque, hélas! devait tout à l’abandon : le bassin à sec était entouré de balustrades ruineuses, les mous- ses rongeaient les bas-reliefs de Girardon et les grands piédes- taux sculptés de glaçons et de coquilles ne portaient plus leurs statues. De tous côtés, entre les marbres disjoints, poussaient de vigoureux arbustes et les branches des massifs voisins étendaient leur ombre envahissante sur l’emplacement, vide depuis cinquante ans, des pavillons de Mansart. J’aimais entre tous, je l’avoue, ce décor envahi par la nature après avoir été saccagé par le vandalisme des hommes. Aucun visiteur n’avait la curiosité d’y pénétrer. La grille refermée, on se sentait fort loin de la foule et l’on y poursuivait librement sa rêverie, en évoquant les réunions de cour, les collations de l’après-dinée, au son des hautbois et des violons que le Grand Roi aimait à faire entendre aux dames. Ce bosquet, le plus magnifique d’autrefois, était devenu le plus oublié. On songea à le restaurer, et le travail très minutieux, très coûteux, achevé en 1897, ne donna point pleine satisfaction aux gens difficiles. Sans doute, la Conservation du Musée avait pu retrouver dans ses réserves et faire replacer sur les socles, à leur place exacte, sept statues sur huit de celles qui s’y trouvèrent jadis ; sans doute, le service d’architecture avait mis tous ses soins à nettoyer la suite de bas-reliefs des socles et soubassements, où Girardon et ses confrères ont sculpté des trophées d’armes de tous les pays et de tous les temps ; ils apparaissaient désormais dans l’éclat du marbre blanc rajeuni, et le rétablissement de la fontaine et des effets d’eau pouvait passer également pour une heureuse réussite. Mais, dans maint détail décoratif, la main des ouvriers avait été trop lourde ; la large sculpture de Caffiéri le fils s’était amincie sur les socles au point d’en être méconnaissable, et surtout une erreur d’ensemble fort grave était commise. Pour rétablir la balustrade inférieure, il est vrai entièrement disparue, on avait adopté une disposition de balustres de plomb doré mêlés au marbre rouge, qui ne correspond à aucun des états anciens ; il n’y avait pas à rappeler par l’introduction du métal doré l’état primitif d’une des balustrades, tout en conservant pour l’autre l’état postérieur. Il eût été facile d’éviter ces contradictions en rétablissant purement et simplement le dernier état Louis XIV de l’ensemble ; nos architectes n’avaient pas songé à s’en informer. L’histoire du Bosquet des Dômes n’a pas été, en effet, très facile à reconstituer, malgré l’abondance des documents de toute sorte. Aucun de nos bosquets n’a subi de remaniements plus profonds et n’a eu de destinées plus diverses. Lorsque Colbert le fait tracer en 1675 et y dépense, les années suivantes, 120.000 livres pour les balustrades et les deux pavillons de marbre à dômes décorés de plombs et de bronzes dorés, on l’appelle d’abord le Bosquet de la Renommée. Une figure de la Renommée, due à Marsy, sonne de la trompette au

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE COUPE TRANVERSALE SUR LE BOSQUET MONTRANT LA FAÇADE PRINCIPALE DU PAVILLON DE GAUCHE. ACIS PAR TUBY. — L'AURORÉ PAR MAGNIER. GALATHÉE PAR TUBY. — AMPHITRITE PAR ANGUIER. --- centre du jeu des eaux ; huit figures de plâtre, provisoirement posées, font cercle autour d'elle et deux pavillons, dessinés dans tous leurs détails par Mansart, viennent rappeler par la richesse de leurs matières et la perfection de leurs détails, les merveilles qui décorent, à peu près, à la même heure, les intérieurs du Château. De nombreuses gravures existent de ces pavillons ; une certaine quantité de morceaux de la décoration détruite sont conservés encore dans les magasins de l'Architecte du Domaine et on a pu les voir dans une exposition récente organisée par la Société des Amis de Versailles. Ces débris aident à deviner la magnificence des édicules détruits ; mais les Comptes des Bâtiments, qui donnent le nom des artistes et les sommes qu'ils ont reçues, ne sont pas moins instructifs. Les motifs de plomb et d'étain doré qui surmontent les « dômes » sont, pour l'un, de Le Hongre et Mazeline, pour l'autre, de Buirette et Lespingola. L'orfèvre Ladoireau reçoit 15.000 livres pour --- « les huit trophées des deux salons de la Renommée, qui ont de huit pieds de haut sur cinq pouces de large » et qui représentent les emblèmes que le langage du temps appelle « les armes » des quatre parties du Monde. Ce Ladoireau, qui a le titre « d'orfèvre et fondeur ordinaire de la garde-robe du Roi », est le même qui a travaillé aux grands trophées et chutes d'armes de la Galerie des Glaces et des Salons de la Guerre et de la Paix ; par ces spécimens admirables d'un art parvenu à sa perfection, on peut se rendre compte de la beauté de ceux qui se sont trouvés au Bosquet des Dômes. Les pavillons carrés qui les portent sur leurs façades sont de marbre blanc et ornés chacun de huit colonnes de marbre de couleur ; à l'intérieur sont aussi des trophées de bronze, et des peintures d'un des Lemoyne couvrent le plafond en dôme. Ces précieux morceaux placés dans le parc sont exposés à la destruction et, comme il arrive souvent à Versailles, au pillage. Des notes ma- --- ÉLEVATION D'UN PAVILLON.

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PREMIER QUART. DÉVELOPPEMENT DE LA BALUSTRADE SUPÉRIEURE. ACIS PAR TUBY. L’AURORE PAR MAGNIER. DEUXIÈME QUART. GALATHÉE PAR TUBY. AMPHITRITE PAR ANGUIER. TROISIÈME QUART. ARION PAR RAON. COBITO NYMPHE DE DIANE PAR FLAMEN. INO PAR RAYOL. LE POINT DU JOUR PAR LE GROS.

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LE BOSQUET DES DOMES. — VUE GÉNÉRALE. LE BOSQUET DES DOMES. — LA VASQUE CENTRALE.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE PAVILLON DE GAUCHE. — PIÈCES CONSERVÉES. A - GROUPE D'ENFANTS B - MEMBRE LAURE, EXISTENT EN MAGASIN 8 PIECES DU MISES ON DES 20 CHACUN COMPORTANT MILIEL AVEC RUBAN ET EXTREMITES GAUCHE ET DROITE AVEC FEUILLES CANGLES C - FEUILLES D'ANCLES (3 FEUILLES SUBSISTENT MAIS SONT INCOMPLETES LEURS PARTIES IMPERIEUSES MANQUENT AUSSI UNITE) E - ROSTRES DU COMBLE (2 AILES SEMBLABLES SUBSISTENT) D - TETES AILEES (5 TETES SEMBLABLES SUBSISTENT MAIS ZONT UNE AILE SEULEMENT) F - BOUCLIERS DU COMBLE (2 AILES SEMBLABLES SUBSISTENT) H - DECORATION DU FRONTON EN 3 PIECES J - DECORATION DU FRONTON EN 3 PIECES --- nuscrites de Mansart, que j'ai consultées, font connaître, en 1699, que des malandrins ont descellé pendant la nuit des trophées de Ladoireau et les ont emportés. Y avait-il déjà, sous Louis XIV, insuffisance de gardiens ? Cette aventure, dont j'ignore la suite, se répétait assez souvent dans nos jardins. Le premier changement du Bosquet est de 1684. Louis XIV ordonne d'enlever la Renommée et de transporter en ce lieu choisi, sur de riches piédestaux, l'ensemble des groupes de marbre de la Grotte de Théthys, qu'on va démolir pour construire l'aile du nord. Nous avons une représentation gravée et peinte (Simonneau le jeune, Cotelle) de cette seconde disposition. Le groupe d'Apolon servi par les Nymphes et ceux des Chevaux du Soleil y restèrent jusqu'en 1704 ; l'Acis et la Galatée de Tuby devaient y demeurer définitivement parmi des statues nouvelles. Le Bosquet s'appela, pendant cette période, Les Bains d'Apolon ; c'est celui dont parle mainte fois Dangeau dans ses récits de cour. Sa splendeur particulière le désignait pour les divertissements les plus rares. On y vint, par exemple, le 15 mai 1685, après un grand souper de dames chez Monseigneur : « Le Roi alla avec les dames dans les jardins, et nous trouvâmes les Bains d'Apolon allumés, et dans les pavillons, il y avait les hautbois ; on y dansa même, et Mlle de Nantes finit le bal par y danser une dame gigonne le plus jolement du monde. » En 1704, le Bosquet prend son troisième décor. On refait les balustrades, en remplaçant en marbre les balustres de métal doré, et l'on introduit deux figures nouvelles de marbre dont l'une est une des plus parfaites de nos jardins, l'Aurore jetant des fleurs, de Magnier, signée et datée de 1704. On trouve, pendant tout le XVIIIe siècle, la disposition que nous avons rétablie, c'est-à-dire, à droite, en entrant par le côté du Tapis vert : le Point du jour (Le Gros), Ino (Rayol), une Nymphe de Diane (Flamen), Arion --- PAVILLON DE GAUCHE. SCHEMA INDIQUANT L'EMPLACEMENT DES PIECES CI-DESSUS.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE PAVILLON DE DROITE. — PIÈCES CONSERVÉES. (Raon) ; à gauche, Acis, l'Aurore, Galatée et le piédestal vide qui attend l'Amphitrite d'Anguier, transportée au Louvre au siècle dernier. L'abandon du Bosquet, dont les eaux avaient cessé de jouer depuis longtemps, et dont les pavillons furent démolis en 1819, ne devint définitif qu'en 1844 ; cette année-là, les statues furent transportées à Saint-Cloud, autour du bassin en fer à cheval que restaurait Louis-Philippe. Ramenées plus tard, sauf Amphitrite, dans les réserves du Musée de Versailles, elles en furent retirées pour la restauration de 1897. On sait que, depuis cette date, le Bosquet a repris sa place dans l'itinéraire du jeu des Grandes-Eaux et que, mainte fois, un visiteur informé vient en admirer les marbres. L'idée d'achever la restauration complète du Bosquet des Dômes hantera toujours l'imagination des architectes de Versailles. Nous en avons une preuve nouvelle dans le travail si précieux que vient d'accomplir M. Armand Guéritte. Ses dessins présentent le projet d'un rétablissement des célèbres pavillons, en même temps qu'une monographie très intéressante de l'œuvre entière de Mansart L'exposition de ces dessins au Salon de 1923 a obtenu un succès que les restaurations d'architectes atteignent fort rarement et que la Médaille d'or a consacré. Beaucoup de curieux sont allés voir ce bel ensemble, dont la Renaissance publie aujourd'hui la plus grande part, et les galeries de l'architecture, toujours trop peu visitées, se sont animées souvent, grâce à M. Guéritte, de groupes nombreux d'amis de Versailles. Respectueux et amoureux du passé, l'artiste a su utiliser, avec une méthode rigoureuse, tous les fragments, qui ont survécu aux démolitions de Louis-Philippe et dont quelques-uns sont fort beaux. Chacun d'eux a pris sa place dans ces savants dessins, qui établissent qu'une reconstruction des pavillons serait appuyée des documents les plus certains. La démonstration est assurément probante. Une reconstruction est possible ; est-elle souhaitable ? La question se posera toujours entre deux écoles qui ne sont pas près de s'accorder. PIERRE DE NOLHAC, de l'Académie française.

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GIOVANNI BATTISTA CIMA. — LA MADONE ET L'ENFANT AVEC SAINT JEAN-BAPTISTE ET SAINT JÉROME EN FEUILLETANT DES PRIMITIFS L’ÉTRANGE époque qu’est la nôtre permet de voir tous les contrastes, et ce qu’il y a de non moins surprenant c’est de constater qu’ils se concilient. Si nous avons gagné quelque chose à ces luttes, ce sera peut être de mieux comprendre, en général, que la vérité a des côtés multiples et opposés, du moins devant une ancienne et stricte logique. Et le résultat, vraiment très amusant, serait que le scepticisme conduisit ainsi, par cette voie inattendue, à une nouvelle forme de la certitude. Est-il rien de plus curieux, par exemple, que d’enregistrer à la fois le cas extraordinaire, quoique bien naturel, que l’on fait des trésors du passé, et l’enthousiasme, moins naturel dans ses effets, bien que naturel dans ses causes, qu’excitent les ouvrages, ou plus exactement les essais, qui reposent sur la méconnaissance, sur la négation même, de tout ce qui fait la valeur et la beauté de ces nobles reliques de la pensée, de ces legs sublimes de l’idéal ? Nous lisons les prix fantastiques auxquels se vendent des peintures modernes dont une laideur, une impuis- BERNARDINO DEI CONTI. — PORTRAIT DE JEUNE FEMME.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 400 sance, une décrépitude parfois sont le principal élément de cote, le seul critérium d'évaluation et de spéculation. Et en même temps nous apprenons que non seulement les petits Maîtres d'autrefois atteignent des enchères que n'ont jamais connues les grands, même au temps où l'on commença de les payer très cher, mais encore que les millions sont monnaie courante pour se disputer ceux des ouvrages authentiques de ces grands Maîtres que les Musées avaient mis hors d'atteinte. (Il est vrai que grâce à cette «échelle»des prix,cseœuvres sont à leur tour hors de l'atteinte des Musées) On éprouve donc une certaine joie, quand on admire les pages que le temps a consacrées et en lesquelles on trouve de sûres consolations et les plaisirs supérieurs de l'esprit, à apprendre que, en outre des suffrages désintéressés des personnes dignes de les apprécier, elles reçoivent l'estampille de ce terrible consécrateur : l'argent ! La vente Salomon qui eut lieu récemment à New-York est l'exemple le plus étonnant jusqu'ici,croyons-nous, de cette ascension. Si nous n'aimions pas à nous préserver de la contagion actuelle de l'argot, ce serait le cas de dire qu'elle en « détient le record ». Cette vente, nous disent les gazettes, a duré quatre jours, et le total a atteint la somme de vingt et un millions. Mais ce n'est pas tout : avant les enchères, Sir Joseph Duveen avait mis hors de compétition quinze peintures de Primitifs italiens moyennant seize autre millions, ce qui porte l'ensemble à trente-sept millions. Généralement, quand un journal publie des détails de ce genre, la formule usitée est d'ajouter : « Ces chiffres se passent de commentaires. » Mais à notre avis c'est le cas ou jamais de commenter. Il y a même trop de points de vue possibles pour que nous puissions les effleurer tous. Il en est d'ailleurs qui ne seraient ni de notre compétence ni de notre goût. Par exemple ceux qui ont trait aux côtés économiques et sociaux de ces événements. Tout au plus pourrions-nous renvoyer aux détails que nous ont laissés les his-toriens de l'antiquité. Ne lisons-nous pas que, sous l'Empire Romain et même au crépuscule de la République, les collectionneurs payaient tels objets précieux de l'Asie, tels chefs-d'œuvre de l'Hellade, un nombre non moins fabuleux de sesterces ? Des considérations auxquelles nous sommes plus sensibles sont celles qui ne portent que sur la beauté et la signification des œuvres conquises à ces prix fabuleux, — ou historiques, comme on voudra. Aussi avons-nous parcouru avec beaucoup de curiosité le magnifique album où sont reproduits ces quinze Primitifs de Sir Joseph Duveen. Notre illustration en groupe un choix, et bien que ce ne soient pas les ouvrages eux-mêmes, mais simplement, en quelque sorte, leur signalement, nous croyons qu'on aimera à faire parmi eux, avec nous, une rapide promenade. Un Luini, ce maître si expressif dans la suavité, ce qui est plus difficile que de l'être dans l'énergie, représente la Vierge et l'Enfant avec Saint-Jérôme. L'Enfant touche avec bonté la pierre mortificatrice que le Saint lui présente sur un livre richement relié. La Madone avec ses cheveux crépelés est délicieuse. Un Maître peu fréquemment rencontré, Bernardino dei Conti nous attache avec un portrait de femme des plus curieux et des plus vivants; nous entendons par là, non pas seulement qu'il a conservé la vie de ce charmant modèle, mais aussi que son front bombé, son menton potelé, son nez tant soit peu retroussé seraient rencontrés par nous dans une actuelle réunion sans que nous en fussions surpris. Une madone de Pinturicchio vient de la collection du Roi de Saxe, et brille d'orfèvrerie picturale. De la même provenance un Péruigin des plus purs. Le mouvement de prière et la pose des mains de la Vierge, et l'expression pénétrée de celle-ci, vraiment sont traits exquis. Le paysage est fort beau. Tout au plus pourrait-on faire remarquer que le petit Saint-Jean a presque plus de charme que l'Enfant qu'il adore, mais comme celui-ci n'en est pas moins adorable, tout est pour le mieux dans cette superbe peinture.

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GIOVANNI BELLINI. — PORTRAIT DE JEUNE HOMME.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE VINCENZO CATENA. — LA MADONE ET L'ENFANT AVEC LES SAINTS. Comme nous ne pouvons tout commenter, nous passons plus rapidement, malgré leurs grands et divers mérites, sur un Portrait de jeune homme de Jacopo del Sellajo; sur un Palma, une Annonciation d'un caractère moins ingénu ; sur un Portrait de jeune femme de face, peinte, ce qui est assez rare, les yeux baissés et qui fait honneur au talent de Bartolomeo della Gatta; et même sur un fort noble Portrait d'un jeune patricien, d'une expression sérieuse, provenant comme un des précédents de la collection royale saxonne. Autant de belles choses, et de grand prix. Mais en fait de portraits, en voici un exceptionnel, le Portrait de jeune homme, aux cheveux si curieusement enroulés autour du front sous la toque, aux yeux si clairs, au visage modelé en pleine lumière avec tant de maîtrise. Ce morceau, à notre avis des plus précieux, provient du baron Schickler. Le catalogue l'attribue à Giovanni Bellini et motive cette attribution par des autorités considérables. Jadis, on aurait dit : Antonello de Messine, et pour notre part, si le portrait du Louvre qu'il rappelle par certains côtés et auquel il paraît ne le céder en rien, est d'Antonello, c'est ce nom que nous aurions prononcé sans autre examen. Cima da Conegliano est un Maître qui nous charme entre tous. Le tableau qui le représente ici et qui, lui aussi, vient de la Saxe, est un des plus typiques qui soient. Les personnages habituels de Cima sont ici fortement caractérisés, et le tout se détache sur le plus intéressant des ciels et un bien beau paysage. Francia, qui est si admirablement représenté à la National Gallery se présente à nous avec une œuvre que les Musées et Églises de Bologne même envieraient. Le Saint-Jérôme n'est point très ascétique mais Francia n'aime point les saints trop ravagés, trop rocailleux. En revanche le Saint-François est le type le plus complet et le plus expressif du jeune moine italien que l'on puisse rencontrer au détour d'une basilique. Quant à la Vierge, qui est en même temps populaire et idéale, c'est une des plus touchantes, des moins oubliables que nous ayons jamais vues au cours de nos promenades dans les édifices ou dans les recueils de reproductions. Une autre Vierge est non moins attirante par l'ex-

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 493 pression de souci qui passe sur son beau visage sérieux et légèrement amaigri : le catalogue ladonne à Giovanni Bellini Ce n'est pas nous qui chercherons des raisons d'y contredire. Au reste cette peinture a tellement frappé le monde des amoureux de peinture italienne qu'avant cette vente retentissante, elle portait déjà le nom de la Madone Salomon! Notre promenade touche à sa fin, et cette fin se présente heureuse avec un charmant et distingué profil de femme de Piero Pollaiuolo, provenant de deux célèbres collections italiennes, celles du Comte Isolani et du baron Lazaroni, et digne de prendre rang à côté des autres « Belles » que la Renaissance n'a voulu nous montrer que de profil, jalouse de garder pour elle la gloire de la face ; — sur un tableau de Vicenzo Catena où se remarque entre autres personnages une Sainte-Catherine peu commune, et où la scène se déroule dans un paysage d'une délicatesse spéciale ; — enfin sur une très belle Madone d'Alessio Baldovinetti qui a pour nous, outre son personnel mérite, celui de démontrer ce que nous avons soutenu dès le début : à savoir que l'attribution à Piero della Francesca du tableau analogue, au Louvre, ne pouvait être raisonnablement maintenue à cet étrange Maître. ... Et, maintenant quel est le destin de ces quinze œuvres d'art qu'une volonté hardie a momentanément choisies et réunies en faisceau ? Si nous avions le don de double vue, c'est là que notre commentaire pourrait être plus intéressant que nous n'avons pu le faire. En quel lieu iront-elles de nouveau porter la bonne parole ? Tout ce que l'on peut affirmer c'est que partout et à jamais cette parole sera bonne et fructueuse. Nous nous rappellerons toujours l'impression profonde que nous causèrent, en Amérique, les deux admirables collections de Primitifs italiens, possédées par les deux grandes Universités d'Harvard et de Yale. La première composée en majeure partie par le plus sensible, le plus fervent et le plus libéral des passionnés d'art, M. Edward Forbes ; la seconde, la Jarvis Collection, surprenante de variété, d'inattendu. Or, dans ce Nouveau-Monde que nous concevons comme celui du mécanisme, des affaires, du mouvement inexorable, ces fleurs des siècles n'étaient en aucune façon déplacées. Leur parfum n'était pas annihilé, leur grâce gardait tout son bienfait, — et c'est encore cela qui nous ramène à la possibilité, que dis-je, à la nécessité des contrastes que nous avons salués en commençant cette causerie. ARSÈNE ALEXANDRE.