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L'ÉVOLUTION DU PETIT PALAIS ET SES ENRICHISSEMENTS PENDANT LA GUERRE La Ville de Paris, il y a un quart de siècle, ne possédait pas, à proprement parler, de musée des Beaux-Arts. Le fait est peu croyable; il est exact pourtant. Et, second fait qui n'offre pas plus de vraisemblance, eût-elle possédé ce musée, elle n'aurait pu le remplir, sinon de façon médiocre et totalement indigne d'elle. Paris, oui, Paris, en magnifique imprévoyante, en insouciante sublime, semblable un peu à ces personnes richissimes chez qui manque parfois, au milieu de tout le faste, telle chose élémentaire, ne possédait pas ce que, bon ou médiocre, — et, malgré le préjugé, le plus souvent très bon qu'un peu médiocre — on trouve dans presque toutes les villes de France qui ne sont point déshéritées: des collections et un local dignes d'elles. Le Palais Galliera, qui depuis très peu d'années venait de sortir d'échafaudages, était encore de destination incertaine (M. Ch. Formentin y avait fait une exposition de Corot). Quoiqu'il semblât réservé pour les objets d'arts, qui eux-mêmes ne commençaient qu'à peine à conquérir leur droit de cité, ce qu'il en possédait, si l'on nous permet cette expression familière, «dansait» dans un édifice qui, pourtant, n'est point sans limites. On sait qu'il s'est brillamment rattrapé depuis. Le musée Guimet était, il est vrai, transféré de Lyon à Paris, et accepté d'ailleurs non sans peine. Mais son caractère spécial, son intérêt mystérieux, le mouvement intellectuel particulier qui y régnait, ne faisaient que mieux ressortir l'extraordinaire lacune. Vous objecterez encore qu'il y avait pourtant Carnavalet. En effet, parlons-en. C'était, certes, un trésor, mais plus encore un grenier. Le vénérable Jules Cousin et son jeune et actif collaborateur Lucien Faucou y avaient entassé comme cela venait, dossiers, livres, peintures, bibelots historiques, sans ordre, sans souci de la présentation, sans même la première notion de ce que pouvait et devait être un musée de Paris. Seul le point de vue de l'érudition, dont je me garderais de penser du mal, les intéressait. Carnavalet était bon seulement pour les fouilleurs d'annales et les savants chercheurs d'anecdotes étayées de quelque témoignage matériel. Ce charmant et aimable Faucou allait jusqu'à dire qu'un arrangement un peu raffiné n'aurait pas été dans l'esprit de Carnavalet et en aurait dénaturé le caractère. Georges Cain se chargea de prouver le contraire avec un raffinement exquis et un amour qui lui vaudront tou- PROJET DE MONUMENT DE NAPOLEON 1ER A GRENOBLE. BARYE. MODÈLE. PLATRE ORIGINAL. I.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE jours un souvenir affectueux de la Ville dont il représenta galamment le goût et la bonne grâce. Mais encore une fois cela se passait il y a plus de vingt-cinq ans, — et si Paris avait, à la rigueur, son musée historique en puissance, elle n'avait même pas son musée des Beaux-Arts en devenir. Il y avait bien à cette étrangeté des raisons de diverses sortes, et particulièrement inhérentes à l'histoire, ainsi qu'à cette histoire en ébullition qui s'appelle la politique. Sous tous les régimes qui s'étaient succédés, même sous ceux où Paris tenait en échec ou mettait à bas les régimes, notre capitale n'était pas même l'égal du proverbial charbonnier, qui, du moins, est « maître chez lui ». Elle était la première ville du Royaume, de la République, ou de l'Empire, mais elle n'était pas, en fait ni en droit, ce qu'elle a toujours voulu être, et ce que maintenant, à tout prendre, elle est en fait : Paris capitale de Paris. Cela se disait en un terme politique, que j'aurais voulu chercher à éviter, comme il vaut mieux éviter le langage de la tribune dans une revue d'art : Paris n'avait pas, mais voulait conquérir son autonomie. Ce fut, pour ne pas récapituler cette lutte jalonnée de siècle en siècle en remontant, le grand débat immédiatement après la guerre et la Commune, et sans avoir à examiner ici ce qu'il en a été au point de vue de la machinerie sociale, il y a lieu, en tout état de cause, de reconnaître qu'en moins de quarante ans, en matière d'art, Paris a cessé de dépendre du gouvernement. Celui-ci n'a plus à intervenir dans les constructions, dans les encouragements aux arts, dans les acquisitions, dans toutes les belles entreprises qu'il lui convient et lui sied si bien d'ordonner. Cela a grandement arrangé les choses, — et dès qu'elle a pu devenir, toujours dans l'ordre d'idées qui nous occupe, la voisine et non la dépendante de l'État, voisinage harmonieux d'ailleurs et qu'on ne saurait plus modifier, il fut certain que plus d'une belle conséquence d'activité intellectuelle en BARYE.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 409 BARYE. 1. DUC D'ORLÉANS. - BUSIE. - PLATRE ORIGINAL. 2. ÉTUDE DE CHEVAL. - CIRE. 3. FAON COUCHÉ. - MODÈLE BRONZE. --- 1. CERF AUX ÉCOUTES. - DESSIN. 2. TIGRE AU REPOS. - DESSIN. 3. PEAU DE PANTHÈRE. - (ÉTUDE). — DESSIN.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 1. LA CÈNE D'EMMAUS. AQUARELLE. 2. INTÉRIEUR DE CLOÎTRE. PEINTURE. devrait découler. Le musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris fut un des plus heureux corollaires de la solution, élégante, de ce problème. Bien que tout cela soit généralement connu (mais qu'est-ce qui est toujours connu autant qu'il le faudrait ?) il n'était pas inutile de le rappeler, à la veille des temps où, malgré ses magnifiques étapes, la fortune de ce musée va prendre encore une face nouvelle. Il est à propos de rappeler aussi que l'Exposition de 1900, en nous dotant du Petit-Palais, donna le « contenant » qui permettrait de réaliser la conception du « contenu ». Celui, ou ceux qui trouvèrent cette autre solution élégante d'un arrangement entre les deux pouvoirs pour que le Parisien pût, en toute propriété, recueillir ses œuvres d'art errantes ou encore à naître, méritent bien également de ne pas être oubliés. Œuvres vagabondes, ou dispersées, ou dans les limbes, ou entre des mains qui ne se doutaient guère de l'honneur qui leur serait réservé d'être généreuses, mains droites qui ignoraient totalement ce que donneraient les mains gauches, et réciproquement ! Nous avons tout à l'heure consigné qu'il y a un quart de siècle encore, GRANET.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 1. SCÈNE HISTORIQUE. — ENCRE DE CHINE. 2. PROCESSION. — PEINTURE. 3. INTÉRIEUR DE COUVENT. — PEINTURE. Paris, même avec un Palais pour loger des œuvres d'art, n'aurait pas eu d'œuvres d'art à y loger. C'est bien évidemment une façon de faire comprendre les choses. Vers 1885, on pouvait encore voir à Auteuil, entre des usines à gaz et des remises à tombereaux, une sorte de grand hangar où quelques rudiments de collection, appartenant ou reconnues appartenir à la Ville étaient emmagasinés. Quelques très belles tapisseries, des dessins, des bustes de conseillers municipaux, des statues allégoriques ou autres, démodées le lendemain de leur naissance, ou n'ayant pas encore trouvé leur place dans les squares, et même quelques perles vraiment, parmi lesquelles je me rappelle les esquisses de Delacroix pour la décoration de l'ancien Hôtel de Ville ; enfin, diverses grandes toiles officielles soigneusement roulées en vue d'un durable repos ; voilà à peu près tout ce qui aurait pu trouver place dans un Palais prématuré. Pourtant il y avait des ateliers où les artistes travaillaient dans, et même pour Paris. Il y avait des collectionneurs de qui les marteaux de porte ou les cordons de sonnettes étaient bien trop ignorés ou inutiles. Il en était même qui se disaient : « Mais qu'est-ce que Paris attend donc pour nous adresser un sourire, un tout petit GRANET.

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$\text{ÉTUDE DE MOINE. — ENCRE DE CHINE.}$ GRANET. $\text{Granet 1880}$

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE sourire? » Et il y avait beaucoup d'autres choses encore : des sommes importantes inscrites à des budgets qui ne demandaient qu'à s'employer, et à bien s'employer. Et des pages blanches réservées pour des chapitres tout nouveaux de l'histoire du génie artistique français, et parisien. Il suffisait de frapper la terre pour en faire sortir toutes les richesses nécessaires. On la frappa. Le résultat fut, ce n'est pas peu dire, digne, enfin, de Paris. Alors les choses se classèrent tout naturellement. La Grand'Ville eut tous ses musées : Carnavalet, bonbonnière historique ; Galliéra, galerie sans cesse renouvelée de l'activité décorative ; Petit-Palais enfin, Palais des Beaux-Arts progressivement et rapidement en rapport avec le renom et le prestige d'une capitale, — de la Capitale. Comme j'ai assisté à toutes ces étapes depuis 1885, et y compris le point de départ, le lointain exil des épaves VITRY. — AQUARELLE. et rossignols à Auteuil ; comme j'ai secondé de mon mieux les fermes initiatives et les entreprises heureuses inspirées par l'amour de Paris et de l'art, je ne suis, en aucune façon, embarrassé, pas même par mon amitié ni par la place où j'écris ceci, pour rendre hommage, après ce préambule rétrospectif, à l'impulsion vigoureuse, brillante, et exceptionnellement entraînante, à qui fut dû ce développement rapide et imprévu, du moins dans de telles proportions, et qui s'apprete à poursuivre sur des données nouvelles ou renouvelées, sa tâche féconde. Ceux qui s'adonnent à une œuvre vraiment importante et qui la réussissent, ne tiennent point aux éloges ; mais ce n'est pas pour eux, c'est pour nous que nous les leur donnons, et il serait tyrannique que nous fût refusé le plaisir de remercier ce qui est si digne de l'être. HONELEUR. — AQUARELLE. JONGKIND.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE GRENABLE. — AQUARELLE. Ce qu'on peut appeler la première phase du Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris se termine à la guerre de 1914. Tour à tour, ce Palais fut musée — principalement des artistes vivants, — de plus en plus varié, animé et significatif, — et lieu d'expositions retentissantes. Comme musée, il recevait des collections entières, tout d'un coup, comme celles des œuvres de Carriès, des peintures d'Henner, des tableaux études et carnets de Ziem, de l'atelier du grand Dalou, de tableaux importants de Courbet. Comme lieu d'expositions, il semble garder encore l'auréole du séjour qu'y élit la gloire de David et de ses élèves. Mais au début même de cette formation surprenante du Musée, à côté de la vie vivante qui allait y affluer, il était dit que sa destinée lui réserverait de rattraper bien du temps de perdu, et que les siècles ne resteraient pas à la porte. La Collection Dutuit faisait entrer d'un seul coup les trésors des âges : peintures des grands maîtres, meubles précieux, céramiques, orfèvreries, gravures inestimables, livres vénérables et rarissimes. Rien que cette collection Dutuit, mais on croit seulement la connaître! Elle n'a pas encore donné la mesure de sa richesse et de son importance. Les remaniements architecturaux du Petit Palais vont lui permettre de respirer, de resplendir! Elle était tassée, et comme étouffée. Ses divers rayonnements s'y entremêlaient et s'y neutralisaient. On avait la notion de sa beauté; on n'en avait pas la jouissance. Curieuse destinée, soit dit en passant, de cet ensemble n'arrivant que par trois degrés à tout son épanouissement : d'abord des années de séjour dans des caisses, du vivant même des donateurs ; puis reçue avec honneur, sans doute, mais avec restrictions involontaires; enfin, s'apprêtant à livrer tout son enseignement, grâce à un cadre digne de lui. Les œuvres d'art ont donc aussi toutes proportions gardées, leur purgatoire et leur paradis. La deuxième et brève phase de l'histoire du Petit Palais cependant bien longue, hélas! ce fut celle que nous venons de traverser, celle de la guerre. Il put encore jouer son rôle et avec une bien grande puissance! AQUARELLES. JONGKIND.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 415 Songez qu'en ces cinq années, sans compter le refuge qu'y trouva tout ce qu'on pouvait réaliser de Salons, il aura montré, spectacle inoubliable et d'une portée qu'on ne comprendra même que plus tard : les œuvres d'art sauvées de la Belgique martyre; les tapisseries de la Cathédrale de Reims ; les tours de force de la bibliophilie moderne ; les chefs-d'œuvre de l'art italien au XVIIIe siècle ; lagriserie magistrale des peintures et des tapisseries de Goya ! Et qu'en outre, grâce à d'autres manifestations ingénieuses et d'une coquetterie qu'il n'appartient qu'à Paris de garder en pleines tempêtes, des intermèdes ravissants auront contribué au soulagement des misères et à la consolation des deuils. La troisième phase commence. Quand un grand musée a dû se mettre en tenue de guerre (si l'on peut dire, car la tenue de guerre consiste pour lui à se faire, pour parler comme Musset, nu comme un plat d'argent, nu comme un mur d'église), on s'aperçoit, au moment de remettre en place ses richesses exilées ou cachées, que plus rien ne se peut replacer au même endroit et de la même façon. Je pourrais développer l'analyse et les raisons de ce curieux et indiscutable HARPIGNIES PAYSAGE. — PEINTURE. VUE D'ITALIE. — AQUARELLE.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE MÉDITERRANÉE. — PEINTURE. pourvoir de parquetages soignés, de parois et de cloisons plus riches, de modes d'éclairage rationnels, enfin, de tout ce qui mettra tout l'intérieur de l'édifice en harmonie avec cette partie définitive, d'une séduction si célèbre, qu'est la cour intérieure, tout en présentant, ce qui est le but principal, un logis digne d'elles aux collections présentes, — et à venir. Or, comme il semble d'une heureuse fatalité, pour le Petit Palais, qu'à chacune des périodes de sa vie, corresponde un événement d'art qui la signale, il se trouve qu'encore, cette fois, à point nommé, dans les galeries réorganisées, on aura le régal d'une donation importante, extrêmement originale et de l'éclat le plus vif, pleine en même temps d'une signification très marquée dans le mouvement esthétique de notre époque. Mais tout d'abord, pour en remercier dignement, en qualité de Français, de Parisiens et d'amoureux d'art, le phénomène, si nous n'avions pas encore beaucoup de choses à examiner ensemble. Qu'il suffise de dire que ce Musée, si grand, si divers, et qui paraissait si définitif, se va renouveler, c'est le mot exact de fond en comble. On pourrait résumer ainsi sa situation : après avoir pris conscience et fourni témoignage de sa force et de sa mission, il va prendre possession de sa durée. C'est pour cela que toute son ambiance, qui était demeurée, quoique merveilleusement dissimulée sous la splendeur des spectacles qui s'y trouvaient rassemblés ou y passaient, celle de l'Exposition Universelle, va devenir tout à fait celle des grands musées qui déjà consacrés par le temps, peuvent désormais travailler en toute confiance pour lui et avec lui. De là les nouveaux travaux qui vont le VUE D'ITALIE. — AQUARELLE. HARPIGNIES.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE PAYSAGES. — AQUAREELLES. HARPIGNIES.