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QUATRIÈME ANNÉE
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QUATRIÈME ANNÉE
L'ART VIVANT 15 Juin 1928
AU MUSÉE GALLIÉRA
UNE RÉTROSPECTIVE DE LA TOILE IMPRIMÉE
La Manufacture de Jouy et les ateliers provinciaux
En même temps qu'une très complète et très significative exposition de la toile imprimée et du papier peint modernes, vient fournir au Musée Galliéra l'occasion d'une intéressante manifestation, non exempte d'une certaine audace, la curieuse rétrospective de la Toile de Jouy qui l'accompagne offrira aux amateurs le régal délicat d'une réunion vraiment unique de pièces très rares empruntées aux meilleures collections.
Elle est due au zèle amoureux du conservateur, M. Henri Clouzot, qui, ne l'oubliions pas, s'est, depuis plus de vingt années, consacré à l'étude de cet art charmant, longtemps délaissé des connaisseurs, et dont les thèmes naïfs et élégants et la grammaire souvent savoureuse par tant de grâce et de liberté satisfont notre goût des belles techniques.
On confrontera avec plaisir ces exquises compositions et celles que des artistes de notre temps ont créées en s'en inspirant directement, heureux vraiment de renouer avec une des plus ravissantes traditions de l'art décoratif français.
Nous avons entre les mains les bonnes feuilles de l'ouvrage décisif que M. Henri Clouzot vient de publier sur l'histoire de la Manufacture de Jouy (1) et des ateliers provinciaux contemporains de Jouy. C'est un guide précieux et sûr auquel nous sommes autorisés à puiser des renseignements pour la plupart entièrement inédits et dont les pièces momentanément rassemblées à Galliéra fournissent une remarquable illustration. Les dimensions du musée n'ont pas permis d'exposer ces toiles des Indes, ces perses que les manufactures françaises entreprirent d'imiter au cours du XVIIIe siècle, mais qui faisaient fureur au siècle précédent. Tant et si bien que les drapiers, les veloutiers, les soyeux du temps ayant élevé de véhémentes protestations, le successeur de Colbert interdit non seulement l'importation des produits des Indes, mais encore supprima " toutes les fabriques établies dans le royaume pour prendre les toiles de coton blanches " (1686). Nombre d'artisans allèrent porter à l'étranger, en Angleterre, en Hollande, en Suisse, les secrets de l'indiennage.
Mais la mode ne se lassa point de ces productions ainsi frappées d'interdiction et la passion féminine se montra, une fois de plus, fort friande du fruit défendu.
Ce n'est qu'en 1759 que les ministères se décidèrent à autoriser la fabrication des toiles peintes et c'est de cette époque que date l'éclosion de ces quelque cent cinquante manufactures dont la plus célèbre, la plus connue par les ouvrages qu'elle a laissés et les artistes qui l'ont illustrée est sans nul doute de Jouy.
M. Clouzot a pris soin, ainsi que dans son livre, de faire une large place aux toiles imprimées provinciales qu'on se contentait de désigner naguère encore sous le nom générique de toiles de Jouy.
Il n'empêche que ces dernières, par l'admirable continuité des efforts d'Oberkampf, par la qualité exceptionnelle de la fabrication, attestée par les mots bon teint, imprimés fièrement au chef de chacune de ses pièces, par les dons d'invention dont fit preuve le grand fournisseur de modèles Jean-Baptiste Huet, méritent le sort particulier et la vogue qui leur ont été accordés à toutes époques.
(1) Henri Glouzot: Histoire de la Manufacture de Jouy et de la toile imprimée en France, Paris. Van Oest, 2 vol.
Une planche célèbre, intitulée Les Travaux de la manufacture, dessinée par Huet en 1783, et dont le musée nous présente le dessin original et la toile correspondante, légèrement modifiée à la gravure, permet de suivre les phases principales de la fabrication.
" La pièce de toile, écrit M. Clouzot, soigneusement trempée, était placée sur un radeau flottant ou " pont " où les ouvriers la battaient au fléau pour la faire dégorger. On la passait au cylindre ou à la calandre pour en écraser le grain et on la portait à l'imprimerie. Là, dans une salle largement éclairée, l'ouvrier l'étendait sur une table recouverte de drap et y appliquait à la main un bois gravé ou " bloc ", chargé de couleur, avec le mordant requis. Un coup de maillet faisait pénétrer la couleur dans le tissu et l'ouvrier rechargeait le bloc sur un tamis que l'apprenti ou " tireur " garnissait en puisant dans le baquet à couleur. On reportait ensuite le dessin plus loin sur la toile et on continuait jusqu'à ce que toute la pièce fût imprimée. Quand on voulait produire un modèle en plusieurs tons, on imprimait le contour du dessin à l'aide d'un premier bois appelé " moule " et on livrait la pièce aux " rentreurs ", imprimeurs secondaires, qui superposaient de nouveaux bois " rentrant " dans le premier dessin et donnant chacun une couleur différente. Le repérage se faisait au moyen de pointes de laiton, fixées aux quatre angles des blocs de rentrure..."
N'oublions pas le nettoyage, le foulonnage, le garancage, l'étendage des toiles sur le pré, etc., toutes opérations figurées sur notre planche et dont il est piquant de retrouver les témoins, notamment sur des bois d'impression exposés sous vitrine, avec leurs dessins en pointes de Carton permettant le " picottage " ou fond sablé.
En 1770, on construisit la première planche à imprimer à la planche de cuivre. " L'emploi des planches de cuivre remplaça le petit motif, incessamment répété et monotone, par de grands dessins de fleurs et de ramages librement disposés, ou par d'amusantes successions de scènes pittoresques, spirituellement groupées, dans un enchevêtrement exempt de toute préoccupation de repérage. En même temps, la gravure au burin permit d'aborder les tableaux à personnages avec une perfection de détails et une finesse d'exécution que la gravure sur bois était impuissante à obtenir. Les camaioux rouge, bleu, puce, amarante — la planche de cuivre ne permettait l'impression que d'une seule couleur — mirent à la mode le dessin ton sur ton."
La bibliothèque de Versailles a confié au conservateur de Galliéra dix planches de cuivre qu'on examinera avec intérêt. Elles proviennent de la manufacture de Beautiran, près de Bordeaux, et ce trait nous ramène aux ateliers qui se sont développés en France, concurremment avec celui de Jouy. L'ouvrage de M. Henri Clouzot cite un grand nombre de ces foyers d'indiennage classés par régions. Bornons-nous à mentionner les principaux, d'ailleurs très heureusement représentés à l'exposition de Galliéra : ceux d'Alsace (Munster, Mulhouse, Wesserling), de Normandie (Rouen, Bolbec), de Provence (Marseille, Orange, Aix), ceux de Bretagne et d'Anjou (Nantes, principalement, et Angers), ceux de Gasconne (Beautiran).
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L'ART VIVANT
Pour la première fois, une comparaison est possible entre ces documents aujourd'hui si recherchés et l'on consacrera de longs instants à analyser sous leurs multiples aspects ces créations de toutes sortes : fleurettes, "mignatures", "mignonnettes", motifs pour corsages et manches, grands dessins arborescents, motifs chinois, à la Pillement, ou motifs de l'Inde, perses glacées, scènes à personnages dont certaines (L'Ascension de la montgolfière, l'Hommage de l'Amérique à la France, Louis XVI restaurateur de la liberté, la Fête de la Fédération, les Trois ordres) sont un peu de "petite histoire"; dont d'autres (Les Délices des quatre saisons, les Plaisirs de la femme) évoquent tout ensemble avec leurs façons primesautières et spirituelles Trianon et ses bergeries.
Toutes les époques de la toile imprimée en France peuvent être aisément suivies, depuis les origines jusqu'à la période de complète décadence sous Louis-Philippe. Grâce à la libéralité de Mme Mallet, de MM. Etienne et Frédéric Mallet, descendants ou maître de Jouy, la rétrospection se couvre de charmantes œuvres d'art comme ces fins portraits d'Oberkampf et de sa famille dus au crayon ou au pinceau de Louis Boilly et du baron Gérard.
Et ce n'est pas le moindre attrait d'une exposition qui a surtout le mérite d'être une sélection destinée à faire date dans l'histoire de nos industries d'art.
G. RÉMON.
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QUELQUES OBSERVATIONS DE NICOLAS POUSSIN SUR LA PEINTURE
De quelques formes de la Manière magnifique.
De la Matière,
de la Pensée, de la Structure et du Style.
La manière magnifique consiste en quatre choses : dans la matière, dans la pensée, dans la structure et dans le style. La première chose, requise comme fondement de toutes les autres, c'est que la matière et le sujet soient grands, comme seraient les batailles, les actions héroïques, et les choses divines. Mais la matière sur laquelle le peintre fait effort étant grande, son premier soin doit être de s'éloigner de tout son pouvoir des minuties, pour ne pas contrevvenir au décor de l'histoire, parcourant d'un pinceau rapide les choses grandes et magnifiques, pour négliger les détails vulgaires et de peu de poids. D'où il convient que le peintre ait non seulement l'art de découvrir la matière, mais encore le bon sens de la connaître, et qu'il la doive choisir capable par nature de tout ornement et de la perfection ; mais ceux qui choisissent des sujets bas, s'y réfugient par l'infirmité de leur esprit et devraient mépriser la vilenie et la bassesse des sujets pour lesquels toutes les ressources de l'art sont inutiles. Quant à la pensée, c'est une faculté de l'esprit qui se va fatiguant à l'entour des choses : telle fut la pensée d'Homère et de Phidias dans le Jupiter Olympien, qui, d'un signe, ébranle l'univers. Que le dessin soit tel que les choses dont il exprime la pensée. Que la structure ou composition ne soit point recherchée avec peine, ni sollicitée, ni fatiguée, ni pénible, mais semblable au naturel. Le style est une manière personnelle, une habileté à peindre et à dessiner, née du génie particulier de chacun ; dans l'application et dans l'emploi de l'idée, le style, la manière ou le goût tiennent de la nature et du tempérament.
De l’Idée de Beauté.
L’Idée de Beauté ne descend dans la matière que si elle y est préparée le plus possible. Cette préparation consiste en trois choses : dans l'ordre, dans le mode, et dans l'espèce ou vraie forme. L'ordre signifie l'intervalle des parties, le mode a trait à la quantité, la forme consiste dans les lignes et dans les couleurs. L'ordre et l'intervalle des parties ne suffisent pas, ni que tous les membres du corps aient leur place naturelle, s'il ne s'y joint le mode, qui donne à chaque membre la grandeur qui lui est due, proportionnée au corps, et si l'espèce n'y concourt pas, en sorte que les lignes soient faites avec grâce, et dans un doux accord de la lumière voisine de l'ombre. Et de tout cela, il est manifeste que la beauté est en tout éloignée de la matière du corps, dont elle ne s'approche que si elle y est disposée par des préparations incorporelles. Et l'on conclut ainsi que la Peinture n'est autre qu'une idée des choses incorporelles, et que si elle montre les corps, elle n'en représente seulement que l'ordre, et le mode de l'espèce des choses ; qu'elle est plus attentive à l'idée du beau qu'à toute autre : d'où certains ont voulu qu'elle seule fût le signe et presque la marque de tous les bons peintres, et que la peinture fut l'amante de la Beauté et la reine de l'Art.
De la Nouveauté.
La nouveauté dans la Peinture ne consiste pas surtout dans un sujet non encore vu, mais dans la bonne et nouvelle disposition et expression, et de commun et vieux le sujet devient original et neuf. C'est ce qu'il faut dire de la Communion de Saint-Jérôme du Dominiquin, en laquelle les expressions et les mouvements sont également différents de l'autre invention d'Annibal Carrache.
Comment on doit suppléer au manquement du sujet.
Si le peintre veut éveiller dans les âmes l'émerveillement, encore qu'il n'ait en mains un sujet propre à le faire naître, qu'il n'y introduise point de choses nouvelles, et étranges, et hors de raison, mais qu'il contraigne son esprit à rendre son œuvre merveilleuse par l'excellence de la manière, que l'on puisse dire : le travail surpasse le sujet.
Nicolas POUSSIN.
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L'ART VIVANT
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LA FÊTE DE LA FÉDÉRATION PAR J.-B. HUET, 1791.
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LA CHASSE PAR HORACE VERNET, 1824.
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LES TRAVAUX DE LA MANUFACTURE, DESSIN DE J.-B. HUET.
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RUINES ANTIQUES PAR J.-B. HUET, VERS 1805.
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NANTES, PANURGE.
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