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QUATRIEME ANNEE N° 81 5 fr. 4 MAI 1926 --- L'ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTERAIRES --- Photo Illustration --- LE SALON DES TUILERIES par Jacques GUENNE --- DIRECTION - RÉDACTION 146, Rue Montmartre, PARIS (2e) ADMINISTRATION ET VENTE: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse, PARIS (6e) --- DIRECTEURS - FONDATEURS : Jacques GUENNE et Maurice MARTIN du GARD RÉDACTEUR EN CHEF Florent FELS

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QUATRIÈME ANNÉE L'ART VIVANT 4 MAI 1928 LES SALONS LE SALON DES TUILERIES Ces longues études sur l'état général de la peinture qu'inspirait aux chroniqueurs d'autrefois l'examen du Salon, quand celui-ci, étant le unique exposition publique, groupait bisannuellement d'abord, puis annuellement ensuite, tous les peintres de l'époque, nous sont aujourd'hui refusées. Hormis celui des Artistes français, aucun Salon ne représente, dans son ensemble, une tendance de la peinture actuelle. Le Salon de Bouguereau est, en effet, le seul qui puisse se vanter d'avoir, chaque année, ses « cadres » au complet, depuis la demoiselle comme il faut qui sollicite une mention honorable, jusqu'aux artistes incomparables qui aspirent à la médaille d'honneur, jusqu'aux membres de l'Institut, enfin, dont l'art est évidemment « hors concours » et qui, enveloppés d'un azur distingué, parmi les dieux les plus sages de la mythologie, regardent de très haut la peinture. Il ne faut point s'en étonner. Exception faite pour les portraitistes mondains qui flattent leur clientèle en garantissant cette ressemblance avantageuse que chacun tire de soi, quelle autre occasion trouveraient ces « artistes » de proposer au public leurs ouvrages coloriés ? Chez quel amateur prétendraient-ils accrocher leurs scènes de genre ? Dans quel autre musée du monde que celui du Luxembourg, oseraient-ils dérouler les fastes de l'âge d'or ou ceux de l'âge d'airain ? Les plus médaillés peuvent-ils, eux-mêmes, ignorer que leurs travaux ne forceront jamais les portes du Louvre ? Aussi, ces artistes habitués, depuis leur enfance, à recevoir des bons points, viennent-ils chaque année au Grand Palais se grouper autour de leurs professeurs. Une douce émotion les étreint, le jour du vernissage. Ils se tiennent debout devant leurs toiles. L'heureux temps sans doute n'est plus, où Charles X distribuait les récompenses dans le salon carré du Louvre ; mais ne risquent-ils pas de recueillir l'indulgent sourire du président de la République et l'encouragement de ceux qui, dans l'échelle des Anges, parvenus à la Puissance, prétendent à la Domination ? Cette année, par exemple, ne sont-ils pas à même de suivre la lutte si noble, si héroïque de deux de ces archanges ? Aussi, la nuit, durant leur sommeil, s'il leur advient de rêver, ont-ils l'adorable surprise d'emprunter tour à tour les traits de M. Sabatté qui, ne se croyant pas assez récompensé en exposant le Portrait de son ami, tend la main vers cette médaille d'honneur dont M. Thiébaut-Sisson nous apprend que « le mirage le hante » ou mieux encore les traits de M. d'Etcheverry dont l'aimable modèle me paraît mériter les plus tendres médailles. Comme chaque année, je me suis rendu au Salon des Artistes Français et à celui de la Nationale, avec l'espoir de trouver, sinon une œuvre d'une haute inspiration, du moins une toile, fût-elle grande comme ma main, où quelques accords de couleurs et de formes m'eussent révélé une émotion strictement picturale. En toute sincérité, je ne l'ai pas rencontrée. J'ai, une fois de plus, constaté, avec la profonde tristesse qu'impose le spectacle de vanités si coûteuses, quelle détestable tournure d'esprit rendait ici ridicules les sujets les plus éloquents ou les plus simples, ceux qui furent immortalisés par les maîtres : Descente de croix ou Naissance d'Aphrodite, Portrait de conquérant ou Femme à sa toilette. J'ai, une fois de plus, constaté combien manque à la plupart de ces artistes le sens des valeurs tactiles, quelle ignorance ils ont des lois de l'harmonie et du contraste des couleurs, des plus élémentaires exigences de la composition, ou l'étonnant mirage qu'exerce sur eux, quand ils sont plus habiles, le procédé du trompe-l'œil. En me mêlant à l'étrange public qui suit ces manifestations, j'ai entendu de bien édifiantes réflexions. Une dame fort élégante ne conseillait-elle pas à sa fille de faire copier pour cet été la robe du joli modèle de M. d'Etcheverry et « son amour de chapeau »? Pas une seconde, cette dame ne pensa désobliger le peintre en prenant son tableau pour une gravure de mode. Eût-elle imaginé en effet qu'on pût contester le titre de chef-d'œuvre à un tableau qui, avec toutes les ressources de la ressemblance photographique et les plus prodigieuses suggestions du trompe-l'œil, suggère la présence de la plus séduisante demoiselle? Plus loin, un jeune artiste entraînait un vieil homme très décoré devant son tableau et sollicitait un avis. « Très distingué, mon ami, votre nu, mais votre premier plan manque d'assurance. Venez chez moi. Je vous montrerai comment on dessine, car le dessin hé ! hé !... » Le jeune homme insistait : « Croyez-vous, maître, que j'arriverai à quelque chose ? » — « On verra, mon ami, on verra ». Comme je m'enfuyais, mes yeux surprirent une dernière image: derrière un piano qui cachait un rapin et un vieillard, une femme jouait éperdument du violon... Les peintres ont-ils toujours fréquenté le Salon ? D'une façon générale on peut dire que, jusqu'à la Révolution, le Salon qui ne s'ouvrait que bisannuellement réunissait la plupart des maîtres de l'époque. Seuls y étaient admis les académiciens, professeurs et affiliés de l'Académie royale de peinture et de sculpture ; mais ceux-ci étaient choisis parmi des artistes, de valeur inégale, sans doute, mais connaissant tous, du moins, leur métier de peintre. Il n'est pas inutile de rappeler, à ce propos, que l'Académie royale de peinture et de sculpture fut fondée par Le Brun pour réagir contre l'intransigeance des membres de l'Académie de Saint-Luc, qui prétendaient interdire la peinture à tous ceux qui n'avaient pas reçu d'eux la maîtrise, distinction qu'on payait avec plus d'écus que de talent. C'est à David que l'on doit, comme je l'ai souvent indiqué, la suppression de l'Académie royale qui se bornait à enseigner la technique de la peinture. Académie remplacée, bientôt, par celle des Beaux-Arts, qui, après l'affranchissement de la tutelle italienne et le triomphe de l'esprit du nord, dus au romantisme et à la révolution impressionniste, allait conserver la permanence de cette « formule » que tous les philosophes, tous les esthéticiens, tous les grands peintres et écrivains — nous le montrerons un jour — n'ont jamais cessé de dénoncer. Cependant, depuis qu'une lettre de Colbert du 9 janvier 1666, invita les membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture à exposer leurs œuvres bisannuellement « pendant la semaine sainte » (le jeune paraissait-il au ministre favorable à l'émotion artistique ?) il arriva parfois que les meilleurs peintres de l'époque, et jusqu'au peintre du roi, boudassent le Salon. Diderot ne se plaignait-il pas à son ami Grimm, en 1767, de la « pauvreté » du Salon, où les artistes « dont les bonnes et les mauvaises qualités lui auraient fourni une récolte abondante d'observations ne s'étaient pas montrés?» Greuze, Boucher, La Tour s'étaient en effet abstenus. Ils étaient las, ajoute Diderot « de s'exposer aux bêtes et d'être déchirés ». Il faut avouer, d'ailleurs, que s'il n'y avait pas encore, parmi les hommes de lettres, ces insulteurs professionnels que notre époque n'a pas la sagesse, à l'instar du monde antique, de recruter parmi des esclaves, certains critiques maniaient assez durement la férule. Diderot n'allait-il pas jusqu'à reprocher à Boucher de « passer sa vie avec des prostituées » ce qui, avouons-le, n'avait qu'un lointain rapport avec la peinture ? Et ne faisait-il pas compliment à Greuze d'avoir une jolie femme, déclarant tout aussitôt qu'il l'avait bien aimée, « quand il

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L'ART VIVANT était jeune », ce qui manquait vraiment par trop de galanterie ! Quoi qu'il en soit, il nous faut reconnaître que les salonniers se sont toujours plaints de la médiocrité du Salon. « La première fois que je mis les pieds au Salon, écrit Baudelaire, en 1859, je fis, dans l'escalier même, la rencontre d'un de nos critiques les plus subtils et les plus estimés, et à la première question, à la question naturelle que je devais lui adresser, il répondit : « Plat, médiocre, j'ai rarement vu un Salon aussi maussade »... par un examen général, je vis qu'il était dans le vrai. » Ingres n'avait-il pas, lui-même, déclaré en 1850 que le Salon était « inutile et dangereux », se plaignant déjà que celui-ci fût « un bazar où le nombre énorme des objets assomme et où l'industrie règne à la place de l'art ? » Les temps ne sont point changés, car ces mêmes réflexions, nos confrères ne les font-ils pas, comme nous-même, à l'ouverture de chaque Salon ? Aussi, puisque l'examen du Salon des Tuileries, parmi lequel je dois vous guider, n'appelle aucune idée générale, et puisque l'absence de « sujets » chez les meilleurs peintres exposant au Palais de bois me dispense de conter l'anecdote, je veux rechercher ce qu'on entend par un bon et un mauvais Salon et voir aussi par quels effets les Salons qui furent bons, sont devenus ou deviennent si « maussades ». *** Sans doute, est-ce un truisme de dire qu'un bon Salon est un Salon fréquenté par de bons peintres et que plus un Salon est déserté par les meilleurs et envahi par les médiocres, plus il est « maussade », comme disait l'ami de Baudelaire. Il ne suffit pas, en effet, que Delacroix expose sa Mise au tombeau, au Salon de 1859, pour que l'auteur des Curiosités esthétiques proclame l'excellence du Salon. Il eût fallu que le maître du Sardanapale fut entouré par quelques-uns de ces peintres qui avaient assuré le triomphe du Salon de 1827 — mais la plupart de ceux-ci étaient morts — ou par ceux qui allaient déterminer, après le premier assaut du romantisme, l'affranchissement de la peinture française — mais ceux-ci n'avaient pas encore réussi à forcer les portes du Salon. En vérité, le Salon n'avait jamais été aussi brillant qu'en 1827. Il était alors le seul endroit où les peintres pussent proposer leurs œuvres au public ; et l'effervescence que provoquaient dans les ateliers la contagion de l'esprit romantique, incitait les peintres hostiles ou favorables à ce mouvement, à affronter le verdict de la critique et celui du public. En somme, les meilleurs Salons furent toujours — et nous en verrons bien d'autres preuves, — des Salons de combat. Les artistes, comme les conquérants, ont besoin d'être tisonnés par une ardente émulation. Que devait-il advenir de ce Salon, amputé dès 1890 des éléments qui allaient constituer cette autre nécropole, la Société Nationale des Beaux-Arts, de ce Salon qui avait honni Delacroix, qui avait écarté Th. Rousseau, de 1836 à 1848, refusé Corot en 1843, Courbet en 1844. Millet en 1859, Pissarro en 1861, Manet en 1863, qui avait, en 1866, rejeté le Fifre, aujourd'hui au Louvre, et qui, en 1874, ne jugea pas le Père Corot, alors âgé de 74 ans, digne de cette médaille d'or que son assiduité recommandait cependant à l'indulgence de son jury ? Cézanne qui rêva toujours d'y exposer, car ce grand honnête homme appréciait le travail bien fait et croyait que, dans cette maison, on cousait encore les chaussures à la main, lui donna le nom qu'il gardera devant l'histoire : le Salon de Bouguereau. Oui, le Salon de Bouguereau... qui avait été aussi celui de David, celui d'Ingres et, malgré tout, celui de Delacroix. *** Ce fut alors la gloire du bon peintre Paul Signac d'élever, sur les ruines du Salon de Bouguereau, le jeune Salon des Indépendants, Celui-ci fut, de 1884 jusqu'à la guerre, la citadelle de l'art vivant. Il fut, par excellence, un Salon de combat. Et à l'exception de Renoir, de Degas et de Claude Monet, qui résistèrent toujours à ces manifestations, la plupart des peintres qui représentent l'art actuel ont accroché leurs toiles au Salon de Signac : Cézanne, Van Gogh, Seurat, Toulouse-Lautrec, Henri-Rousseau, Pissarro et depuis le début du siècle, Bonnard, Braque, Chagall, Derain, Raoul Dufy, Dunoyer de Segonzac, Ensor, La Fresnaye, Favory, Friesz, Gromaire, Guérin, Guillaumin, Louise Hervieu, Kisling, Per Krogh, Laprade, Marie Laurencin, Léopold Lévy, André Lhote, Marquet, Matisse, Modigliani, Luc-Albert Moreau, Picasso, Rouault, Odilon Redon, Signac, Utrillo, Simon-Lévy, Valadon, Van Dongen, Vlaminck, Vuillard, Eugène Zak. Le public put, enfin, prendre contact avec les novateurs dont les œuvres correspondaient à l'esprit de l'époque. Et des amateurs sans cesse plus nombreux, en recherchant les témoignages de la peinture vivante, parvinrent fort heureusement à modifier les conditions de la vie matérielle des artistes qui avaient été si navrantes au temps héroïque de Seurat et de Van Gogh. Cependant, cette large confrontation du public avec les œuvres d'artistes indépendants et dont le choix ne fut jamais limité — puisque le principe du Salon de Signac est l'absence de jury — ne fut pas sans provoquer, même au cours des années qui précédèrent la guerre, les plus fâcheuses perturbations, bientôt le plus inextricable désordre. L'expérience du cubisme faite non pas dans les ateliers, mais devant un public très vaste et, à cette époque, mal renseigné, ne fut pas sans créer un grand désarroi dans l'esprit des visiteurs. Le triomphe de l'exquis douanier n'avait-il pas déjà provoqué une épidémie de vocations picturales ? Aussi vit-on, chaque année, déférer de tous les coins de l'horizon vers le Salon de Signac des peintres toujours plus nombreux que le principe de l'indépendance artistique autorisait à exposer d'incohérents barbouillages dont, au surplus, quelques spéculateurs s'efforçaient d'introduire la cote à la Bourse de l'art ; foule grossie par les refusés de tous les Salons et, en particulier, par les parias du Salon de Bouguereau. Pendant ce temps, comme nous l'avons plus d'une fois montré, le principe démagoque du classement alphabétique des œuvres exposées aux Indépendants, achevait d'écarter ceux qui avaient assuré la gloire du Salon de Signac. Ceux-ci, par ailleurs, n'avaient-ils pas, désormais, le loisir de montrer autant de fois qu'ils le souhaitaient leurs œuvres aux amateurs du monde entier, sinon à ce vaste public, auquel ils ont le tort de ne pas assez songer et qui fait l'objet de toute notre sollicitude ? Le Salon des Indépendants qui avait été un Salon de combat devint ainsi, chaque année, davantage, un salon de confusion. *** C'est contre ce désordre que s'efforca de réagir le Salon d'Automne. Avec un admirable courage, une inébranlable ténacité qui feront l'honneur de sa belle vie de champion de l'indépendance artistique, Frantz Jourdain entreprit de lutter contre l'hydre académique toujours renaissante et d'installer l'art vivant, non plus dans les grandes serres de l'Alma, où exposaient les Indépendants mais, dès 1903, au Petit Palais et, l'année suivante, oh ! scandale, à l'intérieur du Grand Palais. Le public saura-t-il jamais ce qu'il fallut d'audace à Frantz Jourdain pour résister à l'Académie des Beaux-Arts indignée de voir que les œuvres de Cézanne étaient abritées dans un palais officiel dont l'architecte oublia sans doute de prévoir l'éclairage, palais toutefois édifié par un membre de l'Institut ; et non pas seulement à l'Académie, mais aussi à la presse et à certains membres indignés du Parlement. La plupart des peintres que nous avons cités plus haut, parmi les Indépendants, furent longtemps fidèles à l'Automne dont certains sont Fondateurs ou Sociétaires. D'autre part, l'une des plus heureuses initiatives du Salon d'Automne fut d'organiser d'éclatantes rétrospectives : en 1903 celle de Gauguin, en 1905 celle de Manet, en 1907 celle de Cézanne, en 1908 celle de Monticelli, en 1910 celle de Bazille, en 1919 celle de Rodin, en 1920 celle de Renoir, rendant ainsi familières au public les œuvres les plus importantes des héros de l'art vivant. Le Salon d'Automne ouvrait largement ses portes aux artistes étrangers, favorisant ainsi le rapprochement artistique entre les peuples qui est un des plus sûrs garants de la paix du monde ; enfin il accordait une place toujours plus grande à l'art décoratif qu'on avait trop longtemps considéré comme un art mineur. ---

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L'ART VIVANT Salon des Tuileries TERECHKOVITCH. L'ABBÉ I. B. ODETTE DES GARETS. FIGURE MONDZAIN. FLEURS UTRILLO. PAYSAGE ---

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L'ART VIVANT --- Salon des Tuileries Photo Illustration MAURICE DE VIAMINCK. PAYSAGE --- Salon des Tuileries Photo Vaux ROBERT BONFILS NATURE MORTE AU CHAPEAU --- Salon des Tuileries Photo Illustration ANDRÉ UTTER. PAYSAGE. --- Salon des Tuileries Photo Illustration CHARLES GUÉRIN. COQUETTERIE, --- Salon des Tuileries Photo Illustration FRANCIS SMITH. PORT --- Salon des Tuileries Photo Vaux ARAPOFF. PORTRAIT ---

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L'ART VIVANT Malheureusement, d'année en année, le Salon d'Automne se laissa envahir par une nuée de peintres moyens dont les œuvres paraissent à première vue moins gratuites que celles de certains amateurs des Indépendants, mais qui ne révèlent pas une inspiration plus élevée. Les fondateurs du Salon d'Automne ont cru à l'excellence de l'électisme. Leur jury n'est-il pas nommé parmi des Sociétaires de tendances aussi différentes que Besnard, Desvallières, Braque et Rouault ? On devine à quelles concessions un jury ainsi composé doit se laisser entraîner. « Un électique, disait Baudelaire, est un navire qui voudrait marcher avec quatre vents. » Aussi le Salon d'Automne auquel cinq ou six des meilleurs peintres d'aujourd'hui sont encore demeurés fidèles en 1927, devient-il, désormais, ce qui est peut-être pire encore qu'un Salon de confusion, un Salon de moyennes. Voyant ces deux Salons ainsi menacés, un groupe de peintres eut l'idée de former un nouveau Salon qui comprendrait les quelques artistes des Indépendants et de l'Automne et les « affranchis » de la Nationale. Le comité n'ignorant pas, sans doute, les fautes énormes commises par les jurys, et même par l'indulgent aréopage de l'Automne, décida de procéder par invitation. C'est là un principe excellent et qui devrait, du moins, permettre de limiter le nombre des exposants. Le comité fut composé, une fois encore, d'éléments antagonistes, de transfuges de la Nationale, et de peintres ou sculpteurs indépendants, d'artistes aussi différents que A. Besnard, Aman-Jean, Desvallières, René Ménard, Lucien Simon, d'une part, et Othon Friesz, Pierre Laprade, Charles Dufresne, Charles Despiau de l'autre, dont les œuvres sont l'application de principes si différents que l'on est bien obligé de reconnaître que, dans l'absolu de l'art, les uns ont raison ou tort contre les autres. En art, je ne puis croire aux bienfaits de l'union nationale. Notre peinture et notre sculpture vivantes sont, fort heureusement, assez riches, pour n'avoir pas besoin d'être revalorisées ! Fondé en 1923, et destiné à devenir le Salon unique qui, ouvert à la même époque que le Salon de Bouguereau, remplacerait tous les autres Salons, le Salon des Tuileries offrit, pendant deux ans, d'éblouissants spectacles à un public heureux de pouvoir enfin trouver parmi des œuvres de choix, agréablement disposées et bien éclairées, celles qui sauraient rejouir leurs yeux ou émouvoir leurs cœurs. Dès 1924, le Salon des Tuileries fut installé, près de la Porte Maillot, dans le vaste et clair Palais de Bois édifié par M.Elie Vidal, d'après les plans d'Auguste Perret. Ce Salon est encore le meilleur de l'année. Mais les défections se multiplient à mesure que croît le nombre des toiles exposées. Plus de 2.000 toiles s'entassent, cette fois, dans le Palais de Bois dont on a, symbole bien attristant, déjà coupé le tête ! Et si Matisse, Friesz, Laprade, Utrillo, Terechkovitch, Simon-Lévy, Odette des Garets, Vlaminck y exposent encore, on se demande par suite de quelle déplorable faiblesse, les écluses ont été ouvertes à toutes les toiles qui encombrent les dernières salles du fond et qui ne ressortissent pas plus de la peinture que la plupart des honorables travaux accrochés à droite de l'allée centrale de ce Salon. Ainsi deviennent chaque année plus « médiocres », plus « plats », plus « maussades » ce Salon de confusion qu'est devenu le Salon des Indépendants, ce Salon de moyennes qu'est l'Automne, et même ce Salon d'éclectisme qu'est le Salon des Tuileries. Aussi, nous qui, plus que tous autres, avons lutté ici en faveur de l'art indépendant, estimons-nous que s'impose la création d'un Salon d'ordre, d'un Salon de choix. Salon destiné à l'éducation du public, Salon qui comprendrait au grand maximum trois cents envois, 240 toiles et 60 sculptures par exemple, provenant des quarante peintres et des dix sculpteurs que le monde entier envie à la France, auxquels auraient été invités à se joindre vingt peintres et cinq sculpteurs choisis parmi les plus vivants représentants de l'art d'aujourd'hui. Peut-être la faveur que rencontrerait ce Salon de choix inciterait-elle, par ailleurs, certains peintres à préparer, en vue de l'exposition annuelle, ces vastes compositions auxquelles Dela-croix n'eût peut-être jamais travaillé, s'il n'y avait pas été poussé par la plus noble émulation. Souhaitons enfin de voir s'effectuer une décentralisation de l'art. Il est inadmissible que, seule en France, la ville de Grenoble doive à l'énergie et au courage du conservateur de son musée, M. Farcy, de grouper la plupart des meilleurs artistes d'aujourd'hui. Puisque l'Etat est contraint, tant qu'il n'aura pas achevé de se séparer des Beaux-Arts, d'accrocher sur les murs des Musées et des mairies de province, les devoirs de vacances des élèves de l'Ecole, créons des expositions ambulantes à travers la province française. Quelques sceptiques souriront, sans doute, de nous voir défendre l'art vivant avec tant de passion. N'y a-t-il pas des peintres qui ne nous pardonnent pas d'aimer à ce point la peinture ? Mais Baudelaire n'avait pas honte d'avouer « qu'il avait l'amour de la peinture jusque dans les nerfs » ! Nous sommes quelques-uns, ici, à croire au message de la peinture et disposés à le répandre par notre apostolat. * Je ne m'attarderai pas longtemps devant les meilleures toiles du Salon des Tuileries. N'ai-je pas eu bien souvent l'occasion d'exprimer mon opinion sur la peinture de Friesz, de Laprade, d'Utrillo, de Terechkovitch, d'Odette des Garets, de Simon-Lévy, de Vlaminck et de Matisse ? (Salle V). TERECHKOVITCH expose, cette fois, deux toiles qui classent définitivement un peintre. Il est permis de songer à de grands noms devant son éblouissant portrait de jeune fille. On remarquera l'aisance qu'a, peu à peu, conquise ce jeune peintre qui ne s'abandonna aux suggestions de la grâce qu'après avoir affirmé son métier. A cette toile charmante, on opposera le portrait de l'abbé L.B., d'un grand caractère, d'une haute pénétration psychologique. Après avoir interrogé ce visage, vous suivrez la curieuse arabesque des lignes du fauteuil si bien équilibrées par celles des bras et des mains tenant le bréviaire. UTRILLO. Je n'aime pas la grande cathédrale où l'on ne retrouve pas l'éclatante matière du grand peintre de Paris. Mais l'Église Saint-Laurent de Nogent-le-Rotrou au toit mauve, sur laquelle règne un ciel d'une immuable pureté, toile où s'accordent les plus beaux rouges, les plus beaux bleus, les plus beaux mauves qui aient jamais été posés par un pinceau, est un chef-d'œuvre. (Salle VIII). Une Neige et une Église de Vlaminck. (Salle IX). MATISSE. Le salon le plus maussade ne paraît-il pas, pour un instant, le plus brillant, le plus joyeux, le plus jeune quand, après avoir vu se dérouler des kilomètres de toiles, il nous est donné de regarder ses œuvres où le miracle, toujours, s'accomplit. La petite toile de l'Odalisque assise où les couleurs complémentaires s'exaltent avec une si douce violence, où l'œil ne sait s'il doit plus longtemps s'attarder sur le fond aux motifs fleuris, sur le jaune du rideau, le rouge du tapis, le violet de la veste de l'odalisque, le vert de son pantalon flottant ou sur la nature morte au damier, aux citrons, au gobelet cerclé d'or, est un des chefs-d'œuvre de ce maître. De ce maître, dont l'art, chaque jour, se rajeunit, en se renouvelant. (Salle X). FRiesz triomphe ici avec un égal bonheur. Ses Ports, tout bruyants du fracas des grues déchargeant les navires, traités si simplement avec des gris, des bruns et des verts, mais avec un sens si magistral de l'atmosphère et des valeurs tactiles, sa grande composition où trois nus groupés sur un canapé lui permettent de dérouler sur sa toile les plus belles arabesques et de mettre en valeur les formes les plus émouvantes sont de ces œuvres qui méritent une longue contemplation. (Salle VI). Je veux différer de quinze jours le plaisir d'exprimer d'une façon plus complète combien j'apprécie l'art si mesuré et si intense de Pierre LAPRADE. Mais je vous invite à admirer, dès aujourd'hui, ses Roses, livres et masques, son Vase de roses devant la fenêtre qui comptent parmi les œuvres les plus parfaites de ce bel artiste. Je ne citerai, de même, que pour mémoire la Nature