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3e Année - N° 62
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15 Juillet 1927
L’ART VIVANT
Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par
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SOMMAIRE
ARMAND GUILLAUMIN
par GEORGES RIVIÈRE
Paul Guigou
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Robert Rey
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Les Masques
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Daniel Réal
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L’Art Hispano-Mauresque
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J. Bourilly
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Benedetto Croce
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Waldemar George
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A propos de
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Les Beaux Livres
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Jean Dorsenne
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l’Exposition Van Gogh..
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J.-E. Blanche
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Le Salon de la Couture
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Juillet
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Vanderpyl
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Française à Madrid
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Jean Ryeul
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Une Exposition d’art
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Les Expositions
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Charensol
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précolombien
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Marcel Sauvage
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Les Ventes
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Les Tapis de l’Europe Centrale au Musée des Arts Décoratifs
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Pierre Humbourg
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Les Nouvelles acquisitions du Musée du Louvre
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Calendrier des Expositions
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TROISIÈME ANNÉE
L'ART VIVANT 15 JUILLET 1927
ARMAND GUILLAUMIN
Le dernier des impressionnistes et le plus fidèle à une doctrine, que ses maîtres désavourent plus ou moins dès qu'elle atteignit le public, vient de s'éteindre loin du bruit et quand la notoriété venait à peine de récompenser son long labeur.
C'est en 1874, lors de l'exposition des impressionnistes dans l'ancien local du photographe Nadar, boulevard des Capucines, que je rencontrai pour la première fois Armand Guillaumin. Il se tenait debout aux côtés de C. Pissarro, dans l'angle d'une salle où étaient accrochées quelques toiles de ses amis. Il y avait, ce jour-là, un assez grand nombre de curieux, attirés par les articles plus ou moins spirituels, mais également malveillants, publiés dans les journaux de Paris. Pissarro s'indiguait, presque à haute voix, des propos désobligeants, des rires ironiques et des facéties des visiteurs. Guillaumin se contentait d'approuver son maître et ami par un hochement de tête ou un mot timidement articulé.
Guillaumin était de taille moyenne, mais d'aspect robuste. Le visage durement modélé était orné d'une barbe roussâtre poussant librement. Les yeux noirs, brillants, regardaient franchement devant eux. Dans l'ensemble, le personnage était sympathique, comme le sont beaucoup de braves provinciaux ayant conservé les qualités de sociabilité et de probité qui faisaient le charme des Français d'autrefois.
Bien qu'il fût né à Paris, Guillaumin y vécut peu dans son enfance et c'est dans son pays d'origine, à Moulins, qu'il fut élevé. Il avait à peu près seize ans quand il revint dans la capitale pour entrer chez son oncle qui tenait un magasin de lingerie, rue de la Chaussée-d'Antin. C'est là que sa vocation se révéla, sans doute suscitée par la vue des tableaux exposés chez les marchands du voisinage : rue Laffitte, rue Saint-Lazare, rue Pigalle, etc... Lorsque son oncle l'envoyait livrer quelque achat chez un client, le jeune Armand en profitait pour aller passer une heure au Musée du Louvre ou s'attarder dans la contemplation du paysage parisien. Dans la boutique, dans la mansarde même où il logeait, il dessinait avec passion oubliant souvent ses devoirs de commis de boutique. C'était du reste, un dur métier que celui de calicot à l'époque de la jeunesse de Guillaumin. Les magasins de détail à Paris étaient ouverts de huit heures du matin à dix heures du soir, le dimanche même on ouvrait jusqu'à midi. Le pauvre Guillaumin ne pouvait guère se contenter de ses loisirs pour dessiner. Son peu de goût pour le commerce lui attira les reproches de son oncle et celui-ci, pour se débarrasser de son mauvais commis, sans abandonner son neveu, fit entrer Guillaumin dans les bureaux de la Compagnie du Chemin de Fer d'Orléans. Dans son nouvel emploi le jeune homme, s'il n'était pas plus payé qu'auparavant, trouva plus de liberté que dans la boutique de lingerie.
Il put suivre des cours de dessin dans une école spéciale de la Ville de Paris. Il y connut, unique circonstance dans sa vie, l'encouragement des récompenses, sous la forme d'une médaille de bronze solennellement décernée. Il n'avait eu, d'abord, d'autre ambition que d'être un amateur, ses succès scolaires le poussèrent à vouloir devenir un artiste.
A l'école de la Ville il n'avait à sa disposition que des plâtres peu nombreux, il songea à dessiner d'après nature. La modicité de ses ressources, d'une part, ne lui permettaient pas de se payer le luxe d'un atelier où il eût fait poser un modèle ; ses heures de présence à son bureau, d'autre part, ne coïncidaient pas avec celles où les ateliers d'école étaient ouverts. Il y avait heureusement à Paris des ateliers libres ouverts le soir et où chacun avait accès sans examen préalable. Telle était l'Académie Suisse où, moyennant une modique rétribution on pouvait venir dessiner ou peindre à une heure avancée de l'après-midi. Cette académie était logée sur le quai des Orfèvres, tout près du Pont Saint-Michel, dans une vieille maison lépreuse, sordide, dont il fallait gagner presque à tâtons, au bout d'un couloir obscur, l'escalier crasseux et vermulou. C'était bien le décor qui convenait pour ne pas effaroucher la timidité de l'humble et pauvre employé de chemin de fer.
Dans le même immeuble gitait un arracheur de dents célèbre à cette époque : Sabra, qui s'intitulait le dentiste du peuple. Une annonce peinte sur la muraille de la façade portait en lettres hautes d'un mètre le nom de l'opérateur, son titre pompeux et le prix de l'extraction d'une dent : un franc ! La clientèle du dentiste se composait d'ouvriers, de domestiques, de ménagères soucieux de ne point gaspiller leurs deniers. Parfois les clients de Sabra se trompaient de porte et entraient à l'Académie. C'était pour les rapins une belle occasion de s'amuser aux dépens des patients. On peut imaginer que les plaisanteries n'étaient pas toujours de meilleur goût. Je doute que Guillaumin, peu enjoué de sa nature, ait jamais pris une part active aux facéties de ses camarades.
C'est à l'Académie Suisse que Guillaumin fit la connaissance de Paul Cézanne et de Pissarro. Le premier fréquentait l'Académie parce qu'il n'avait pu se faire admettre à l'Ecole des Beaux-Arts et le second y venait parce qu'il y trouvait l'occasion, lui paysagiste, de dessiner la figure humaine et de le faire librement, car les maîtres attachés pour la forme à cet atelier ne donnaient des conseils qu'à ceux qui leur en demandaient.
Guillaumin s'attacha tout de suite à ses nouveaux amis. Il professait déjà pour eux une admiration qui ne se démentit jamais. Avec leurs conseils, il s'essaya de peindre et y réussit assez bien. Bientôt il fit connaissance de Claude Monet, de Sisley, de Renoir et se trouva dès lors uni à ce groupe non encore baptisé de jeunes peintres cherchant leur voie en dehors des chemins battus.
Ses relations avec des peintres n'ayant pas d'autres occupations que leur art détermina Guillaumin à abandonner son emploi au Chemin de Fer d'Orléans. A l'exemple de Renoir qui, à cette époque était encore, assez irrégulièrement, peintre sur porcelaine ou décorateur industriel, Guillaumin chercha à utiliser son talent de dessinateur; ce fut sans succès. Il était loin, en effet, de posséder l'habileté manuelle, la dextérité extraordinaire de Renoir.
Pendant quelques années, Guillaumin mena une vie pénible, luttant avec courage pour gagner de quoi manger et n'y parvenant pas toujours. Il dut alors se résigner à chercher un nouvel emploi. Cette fois il eut la chance d'en trouver un qui lui laissait le temps de faire de la peinture. Le service de la Ville de Paris dans lequel il entra consistait dans la visite des fosses d'aisance après le passage des vidangeurs. Il fallait s'assurer, avant d'autoriser la fermeture de la fosse, que la besogne avait été bien faite. La visite avait lieu de grand matin et l'inspecteur des services sanitaires, après
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L'ART VIVANT
avoir accompli cette mission de confiance, pouvait consacrer le reste de la journée à son art. Il peignait avec ardeur et montrait devant les railleries qui accueillaient ses essais le plus ferme courage, suivant, en cela, l'exemple que lui donnaient ses compagnons. Pour lui, la vie était peut-être plus pénible encore que pour eux, car il n'avait pas d'autres ressources que ses faibles appointements qui ne dépassaient pas de beaucoup cent francs par mois. Il ne vendait, on le pense bien, jamais le moindre tableau, mais sous ce rapport ses amis n'étaient guère plus favorisés que lui.
Aux expositions de 1874 et de 1877, Armand Guillaumin, s'il ne fut pas en vedette comme Cézanne, Renoir ou Monet, eut sa part des injures du public, à son rang pourrait-on dire. En 1877, il avait exposé douze paysages représentant des vues d'Issy, de Clamart et de Meudon. Ce sont de fort bonnes études d'un sentiment très sincère, empreintes de la sympathie du peintre pour cette banlieue proche, seule campagne permise aux courts loisirs qu'il avait.
Livré à lui-même, Guillaumin, très timide, eût vécu dans un isolement presque complet. Par ses amis il se créa quelques relations agréables qui rompirent la monotonie de sa vie casanière. Cézanne et Pissarro lui firent connaître le docteur Gachet qui habitait Auvers où il avait attiré les deux peintres. Le docteur Gachet a été certainement l'une des plus curieuses personnalités du xixe siècle. Un excentrique sans doute, un original certainement. Il fut l'ami des impressionnistes et de beaucoup d'autres artistes. Norbert Goeneutte a fait de lui un portrait fort ressemblant que le docteur a donné au Musée du Luxembourg. Le visage pâle, les cheveux roux, droits sur la tête comme des baguettes de tambour, la moustache rude, une bouche largement fendue surmontant un menton carré, l'air à la fois sérieux et agité, le bon docteur semblait incarner un personnage des contes d'Hoffmann. Entraîné par le milieu d'artistes où il se plaisait, il peignait, dessinait, faisait de la gravure à l'eau-forte sans prétendre rivaliser avec les professionnels. C'est le docteur Gachet qui reçut Van Gogh quand celui-ci quitta la maison de santé où il était interné. Je crois qu'ils se crurent réciproquement tous les deux un peu fous, mais ils n'en étaient pas moins bons amis pour cela.
Guillaumin fréquenta aussi la boutique du pâtissier Murer qui recevait les impressionnistes à sa table, dans l'arrière-boutique de la maison du boulevard Voltaire. Eugène Murer avait été camarade de jeunesse de Zola. Peintreetromancier, il écrivait des romans surnaturalistes. Le titre de l'un d'eux, La Mère Nom de Dieu, caricature inconsciente de la manière de Zola, pourra suggérer le ton général de l'ouvrage. Murer, retiré des affaires « après fortune faite », se consacrera entièrement à la peinture, exposa ses œuvres, en vendait même un certain nombre à peu près au même prix qu'il payait auparavant les tableaux qu'il achetait à Renoir ou à Monet. C'est de Guillaumin et aussi de Frédéric Cordey que s'inspirait Murer. Cette imitation était plus à sa portée que ne l'eût été celle de maîtres comme Cézanne ou Renoir.
Vers 1891 Guillaumin put enfin abandonner son emploi à la Ville de Paris, grâce à l'aubaine d'un lot de cent mille francs qui lui échut à un tirage d'obligations de la Ville de Paris. Il se livra dès lors uniquement à la joie de peindre. Lui qui n'avait jamais quitté la banlieue parisienne, s'en alla en Hollande, comme l'avaient fait Monet et Pissarro, peignant comme eux les canaux et les moulins dont Jongkind avait déjà noté la pittoresque monotonie. Il parcourut la Bretagne, l'Auvergne le Midi, peignant un peu partout et de préférence dans les régions où ses amis s'étaient eux-mêmes arrêtés. Mais ce furent surtout la Creuse et la Provence qui l'attirèrent. Dans cette dernière région il fut séduit par la vigoureuse tonalité du paysage, mais il n'en discerna pas les mille nuances qui en atténuent la brutalité. Il y a quelque chose de fruste dans sa manière de peindre les rochers rouges et la mer bleue de la région d'Agay.
Tandis que Monet, Renoir, Pissarro s'imposaient au public et arrivaient peu à peu à la grande notoriété. Armand Guillaumin demeurait à peu près inconnu et ses tableaux ne trouvaient que de rares amateurs.
Ce n'est guère qu'à partir de 1900 qu'on voit figurer des toiles de Guillaumin dans des ventes importantes de tableaux où figurent des œuvres des impressionnistes.
A l'exposition centennale de 1900 Guillaumin expose un paysage appartenant à M. Pontremoli. En 1904, à l'exposition des peintres impressionnistes organisée à Bruxelles par la « Libre Esthétique », manifestation à laquelle participèrent vingt-six artistes dont huit étaient décédés, il est représenté par cinq toiles dont une figure : Jeune Fille lisant, et deux pastels : Portrait d'enfant et Les Gerbes.
Des toiles de Guillaumin ont figuré dans les collections du Comte Armand Doria, de M. Blot, Viau, Nathanson, Chaquet, Théodore Duret, etc... C'est seulement depuis une quinzaine d'années que Guillaumin a été connu du public et classé à son rang, d'ailleurs très honorable. C'est un peintre, un excellent artisan plutôt qu'un grand artiste, mais ceux qui possèdent les solides qualités techniques, l'habileté manuelle de Guillaumin sont rares.
Ses relations avec les plus grands peintres de son temps ont grandement servi à développer les dispositions naturelles de l'artiste ; elles ne les ont pas fait naître ; néanmoins on peut dire que ce contact avec Cézanne, Monet et Pissarro a orienté le peintre dans la bonne voie et l'a soustrait aux influences qu'il aurait pu subir sous une autre direction. Ce qui manqua à Guillaumin, ce fut la variété de la facture si remarquable dans les tableaux des maîtres aux côtés desquels il a travaillé.
Guillaumin n'a pas été sans exercer une influence sur quelques peintres du commencement du xx° siècle. La rudesse qui était chez lui naïveté a été souvent habilité chez ceux qui l'ont suivi. Il a paru à ceux-ci qu'il y avait là une expression de la nature encore peu exploitée et qui répondait à une tendance nouvelle du public.
Trop longtemps dédaigné, Guillaumin occupe aujourd'hui la place à laquelle il a droit parmi les artistes de talent honnête qui ont entouré la pléiade des grands peintres impressionnistes. On n'a pas encore suffisamment rendu justice à son talent d'aquafortiste et il est désirable que son œuvre grave soit réuni et que les amateurs soient mis en mesure de l'apprécier.
A un autre point de vue, un intérêt particulier s'attache à l'œuvre de Guillaumin. Il fut, pour une période qui s'étend depuis 1870 environ jusqu'à 1885, et à meilleur titre que Raffaelli, le peintre véridique des faubourgs et de la banlieue parisienne. Ses tableaux sont des documents historiques précieux dont nous voudrions voir quelques spécimens dans les musées municipaux. Carnavalet et le Petit-Palais s'honoreraient en recueillant certaines vues des quartiers aujourd'hui transformés et dont elles nous conservent l'aspect disparu.
En résumé, nous pouvons saluer en Armand Guillaumin un de ces bons artistes d'autrefois qui, à défaut de génie, apportaient, dans l'accomplissement de leur travail, une connaissance technique laborieusement acquise, une sincérité absolue et un complet désintéressement. Ce ne sont pas des qualités qu'on rencontre communément.
Georges RIVIÈRE
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L'ART VIVANT
GUILLAUMIN. PAYSAGE
GUILLAUMIN. PAYSAGE
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L'ART VIVANT
L'EXPOSITION PAUL GUIGOU AU MUSÉE DU LUXEMBOURG
Collection G. Bourrageas
PAUL GUIGOU, LE PONT DU CARD
Collection Peiron
PAUL GUIGOU, LE JARDIN
Collection Weber de Bretiège
PAUL GUIGOU, PORTRAIT DE L'ARTISTE
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L'ART VIVANT
PAUL GUIGOU
Placé entre Corot et les débuts de l'impressionnisme, Paul Guigou s'est vu refuser la place prépondérante que justifient ses œuvres. Il est cependant mieux qu'un petit maître. Il est le seul peintre qui, avant Cézanne soit parvenu à évoquer la Provence, et mérite d'être situé parmi les plus éminents peintres du XIXe siècle.
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Au musée du Luxembourg vient de s'ouvrir une exposition de Paul Guigou. C'est, je crois, le type des bonnes rétrospectives ; elles tendent à confirmer la gloire de tel ou tel maître à la fois précieux et secondaire. M. Charles Masson caressait depuis longtemps le projet d'organiser cela. Tout entière elle est son œuvre ; et je pense qu'il faut le louer beaucoup de l'avoir agencée de manière si nette et si démonstrative.
Peu d'écrivains, peu d'amateurs, s'étaient jusqu'ici préoccupés de Paul Guigou. On sait que M. Armand Dayot se place à leur tête par la vigueur et la constance de sa prédication après Théodore Duret qui a véritablement découvert Guigou.
L'histoire de Paul Guigou ne compte pas beaucoup d'éléments dramatiques. C'est, peut-être, la raison pour laquelle on la raconte si peu.
Ce que l'on a dit de plus objectif et de plus certain sur l'homme et sur sa vie est contenu dans la notice de M. André Gouraud, notice dédiée à René Seyssaud et intercalée dans les Peintres Provençaux, livre paru chez Ollendorff, en 1901.
Sachons, par lui, que Guigou, mort en 1871, attira l'attention de quelques attentifs à la centennale de 1900. Paul Guigou était né à Villars, près d'Apt. Élève au collège d'Apt puis au séminaire d'Avignon, il devait entreprendre une carrière conforme à l'aisance de ses parents ; c'est-à-dire « libérale », et peut-être même ecclésiastique. En définitive on opta pour le notariat.
Le 6 novembre 1851, il était reçu bachelier à Aix, il entrait bientôt comme clerc amateur chez Me Madon, notaire à Apt.
A ce moment sa famille habitait Marseille. Dans Apt, le jeune clerc (nous dit Gouraud) se penchait moins volontiers sur les dossiers arides que par la fenêtre de l'étude. Par cette fenêtre on voyait un immense paysage de chênes lièges et de rochers.
En fait, il passait peu d'heures à l'étude, et beaucoup dans l'atelier de M. Camp, professeur de dessin au collège de la ville. Celui-ci, que le jeune Guigou surpassa bientôt, l'envoya peindre sur nature.
Bientôt Paul Guigou put montrer à M. Loubon, professeur à Marseille, une série de belles peintures. Guigou d'ailleurs venait de quitter l'étude de maître Madon à Apt, pour entrer dans celle de maître Roubaud, à Marseille. Il suivait désormais les cours de l'Ecole des Beaux-Arts.
Et cette période de début est, de beaucoup, la plus belle, la plus pleine, la plus originale, dans l'œuvre de Guigou.
Je ne puis absolument pas me résoudre à partager l'avis si violemment sévère que Gustave Coquiot, dans son livre sur Monticelli, proclame au sujet notamment d'Angallière et de Loubon, ces maîtres marseillais.
Je continue à ressentir une admiration très vive pour cette cimaise de la salle r, du Musée de Marseille, où ces peintres sont représentés. Je trouve que Guigou les complète merveilleusement et les éclipse souvent.
La première fois qu'exposa Paul Guigou, ce fut à la « Société artistique des Bouches-du-Rhône » en 1859. Deux toiles : Chemin dans la colline de Saint-Loup et Vue prise aux abords de la rue Ferrari.
Peu de temps après se place le premier séjour de Paul Guigou à Paris.
Il en revient décidé plus que jamais à n'être que peintre. Incontestablement il a subi, comme presque tous les artistes adolescents de ce temps, l'influence de Courbet.
Il expose, en 1859, le Vallon de la Panouse; puis, le Ravin de la Nerthe, les Gorges d'Ollioules.
Pourtant personne ne prend garde sérieusement à lui. En 1861, un « critique », Auguste Chaumelin, le morigeun un peu, en même temps qu'il morigeun Monticelli, dans la Tribune artistique et littéraire.
Du coup le peintre annonce qu'il ne veut plus du tout être notaire et qu'il va peindre à Paris. Emois familiaux, conseil de famille, admonestations... Il résiste. On se lasse, on cède, on lui fait une pension de 100 francs par mois.
Le voici de nouveau à Paris. Il vend un peu et collabore au « Moniteur des Arts » et enfin est admis au salon officiel, au grand salon de Paris, en 1863: Un coucher de soleil à Saint-Menet et les Collines d'Allauch.
Par la mort, survenue la même année, de Loubon, Paul Guigou devenait, sans s'en douter, le grand maître du paysage provençal.
Très tôt le reprit la nostalgie de la Provence. Il y revient et, lié d'affection avec Monticelli, les voici tous deux, sac au dos, longeant la Durance.
Sur les conseils jadis donnés par Loubon ils s'arrêtent à Saint-Paul-de-Durance où Guigou découvre une Provence large, moelleuse, affable, je dirais presque normande. Au salon de 1865, il envoie la Durance à Cadenet. A celui de 1864, les Bords de la Durance à Saint-Paul ; à celui de 1867, les Bords de la Durance à Mirabeau.
La plupart de ces tableaux ont été terminés à Paris, d'après des croquis et des esquisses pris « sur le motif ». Il vivait de peu, donnait des leçons de dessin.
A la venue de certains étés ses économies n'étaient pas
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