Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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1re Année - N° 3
2fr. 50
1er Février 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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SOMMAIRE :
Un Sculpteur classique français: Maillol
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WALDEMAR GEORGE.
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L’Exposition des Impressionnistes
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ILLUSTRATIONS
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L’Art décoratif dans l’Amérique ancienne
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DANIEL RÉAL.
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Technique picturale (Impressionnisme)
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J.-G. GOULINAT.
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Irène Lagut
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JEAN COCTEAU.
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Tapis des Flandres
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GASTON PULINGS.
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L’Art urbain : Les frères Perret
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MAXIMILIEN GAUTHIER.
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L’Art et la Mode (Les modes pour les enfants)
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CLARISSE.
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Chez Marie Laurencin
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FRANÇOISE.
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La Mode Masculine
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ARISTE.
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Les fresques de Per Krohg
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P. GAUGUIN.
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L’Esthétique de la table
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MAURICE DES OMBIAUX
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L’Exposition des Arts Décoratifs (Les Jardins)
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G. LE FÈVRE
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Les Arts de la Femme (broderies mauresques)
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EDMÉE.
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L’habitation d’aujourd’hui (La Salle à manger)
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GEORGE RÉMON.
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La Gravure
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CLÉMENT JANIN.
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Exposition des artistes américains
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A. ROSS MACDOUGALD.
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Le monument de Louvain
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P. G.
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Chronique artistique
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WERTH.
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Faits divers. — L’Humour de l’Art. — Informations. — Revue de la Presse. — Calendrier des Expositions.
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Les Expositions
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FELS.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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Vente et Administration :
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS
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GALERIE
Marcel BERNHEIM
2 bis, Rue Caumartin
Tableaux Modernes
Ecole 1830 - Ecole impressionniste
Du 26 Janvier au 7 Février
Exposition de Dessins
par
G. DORIGNAC
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Galerie Briant-Robert
7, Rue d'Argenteuil
Près l'Avenue de l'Opéra
EXPOSITION
de 6 Peintres Américains
John Barber — Marsden Hartley
George Biddle — Paul Burlin
Jules Pascin — Maurice Sterne
2 Sculpteurs Américains
Hunt Diederich — John Storrs
du 19 Janvier au 19 Février,
de 14 à 19 heures
(Dimanches exceptés)
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D’Inrauxc
ETABLISSEMENTS
GAËTAN JEANNIN
Ingénieur-ÉCP
181, Chaus EDOUARD VAILLANT
Telephone: AUTEUIL 03-02
Billancourt
BEINE
ENSEIGNES
DECORATIVES
R.C. BEINE 17.097
EMAUX GRAVURE
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GALERIE
VAVIN-RASPAIL
28, Rue Vavin, 28
(157, Boulevard Raspail)
PARIS
UN GROUPE DE SCULPTEURS
ET
JEAN DUFY
Dessins et Aquarelles
DU 4 AU 20 FÉVRIER
PROCHAINE EXPOSITION :
ALBERT GLEIZES
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COUVERTS ET ORFÈVRERIE
CHRISTOFLE
REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER
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PORCELAINE THÉODORE HAVILAND
LIMOGES (FRANCE)
GRAND PRIX : PARIS 1900 — MILAN 1906 — BRUXELLES 1910 — TURIN 1911 — AMSTERDAM 1922
HORS CONCOURS : SAINT-LOUIS 1904 — LONDRES 1908.
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Théodore HAVILAND & Co
Theodore Haviland Building
26 West 23rd street NEW-YORK
HAVILAND Frères
7, rue Bleue
PARIS
Théodore HAVILAND & Co
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Toronto-CANADA
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L'Art Vivant
Parait le 1er et le 15 de chaque mois
CONDITIONS D'ABONNEMENT
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France et Colonies
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58 fr. 30 fr.
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France et Colonies
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BULLETIN D'ABONNEMENT
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FERNAND FLEURET
LES DERNIERS PLAISIRS
HISTOIRE ESPAGNOLE
Un volume ........................................ 7.50
Il est peut-être peu de livres parus durant le cours de ces dernières années à qui l’on puisse attribuer le titre de chef-d’œuvre sans que l’amitié n’intervienne pour une part dans cet éloge.... Ce livre est parmi les mieux écrits de ces dix dernières années.... M.Fernand Fleuret a médité la mélancolique vieillesse de Don Juan.... Ainsi, par la puissance d’un grand livre comme celui qu’il vient d’écrire, une aventure officiellement éternelle retrouve un rajeunissement imprévu. Je souhaite que ce chef-d’œuvre soit placé sur le rayon d’honneur des bibliothèques de tous ceux qui me font l’honneur de me lire.
Pierre MAC ORLAN.
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nrf
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L’ART VIVANT
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Rédacteur en chef:
Florent FELS
Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes
Éditée par les “Nouvelles Littéraires”
DIRECTEURS-FONDATEURS:
Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD
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Six mois : — 50 f. — 58 f.
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UN SCULPTEUR CLASSIQUE FRANÇAIS MAILOL
MARLY-LE-ROY. Une maison de campagne construite en pierre sur les plans du sculpteur; un jardin fleuri, un atelier rustique. C’est là que vit Maillol pendant les mois d’été. C’est là qu’il a conçu la plupart des statues qui décorent aujourd’hui les musées étrangers. Car Maillol, dont l’œuvre est une incarnation vivante et authentique du génie français, n’a jamais eu accès dans son pays natal aux honneurs officiels. Les seuls monuments que l’on connaisse de lui s’élèvent dans les villes de sa petite patrie pyrénéenne: Perpignan et Port-Vendres. Le monument Cézanne achevé après dix ans d’un labeur opiniâtre attend encore un emplacement.
Comme beaucoup de grands artistes contemporains, Maillol est un autodidacte. Tapissier, il aborde un beau jour le travail de la pierre, il taille aussi le bois et dégage des troncs droits et cylindriques ces figures aux lignes simples et massives, dont la structure semble lui être imposée par le bloc. Mais la forme de Maillol n’est pas fonction de sa technique. Elle obéit à des lois esthétiques et architectoniques. Son œuvre peut paraître monotone, tant elle est homogène. Les volumes
Photo Librairie de France.
NU
évoquent les fûts des belles colonnes antiques. Les proportions excluent l’idée de raffinement et de préciosité. Les masses corporelles: mouvements, gestes, attitudes, concourent à un effet d’ensemble. Une lumière égale baigne les volumes sphériques. Maillol ne stylise jamais. Il se passe du tremplin de la fable, de l’histoire et de l’Allégorie. Il reprend les données éternelles des Baigneuses, debout, se tenant immobiles, assises ou étendues sur des lits de repos.
Maillol étudie les modules des anciens et il pénètre d’autant mieux leur secret qu’il ne se fie point aux apparences trompeuses et qu’il dissocie du thème figuratif la qualité plastique, intrinsèque d’une œuvre.
Le monument Cézanne est un lointain rappel de la Diane Couchée de Jean Jourjon. On y retrouve les lignes allongées et idéalisées, la forme altière du torse, la tête inexpressive au front haut et bombé, à la chevelure légèrement ondulée des sculptures françaises du xvie siècle.
Classique selon l’esprit et non selon la lettre, Maillol a pu passer pour un archaïsant. On l’a dit tributaire des Egyptiens, des Etrusques, des Grecs du vie siècle. En effet, il
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L'ART VIVANT
TÊTE
comprit le premier que l’art statuaire devait retourner à ses sources. Il rendit à la forme son poids, sa densité et sa plasticité. Sans doute Maillol est-il un primitif par l’économie des moyens qu’il emploie et par son respect de la matière traitée, mais il n’a adopte point les styles historiques. Trop d’artistes ont cru pouvoir retrouver la fraîcheur de vision, en s’inspirant des gothiques, des Eginètes, des khmers. Certains ont poussé leurs scrupules jusqu’à renoncer au travail du modelage et de la mise au point. Méprisant les procédés savants mais mécaniques ils s’attaquèrent au marbre et au granit dans l’espoir d’en extraire des figures d’une forme nettement sculpturale. Maillol n’a jamais entrepris de semblables voyages à travers l’histoire. Sa notion du style est trop personnelle pour se prêter à des traductions rétrospectives des styles dévolus. Il ne croit pas que l’on puisse rénover un art par la seule vertu du métier manuel. Ce latin qui affirme son attachement à la latinité reste dans la ligne d’une tradition française. Maillol a confronté avec les vestiges de l’art grec ancien sa vision d’homme moderne. Il n’a jamais dévié du chemin qu’il poursuit. Il a révélé à ses contemporains les vertus propres à l’art de la sculpture. Aucun artiste français de sa génération n’a accompli une œuvre analogue à la sienne.
Albert Thibaudet a représenté l’œuvre littéraire de France comme l’expression cultivée de cet esprit classique que le monde de demain, en voie de gestation, sera sans doute, incapable d’apprécier. L’art classique de Maillol échappe à ce danger. Cet art ne constitue point un vain divertissement d’un esprit sceptique et érudit, mais un répertoire de formes humanisées, évoluant dans l’espace virtuel et soumises à la volonté créatrice d’un plasticien qui leur confère la vie.
Waldemar GEORGE.
LE MONUMENT CÉZANNE
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L'ART DÉCORATIF
DANS
L'AMÉRIQUE ANCIENNE
Il peut paraître étrange de parler dans l’Art Vivant d’arts morts depuis des siècles, mais en réalité un art ne meurt jamais complètement et il exerce toujours une influence même sur des peuples très éloignés dans le Temps et dans l’espace. À notre époque les artistes épris de construction cherchent dans la simplification des formes un style synthétique en dehors des traditions, et les décorateurs voulant eux aussi renouveler leur inspiration abandonnent les idées suivies jusqu’alors. Ils se sont aperçus qu’à côté des grands peuples classiques, il existait dans le monde des populations demeurées primitives qui pouvaient offrir des visions d’un art souvent naïf, parfois gauche, mais toujours original. Au premier rang parmi celles-ci sont les races qui peuplaient l’Amérique avant la conquête. Leurs efforts artistiques furent longtemps méconnus car les Européens qui les découvrirent, habitués à un art arrivé à son apogée, jugèrent sans importance une décoration si différente de leurs conceptions habituelles. Ils ne s’intéressèrent qu’à l’orfèvrerie mais uniquement parce qu’ils furent frappés par l’abondance des matières précieuses. Bien vite il se répandit en Europe la légende des richesses fabuleuses de ces pays d’outre-mer et pendant longtemps des légions d’aventuriers partirent pour découvrir, mais en vain, el rey dorado. Cependant les rares Espagnols qui étudièrent avec attention les nouvelles contrées s’aperçurent qu’il y régnait une civilisation déjà avancée.
Sur le plateau de l’Anahuac s’était constituée une société monarchique et théocratique, très hiérarchisée, qui domina vite les populations voisines. Obéissant à une religion poly-
PÉROU. Etoffe.
Photo Calavas.
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L'ART VIVANT
PÉROU. Tissus
Photo Calavas.
chéiste aux symboles nombreux, elle créa un art avant tout religieux et symboliste dont la plus haute manifestation fut les temples, ces téocali aux lignes sévères, aux masses imposantes qui remplirent de stupéfaction les compagnons de Cortez. Ces monuments étaient décorés très sobrement de motifs géométriques, souvent de serpents de pierre dont il reste des têtes remarquablement construites. L'intérieur était orné de peintures à la fresque aux tons plats de couleurs assez vives. Les motifs décoratifs de l'extérieur s'y retrouvaient mais plus compliqués, présentant avec profusion des fruits, des fleurs, des animaux et très souvent des figures humaines traitées avec plus de réalisme.
Mais c'est surtout l'art appliqué qui était en honneur au Mexique. Pour les grands dignitaires royaux et pour les prêtres, il fallut une décoration abondante sur les vases rituels, les vêtements, les objets de parure, qui tout en variant selon sa destination présenta le même style hiératique que dans l'architecture. Les artisans fabriquèrent des étoffes de coton ou de fil d'agave, merveilleusement teintes, au décor assez sévère où se retrouve souvent le motif dit en escalier. Avec les plumes des brillants oiseaux de la région ils exécutèrent de somptueux vêtements, tuniques, manteaux ou coiffures où s'harmonisaient les tons éclatants ; des boucliers même étaient formés par ce procédé.
La céramique était aussi très florissante. On possède de très beaux plats et des vases tripodes peints dans des gammes délicates, aux dessins très enchevêtrés ayant très souvent une signification symbolique, et des vases sur lesquels sont représentées des scènes de la vie religieuse, exécutées en relief ou en champlevé. Très souvent l'extrémité des pieds de ces poteries se termine par une tête d'oiseau.
Dans l'Amérique du Sud le vaste empire gouverné par les Incas, qui s'étendait sur le Pérou, la Bolivie et l'Equateur, exerçait son influence jusqu'au Chili et jusque dans l'Amérique centrale. Les mœurs très différentes de celles du Mexique devaient donner naissance à un art très différent d'expression. Comme au Mexique, il existait une architecture très développée, mais il reste très peu de décoration monumentale en dehors de la si remarquable porte du soleil à Tiahuanaco. Heureusement la céramique et les tissus trouvés dans les sépultures abondent et montrent que les Indiens étaient arrivés déjà à un haut degré de culture. L'art de la poterie dans lequel les Péruviens étaient passés maîtres était extrêmement répandu. Suivant la région et l'époque on peut distinguer plusieurs écoles qui se différenciaient par la forme et le décor de leurs vases. Tous les types étaient représentés; les uns étaient lisses, d'autres au contraire s'ornaient de groupes en relief et certains même en forme de tête humaine étaient de véritables sculptures. On remarque des poteries en terre noire ou rouge, d'autres peintes en des gammes assez monotones. Les dessins sont d'une variété extrême et représentent tous les sujets, animaux admirablement observés et rendus dans l'exactitude de leurs mouvements seulement par des lignes essentielles, personnages, croquis sur le vif dans des attitudes de leur vie familière, épisodes de combats, scènes de chasse et de pêche, etc., etc. A côté de ces ateliers à tendances réalistes, l'industrie de Nazca apparaît d'une conception très particulière. L'esprit mystique et le symbolisme religieux s'y expriment en un style bien à part et l'on voit reproduits sur les panses de ces vases des motifs traités avec une volonté de stylisation telle, que bien souvent la figure animale, la plante ou le personnage qui servit de modèle à l'artiste a donné naissance à une ornementation des plus compliquées mais souvent d'une grande beauté décorative.
C'est un peu de ce même principe de déformation raisonnée que procède l'art du textile qui fournit au Pérou tant d'admirables vêtements. Dans les étoffes dominent les motifs rectilignes, sans doute imposés presque toujours par les nécessités de la technique et la simplicité des métiers. On y voit beaucoup de personnages, beaucoup de quadrupèdes, notamment le
MEXIQUE. Bas-relief.
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L'ART VIVANT
PÉROU Poteries
Photo Calavas.
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puma, mais les ornements les plus curieux sont formés d’oiseaux, avec lesquels les artistes péruviens arrivèrent à créer une diversité inouïe de thèmes décoratifs.
Comme au Mexique et plus encore peut-être, l’art des orfèvres était parvenu à un haut degré de perfection, mais la cupidité et la barbarie des conquérants détruisit presque tous les admirables bijoux, statuettes, etc.; il ne reste plus guère que quelques vases d’argent trouvés dans les tombeaux.
En dehors de ces deux grands empires, il existait d’autres centres artistiques dans l’Amérique précolombienne. Au Yucatan, la race Maya, influencée sans doute primitivement par les Toltèques, produisit des œuvres qui, tout en gardant de grandes ressemblances avec l’art mexicain, acquirent vite une personnalité distincte. Leurs temples, leurs palais, leurs salles de jeu de paume étaient décorés de grandes compositions sculptées et peintes où la figure humaine jouait un grand rôle. Au Guatemala les Lacandons avaient construit des villes dont les ruines ont fourni des débris de sculpture et des céramiques d’un art étrange où la caricature tient une place importante. Au Honduras, à Panama où les Chiriqui se montrèrent de grands potiers et de très habiles orfèvres, partout sur ces terres américaines se manifestait une activité intense et partout l’art apparaissait au premier plan. Mais cette civilisation qui sans doute n’aurait cessé de se développer succomba sous l’oppression des nouveaux maîtres. Ce n’est que beaucoup plus tard que des explorateurs et des savants mirent au jour les restes de ce brillant passé. Fiers de leurs ancêtres, les habitants actuels recherchent tous les témoins de cette antique gloire et exhument chaque jour des vestiges de leur art national. Les artistes du monde entier l’étudient, s’en inspirent, et notre art décoratif y a puisé bien des documents. C’est surtout dans l’ornementation des étoffes qu’on peut retrouver l’influence de cet art exotique revivifié par la pensée moderne et il n’est pas rare de reconnaître sur les robes ou les manteaux à la mode de nos élégantes tel dessin que composèrent il y a des siècles quelque artiste de Tenochtitlan ou quelque humble artisan de Nazca.
DANIEL RÉAL.
(Attaché au Musée d’Ethnographie du Trocadéro)
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PÉROU Poteries
Photo Calavas.
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L'ART VIVANT
A propos d'une exposition des œuvres récentes d'Irene Lagut
PRÉFACIRÈNE
Sirène,
Pourquoi ne pas m'avoir demandé ces lignes à l'époque heureuse? (Disons l'époque rose).
Tes pigeons voyageurs portaient leurs lettres au colombier d'Apollinaire, Faubourg Saint-Germain; Radiguet cachait ton nom dans ses poèmes ; je l'écrivais en or sur les guipures de la Tour Eiffel.
Helas! nous prîmes pour des bergeries la mer qui moutonne avant la tempête. Après la tempête que reste-t-il ? Un arc-en-ciel : ces toiles mates, mais si fraiches qu'on les croit peintes avec un pinceau d'aquarelle gros et pointu comme le rouge-gorge.
Mais sans doute ai-je tort, et suis-je maintenant mieux apte à comprendre ton charme ; car quelque chose de bagard dénonce l'origine de tes images. Elles sortent du rêve. J'ai dit : le rêve et la mer se ressemblent. Les phrases que l'on retient de l'un et les plantes qu'on retire de l'autre perdent instantanément leur beauté.
Toi seule sembles savoir t'y prendre pour rapporter intactes au plein jour les figures un peu folles du sommeil.
Ajouterai-je combien tu es consciencieuse et qu'il y a dans ta grâce quelque chose d'une écolière penchée tirant la langue. Sans une seconde de distraction Orphée serait peut-être remonté à la surface des ténèbres, suivi d'une Eurydice toute nue, assise sur un cheval blanc.
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JEAN COCTEAU.
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L'ART VIVANT
L'ART URBAIN
LES FRÈRES PERRET
ou la poétique de l'utilité
Je me souviens d'avoir été mêlé à un épisode pathétique de la carrière de MM. A et G. Perret. On achevait la construction du Théâtre des Champs-Elysées, leur œuvre ; les décorateurs procédaient à la définitive enluminure du vaste édifice moins austère déjà, moins nûment orgueilleux dans sa rationalité pure. Et c'était le soir de la première répétition générale avec orchestre. Au programme (je ne l'oublierai jamais) : Benvenuto de Cellini, opéra d'Hector Berlioz. Les trois coups traditionnels sur le pupitre furent frappés, on le conçoit sans peine, dans une exceptionnelle atmosphère de solennité.
J'étais de ces quelques-uns, formant groupe autour de MM. A. et G. Perret et de M. Gabriel Thomas représentant, celui-ci, la société propriétaire de l'immeuble.
Tandis que, romantique, fièvreuse, avec des éclats formidables de cymbales et de cuivre, l'ouverture symphonique emplissait d'un harmonieux tumulte toute l'énorme salle, MM. A. et G. Perret, accompagnés de leur inséparable M. Gabriel Thomas, suivis de quelques impavides indiscrets, eurent à subir une mémorable épreuve.
Je les vis s'installer successivement aux fauteuils du parterre, des loges, des baignoires, de la corbeille, du balcon, des galeries. Et plus ils montaient vers les benoîtes et brillantes figures installées par M. Maurice Denis dans un olympe dramatico-lyrique et plafonnant, plus aussi s'imprimait à leurs traits l'allègre exaltation du triomphe : du haut en bas, de long en large, la construction nouvelle satisfaisait aux servitudes de la destination — les ondes sonores, avec une netteté parfaite, parvenaient exactement partout, sans un "parasite", sans un écho, alors qu'il eût suffi, par exemple, d'une seule paroi trop mince ou mal orientée, formant caisse de résonance, pour que l'acoustique fût à jamais, dans ce temple de la musique, d'une catastrophique défectuosité.
Ils allaient s'abandonner, les heureux hommes, aux effusions d'une légitime joie, quand M. Gabriel Thomas leur rappela que la partie comportait une seconde manche qu'il im-
portait également qu'ils eussent gagnée pour avoir droit à un satisfecil complet.
On se remit donc en route. On quitta la grande salle, où l'orchestre menait crescendo son sabbat ; par les couloirs encombrés de plâtres et d'outils, on se dirigea vers la petite salle — celle de la Comédie. Et les frères Perret, tout à l'heure repris d'angoisse, se rassérénénaient à mesure que l'on allait s'éloignant de la scène où le plus excessif des florentins commençait à pousser, prestigieuses, ses clameurs. Parvenus à la Comédie, nous fûmes priés de nous asseoir, de garder le silence et de prêter l'oreille.
Pas un bruit. Pas un souffle.
Dans le même immeuble, sous le même toit, on pouvait désormais jouer, simultanément — la victorieuse démonstration en venait d'être faite — du Richard Wagner et du Sacha Guitry.
Au fait, pourquoi ai-je conté ce souvenir ? j'aurais pu, évidemment, me contenter de déclarer que l'art de bâtir est chose infiniment sérieuse, hérissee de difficultés, de problèmes à tout le moins comparables à celui de la quadrature du cercle. Mais m'aurait-on cru sur parole ? Un modeste récit, concret, authentiquement vécu, prouve quelquefois davantage que les affirmations tranchantes les plus vigoureusement assénées.
Certes, il convient d'écouter avec bienveillance, attention, patience, les théoriciens annonciateurs d'apports nouveaux, de créations résolument originales. Et même, si l'on peut, on doit de grand cœur les aider à projeter de la clarté dans leurs discours, à préciser et peindre les images de ce qu'autrefois on n'eût pas hésité à appeler leur idéal. Ne point oublier surtout que les "révolutionnaires" d'il y a un siècle nous paraissent avoir eu surtout, vus d'où nous sommes, des naïvetés de primitifs. Sachons faire la part du feu — sacré — de la jeunesse. Au surplus, l'architecte n'est-il pas parmi tous les artistes celui qui a le plus grand besoin, au moins à ses débuts, de
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