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1re Année - N° 5
2e 50
1er Mars 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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SOMMAIRE :
Utrillo………………… Edmond Jaloux.
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La Mode masculine…… Ariste.
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L’Art religieux contemporain Pierre Ladoué.
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L’Esthétique de la table.. Maurice des Ombiaux
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Les Dessins d’Ingres…… Marcel Weber.
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L’Art et la Mode…… Clarisse.
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L’Art nègre………… Clouzot et Level.
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Les Arts de la femme…. Edméc.
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L’Habitation d’aujourd’hui. Georges Rémon.
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Les grandes ventes…… Charles Bourgeat.
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La Chronique artistique.. Léon Werth.
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A travers le monde…… Illustrations.
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Expositions………… Fels.
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L’Humour de l’Art…… Touchagues.
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L’actualité artistique… Illustrations.
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Faits divers.
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Technique picturale…… J.-G. Goulina.
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Informations. — Calendrier des Expositions.
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Chez Jane Marnac…… Françoise.
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Le prochain numéro de L’ART VIVANT, paraîtra le 20 Mars
étant en partie consacré à L’EXPOSITION DES INDÉPENDANTS dont le vernissage a lieu le même jour.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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Vente et Administration ;
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS
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Compagnie Forestière et Commerciale du MARONI
Téléphone :
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La Compagnie importe par sa propre flotte les Bois provenant de ses concessions en Guyane Française pour la charpente, les constructions navales, les chemins de fer, la parquetterie, la menuiserie, l'ébénisterie.
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Bois de luxe pour l'Ameublement :
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1re Année - N° 5. 2 fr. 50 1er Mars 1925
L'ART VIVANT
DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ,
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Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes
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MAURICE UTRILLO
Je suis moins étonné du succès actuel de Maurice Utrillo que je n'ai longtemps été surpris de l'indifférence que l'on manifestait à son égard et plus encore, de la résistance que lui opposaient beaucoup de critiques et d'amateurs. Il m'a toujours semblé qu'il ne fallait pas être prophète pour s'apercevoir qu'Utrillo était un grand peintre. Je crois que si on ne l'a pas vu plus tôt, c'est qu'on s'est laissé rebuter par ses sujets, bien que l'on commence à s'apercevoir aujourd'hui que non seulement il a toujours peint avec une étrange et profonde émotion, mais encore qu'il a révélé la poésie spéciale à certains quartiers de Paris.
Après l'avoir longtemps dédaigné, on dit aujourd'hui que c'est notre Canaletto ou notre Guardi, comparaison plaisante à l'esprit, bien qu'elle ne soit pas très exacte. Peut-être aussi a-t-on été surpris d'abord d'une certaine naïveté dans sa manière de peindre, d'une certaine ingénuité dans sa façon de sentir. On se serait, en ce cas, laissé égarer de la même manière qu'on l'a été, quand il s'est agi de Cézanne et de Gauguin. En réalité, naïveté et ingénuité étaient plus apparentes que réelles, car il n'y avait qu'à examiner avec soin une toile d'Utrillo, pour voir à quel point on avait affaire à un peintre véritable, c'est-à-dire, ayant un sens subtil, varié, complexe de la couleur et se servant d'une matière admirable avec laquelle il donne aux mornes, aux désespérés aspects de la vie moderne quelque chose de magnifiquement luxueux. Les couleurs les plus riches, les plus subtiles, les plus phosphorescentes entrent dans la composition d'un mur ou d'une route d'Utrillo d'une manière si convaincante que l'on s'étonne d'y trouver un choix si limité d'éléments premiers. Dans la texture même de tel ou tel peintre, on peut dire qu'il y a des pierreries broyées, ou des fleurs pilées, ou des ailes de papillons concassées. Mais les principes que l'on
Maurice UTRILLO et sa mère Suzanne VALADON. Photo Martinie.
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retrouve dans Utrillo sont de nature infiniment plus mystérieuse. Il semble qu'il s'agisse ici de modifications chimiques de tissus vivants. Chez un peintre comme Corot, au début, ou chez Paul Guigou, on semble avoir affaire à des couleurs d'origine minérale. Chez Renoir ou chez Berthe Morizot, on dirait plutôt qu'elles sont d'essence végétale. Chez Utrillo, elles ont quelque chose de physiologique. Ces définitions peuvent paraître arbitraires à première vue, mais que l'on se penche sur telle ou telle toile d'Utrillo, soit de la première, soit de la deuxième manière, que l'on examine les couleurs spéciales, les mélanges secrets, les veines, les scléroses qui donnent leur apparence en même temps opaque et profonde à telle ou telle façade et à telle ou telle muraille, et l'on verra que ma comparaison est infiniment plus exacte qu'elle ne le parait à première vue. A ces morceaux savants, Utrillo oppose tout d'un coup de grandes parties nettes d'une couleur égale et unie, dont l'inflexible pureté fait ressortir les savantes combinaisons qui les accompagnent. Ses blancs sont célèbres ; on a pu voir dans son exposition récente quelques-unes des toiles où ils triomphent. Il y a quelque chose d'éclatant, mais de secret dans les blancs d'Utrillo.
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Quand on étudie de près une œuvre de Maurice Utrillo, on voit bien qu'il y a un mystère chez lui, et ce mystère augmente quand on le connaît. Il court beaucoup de légendes sur son compte, mais personne ne sait la vérité. On a beaucoup parlé de son alcoolisme, ce qui n'explique rien, et on a mis ses excentricités sur le compte de cet alcoolisme. Mais l'alcoolisme d'Utrillo n'est évidemment pas de l'alcoolisme : c'est de la dipsomanie (ce qui fait une grande différence : l'alcoolisme étant ce que l'on appelle un « vice » et la dipsomanie, un véritable état morbide), et c'est une des conséquences de cet état mystérieux dans lequel il vit et sur lequel nous savons peu de choses. J'ai toujours pensé que le prince Muichkine, de Dostoïewsky, devait être quelqu'un d'analogie à Utrillo ; c'est un homme qui n'a pas mûri, (qui a gardé beaucoup de la vie de l'enfant). Quand il a fini de peindre, il joue avec des tramways ou des chemins de fer mécaniques, ou il cherche des airs sur un harmonium. Pendant longtemps, il a peint sans plaisir et pour avoir de l'argent. Il paraît que maintenant il aime la peinture pour elle-même. Il peint sagement et passionnément, puis il cherche sa récréation comme un ouvrier qui a bien travaillé toute sa semaine. Cet état d'innocence au sein duquel il est plongé ne doit pas aller sans mélancolies profondes ; cette innocence et cette mélancolie, vous les retrouverez dans toutes les toiles d'Utrillo, elles constituent son génie, car on ne peut douter que cet homme n'ait du génie, comme en eurent Edgar Poë, Nerval et Coleridge.
Comme les génies de ce genre, il obéit à un ordre supérieur. Il peut y avoir dans sa vie quelque chose de hagard, d'impuissant et de désordonné, rien de tout cela n'intervient dans son œuvre. Enfant, il montrait, paraît-il, une intelligence extraordinaire des mathématiques.
Je l'ai vu travailler, à la fin du jour, dans sa petite chambre, au grand tableau qui allait représenter une des vues les plus considérables de son cher Moulin de la Galette ; il n'y voyait presque pas, car il a souvent besoin de la pénombre pour s'exalter. Sa toile était couverte d'un dessin géométrique tracé avec une application minutieuse et une conscience presque exagérée. C'était un dessin d'écolier, — d'écolier génial. — Ce premier tracé fini, il place où il faut un échantillonnage des couleurs qui couvriront son tableau,
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Lourdes
L'Église Saint-Séverin
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là un bleu, plus loin un de ces roses frais comme certains coquillages, un vert fourmillant et dense ou un rouge de sang extravasé ; et jamais plus il ne changera aucun de ses tons, le tableau est entièrement fait ; composé dans sa tête, il n'a plus qu'à l'exécuter, y revenant vingt fois, ajoutant ce qu'il y faut pour qu'il lui paraisse accompli. Et avec les couleurs nécessaires, il y a répandu beaucoup de son âme, — de son âme étrange et désorbitée, — et cette toile, avec une singulière fête de couleurs, vous donnera une tristesse intense, faite d'un affreux sentiment de la solitude morale, d'une sorte d'abandon natal où sont toutes les choses terrestres, de la misère de tous les jours ; ce n'est pas, chez Utrillo, le sujet qui nous communique cette impression, c'est le peintre. Quand il reproduit un quartier riche, — le parc Monceau, par exemple, — cette mélancolie prend quelque chose de plus douloureux encore, par le contraste entre l'air de fausse élégance des maisons et des arbres et le désespoir profond qu'ils avouent malgré eux.
Les premières œuvres de Maurice Utrillo, bâties en pleine pâte, en même temps lourdes et agglomérées (voir ici même la reproduction d'une église de cette époque), avec des verts harmonieux, des roux tournant au brique, des gris d'argent et des gris roses relevés de noir, font penser à des Pissarro sans qu'il soit possible de se rendre compte d'ailleurs si Utrillo a subi son influence. Plus tard, vint l'époque des œuvres plus pures, plus transposées où l'on voit triompher ces blancs uniques au monde. Cette époque et la con-
Le théâtre Montmartre
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Photo Bernheim Jeune.
temporaine, de tons plus vifs et plus bariolée, se sont interpénétrées assez rapidement. Aujourd'hui, il y a dans la peinture d'Utrillo quelque chose de plus pimpant, de plus primesautier et, me semble-t-il, de moins pathétique. Evidemment, c'est un peintre inégal plus que quiconque, mais ses meilleures œuvres rivaliseront sans doute un jour avec les plus belles. Il me suffit de fermer les yeux et je revois des morceaux incomparables : une église grise et pure, aussi parfaite qu'un Corot,—un aqueduc, tout blanc, sans âge, qui a l'immortalité transparente des chefs-d'œuvre, — une caserne, dont le mur énorme a la profondeur et l'éclat à la fois livide, mouvant et doré des plus étonnants blancs de Chine, — un village où, ciel, clocher et maisons se jouent dans une matière irisée, empruntée à la nacre, — un bord de mer tragique où tout fait deviner et sentir
La Caserne.
une mer que l'on ne voit pas, — un extraordinaire Sacré-Cœur qui a l'air d'être en cristal de roche. Je sais bien que de telles œuvres feront toujours l'admiration et la surprise des artistes futurs, comme la joie des musées.
Et puis allez sur la Butte, errez rue Norvins, rue des Saules, rue du Mont-Cenis, place du Tertre, regardez le Sacré-Cœur qui a si longtemps paru laid et dont l'hallucinante splendeur nous frappe aujourd'hui, vous ne verrez plus ces choses telles qu'elles étaient avant Utrillo, vous verrez avec ses propres yeux la beauté qu'elles dégagent. Ce que Vermeer a fait pour Delft, Piranèse pour Rome, Guardi et Canaletto pour Venise, Whistler pour Londres, Maurice Utrillo l'a fait pour tout un Paris.
Edmond JALOUX
Paysage.
Galeria Percier.
Une Église d'Ile de France.
Collection Hodebert.
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L'ART VIVANT
ANDRÉ-HUBERT LEMAITRE et IVANNA-LE-MAITRE. Sainte-Madeleine aux pieds du Christ
L'ART RELIGIEUX CONTEMPORAIN
Si Huysmans vivait encore, sans doute eût-il écrit déjà, — oubliant ses diatribes d'autrefois contre les « pieuses horreurs du quartier Saint-Sulpice » — un article sur le renouveau de l'art chrétien. Non que les « pieuses horreurs » n'existent plus. Habitant rue Bonaparte, nul ne sait mieux que moi qu'elles encombrent encore les vitrines et les magasins. Mais ce que je sais aussi c'est que la renaissance dont je viens de parler n'est pas seulement un fait qui s'annonce, comme point une lueur d'aurore ; c'est un fait accompli, et je voudrais en donner la preuve.
Il est indispensable, tout d'abord, d'inscrire ici les noms de deux maîtres. Maurice Denis et Georges Desvallières ont vraiment droit à cette appellation, car ils furent les chefs de file, les initiateurs du mouvement. Le premier, qu'on a justement nommé «l'héritier de Poussin et de l'Angelico », a su, par la sincérité, par la profondeur de sa foi, faire descendre le divin sur la terre ; il a mêlé familièrement la Vierge et les Saints à notre vie quotidienne, trouvant partout dans la nature l'occasion de chanter la gloire de Dieu : c'est un art fait de tendresse, de spontanéité, d'optimisme, un art vivant, un art fécond entre tous que le sien. Georges Desvallières, disciple de Gustave Moreau, mais ayant, comme ne l'avait jamais fait celui-ci, connu l'angoisse de l'âme devant les problèmes de la destinée humaine, a réalisé ses
MAURICE DENIS. Dessin
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conceptions religieuses en des pages vibrantes, passionnées, imprégnées d'une émotion si intense qu'il est impossible à qui les contemple de ne pas se sentir touché : art éloquent, prenant, « apostolique », art capable d'enthousiasmer et d'entraîner les cœurs bien nés, que celui-là.
Plus ou moins sous la direction, en tout cas sous l'influence et à l'imitation de ces deux Maîtres, de jeunes artistes se sont mis au travail, ont uni leurs efforts pour la réalisation de leur haut idéal.
Maurice Denis et Georges Desvallières sont les « patrons » d'une « académie » qui est un centre très florissant de vie catholique et de vie artistique : les Ateliers d'art sacré de la rue de Furstenberg. Fondés après la guerre et placés sous le haut patronage de l'Institut catholique de Paris, ces ateliers ont été conçus sur un mode corporatif. Après un certain stage, pendant lequel les élèves prennent l'engagement de se consacrer à l'art religieux, ils peuvent devenir apprentis. Ils sont ensuite nommés « compagnons », collaborateurs rétribués des Maîtres. Plusieurs de ces cadets marchent déjà brillamment dans la voie tracée par leurs aînés. Des noms? Pauline Peugniez, Odette Bourgain, Suzanne Palluis, Hébert-Stevens, Maurice Lavergne, André Lecoutey, Pierre Couturier, Bouffez, A. Dubos.... Peintres, sculpteurs, décorateurs, tous ces artistes — et j'en oublie — ont exposé, au dernier Salon d'Automne, des œuvres dont beaucoup méritent mieux que la mention honorable. De l'atelier de chasublerie, dirigé par Mlle Sabine
Desvallières, sont sortis d'autre part de vrais chefs-d'œuvre, telle cette chape exécutée récemment pour une église des Etats-Unis (South-Bridge, Massachusetts).
Un autre groupement s'intitule l'Arche. Il a été fondé en 1918 par l'architecte M. Storez. C'est un groupe étroit, assez fermé, qui, pour atteindre à son but — la décoration des églises dans un esprit religieux — s'astreint à l'unité de direction esthétique. Scrupuleusement soucieuse de doctrine et de hiérarchie, l'Arche subordonne tous les arts à l'architecture. Elle a déjà à son actif de belles réalisations. Elle s'est signalée dans plusieurs expositions, en France et en Belgique. Parmi les architectes de ce groupe, outre Storez, il faut citer dom Bellot, bénédictin, qui après plusieurs autres travaux vient de bâtir en Hollande l'église de Saint-Paul d'Oosterhout, et cette construction supporte la comparaison avec ce que l'art roman a fait de plus beau. Parmi les sculpteurs : Henri Charlier qui renoue tout simplement la tradition avec notre grand xiiie siècle. Parmi les peintres : Valentine Reyre qui, de jour en jour, s'affirme davantage « décoratrice » de haut style.
Les Artisans de l'Autele, fondés en 1919 par le sculpteur P. Croix-Marie, s'adonnent plus spécialement à la production — sans parti-pris esthétique mais en bannissant le pastiche — de tous objets mobiliers se rapportant au culte. Ce groupe ne réunit que des professionnels, ne forme pas d'apprentis, n'admet pas les femmes.
La Rosace, dont la fondation remonte à 1908, fut conçue dans
Chape exécutée par les "Ateliers d'Art sacré"
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BOURDELLE.
La Vierge d'Alsace
Photo Librairie de France
un esprit différent. Elle n'est ni une confrérie religieuse, ni une franc-maçonnerie, mais une « fraternité » d'artistes appartenant aux divers tiers-ordres. En font partie, entre autres, le frère Angel (Jacques Brasilier), le frère Cyrille (Wladimir de Polissadiw), le frère Henri (Henri Charlier).
Il conviendrait de citer, en outre, à côté de ces groupements particuliers, plusieurs associations d'artistes chrétiens qui ont créé entre leurs membres — sans que la communauté des théories esthétiques soit d'ailleurs exigée — ces liens dont toutes les corporations sentent, de nos jours, la nécessité : la Société de Saint-Jean pour l'encouragement de l'art chrétien, présidée naguère par M. Henry Cochin, aujourd'hui par M. Paul Jamot, les Catholiques des Beaux-Arts, l'Atelier des Artistes professionnels, patronné par Pierre l'Ermite, présidé par le statuaire Ch. Desvergnes et qui groupe « pour la défense de leurs intérêts et l'apostolat de leur art » des professionnels de tous les arts.
Il faudrait rendre, d'autre part, l'hommage qu'elles méritent à des initiatives privées comme celle de Louis Rouart, qui,
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HENRI CHARLIER. Ange adorant
Photo Vissavona.
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GEORGES DESVALLIÈRES
Le Sacré-Cœur
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