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15e ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 16 AVRIL 1921 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS Revue d'Art des Deux-Mondes

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L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art des Deux-Mondes (paraissant dix fois par an) --- Abonnement FRANCE... 60 fr. d'un An : ÉTRANGER. 75 fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 16 (Avril 1921) LE MUSÉE DE LA FÈRE ET WATTEAU (2 illustrations) ... CHARLES MARTINE MATHURIN MÉHEUT (33 illustrations) ... ANDRÉ CHEVRILLON de l'Académie Française L'ART D'AUGUSTE LEPÈRE (14 illustrations) ... GUSTAVE KAHN MAXIMILIEN LUCE (5 illustrations) ... TRISTAN KLINGSOR L'ACTUALITÉ : Un portrait inédit de Lucas de Leyde; la « Fontaine de Diane » du Louvre ne serait pas de Jean Goujon; Echos des Arts; les Expositions; les livres. En hors-texte : LE CENTAURE, bois d'AUGUSTE LEPÈRE. --- Prix du Numéro : 8 francs pour la France, 8 fr. 50 pour l'Etranger. --- Tous droits de reproduction, de traduction et d'interprétation réservées pour tous pays. Les Articles publiés par L'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Nous nous permettons d'aviser nos nombreux correspondants qu'il ne sera plus répondu désormais par l'Administration et la Rédaction de L'Art et les Artistes qu'aux lettres contenant l'affranchissement de retour. --- GALERIE HAUSSMANN G. DANTHON TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES 29, Rue La Boëtie Téléphone : ÉLYSÉES 12-14 --- La grande Liqueur Française Bénédicline --- Copyright by L'Art et les Artistes, 1921 L'administrateur-gérant : Georges COUTAREL

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ÉDITION E.-F. D'ALIGNAN PARIS LIVRES DE LUXE TIRAGES LIMITÉS - Paysages disparus - de Emile VERHAEREN - Illustr. (eaux-fortes) de LUIGINI - Proses & Bois originaux - du Graveur Gabriel BELOT - Le Vieux Village de Montmartre - de Jean FABER - Illustrations (eaux-fortes) de DELATRE - La Seine à travers Paris - de Jean FABER - Illustrations (eaux-fortes) de GOR - Les Epis rouges - de Emile SICARD - Ill. (bois) d'Elisabeth de GROUX - Debout les Morts - Illustrations de ORAZI En préparation - Emile VERHAEREN. — Les Douze Mois - Bois gravés par LE MEILLEUR - Emile VERHAEREN. — Chair Belle - Illustrations de BOURDELLE - Emile VERHAEREN. — Les Rythmes souverains - Illustrations de Georges TRIBOUT Pour paraître incessamment - VUILLERMOZ. — Visages de Musiciens - 24 gloses et 24 bois gravés de DUBRAY - Jean LORRAIN. — Monsieur de Bougrelon - Illustrations de LE MEILLEUR - Paul ARENE. — La Mort de Pan - |Eaux-fortes de COUSSENS MADELEINE cahier manuscrit et illustrations de WILLETTE ETC., ETC. --- PEINTURES STEINLEN - FORNEROD - Henry DE GROUX - J.-G. DOMERGUE - COUSSENS Gabriel BELOT - C. BURNSIDE - TRIBOUT, etc., etc. --- EXCLUSIVITÉ DES ŒUVRES DE FRANK BRANGWYN --- SCULPTURES BOURDELLE - Henry DE GROUX - Edwin BUCHER, etc., etc. --- ANTIQUITÉS GÉNÉRALES --- TAPIS --- PEINTURES ANCIENNES --- GALERIE LA BOËTIE 64 bis, Rue La Boëtie, 64 bis La plus belle Salle d’Exposition de Paris Location pour Expositions et Manifestations artistiques GARDE-MEUBLE D’ALIGNAN, 34, Rue du Colisée --- Maison de Vente (Détail) Galerie des Beaux-Arts 10, Rue Auber, 10 --- Maison de Gros ÉDITION D’ALIGNAN 61, Avenue Victor-Hugo ---

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l'Essence et les Pneumatiques constituent la plus grosse dépense d'une AUTOMOBILE LA 10 HP ANDRÉ CITROËN est la voiture économique PARCE QUE: - PARCE QUE sa consommation d'essence est la plus réduite de toutes les voitures. - PARCE QUE le poids de la voiture par rapport à la puissance du moteur réduit au minimum l'usure des pneumatiques. ANDRÉ CITROËN 113-143, Quai de Javel PARIS --- HOTCHKISS Magasins d'Exposition : 136 Av des Champs-Elysees Paris AUTOMOBILES 1920-1921 S'Denis S/Seine

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Phot. Vizavona. WATTEAU. — RETOUR DE CAMPAGNE (gravure de Nicolas Cochin) LE MUSÉE DE LA FÈRE ET WATTEAU Il faut redire sans cesse la « grande pitié » de nos musées de province. Le musée ignoré de La Fère (Aisne), dont les collections sont dispersées et dont l’abri même est détruit, mérite une mention, on pourrait dire une citation glorieuse, en même temps que des égards secourables. Le conservateur de ce musée absent, M. Boudot-Lamothe, dont le zèle bénévole se double de la sensibilité d’un peintre distingué, nous dira ses épreuves et son infortune. Déjà, en 1905, M. Emile Dacier (1) signalait son abandon, et M. Henry Lapauze (2) en dressait un constat bref et définitif, comme un acte d’état-civil. Il y avait là, pourtant, toute une collection, inégale, sans doute, dont les attributions, souvent généreuses ou erronées, avaient été maintenues dans un sentiment de respect peut-être excessif pour la mémoire de la donatrice, la comtesse d’Héricourt de Valincourt née Gabrielle Uranie Le Maistre de Sacy, morte en 1875. De ces tableaux, mal défendus sous les combles contre les intempéries des saisons et brusquement évacués pendant les hostilités, plusieurs ont été détournés en cours de route; les autres ont vu leur ruine déjà menacée s’aggraver de ces mouvements im- --- (1) Bulletin de l’Art Ancien et Moderne. N° 274. Octobre 1905. (2) Les Musées de Province. Rapport. Enquête. Législation, 1908.

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L'ART ET LES ARTISTES prévus. Et maintenant, ceux qui sont revenus ont trouvé un asile provisoire soit au greffe du tribunal, soit dans des dépôts publics ou même privés. Un catalogue(1), livre rare assurément avait été publié et nous présentait avec conscience, et non sans quelque science véritable, un microcosme de la peinture. Mais dans le moment où l'on s'apprête à célébrer le double centenaire de la mort d'Antoine Watteau, nous retiendrons seulement les numéros qui désignent son nom. Il ne semble pas que l'existence de ces tableaux sous cette attribution ait jamais été considérée et qu'un examen attentif de leur authenticité en ait apprécié la raison d'être. Le n° 476 s'intitule Le Duo : « Une jeune femme richement vêtue pince de la guitare; elle est accompagnée par un jeune homme jouant de la flûte. » (H. o,87. L. o,69). Ce n'est plus qu'une chose informe et irréparable, dont l'exposition même est devenue impossible et qui survit seulement dans un dessin fidèle de M. Boudot-Lamothe. Le n° 477 est un Portrait de M. de La Roque « écuyer, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, breveté par Sa Majesté du brevet et privilège du Mercure de France », (Toile H. o,72. L. o,92). Le portrait de l'ami de Watteau, qui a été gravé par Lépicié, se vendait, suivant Goncourt (2), 1.700 francs sous le n° 894 à la vente du lieutenant général Despinoy en 1850 (H. o,98. L. o,60). Et d'autre part, il nous revient qu'un même tableau serait encore dans le midi de la France avec provenance de famille. Le n° 478, Retour de Campagne (Bois. H. o,36. L. o,44) comptait parmi les disparus. Nous avons eu la bonne fortune de le retrouver chez un marchand parisien sous une attribution à Breughel de Velours (sic) et de le remettre entre les mains du magistrat chargé de l'enquête. Le Retour de Campagne fait partie de la série des tableaux militaires de Watteau. Nicolas Cochin avait gravé le Camp Volant « d'après le tableau qu'il avait peint pour le sieur Sirois, peu après sa seconde arrivée des Flandres » dit Gersaint. Cochin fit aussi une estampe du Retour de Campagne, « grandeur de l'original, tiré du Cabinet de M. Gersaint », suivant l'indication portée sur le premier état et « peint dans le même temps que le précédent et pour lui servir de pendant ». Le tableau de La Fère est d'une facture encore lourde et épaisse, toute flamande, et vaudrait d'être rapproché de celui qui figure dans la Collection Kraemer (1) dont la tonalité nous semble plus claire et dont il diffère par les dimensions et par de sensibles variantes dans le décor des arbres et du paysage. Il faut souhaiter que les œuvres qu'abritait le Musée de La Fère, nous soient enfin rendues pour une étude critique et approfondie. CHARLES MARTINE. (1) Notice des tableaux du Musée Jeanne d'Aboville. Paris. Impr. Chaix. 1889, prix 1 franc (par Ch. Moisson, organisateur et conservateur du Musée de la ville de La Fère.) (2) Catalogue raisonné de l'œuvre peint, dessiné et gravé d'Antoine Watteau par Edmond de Goncourt. Paris. Rapilly, 1875. (1) Voir : Les Classiques de l'Art. Watteau. Paris. Hachette. WATTEAU — PORTRAIT D'ANTOINE DE LA ROQUE (gravure de Lépicié)

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MATHURIN MÉHEUT — LA FÊTE MATHURIN MÉHEUT C'est en 1913, par son Exposition du Pavillon de Marsan, que l'art de Méheut s'est révélé au grand public. Il revenait de Bretagne, d'où il rapportait beaucoup d'aquarelles et dessins consacrés à la nature et à l'humanité de ce vieux pays, mais surtout une collection sans précédent, composée peu à peu au laboratoire et dans les grèves de Roscoff, d'études sur la flore et la faune sous-marines. On se rappelle ce que fut la surprise, et puis l'émerveillement, à la première vision de ces images. On entrait dans un monde inconnu, de couleurs somptueuses, de formes étranges — formes et couleurs qui font rêver à ce que pourrait être la vie dans un autre astre, puisqu'elles sont issues de ses développements infinis dans un milieu chimique différent du nôtre. Monde à jamais silencieux, où toute clarté se fait lente et glauque, se trouble, se dégrade, s'éteint à quelques mètres de la surface. Dans cette obscure transparence naissent les pourpres, les verts plus vifs que celui de la mousse, les nuances merveilleuses de nacre, les ors, les argents, les bronzes vivants que l'artiste a contemplés à travers la glace d'un aquarium, mais dont la plupart, plongés dans LA NOUVELLE BARQUE

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L'ART ET LES ARTISTES le sombre milieu, étaient faits pour ne jamais se révéler. Là se lèvent les varechs ramifiés, les goémons soutenus par leurs vésicules, les longs lacets filants, gluants comme des anguilles, les délicats lichens pourprés, les fines corallines, les rubans verts des herbiers, qui tournent et se retournent au courant des marées, les himanthalias, qui semblent un tapis de pièces d’or, les volutes et lames épaisses des grandes laminaires : dense et légère forêt, où chaque étrange végétal flotte, comme affranchi du poids, comme aspirant à se détacher, mais accroché par sa racine à la pierre, immobile ou traversé avec tous les autres, d’un ondoiement imperceptible et continu. Et mêlées à cette « vivante flore », les bêtes épanouies, aux tons de fleurs, les sensibles anémomes, striées de mauve, les cérianthes, irradiées sur leurs tiges comme d’éclatants chrysanthèmes, les étoiles de mer

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MATHURIN MÉHEUT LES FILETS TOURNANTS (BOIS GRAVÉ) en leur souple et rugueuse cuirasse de pourpre et de violet, les oursins, dont la boule — une châtaigne de bronze ou de grenat — révèle à demi ses aiguilles dans une noire fissure de rocher, et puis les hélices, cônes de coquillages, ponctués d'argent et de rose, les longues moules dont l'écaillle noire et bleue s'enveloppe de verte mousse... Tout cela fondu, plus riche et mystérieux encore en l'épaisseur lucide où viennent passer et se suspendre les formes d'une vie mobile et toujours muette : crevettes dont la transparence (sauf deux points bleus qui sont les yeux) se mêle à la transparence de la mer ; méduses pareilles à des girandoles de cristal teinté ; crabes obliques, armés comme des guerriers japonais; surprenants homards, cuirassés d'azur, aux antennes tâtonnantes, qui progressent tout droit, portant devant eux la solennité de leurs énormes pinces ; « vieilles » veinées de lueurs multicolores dont les tons jouent comme ceux CROQUIS AU PINCEAU

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L'ART ET LES ARTISTES LA VACHE (CROQUIS) chose de beauté; c'est que le principe de la beauté est hors de nous, dans l'objet naturel, dans ses ordonnances organiques de lignes et de couleurs; qu'il n'est, sans y ajouter rien, que de les contempler et dégager, car elles valent si bien par elles-mêmes que, réduites à elles-mêmes, abstraites, dépouillées de l'ombre, du relief qui leur donnent l'apparence du réel, et géométriquement projetées sur un plan, elles composent un infini de thèmes d'une braise en train de s'éteindre; rouges crapauds de mer, aux ailes de démons; lançons, lézards marins, à tête équine d'hippocampes, souples comme des fouets et verts comme les herbiers où ils se cachent — vingt espèces de poissons qui viennent comme des ombres subites se projeter sur ces fonds merveilleux. Mais ils virent, et soudain tressaille le feu de leur nacre et de leur métal. En regardant ces créatures, Méheut retrouvait une vérité bien connue des Japonais, que Ruskin apprit d'un lierre, et qui lui donna l'axiome de son esthétique. C'est que toute chose de vie, toute structure, toute apparence qu'elle a produite, est LE VIEUX CHEVAL (CROQUIS)

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MATHURIN MÉHEUT vants et sobres dessins de terre et de figures bretonnes, ne virent dans l'artiste qu'un pur décorateur. En grandes teintes plates et mates comme des tons de détrempe — mais combien plus intenses! — sur les fonds violets ou bleus de la mer, sur le champ pourpré des algues stylisées, il évoquait les spires, les grandes courbes fluides comme une eau coulante, les stries, les taches géométriques, les granulations enroulées comme des cordons de perles, toutes les arabesques et décoratifs. Pour un peintre sensible, d'abord, aux pures harmonies plastiques, là était le premier intérêt d'une expérience qui ajoutait tout un ordre de la nature au domaine d'un art jusque là limité aux motifs qu'il emprunte aux formes terrestres de la vie. Et Méheut, à l'Exposition du Palais de Marsan, le démontrait avec tant d'éclat que beaucoup de visiteurs, trop fascinés par les polychromies des murs pour se pencher sur les émou- CROQUIS DE FERME