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14e ANNÉE. NOUVELLE SÉRIE : N° 1 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, MODERNE DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS Revue d'Art des Deux-Mondes
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14e ANNÉE. NOUVELLE SÉRIE : N° 1 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, MODERNE DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS Revue d'Art des Deux-Mondes
L'ART ET LES ARTISTES ABONNEMENT D'UN AN : - FRANCE: 80 fr. - ÉTRANGER: 85 fr. Directeur-Fondateur: Armand DAYOT Secrétaire: Adolphe THALASSO SOMMAIRE DU NUMÉRO D'AVRIL 1919 - A NOS ABONNÉS ET AMIS - LE SALON ET SON HISTOIRE (8 illustrations) - JULES FLANDRIN (13 illustrations) - UN PEINTRE DE LA MISÈRE: ROBERT NOIR (3 illustrations) - CARL LARSSON (3 illustrations) - LE MOUVEMENT D'ART INDUSTRIEL DANS LA PROVINCE FRANÇAISE: BRETAGNE (12 illustrations) - ÉCHOS DES ARTS (6 illustrations) LA DIRECTION: - Léonce Bénédite - Joachim Gasquet - Jehan Rictus - D... - Maurice Facy - J. M. ÉPREUVE D'ART, RÉSERVÉE AUX SEULS ABONNÉS: - GOYA: Le Duc de San Carlos Prix du Numéro: 6 fr. 50, pour la France, 7 francs pour l'Étranger. Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous pays. Les Articles publiés par L'Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue. --- J. ALLARD & Cie Galerie des Tableaux des Maîtres Modernes 20, Rue des Capucines, 20. PARIS --- GALERIE GUÉRAULT 3, Rue Roquepine, PARIS Téléphone: Elysées, -0592 OBJETS D'ART, MEUBLES, BRONZES, PORCELAIN, etc. TAPISSERIES DES MANUFACTURES ROYALES GOBELINS, BEAUVAIS, AUBUSSON OBJETS CHOISIS DE PREMIER ORDRE Copyright by L'Art et les Artistes, 1919. L'administrateur-gérant: Georges Coutarel.
Collection de M. H. MICHEL-LÉVY --- TABLEAUX ANCIENS Par F. BOUCHER, BRAUWER, CHARDIN, A. Van DYCK, HALLÉ, JORDAENS, DE LA FOSSE, PATER, A. WATTEAU *** TABLEAUX MODERNES Par BONNINGTON, EUGÈNE DELACROIX *** AQUARELLES • DESSINS • PASTELS Par F. BOUCHER, CARESME, CHARDIN, CLODION, JACQUES COURTOIS, DESFRICHES, DESHAYS, H. FRAGONARD, GÉRICAULT, GILLOT, GREUZE, GUARDI, HALLÉ, J.-B. HUET, LANCRET, LEPRINCE, OUDRY, PERRONNEAU, PIERRE, PRUD'HON, HUBERT ROBERT, TIEPOLO, A. WATTEAU *** SCULPTURES Par ANTOINE, CARPEAUX, HOUDON, etc. *** Vente par suite de décès A Paris, GALERIE GEORGES PETIT, Rue de Sèze, n° 8 Les Lundi 12 et Mardi 13 Mai 1919, à deux heures Commissaires-Priseurs : Me F. LAIR-DUBREUIL, 6, rue Favart; M. HENRI BAUDOIN, 10, rue Grange-Batelière Experts : M. JULES FÉRAL, 7, rue Saint-Georges; M. MARIUS PAULME, 10, rue Chauchat EXPOSITIONS { Particulière : le Samedi 10 Mai 1919, de 2 heures à 6 heures { Publique : le Dimanche 11 Mai 1919, de 2 heures à 6 heures
Collection FRANÇOIS FLAMENG TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES — PASTELS — Œuvres de : TER BORCH, J. BOZE, J.-B.-S. CHARDIN, F. CLOUET, CORNEILLE DE LYON, LE CORRÈGE, A.-V. DYCK, GUARDI, LA TOUR, PERRONNEAU, RAPHAEL, REMBRANDT, TIEPOLO, LE TINTORET, VÉLASQUEZ, BONINGTON, DECAMPS, GÉRICAULT, etc., etc. --- DESSINS DES XV°, XVI°, XVII°, XVIII° ET XIX° SIÈCLES Par BOUCHER, COCHIN, LE CORRÈGE, DAVID, LES DUMONSTIER, A.-V. DYCK, FRAGONARD, GOYA, GREUZE, GUARDI, HOLBEIN, INGRES, LA TOUR, LAGNEAU, LAWRENCE, LIPPI, CL. LORRAIN, MICHEL-ANGE, MOREAU LE JEUNE, A. VAN OSTADE, PÉRUGIN, PISANELLO, PRUD'HON, REMBRANDT, H. ROBERT, RUBENS, A. DEL SARTO, LO SPAGNA, TIEPOLO, P. VÉRONÈSE, L. DA VINCI, A. WATTEAU, etc. etc. --- MINIATURES Par CHARLIER, HALL, J.-B. ISABEY, LEMOINE, PASQUIER, VILLERS ET DES ÉCOLES ANGLAISE ET FRANÇAISE --- Sculptures antiques, du Moyen âge et de la Renaissance SCULPTURES DU XVIII° SIÈCLE Par CHINARD, COUSTOU, FALCONET, HOUDON, PAJOU, etc. --- > ÉTOFFES ET TAPISSERIES ANCIENNES > OBJETS D’ART ET D’AMEUBLEMENT > SIÈGES ET MEUBLES ANCIENS --- Vente par suite du décès de Mme François Flameng A Paris, GALERIE GEORGES PETIT, Rue de Sèze n° 8 Les Lundi 26 et Mardi 27 Mai 1919, à 2 heures Commissaire-Priseur : Me F. LAIR-DUBREUIL, 6, rue Favart Expert pour les Tableaux et Dessins : M. JULES FÉRAL, 7, rue Saint-Georges Expert pour les Objets d’Art du XVIIIe siècle et les Dessins : M. MARIUS PAULME, 10, rue Chauchat Expert pour les Objets d’Art antique du Moyen âge et de la Renaissance : M. HENRI LEMAN, 37, rue Lafitte --- EXPOSITIONS $\left\{ \begin{array}{l} \text{Particulière : le Samedi 24 Mai 1919, de 2 heures à 6 heures} \\ \text{Publique : le Dimanche 25 Mai 1919, de 2 heures à 6 heures} \end{array} \right.$
A NOS ABONNÉS ET AMIS N OTRE dernier numéro, consacré à BERNARD NAUDIN, a clôturé la série de nos numéros de guerre. Ce numéro est une sorte de lien de transition entre les numéros spéciaux qui nous furent imposés par les circonstances et les numéros d'après guerre : les numéros de paix, dont nous commençons la nouvelle série. Ayant « tenu », et au prix de quels sacrifices, depuis le début des hostilités, la revue l’Art et les Artistes, forte des sympathies de plus en plus nombreuses que lui ont valu ses efforts de propagande artistique et patriotique depuis 1915, jusqu’à 1919, inaugure aujourd’hui, avec ses éminents et fidèles collaborateurs, une nouvelle campagne, cette fois exclusivement artistique, en faveur de l’art, et particulièrement de l’art de France. Ici, à l’ombre des grands chefs-d’œuvre du passé, toutes les tendances, même les plus avancées, les plus imprévues, trouveront place, à condition toutefois qu’elles naissent du savoir et que la sincérité les inspire. N’oublions jamais que le mérite de l’originalité ce n’est pas la nouveauté, mais la sincérité, et que l’art ne peut grandir et s’élever que dans le culte passionné de la vérité. A mesure que croîtront ses ressources, grâce à l’augmentation du chiffre de ses abonnés, l’Art et les Artistes qui vit et se développe en toute indépendance, étendra aussi le nombre et le format de ses rubriques où le mouvement d’art industriel tiendra chaque jour une place de plus en plus importante. Sans doute la trop persistante crise du papier, les exigences excessives de la main-d’œuvre, contrarieront encore pendant quelque temps ce développement normal tant souhaité et aussi le grand luxe de présentation digne du sujet. Mais nos abonnés et nos amis, connaissant le but que nous poursuivons et que nous saurons atteindre, pour faire une concurrence mondiale sérieuse aux revues d’Art étranger, et particulière à celles d’outre-Rhin, seront les juges bienveillants de nos efforts passés et sauront, nous en avons le ferme espoir, nous encourager encore et nous faire comprendre en répandant la Revue autour d’eux. Ce dont nous les remercions d’avance. LA DIRECTION
Collection de Guerre DE L'ART ET LES ARTISTES PARIS, 23, Quai Voltaire, 23, PARIS Nous donnons ci-après, suivant l'ordre de publication, la liste complète des vingt numéros spéciaux parus pendant la grande Guerre. PREMIÈRE SÉRIE (Année 1915) - LA CATHÉDRALE DE REIMS, avec un bois original inédit de ... E. DÉTÉ. - AU FRONT, avec un bois original inédit de ... A. LEPÈRE. - LA BELGIQUE HEROIQUE ET MARTYRE, avec un bois original inédit de ... GUSMAN. - LES VANDALES EN FRANCE, avec un bois original inédit de ... G. JEANNIOT. - L'ALSACE DÉLIVRÉE, avec un bois original inédit de ... A. LEPÈRE. DEUXIÈME SÉRIE (Année 1916) - LA POLOGNE IMMORTELLE, avec un bois original inédit de ... J. BELTRAND. - LA LORRAINE AFFRANCHIE, avec un dessin original inédit de ... B. NAUDIN. - LILLE SOUS LE JOUG ALLEMANN, avec un dessin original inédit de ROUMANIE, avec un dessin original inédit de ... P. RENOUARD. - L'ART ASSASSINE, avec un bois original inédit de ... J. BELTRAND. - ... E. DÉTÉ. TROISIÈME SÉRIE (Année 1917) - LA SERBIE GLORIEUSE, avec une lithographie originale inédite de ... STEINLEN. - LA RUSSIE. — Art Ancien, avec une reproduction d’icone de ... ANDRÉ ROUBLEV. - LE MAROC ARTISTIQUE, avec un dessin original de ... ALF. DEHODENCQ. - LA RUSSIE. — Art Moderne, avec un dessin original inédit de ... PAUL DARDE. - VENISE AVANT ET PENDANT LA GUERRE, avec un dessin à la plume original inédit du ... TITIEN. QUATRIÈME SÉRIE (Année 1918) - LA GUERRE par STEINLEN, avec une lithographie originale inédite de ... STEINLEN. - AMIENS. — La Cathédrale, avec un bois original inédit de ... J. BELTRAND. - L'AMERIQUE EN FRANCE, avec un dessin original inédit de ... L. LANTIER. - REIMS. — Le Musée, avec un dessin original inédit de ... CARLOS SCHWAB. - BERNARD NAUDIN, avec un dessin original de ... B. NAUDIN On peut se procurer chacune de ces quatre séries, avec les cinq hors-texte sur grand papier, moyennant 60 francs la série pour la France et 65 francs pour l’Étranger. --- PRIX DES EXEMPLAIRES SUR JAPON Nous rappelons aux amateurs de beaux livres que nous avons procédé à un tirage très restreint de grand luxe, sur papier des Manufactures Impériales du Japon, de tous nos Numéros spéciaux de guerre. Chacun de ces recueils est numéroté et s’accompagne des bois ou dessins originaux inédits dont liste ci-haut, tirés en hors-texte, avant la lettre, sur Japon Imperial également. Le prix de chacun de ces recueils de grand luxe est de 40 francs l’exemplaire pour la France et de 45 francs pour l’Étranger. Tous les ouvrages numérotés étant passibles de la taxe de luxe de 10%, prière d’ajouter au prix du recueil le montant de la taxe. Adresser les commandes à L’Art et les Artistes, 23, quai Voltaire, PARIS (VIIe arr’)
GABRIEL DE SAINT-AUBIN — INAUGURATION DU SALON DU LOUVRE (1753) (EAU FORTE) LE SALON ET SON HISTOIRE Les cloches sonnent à toute volée. L’air est ébranlé des plus joyeux carillons. Le ciel est illuminé par une clarté de fête comme au plus beau jour de Noël. Les canons tonnent. Ce n’est plus, cette fois, pour porter au sein de la cité les massacres et la dévastation, mais pour répandre en tout lieu la bonne nouvelle: plus de larmes et plus de deuils, plus d’angoisses ni de détresses, plus de veuves ni d’orphelins. C’est la Victoire! Le monde se réveille du plus noir et du plus lourd cauchemar qui ait jamais pesé sur les hommes. La foule emplit les carrefours, s’engouffre dans les rues comme un fleuve. Une émotion unanime gonfle les poitrines. On rit, on pleure, on s’embrasse ainsi que, naguère, en Russie, au jour de Pâques, on se baisait sur la bouche, en disant : Jésus est ressuscité! C’est que c’est bien un Noël et une résurrection. Hosannah! C’est une ère nouvelle qui se lève pour les peuples de la Terre. N’est-ce pas, désormais, le règne si longtemps attendu, de la Justice et du Droit? Chacun se hâte de déposer les armes et de reprendre, qui la truelle, qui la charrue, qui le marteau. Le Travail va faire renaître les villes détruites,
L'ART ET LES ARTISTES reverdir et fructifier les campagnes bouleversées, revivifier l’atmosphère empestée de gaz et de fumées, enfin régénérer le Monde. La vie va se lever plus intense, plus libre, plus épanouie, comme une fleur ardente et magnifique sur les ossuaires et les charniers de la mort. La grande œuvre féconde de Paix va supplanter l’œuvre stérile de guerre. Les Arts, fruits de la Paix, vont enfin refleurir. Peintres, à vos pinceaux et sculpteurs à vos marbres ! Votre temps est venu. Voici l’heure pour vous de célébrer pour les jours à venir la geste de cette épopée invraisemblable, où vous avez été parmi les témoins sinon parmi les héros, les fastes de cette histoire qui surpasse en grandeur tout ce que l’histoire du passé de l’humanité nous avait appris des rencontres et des heurts de la civilisation et de la barbarie. Ici sous les Gothas, là-bas dans la tranchée, quels rêves ont hanté vos cerveaux ? Quelles images, quels symboles vont-ils trouver pour fixer nos émotions, nos angoisses, nos espérances, pour dire nos deuils et notre joie ; pour exalter les auteurs de ces exploits surhumains, dresser les arcs de triomphe, ériger les monuments, exposer et répandre les dogmes de notre idéal, cet idéal qui nous a fait vaincre et pour qui nous avons vaincu ? N’attendons-nous pas avec anxiété les chefs-d’œuvre qui dégonfleront nos âmes pleines, les voix éloquentes qui parleront pour nous ? Et même, après l’horreur et la laideur de ce songe d’enfer, de sang et de ruines, n’aspirons-nous pas à de la beauté, tout court, à de la beauté toute pure, sans souvenirs haletants d’hier, comme si le monde était tout neuf dans un Eden de calme et de sérénité ? N’avons-nous pas soif d’idées, de formes, de spectacles, soif d’art tout simplement et n’en est-ce pas la preuve, je ne dirai pas au lendemain, mais même avant la dernière heure de cette guerre, que cette ruée aux salles de vente, que ces enchères formidables, que cette excitation du public autour d’un nom illustre sans doute, mais toutefois dans un cercle assez restreint, que cette pluie d’or pour couvrir non point des créations pathétiques qui rappellent à nos coeurs et à nos imaginations la grande tragédie passée, mais des figures de danseuses en «tutu» surprises dans leurs exercices, des femmes galantes qui se peignent et s’essuient en sortant du tub ou des blanchisseuses qui repassent leur linge avec conviction, mais avec des profils qui n’ont rien de syracusain. Tel est le prestige de l’art. Et alors que vont dire nos salons, puisque les salons sont les grands moyens de communication entre le public et les artistes ? Vont-ils renaître, sans tarder, dès ce printemps, comme nous l’espérons? Vont-ils répondre à notre attente ? Nos artistes, le cerveau plus libre, le cœur plus léger, auront-ils eu le temps de méditer, de concevoir et d’exécuter d’ici à la date qui leur est habituellement réservée? Il faut pourtant que, en même temps que nos musées, qui font déjà leur toilette et s’apprêtent à regarnir leurs galeries désenplies, il faut que nos expositions annuelles rouvrent leurs portes aux visiteurs impatients. Ce fut un louable essai que l’on fit, l’an dernier, de les ressusciter malgré la guerre et, certes, aux plus mauvais jours que nous traversâmes, sous l’avance foudroyante des hordes ennemies. C’est une initiative qu’il faut reprendre. Avec la Victoire, avec la Paix, avec le printemps c’est-à-dire avec le renouveau de la nature et de la vie, il faut rétablir ces grandes luttes, les seules maintenant qui doivent dresser les hommes les uns en face des autres. Car si les musées sont la grande école des artistes, les salons sont pour eux la grande épreuve; c’est là que s’établissent les renommées et c’est là aussi, par les rapprochements et les critiques, que se recueillent les plus utiles leçons. Aussi Diderot a-t-il raison de s’écrier, dans sa critique du salon de 1769 : « Plus de salon, plus de modèles pour les élèves, plus de comparaison d’un faire à un autre ! Les enfants n’entendront plus ni le jugement des Maîtres, ni la critique des amateurs, des gens de lettres, ni la voix de ce public qu’ils auront un jour à satisfaire… plus de salon, et le peuple, privé d’un spectacle annuel où il venait perfectionner son goût, en restera où il en est. Or vous savez mieux que moi quelle est l’influence d’un goût national sur le progrès des arts… plus de salon, plus de concurrence entre les maîtres, plus de cette rivalité qui produit de si grands efforts, ni de cette frayeur du blâme public. » Et notre philosophe qualifie avec raison le salon de «soutien des arts en France, considérant que son extinction avancerait la décadence de cent ans ». Ce n’est pas, cependant, que cette institution n’ait éprouvé de longues et parfois pénibles vicissitudes avant de s’imposer définitivement à nos mœurs et à nos besoins. Au moment même où Diderot lançait ces apostrophes dithyrambiques, les expositions sortaient d’une crise qui d’annuelles avait obligé de les rendre biennales. C’est que si les artistes ont créé les expositions, les expositions, à leur tour, ont fait naître les artistes ; elles les ont fait pulluler, bons ou mauvais, professionnels ou amateurs. Et puis des intérêts se trouvèrent alors en jeu et en opposition. Il n’est peut-être pas indifférent, à la veille de cette reprise, de faire un retour sur le passé pour se rendre compte de l’im-
LE SALON ET SON HISTOIRE INAUGURATION DU SALON DE L'ACADÉMIE ROYALE DE PEINTURE A LONDRES, EN 1771 COMPOSITION DE CHARLES BRANDOIN, GRAVÉE PAR R. EARLON importance que les salons prirent peu à peu dans la vie nationale et particulièrement dans l'existence du peuple de Paris. *** « Bénie soit à jamais la mémoire de celui qui en instituant cette exposition publique de tableaux excita l'éumulation entre les artistes, prépara à tous les ordres de la Société et surtout aux hommes de goût un exercice utile et une récréation douce, recula parmi nous la décadence de la peinture, et de plus de cent ans peut-être, et rendit la nation plus instruite et plus difficile en ce genre. » Celui qui mérite les bénédictions enthousiastes de notre ami Diderot, le premier des grands « Saloniens » que vous avez reconnu, est assurément Charles Lebrun. Comme il revenait d'Italie, il se trouva entrainé immédiatement par ses camarades dans la lutte que soutenaient quelques artistes indépendants pour secouer le joug vraiment despoteque de la maîtrise et conquérir le droit tout simplement de poser modèle, enseigner librement quelques élèves et vendre leurs tableaux à qui en voulait. Avec son esprit hardi et méthodique d'organisation, Lebrun se mit à leur tête et obtint l'arrêt rendu en Conseil d'État reconnaissant, le 16 janvier 1648, les droits de ce groupe d'insurgés. C'était, comme on sait, la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Son histoire est bien connue; elle a été traitée par Vitet, Anatole de Montaiglon, J. Guiffrey et, en dernier lieu, par Georges Lafenestre, à propos des vicissitudes de ces expositions à la tête desquelles il devait être un jour placé. Il n'y a donc pas lieu de la reproduire. Disons seulement que la lutte continue entre la nouvelle fondation et la corporation des gens de métier, peintres, tapissiers, selliers, dont les artistes se réunissent, à leur tour, en académie sous l'invocation de Saint-Luc, en appelant Mignard à leur tête. Mais la création de Lebrun, malgré quelques tribulations, eut la vie dure, elle trouva des protecteurs, attentifs et bienveillants, dont la sollicitude releva le crédit et surtout les crédits dans les mo-
L'ART ET LES ARTISTES ments difficiles qu'elle eut, de temps en temps, à traverser. L'Académie de Saint-Luc, pauvre académie «un peu mendiant, un peu errante, irrégulière, méprisée et tracassée» à son tour par l'Académie royale, selon le jugement d'E. de Goncourt, n'est plus composée, au dire de Grimm, que «par tous les artistes qui n'ont pas assez de talent ni de réputation pour se faire recevoir à l'Académie royale». L'article 25 des statuts de la nouvelle Académie imposait aux membres, quel que fût leur degré dans la hiérarchie, l'obligation de présenter quelque ouvrage en juillet, lors de l'Assemblée générale, pour décorer le lieu de la réunion. C'est le point de départ de nos expositions annuelles. La première tentative eut lieu en 1673 dans la cour du Palais Royal. Les peintres de ce temps étaient moins gâtés et, partant, moins difficiles que ceux d'aujourd'hui. Lebrun, lui-même, ne parut point scandalisé de voir exposer en plein air la Défaite de Porus, la Bataille d'Arbelles ou le Triomphe d'Alexandre. Plus tard, même, lorsque l'Académie tint ses assises au Louvre, on n'hésitait pas, lorsque la place faisait défaut dans les salles, à s'étendre jusque dans les cours. Bien mieux! c'est en plein air, comme l'indique un dessin de Gabriel de Saint-Aubin, en 1764, que l'Académie de Saint-Luc exposait les tableaux de ses membres, le jour de la Fête Dieu, le long des murs de la Place Dauphine, tendus de draps pour la procession. La date estivale de cette solennité religieuse ne garantissait pas toujours la présence du soleil. C'est à Mansart qui succéda à Colbert comme surintendant des bâtiments que l'Académie doit son logement au Louvre. Le roi lui accorda pour ses expositions la grande galerie et ordonna qu'on fournit dans le garde-meuble de la couronne, les tapisseries et les meubles dont on pourrait avoir besoin pour la décoration de ce vaste emplacement. «Le portrait du roi se trouvait placé à l'une des extrémités, sous un dais de velours enrichi de galons et de crépines d'or et sur une estrade couverte par un grand et magnifique tapis», nous dit Grimm dans sa Correspondance. Cette exposition de 1699 comprenait trois cents envois. Elle fut renouvelée en 1704, puis seulement en 1727. Le duc d'Antin, pour réveiller le zèle des artistes, créa deux prix de 5000 livres, précédent véritable de notre prix du Salon. L'ouverture, durant cette première période se faisait toujours le jour de la fête du roi, soit le 25 août, jour de la Saint-Louis et l'exposition durait jusqu'au 1er octobre. En 1737, l'Académie prit possession du Salon du Louvre «qui précède d'un côté la grande galerie et de l'autre celle d'Apolon». C'est notre Salon Carré, et nous dit Grimm : «C'est là l'époque de la fondation du Salon.» C'est plutôt la date où les expositions de l'Académie prirent cette dénomination qui est devenue spéciale et significative et qu'elles n'ont plus quittée. Dix ans plus tard, en 1747, pour arrêter le flot des médiocrités envahissantes, on inventa le Jury. Voilà une institution qui va déchaîner, dans le cours des temps, bien des orages. Elle sera cause des principales crises que traversera au xixe siècle l'histoire des Salons. Ce remède, paraît-il, ne suffit pas à nos Académiciens difficiles. Le triage annuel laissait filtrer trop d'élucubrations douteuses. Qu'eussent-ils dit devant la marée d'aujourd'hui? On décida de rendre les expositions biennales ; il en fut ainsi de 1771 à 1791 et l'on recourut, au siècle suivant, au même palliatif. Il n'y avait pas que les artistes qui portassent intérêt à ces expositions desquelles ils avaient tant à espérer. Le public y prit goût lui-même. C'était la petite débauche de peinture de l'année. On était loin de soupçonner nos orgies actuelles. On ne voyait guère du reste de peinture que dans les églises, avant 1750, date où l'on eut l'heureuse et féconde idée d'ouvrir, au Luxembourg, les collections royales au public. On courait donc au Salon; on se passionnait pour tel ou tel maître; les libelles pleuvaient, spirituels ou insipides, à la porte des Salons; chacun donnait son avis sur la peinture et sur les peintres. On trouve même un salon écrit par un père jésuite, le P. Laugier. C'est d'ailleurs l'heure de la fondation de la critique d'art avec les critiques si vivantes, si pittoresques, si pleines de jugement souvent et de vrai sens esthétique, sans parler des réelles connaissances dans la technique, que prodigue Diderot dans cette correspondance, qui, d'ailleurs, n'était pas destinée à devenir publique et qui ne le fut que bien après lui. Gabriel de Saint-Aubin, dans ses vives aquarelles et le joli gribouillage vif et spirituel de ses eaux-fortes, s'est plu, maintes fois, à tracer l'aspect de cette solennité artistique devenue déjà une fête toute parisienne. Il a conservé ainsi l'image des Salons de 1753, de 1757, de 1765, de 1767, sans compter en 1776, le Salon des Grâces, au Colisée; il s'est même livré à l'illustration des marges de certains livrets comme on peut s'en assurer au Cabinet des Estampes. Nous reproduisons d'ailleurs, ici-même «cette petite merveille, estampe d'art par excellence au xviième siècle» suivant l'expression d'E. de Goncourt, qui nous représente la physionomie, en 1753, de l'escalier du Louvre servant d'entrée, avec ses rangées de tableaux échafaudés jusqu'au plafond et le va-et-vient animé des visiteurs en tricorne et des visiteuses en panier.
LE SALON ET SON HISTOIRE INAUGURATION DU SALON DU LOUVRE DE 1785, D'APRÈS UNE GRAVURE DE P. A. MARTINI

Cette publication, numéro 1 de la nouvelle série de "L'Art et les Artistes", marque la transition vers une ère de paix après les années de guerre. La revue, dirigée par Armand Dayot, se consacre désormais exclusivement à l'art, en particulier à l'art français, tout en restant ouverte aux tendances novatrices sincères. Elle met en avant le mouvement d'art industriel et aspire à une présentation luxueuse, tout en faisant face aux défis de la crise du papier et de la main-d'œuvre. Le numéro présente des articles sur le Salon, Jules Flandrin, Robert Noir, Carl Larsson, et le mouvement d'art industriel en Bretagne, ainsi que des reproductions d'œuvres d'art.