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L'ART ET LES ARTISTES 10e ANNÉE N° 112 ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG JUILLET 1914 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ET RANGER 25 FR.

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE... Net 2.00 - ÉTRANGER... Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : ADOLPHIE THALASSO --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 112 - WITT STWOSZ ET SON ŒUVRE À CRACOVIE (9 illustrations) — N.-L. ORDÉGA - JULIO ROMERO DE TORRES (5 illustrations) — M. NELKEN - UN PEINTRE DE GITANES : Mme BEAUBOIS DE MONTORIOL (6 illustrations) — GUSTAVE KAHN - VARIÉTÉS : LES VITRAUX DE RICHARD BURGSTHAL destinés à l’Abbaye de Fontfroide (3 illustrations) — ÉDOUARD CHAMPION - ART DÉCORATIF : LES TOLES ÉMAILLÉES DE Mme MADELEINE ZILLHARDT (6 illustrations) — LÉANDRE VAILLAT - LE SALON DES ARTISTES FRANÇAIS — ADOLPHIE THALASSO - LA VIE ARTISTIQUE DANS LA PROVINCE FRANÇAISE : Grenoble, par F.; Nancy, par PAUL CHAUVET; Rennes, par H. F.; Toulouse, par J.-F.-LOUIS MERLET; Valence, par JEAN-MARC BERNARD. - LE MOUVEMENT ARTISTIQUE À L’ÉTRANGER : Allemagne, par WILLIAM RITTER; Angleterre, par P.-E. RIXENS; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER; Belgique, par G. V. Z.; Espagne, par J. CAUSSE; Etats-Unis, par A. SEATON SCHMIDT; Roumanie, par A. DE MILO. — Echos des Arts. — Bibliographie. - ÉPREUVE D’ART : Portrait (peinture) par RICHARD MILLER. Les avis de changement d’adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par L’ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. — Les Manuscrits ne sont pas rendus. --- J. ALLARD & Cie - Galerie des Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- TABLEAUX ANCIENS Maison fondée en 1848 Galeries KLEINBERGER - PARIS, 9, Rue de l’Échelle - NEW-YORK, 709, Fifth Avenue (Entre 55 et 56e rue) Spécialités : ÉCOLES HOLLANDAISE, FLAMANDE ET PRIMITIFS DES XIVe et XVe SIÈCLES

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Échos de la Mode On porte beaucoup de tissus à dispositions variées : rayures, carreaux, semis, souvent le tout réuni, ce qui, ajouté au méli-melo de la coupe et des ornements, donne un ensemble un peu arlequin. Mais on n'en est pas à cela près, maintenant que l'idéal réside dans l'incorrect. Nous sommes loin de l'époque où il fallait de la suite dans la composition d'une toilette, de l'harmonie dans ses teintes et de la distinction dans sa coupe. A ce moment-là, on n'était satisfaite que si rien ne « clochait ». Le dernier regard jeté dans la glace devait découvrir un tout homogène ou, du moins, prétendant l'être, tandis qu'aujourd'hui c'est le contraire ; tout doit « clocher », hurler de se trouver là et avoir l'air d'y être par hasard, sinon par force. Les costumes les plus élégants, les plus au goût du jour, donnent tous une impression d'a peu près, de chose ratée et dont on se contente en esprit de pénitence, alors que ce disloqué, ce décousu, sont voulus par ceux qui les fabriquent, acceptés avec plaisir et payés avec enthousiasme par celles qui les portent. On continue à se déshabiller avec entrain. Le soir, les corsages s'éclipsent. A la place du corset absent, une brassière de soie haute de trois doigts est censée protéger la morale, et, sur cette vertueuse cuirasse, quelques plis de tulle, pailletés pour les épaissir quand l'élégante a des scrupules, forment une draperie ouverte en pointe jusqu'à la ceinture devant et derrière. L'espace découvert s'agrémente d'un collier, comme chez les beautés du Congo, et cela suffit pour satisfaire les mœurs. Quant à la jupe, on la connaît. Plus elle laisse voir de jambes, plus elle a de succès. Ce costume plutôt succinct ne se gêne pas pour se montrer au grand jour, à peine un peu moins écourté par en haut et par en bas. On le promène aussi à l'église, en face des prédicateurs estomaqués de l'aventure et qui finiront bien, un beau dimanche, par imiter leurs prédécesseurs du moyen âge et de la Renaissance, en stigmatisant la mauvaise tenue de leurs ouailles. Ce jour-là, ils feront de la bonne besogne s'ils tonnent aussi contre le fard, dont on abuse au détriment des convenances dans le présent et à celui de la beauté dans l'avenir, car rien ne fripe davantage l'épiderme, en causant une vieillesse prématurée. Il s'ensuit souvent des rougeurs, des taches, de petites rides, des craquelures de la peau qu'il faut faire disparaître à grand peine. On y réussit assez vite et de façon durable avec l'Eau Brise Exotique de la parfumerie Exotique, très renommée à juste titre pour purifier et embellir le teint. Puis on achève d'adoucir l'épiderme par des onctions de Crème Brise Exotique. 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LA MORT DE LA VIERGE (BOIS POLYCHROMÉ ET DORÉ) Panneau central du Triptyque au dessus du Maître-Autel de l'Eglise Notre-Dame (Panna Marya) de Cracovie WITT STWOSZ ET SON ŒUVRE A CRACOVIE Quiconque a visité Nuremberg, a admiré Saint-Laurent et la fontaine des Vertus avec sa curieuse grille de fer forgé à caducées et à têtes de Gorgone, quiconque s'est miré dans les eaux grises et vertes de la Peignitz, qui coule lentement le long d'anciennes maisons dont les balcons ne forment qu'un long parterre de fleurs rouges, quiconque enfin a étudié dans l'église Notre-Dame l'histoire de Marie, l'admirable « couronne de roses » due au ciseau de Witt Stwosz, celui-là, quel qu'il soit, a emporté des impressions ineffaçables et une vision de beauté dont il conservera la nostalgie à travers ses pérégrinations de touriste; mais si le hasard ou des circonstances imprévues l'amènent à Cracovie, quelle sera la surprise et la joie du voyageur de retrouver, en cette vieille cité moyenageuse de la Pologne autrichienne, les impressions vécues à Nuremberg, mais plus vives encore, plus profondes si possible. C'est ici qu'il faut venir si l'on veut se faire une idée complète de ce que fut Witt Stwosz et son œuvre. Il est là en effet, essentiellement, l'admirable artisan, le scrutateur dont les yeux perçants arrachaient leurs secrets aux masques humains pour nous les livrer avec une intensité d'émotion que seuls Dürer parmi ses contemporains et Delacroix de nos jours ont égalée. C'est ici qu'il naquit et qu'il donna à l'art le meilleur de lui-même.

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L'ART ET LES ARTISTES L'Allemagne, fière des chefs-d'œuvre qu'elle possède, a longtemps nié son origine slave et l'a surnommé « le maître de Nuremberg », mais il a été incontestablement démontré qu'il fut le fils de Hannosz Stwosz, cet orfèvre du premier des Jagellons, qui combattit vaillamment les chevaliers de l'ordre teutonique aux côtés de son roi. L'origine slave de Stwosz, historiquement prouvée, a son importance et se révèle dans son génie si individuel. Un des critiques d'art les plus autorisés de l'Allemagne, Dann, s'écrie avec une admiration qui n'exclue pas le blâme : « C'est un maître, mais on rechercherait en vain dans ses œuvres les traits particuliers aux peuples germains ; l'ardente vivacité, l'inquiète violence de cet artiste caractériseraient plutôt un Français ou un Polonais. » Stwosz naquit en 1438 et mourut en 1533. Il vécut près d'un siècle, à l'aube de la Renaissance qui triomphait en Europe, mais n'avait pas encore pénétré dans le Nord. A l'art gothique à son déclin, Stwosz sut donner une forme personnelle où se reflétait son tempérament. Cracovie et Nuremberg se le disputent toutes deux. Quoiqu'il en soit, ce style différent de tous les autres, cette manière qui le mettent à part, c'est ici à Cracovie qu'il se les appropria, c'est ici qu'il vécut les plus heureuses années de sa vie et qu'il créa sa plus belle œuvre, l'admirable triptyque du maître-autel de Notre-Dame. Nous avons peu de détails sur les premières années de sa vie. En 1463, il épouse une Cracovienne; en 1474, fidèle aux traditions de sa famille, il place son fils comme apprenti chez un orfèvre. Vers la même époque, il part pour Nuremberg, laissant sa femme et ses enfants à Cracovie, où, de retour trois ans après, il se met à l'exécution de ce fameux maître-autel de l'église Notre-Dame qu'on vient de lui commander. C'est à Cracovie que Stwosz exécuta ses plus belles œuvres, mais il est probable qu'il fit ses études artistiques à Nuremberg et qu'il y acquit sa science d'anatomiste. Les imagiers de Nuremberg étaient alors fort réputés; le plus remarquable d'entre eux, Michel Wohlgemut, peintre, ébéniste et sculpteur sur bois, était à la tête d'un atelier célèbre où se formèrent les meilleurs artistes de l'École nurembergeoise. Mais Wohlgemut, contemporain de Stwosz, pouvait tout au plus être son collègue et non son maître. Peut-être leur maître à tous deux fût-il ce Hans Decker, auquel on attribue la gigantesque statue de Saint Christophe, que l'on voit à l'une des portes de Nuremberg, et la mise au tombeau de l'église Saint-Isidore, exécutées, l'une en 1442 et l'autre en 1446. La statue du saint nous frappe par son réalisme, les plis du manteau sont drapés d'une manière particulière à Stwosz et que nous retrouvons dans ses œuvres. Quant à la mise au tombeau, la composition en est excellente; l'artiste, pénétré par la grandeur tragique du moment, a su rendre l'état d'âme de chaque acteur de cette scène sacrée avec une vérité saisissante. Les personnages, de grandeur naturelle, sont traités avec cette science de l'anatomie dans laquelle Stwosz était passé maître. Peut-être Wohlgemut et Stwosz doivent-ils tous deux à ce mystérieux Decker, dont on ne sait presque rien, cette hardiesse dans la composition qui ne leur fait pas craindre l'exécution d'œuvres gigantesques, cette observation exacte de la nature jusque dans les moindres détails, cet art de la polychromie sur bois par lequel on obtenait, avec l'aide de la dorure, des effets surprenants. Cependant, malgré ces analogies et ces qualités communes, il est juste de faire une immense différence entre les œuvres sorties de l'atelier de Wohlgemut et celles de Stwosz : le premier n'est qu'un habile artisan, Stwosz, lui, est un artiste dans toute la force et la noblesse de ce terme. C'est aussi sans doute à Nuremberg que Witt Stwosz apprit la gravure et l'eau-forte, qu'il fut le premier à introduire en Pologne. Le graveur Martin Schongauer jouissait alors en Allemagne d'une grande notoriété. Pour se convaincre de son influence sur Stwosz, il suffit d'étudier non seulement les dessins mais encore les sculptures de ce dernier. Aussi, nous semble-t-il, Martin Schongauer peut-il être hardiment cité parmi les maîtres présumés de Stwosz. Selon toute probabilité, Stwosz obtint la commande du maître-autel de l'église Notre-Dame de Cracovie grâce à l'intervention de Jean Heydek de Dammis, notaire du conseil municipal de la ville, puis archiprêtre de cette église. Heydek, homme influent et instruit, fort considéré par ses concitoyens, était lié d'amitié avec Callimagne. Par son intermédiaire, Stwosz entra en relations avec l'humaniste qui, en sa qualité d'Italien, aimait et protégeait les arts. Les conversations du savant influèrent sans doute sur la vive intelligence de Stwosz et sur sa conception de l'Art. Callimagne, en rapports avec les artistes d'Italie, devait entretenir Stwosz des aspirations nouvelles et l'on peut attribuer à ce commerce intellectuel les manifestations de la Renaissance qui se trouvent dans l'œuvre de l'imagier. Une amitié sincère lia bientôt l'artiste à l'humaniste dont il pleura la mort et immortalisa l'image. Stwosz était à Nuremberg, lorsqu'en 1477 le conseil municipal de Cracovie lui commanda l'exécution du maître-autel de l'église Notre-Dame ; il partit immédiatement, réunit ses compagnons

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WITT STWOSZ ET SON ŒUVRE A CRACOVIE ébénistes, et installa un atelier à Cracovie. Ses affaires prospérèrent et il acquit promptement la considération de ses concitoyens. En 1481, il fait l'acquisition d'une maison qui existe encore de nos jours; en 1484, il est nommé doyen de la corporation des peintres et des ébénistes, et en récompense de ses travaux, dont les archives de la ville célèbrent les éloges, il est dispensé jusqu'à la fin de sa vie de tout impôt. En 1486, Witt Stwosz retourne à Nuremberg, où il restera jusqu'en 1489. Sans doute le maître-autel était achevé, mais comme les actes de la ville nous apprennent que le triptyque ne fut prêt qu'en 1489, circa festum S. Jacobi apos- Détail du Triptyque du Maître-Autel de l'Eglise Notre-Dame (Panna Marya) de Cracovie toli, on peut supposer qu'il fut doré et polychromé en l'absence de l'artiste sous la direction de son frère, le joaillier Martin Stwosz. Au sujet de ce maître-autel, nous lisons dans les archives de Cracovie de l'an de grâce 1489 : «l'auteur de cette œuvre est le maître Witt de Nuremberg, homme consciencieux, étrangement laborieux et bienveillant ». Des affaires urgentes appellent Stwosz à Nuremberg. Il part à la hâte, mais, avant de partir, nomme un tuteur pour veiller sur sa famille en son absence. De quelle nature étaient ces affaires et quelles sont, parmi les œuvres de Stwosz qu'on admire à Nuremberg, celles qu'il exécuta pen- Détail du Triptyque du Maître-Autel de l'Eglise Notre-Dame (Panna Marya) de Cracovie Détail du Triptyque du Maître-Autel de l'Eglise Notre-Dame (Panna Marya) de Cracovie

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L'ART ET LES ARTISTES dant ce séjour? C'est ce qu'on ne saurait dire, mais il est probable que l'Éve du Musée du Louvre et La Vierge du Musée de Kensington, qu'on lui attribue, datent de cette époque. Peut-être est-ce aussi alors qu'il sculpta cette délicieuse Vierge de Heilbronn au doux profil, que les vieux maîtres allemands, amoureux du gothique, considèrent longtemps comme un idéal de beauté et qui, de nos jours encore, donne l'apaisement à ceux qui la voient. De retour à Cracovie, en 1489, il est de nouveau nommé doyen de sa corporation, entouré d'estime, comblé de louanges. En 1492 on lui commande le tombeau du roi Casimir Jagellon, véritable chef-d'œuvre, signé de sa main en grands caractères gothiques, avec l'orthographe polonaise «Stwosz» qu'on retrouve dans les archives de la ville. En 1493 il exécute le tombeau de Pierre de Bnin, évêque de Breslau, et celui de l'archevêque Olesnicki, et en 1495 les magnifiques bancs sculptés que nous pouvons admirer dans le chœur de Notre-Dame. L'année suivante il quitte une dernière fois Cracovie pour s'installer définitivement à Nuremberg, où on l'inscrit au nombre des bourgeois de la ville. A partir de ce moment, la vie de Stwosz, vie paisible et heureuse, basée sur le travail, couronnée par le succès, subit un brusque revirement. L'horizon de l'artiste s'obscurcit, les soucis l'accablent, il traverse des années d'angoisses et de luttes qui aboutissent à une épouvantable tragédie. Les affaires de Stwosz étaient prospères, il avait fait fortune à Cracovie, et c'est sans doute dans l'intérêt de ces affaires qu'il se transporte à Nuremberg, centre artistique commercial. A peine arrivé, il y installe un nouvel atelier et achète une maison. En 1501 il confie à la Losungsstube un capital de 1200 florins et remet au banquier Boner une somme d'égal importance; mais cette même année il perd sa femme, qui semble avoir été son bon génie, et cette mort ouvre la série de ses malheurs. Un an après il se remarie avec une Nurembergeoise, Christine Reinold; ce mariage l'entraîna dans un procès qui dura dix ans et lui aliéna toute la famille de sa femme. Puis il perd les 1200 florins qu'il avait confiés à Boner. La famille des Boner, riches bourgeois de Cracovie, jouissait alors d'une grande considération. Ils étaient à la tête de nombreuses banques dans le nord de l'Europe et possédaient, à Nuremberg, une succursale dirigée par Jacob Boner. Se fiant à la réputation de la maison, Stwosz avait déposé chez ce dernier la somme plus haut citée, somme assez forte pour l'époque et d'autant plus importante pour l'artiste qu'elle était le fruit de son travail et de ses économies. Peu de temps après, Jacob Boner lui remboursa cet argent, capital et intérêts, lui recommandant expressément de le confier au banquier Starzedel qui offrait un pour-cent plus avantageux. En donnant ce conseil, Boner agissait avec une mauvaise foi évidente. Banquier lui-même, il savait que Starzedel était à la veille d'une banqueroute, et s'il engageait Stwosz à remettre son argent en des mains peu sûres, c'est qu'il désirait rentrer en possession d'une somme équivalente que lui devait Starzedel. Stwosz suivit en toute confiance le conseil de Boner. Celui-ci, aussitôt que l'artiste eut effectué son versement, s'empressa de réclamer la somme qui lui était due. Après quoi, la faillite de Starzedel fut proclamée. L'artiste perdit, en un instant, des épargnes laborieusement amassées. Son désespoir fut d'autant plus violent que Starzedel avait omis de lui remettre un reçu. Affolé, Stwosz fabriqua la pièce qui lui manquait pour prouver ses droits dans le procès qu'il intentait aux banquiers. Ce faisant, il savait qu'il exposait sa vie, car la loi d'alors punissait de mort les faussaires. Cet acte insensé nous peint le caractère de l'artiste, violent et porté aux extrêmes. Tout en le jugeant sévèrement, nous ne pouvons nous empêcher de plaider les circonstances atténuantes. Il se savait dans son droit et se voyait dépouillé, au déclin de sa vie, lui l'homme laborieux et intégre, par un riche financier dont il avait été la dupe. Le conseil de la ville, par égard à la renommée de l'artiste et à la considération dont il avait joui, commua la peine de mort en arrêt de dégradation publique. Il subit le supplice du fer, mais loin d'être un acte d'humanité, cette commutation en une peine dégradante semble marquer un raffinement de cruauté. Par une ironie amère, l'artiste auquel on devait tant de belles œuvres fut condamné à perdre la vue. On lui brûla les yeux en place de Grève. Les contemporains accusèrent les juges nurembergeois d'avoir été les instruments d'une basse jalousie. Plusieurs siècles se sont écoulés depuis et la cruelle sentence semble toujours aussi inique et disproportionnée à la faute. On peut s'imaginer quelle dût être la souffrance de Witt Stwosz en se voyant, après une vie de travail et d'estime, perdu de réputation, ruiné, privé de la vue. Les dernières années de sa vieillesse s'écoulèrent dans la misère. Il s'éteignit rongé par le remords d'un acte accompli en un moment de folie. La passion, l'inquiète ardeur, le drame qui frappent et attirent l'attention dans les œuvres du génial artiste, devaient, hélas, se manifester dans les tragiques circonstances qui assombrirent le déclin de sa vie.

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WITT STWOSZ ET SON ŒUVRE A CRACOVIE Ph. Krieger. LE FESTIN D'HÉRODIADE (BOIS) Panneau de gauche du Triptyque.