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7e ANNÉE
L'ART ET LES ARTISTES
ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF
REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES
DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT
MAI 1911 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE...20 FR. ÉTRANGER. 25 FR.
RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS
N° 74
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L'ART ET LES ARTISTES
PRIX DE NUMÉRO :
- FRANCE... Net 2.00
- ÉTRANGER ... Net 2.50
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire :
Francis de Miomandre
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 74
- GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE : Rembrandt : Vieille Femme à la Bible (1 illustration)
- GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS (16 illustrations)
- LA PEINTURE ITALIENNE : Deuxième article (21 illustrations) CAMILLE MAUCLAIR
- L'ART DÉCORATIF : L'Exposition des Travaux d'Art féminin (7 illustrations) LÉANDRE VAILLAT
Le Mois artistique (1 illustration), par F. M.; Le Mouvement artistique à l'Etranger : Allemagne, Autriche-Hongrie, par William Ritter; Belgique, par G. Vaneype; Espagne, par J. Caussé; Italie, par Riccioto Canudo; Orient, par Adolphe Thalasso; Echos des Arts (2 illustrations); Bibliographie.
Hors texte en couleurs : La Dentellière (peinture), de Ver Meer
Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain.
Les articles publiés par l'Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue.
Tous droits de reproduction et de traduction réservés.
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J. ALLARD
Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes
20, Rue des Capucines, 20
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HARO & Cie
Peintre-Expert
DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES
RESTAURATION DE TABLEAUX
Tableaux anciens et modernes de 1er ordre
14, RUE VISCONTI & 20, RUE BONAPARTE TÉLÉPHONE 820-33
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Phot. Vizzavona. Coll. Jules Porgés.
FRANZ HALS — TÊTE D'ENFANT
Phot. Vizzavona. Coll. Jules Porgés.
FRANZ HALS — TÊTE D'ENFANT
Aucune peinture ne donne une idée plus nette de cette triple et silencieuse opération : sentir, réfléchir et exprimer.
Il y a temps pour tout, et le jour où peintres et gens de goût se persuaderont que les meilleures études du monde ne valent pas un bon tableau, l'esprit public aura fait encore une fois un retour sur lui-même, ce qui est le plus sûr moyen de faire un progrès.
EUGÈNE FROMENTIN (Les Maîtres d'Autrefois).
Grands et Petits Maîtres Hollandais
NOTRE jeune revue, qui commence à être une vieille revue, a déjà pris dans son existence quelques heureuses initiatives : d'année en année, elle a organisé l'exposition de Chardin et de Fragonard, puis celle des Cent Portraits de Femmes française et anglaise. Voici qu'elle ouvre, dans les salles du Jeu de Paume, aux Tuileries, une exposition de grands et petits maîtres hollandais. Il nous a paru bon, à ce propos, de consacrer quelques pages à ces maîtres, dont le prestige s'accroît de jour en jour.
Nous n'avons pas l'intention de résumer ici l'histoire de la peinture hollandaise : cette tâche a été assumée par M. Gustave Geffroy, qui s'en acquittera avec sa compétence et son goût accoutumés, quand son tour sera venu, dans cette belle suite que nous avons entreprise sur l'histoire de l'art dans tous les pays. Nous ne voulons pas davantage apprécier dans un court essai les tendances et les généralités de cette Ecole : tout a été dit là-dessus, et merveilleusement dit, par Taine, dans un chapitre de sa Philosophie de l'Art, et par Fromentin, dans ses Maîtres d'autrefois. Nous ne prétendons pas enfin faire passer dans le verbe tout le prestige de la palette hollandaise et muer en mots magiques l'âme de la Hollande, le rêve que poursuivent ses nuages et qui s'accroche souvent aux ailes de ses moulins : Eugène Demolder, dans son roman, La Route d'Emeraude, qui est un chef-d'œuvre, a su faire revivre dans un langage savoureux, truculent et pittoresque, la Hollande du XVIIe siècle, celle de Rembrandt et Meindert Hobbema, celle de Van der Meer et de Metzu, le pays du bon Samaritain, des dentellières et aussi celui des filles, des auberges et des galants militaires.
Nous n'avons que l'ambition de nous demander, devant le succès qui va maintenant à ces grands et petits maîtres et qui légitime aujourd'hui leur exposition, si il en a toujours été ainsi, en France; si,
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L'ART ET LES ARTISTES
de leur vivant, ils ont rencontré dans notre pays des sympathies exprimées par des paroles ou prouvées par de l'argent; si, après leur mort, ils ont continué à être appréciés en France, bref, de considérer quelle a été, du XVIIe siècle jusqu'à nos jours, dans l'évolution du goût français, la part de l'esprit hollandais, et peut-être, à la lumière des ventes publiques ou privées, des inventaires, nous sera-t-il les maîtres flamands et hollandais. D'autre part, le succès de l'Ecole hollandaise, pleinement épanouie vers 1650, n'a peut-être pas encore eu le temps de rayonner au delà des frontières du petit pays. La politique, en mettant aux prises Louis XIV catholique et la Hollande protestante, n'a pas précisément favorisé les relations amicales et les sympathies de goût entre les deux nations. Enfin, Louis XIV lui-
TERBURG — LA TOILETTE
possible de suivre la courbe de nos curiosités et de voir si l'art de notre pays reflète parfois les préoccupations de nos amateurs?
Un des premiers témoignages que nous puissions invoquer, ce sont les inventaires de l'ancienne collection du Roi. On sait que Colbert fit acheter en 1661 la magnifique collection laissée par le cardinal Mazarin et, en 1671, celle du banquier Jabach, de Cologne, établi à Paris. Mais, alors, on confondait sous le même vocable l'Ecole flamande,
mème, par ses préférences personnelles, n'inclinait pas beaucoup vers un art qui différait tellement de l'art décoratif de Lebrun.
Il semble que la peinture hollandaise n'ait trouvé en France ses fervents adeptes qu'au début du XVIIIe siècle. Alors le goût de ses grands et petits maîtres se répandit un peu partout, et les marchands, pour répondre aux demandes qu'on leur faisait, se mirent à voyager dans les pays du Nord, pour découvrir ce qu'ils supposaient devoir inté-
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GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS
FRANZ HALS
PORTRAIT PRÉSUMÉ DU FILS DE HALS
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L'ART ET LES ARTISTES
HOBHEMA — PAYSAGE
Phot. Vizzavona.
Coll. Datuit.
resser le public parisien; ils firent la navette entre Paris, Bruxelles et les villes néerlandaises, et l'on peut dire que c'est surtout sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI que fut drainé le commerce de la curiosité hollandaise. Il est facile d'en citer quelques preuves précises. Les catalogues de vente du xviii^e siècle et le livre journal de l'antiquaire Lazar Duvaux, qui fut le grand fournisseur du roi et de la cour, contiennent là-dessus beaucoup de détails circonstanciés. C'est ainsi que, à la la vente du due de Caillard, gouverneur de la Franche-Comté, en 1756, on relève des dessins de Hollande « qui ont dépassé leurs prix d'acquisition ». François-Louis Colins, de Bruxelles, peintre et marchand de tableaux, installé quai de la Mégisserie, a la confiance du Roi, du marquis de Voyer et de Gaignat, parcourt la Belgique et la Hollande, restaure les tableaux qui s'y trouvent et même les restaure si bien qu'il passe pour en faire de faux. Mme Gersaint, devenue veuve en 1750, vend son fonds, « parce que plusieurs personnes ont fait des voyages en Hollande et rapporté nombre de pièces curieuses ». Mais le plus expert de tous et le plus renommé dans ces sortes de transactions, fut certainement ce fameux Helle qui servit, en qualité d'ingénieur, au siège de Philisbourg et qui, ayant dû, faute de ressources pécuniaires, abandonner le métier des armes, revint à Paris, se fit marchand de curiosités, collectionna, voyagea en Hollande, fut le conseiller de Gersaint, s'honora de l'amitié de Wille. Le plus intéressant de l'affaire, c'est qu'il avait l'habitude d'annoter tous les catalogues des ventes du temps, et c'est ainsi que l'on peut voir au cabinet des Estampes, annotés par lui, les catalogues Pierre Snyers, d'Anvers, Jacques de Witt (Amsterdam), de l'incomparable et complète collection des estampes de Rembrandt, qui fut vendue à La Haye, en 1755; de Sybrandt Feitama (Amsterdam); Gerard Hoët (La Haye).
A la suite du catalogue de Rembrandt (La Haye, 12 juin 1755), que j'ai cité plus haut, Helle a écrit de sa main de curieuses observations sur le commerce des objets d'art en Hollande : « Messieurs les Hollandais, qui ne négligent rien de ce qui peut contribuer à faire fleurir leur commerce, à les enrichir, n'ont pas mis en oubli le cas exquis que l'on fait icy du Rembrandt. L'amour naturel qu'ils ont pour ce maître joint aux recherches empressées des amateurs les ont aisément très déterminés à y mettre de grands prix, de sorte qu'il n'est plus guère possible d'en avoir de chès eux, à moins que d'accéder à la haute valeur où ils ont porté presque toutes les pièces de ce grand peintre. Il n'y a pas de pays où il se fasse plus fréquemment de ventes qu'en Hol-
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GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS
Phot. Vizzavona.
Coll. Albert Lehmann.
HOBBEMA — LE MOULIN A EAU
lande, les amateurs étant pour la plupart très changeants par plusieurs motifs, celui de varier de curiosités et celui de gagner sur les effets qu'ils ont ramassés, voyant qu'ils sont devenus en faveur et qu'ils y peuvent faire du profit. Car, en général, ils aiment mieux de l'argent que toute autre chose, étant naturellement nés avec l'envie de commercer et d'économiser afin de faire prospérer leurs biens. Aussi ne se soutiennent-ils que par cette façon d'agir, leur pays n'étant pas assés fertile pour les faire subsister, ils se trouvent par là comme forcés d'avoir recours à l'industrie et au commerce qui, en général, est l'âme d'un état. Ce que cette nation et celle d'Angleterre nous font bien voir. Comme ils n'ont point de fonds de terre, c'est pourquoi ils réduisent toutes leurs richesses en mobilier et argent, ramassant de tout pour faire prospérer leurs fonds, lesquels ils font valoir aussi en les déposant entre les mains de Messieurs des Etats-Généraux, qui en payent un intérêt. Et ils sont maîtres de retirer cette somme déposée quand bon leur semble. L'œuvre de M. de Burgi n'a pas été portée à de grands prix, pour la plupart des pièces, dans la vente publique qu'il en a fait faire, parce que tous les marchands s'étaient unis ensemble pour reviser,
mais les morceaux qu'ils ont eus parmi eux ont monté beaucoup : ce qui leur a fait une bonne répartition ; car ils partagent le bénéfice également entre eux. M. de Burgi a fait tout ce qu'il a pu pour vendre son œuvre à la main et l'a même proposée au sieur Helle pendant qu'il était en Hollande ; mais, comme il en demandait de très grands prix, c'est pourquoi il n'a pu s'en défaire de cette manière. Ce qui l'a déterminé à en faire une vente, laquelle ne lui a pas tant produit que les offres qu'on lui en faisait... Le sieur Helle a enchéri cette estampe (Le Bourgmestre six) à la fameuse vente de G. Jarmeman, où il était, pour lors, jusqu'à trois cent seize florins sans l'opgelt, qui est un droit d'un sol par florin en sus de l'acquisition, pour l'amirauté, sur tous les articles qui se vendent. Les frais en général montent très haut, comptant en tout plus de quinze pour cent ».
Non contents des bons offices des marchands, les amateurs voulaient eux-mêmes puiser à la source, et ils se faisaient alors accompagner par des artistes en renom, capables de leur suggérer d'utiles réflexions devant les œuvres à acheter. C'est ainsi qu'en 1766, Randon du Boisset emmène Boucher, voulant avoir son goût et ses conseils sur les
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L'ART ET LES ARTISTES
grosses acquisitions qu'il projetait; et c'est ainsi que les chefs-d'œuvre de l'Ecole hollandaise entrèrent dans les collections parisiennes. Le comte de Beaudoin possédait de très beaux Rembrandt, plusieurs Van de Velde. Le cabinet de M. de Blondel de Gagny contenait des Rembrandt, des Gerard Dow, des Berghem, d'autres maîtres de l'Ecole hollandaise, dont on trouvera la liste complète dans le « Dictionnaire pittoresque et historique », de Hébert (1766, tome 1er, p. 36 et 81). On en voyait aussi chez M. le chevalier de Clère, le duc divers, pour bien montrer que le goût des œuvres d'art hollandaises s'était répandu dans des milieux très différents et que ce n'était pas là un phénomène exceptionnel. D'autre part, si l'on considère les dates auxquelles ces cabinets ont été formés, on remarquera que la plupart ne remontent pas au delà du milieu du XVIIIe siècle. C'est à partir de la dernière partie du règne de Louis XV qu'on a vraiment recherché avec passion les tableaux de l'Ecole néerlandaise.
Par contre-coup, les collections royales acquièrent,
PIETER DE HOCH — SCÈNE D'INTÉRIEUR
de Cossé, gouverneur de Paris; M. Dargenville, chez M. de Gaignat, secrétaire du Roi, M. Harend de Presle, M. de la Live de Jully, introducteur des ambassadeurs, M. le chevalier Lambert, l'abbé Leblanc, M. Lemperreur, ancien échevin, M. de Montrillon, M. de Nanteuil, fermier général, M. Peters, peintre en miniature du roi de Danemark; M. Roulin, qui possédait, entre autres, une Bethsabée, de Rembrandt; chez M. le duc de Praslin, M. de Sainte-Foix, M. Servat, le comte de Strogonoff, M. du Tartre, M. Crozat de Thiers, le duc de Valentinois, le comte de Watteville, le graveur Wille. C'est à dessein que j'ai cité des noms aussi elles aussi, des tableaux de cette Ecole. Quand on consulte le catalogue du Louvre, je parle du catalogue de Villot, et les dossiers des archives du Musée, on en trouve la preuve en même temps qu'on relève les prix. Beaucoup de ces tableaux ont même passé des collections que je viens d'énumérer plus haut dans le cabinet du Roi. Ainsi, le Paysage et Animaux, de Berghem, qui avait passé à la vente La Live de Jully, à la vente Randon de Boisset et à la vente Lebœuf, en 1782, où il avait atteint le prix de 18.000 livres, fut acheté 14.000 livres par Louis XVI, à Le Brun, en 1782. Le Départ pour la Promenade, de Cuyp, fut payé
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GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS
607 florins à la vente de M. Linden van Slinzelandt. L'Epicière de Village, de Gerard Dow, fut acquise au prix de 34.850 livres à la vente Praslin, en 1793; Les Charlatans italiens, de Karel du Jardin, 18.300 livres, à la vente Blondel d’Azincourt, en 1783; Les Pèlerins d’Emmaüs, de Rembrandt, 10.000 livres à la vente Randon de Boisset, en 1774; Le Philosophe en Méditation, 13.000 livres, en 1784, à la vente Vaudreuil; Le Ménage du Menuisier, de Rembrandt, 17.120 livres, à la vente Choiseul-Praslin.
paysagistes de la fin du XVIIIe siècle, chez un Desfriches, un Moreau, un de Marne, dans leur manière de grouper leurs arbres, de disposer les lignes de leur horizon, de les peupler d’animaux, de petits bonshommes, entend-on l’écho des préoccupations qui sont visibles dans l’œuvre d’un Wynants? Si l’on voulait à tout prix chercher les origines de l’école des paysagistes français, de 1820 et de 1830, il faudrait remonter à ces deux ou trois petits maîtres, qui ont vécu à un moment
Coll. C. de Beistegui.
TERBURG — PORTRAIT D'HOMME
Il semblerait donc, par le seul examen du commerce de la curiosité, que l’art français du XVIIIe siècle ait été influencé par l’art hollandais du XVIIe. D’une manière générale, cependant, il n’en est rien. Dans les tableaux d’intimité bourgeoise, on ne trouve guère que Chardin qui rappelle, sans les imiter, le talent des maîtres du Nord: par exemple, on pense, en le voyant, à Johannes Fyt, d’Anvers, à Van der Meer, de Delft, aux cuisines dallées de rouge, brillantes de cuivre, de Willem Kalf, aux maisons de Ter Borch, aux intérieurs de Pieter de Hooch. Peut-être aussi dans les petits où la peinture hollandaise était très en faveur.
L’ancien cabinet du Roi contenait peu de ces peintures. Louis XIV aimait médiocrement ces maîtres qui, de près ou de loin, devaient lui rappeler les « magots » de Téniers, dont il parlait avec tant de mépris. Il était peu enthousiaste de cet art, qui sacrifiait des préoccupations d’apparat, de décor, à l’observation des détails de la vie. Et l’on s’étonne peu, au contraire, que Louis XV et que Louis XVI, qui n’affectionnaient rien tant que la vie retirée, n’aient pas découragé ces acquisitions de leurs surintendants.
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L'ART ET LES ARTISTES
TERBURG — FEMME TRAVAILLANT
Sauf quelques tableaux détruits, égarés ou abîmés, on sait le nombre et la liste des tableaux de l'Ecole hollandaise que possédaient les collections du Roi, à la fin du XVIIIe siècle. Lorsque, à la suite d'un décret de la Convention, on rassembla dans la galerie du Louvre toutes les collections éparses dans les anciens palais de la royauté, sous le nom de Museum des Arts, une commission appelée conservatoire du Museum, rédigea un inventaire des objets contenus dans le Museum et dans les dépôts, en date du 3 décembre 1793. Il faut remarquer que cet inventaire ne peut constituer en aucune manière une garantie d'authenticité pour les œuvres qu'il énumère. Fragonard, président du conservatoire, n'a pas manqué de dégager la responsabilité de la commission dans un rapport du 13 février 1794 : « Le court intervalle qui s'est écoulé entre le moment de son organisation, et le rapport qu'il vous fait aujourd'hui vous indique assez de quelle manière il a reçu tous ses objets. Il les a reçus physiquement, c'est-à-dire qu'il n'a donné décharge que d'objets matériels sans être entré aucunement dans l'examen réfléchi de ces objets, de leur état de conservation, des dommages qu'ils ont essuyés, ce qui eût entraîné des longueurs nuisibles à l'intérêt public, des débats interminables entre la commission qui disparait et le conservatoire qui se présente. »
Je relève dans cet inventaire des Van Huysum, des œuvres de Otto Wenius, de P. H. Wouwermans, de Karel du Jardin, de Mieris, de Rembrandt, de Wynantz, de Van der Heyden, de Berckem, de Van de Welde, de Van Ostade, de Terburg, de Metsu, de Moor, de Van der Werf, de Cuyp, de Paul Potter, de Poëlembourg, de Ruysdaël, de van Goyen, de Van Kessel, de Ferdinand Bol, de Bakuyssen, de David de Hem, de Van Slingelandt, de Gerard Dow, d'Hasselin, de Schalken, soit en tout, approximativement, quatre-vint-treize tableaux de l'Ecole hollandaise sur un ensemble de cinq cent trente-sept peintures de toutes les écoles que contenait alors le musée du Louvre.
On conçoit facilement que la Révolution française de 1789, en démocratisant toutes choses, en introduisant plus de familiarité dans les relations sociales, en mêlant les classes de la société, n'a pas dû détourner le public de cet engouement. La vente des biens nationaux, la spéculation financière, les conquêtes à l'étranger, firent de Paris, entre 1793 et 1815, un marché prodigieux de la curiosité. Les tableaux hollandais affluèrent en ce moment, au Louvre, mais durent être réexpédiés à leur pays d'origine, lors des traités de 1815. Louis XVIII se trouva donc en présence du musée du Louvre, tel que le montre l'inventaire dont j'ai parlé plus haut. Il fit tous ses efforts pour l'augmenter, et, de 1817 à 1824, il fit acquérir cent
FRANZ HALS — L'HOMME A LA PIPE
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GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS
onze tableaux aux prix de 668.265 francs. Dans le nombre, était compris un certain nombre de tableaux de l'Ecole hollandaise, parmi lesquels on remarque les tableaux de la collection Quatresols de la Hante, acquise au prix de cent mille francs : c'est de là que viennent deux tableaux signés Berghem et représentant des animaux dans un paysage.
Charles X fut aussi parcimonieux pour les musées que Louis XVIII avait été généreux, et Louis-Philippe, on le sait, fit porter tous ses efforts sur la restauration du palais de Versailles. Mais l'élan était donné, le public continuait à s'intéresser à l'Ecole hollandaise. On s'en rend bien compte en voyant les prix que les tableaux atteignaient dans les ventes publiques. C'est ainsi que la collection formée au xviii^e siècle, par Desfriches, le dessinateur orléanais, fut vendue en 1834, à Paris, à l'hôtel des commissaires priseurs, et que les tableaux hollandais, qui en étaient le plus bel ornement, atteignirent des prix qui dépassaient de beaucoup celui qu'ils avaient coûté à leur propriétaire. Un paysage de Jean Wynantz fut adjugé 3.000 livres; une Prairie de Paul Potter, 1.220 livres; une marine de Guillaume Van de Welde, 4.800 livres; un paysage de Jacques Ruys-daël, 6.300 livres. Sans doute, nous sommes loin des prix que des œuvres analogues ont atteint dans les ventes de ces dernières années. Mais il convient d'ajouter qu'il était bien rare, à cette époque, qu'une œuvre d'art fût considérée comme une valeur de spéculation et que sa valeur marchande ne correspondit point au goût de l'époque.
Pendant la seconde moitié du xixe siècle, à la suite des Goncourt, qui ont été de
REMBRANDT — DESCENTE DE CROIX
Col.: F. Gans.