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JANVIER .. 1909 L'ART ET LES ARTISTES Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT N° 46 4e ANNÉE SOMMAIRE Les Grands Chefs-d'œuvre : L'Architecture de Jean de Bologne. Le Bronzino. . . . Henry Marcel Aristide Mailiol . Maurice Denis Maurice Denis. Arsène Alexandre Édouard Wittig . R. A. Fleury (39 illustrations, plus une planche en couleurs) Chronique du Mois L'Art décoratif. — Les Mois artistiques en France et à l'Étranger. — Les Échos des Arts. — Les Expositions. — Les Livres, etc. REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX-MONDES LE NUMÉRO France.. 1 75 Etranger.. 2 25 DIRECTION, RÉDACTION ET ADMINISTRATION : == 10, Rue Saint-Joseph, PARIS == ABONNEMENT France.. 20 fr. Etranger. 25 fr.

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L'ART ET LES ARTISTES Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANDRE SOMMAIRE DU NUMÉRO 46 - LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE: Jean de Bologne; l'Architecture (figure allégorique), 1 illustration. - LE BRONZINO, 9 illustrations. HENRY MARCEL - ARISTIDE MAILLOL, 5 illustrations MAURICE DENIS - MALRICE DENIS, 5 illustrations ARSENNE ALEXANDRE - L'ART POLONAIS: Édouard Wittig, 7 illustrations R. A. FLEURY - L'ART DÉCORATIF: Le Meuble, 5 illustrations LEANDRE VAILLAT Le Mois artistique en France, 2 illustrations, par F. M.; Allemagne du Sud, par WILLIAM RITTER; Angleterre, 1 illustration, par FRANK RUTTER; Belgique, par G. VAN ZYPE; Etats-Unis, 1 illustration, par A. SEATON-SCHMIDT; Hollande, par ZILCKEN; Italie, par RICCIOTTO CANUDO; Orient, 1 illustration, par ADOLPHE THALASSO; République Argentine, par JEAN TILD; Suisse, par GASPARD VALLETTE; Echos des Arts; Bulletin des expositions; Bibliographie, 2 illustrations. Épreuve d'Art: Étude de femme, œuvre de Renoir (1908). --- ABONNEMENTS: France, 20 fr. — Étranger, 25 fr. Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 Le numéro, 1 fr. 75 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois suivant. Les articles publiés par l'Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes 20, Rue des Capueines, -20 --- J. FÉRAL EXPERT EN TABLEAUX PARIS — 7, Rue Saint-Georges, 7 — PARIS --- Galeries KLEINBERGER 9, RUE DE L'ÉCHELLE TABLEAUX ANCIENS Spécialité: ÉCOLES HOLLANDAISE ET FLAMANDE

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LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE JEAN BOLOGNE — L'ARCHITECTURE (figure allégorique) Cl. Alinari. Florence, Palais du Podestat.

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LE BRONZINO On rencontre par le monde certains visages qui, une fois disparus du champ visuel, se fixent dans la mémoire et s'imposent à la réflexion comme d'irritantes énigmes. Chez les uns, c'est une contrainte sensible pour refouler toute manifestation de l'instinct, éteindre la lueur du regard, réprimer le jeu trop parlant des muscles ; d'autres offrent entre leurs divers traits des discordances qui communiquent à leur physionomie une complexité ambiguë. Certains encore ont imprimé à leur masque, par un effort où l'imitation inconsciente tient souvent plus de place que le choix, une sorte de personnalité d'emprunt, dont le caractère stéréotypédénonceseul l'artifice et le mensonge. Il en est tels chez qui des atavismes contraires semblent se succéder, au gré des circonstances et des émotions. Chez tous, un mystère se perçoit, voulu ou purement fortuit, et c'est le plaisir du contemplateur de démêler sous ces expressions postiches, en quelque sorte, le tréfonds intellectuel et moral du sujet. Diverses œuvres d'art participent de cette obscurité, et l'é-nigme du sourire léonardesque ne sera sans doute jamais résolue. Mais on conçoit sans difficulté le plaisir qu'a pu éprouver le peintre à traduire des subtilités de sentiment qui donnent à ses figures une séduction si troublante et si aiguë. Il n'en est plus de même en présence de portraits, dont l'objet semble être, au contraire, de démêler, à travers les nuances fugitives de la physionomie et les expressions accidentelles, le fond permanent de la personnalité du modèle. Il semble dès lors illogique de trouver un plaisir esthétique à contempler les effigies d'individus disparus, en qui le mystère intérieur, bien loin de se dissiper sous la main du peintre, s'affirme, au contraire, et se concentre. C'est pourtant ce caractère, sans préjudice, de rares mérites de technique,quiassigne aux portraits du Bronzino leur saveur originale et leur attrait unique. Il est en effet un trait qui distinguenettement la civilisation où vécut cet artiste et le genre d'humanité qu'elle avait peu à peu formé. C'est la dissimulation. Au milieu des discordes civiles permanentes, parmi d'incensants complots, en présence de voisins hardis et souvent puis-sants, qui guettaient avidement toute occasion de s'ingérer dans leurs affaires et de lever sur eux, sous une forme Cl. Anderson, Rome. Galerie Doria. DON GIANETTO DORIA

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L'ART ET LES ARTISTES ou une autre, le tribut de la cupidité ou de l'ambition, les princes de la Renaissance italienne, tous plus ou moins dressés à l'école de Machiavel, s'étaient fait une bouche muette, un visage impénétrable. Qu'ils projetassent une vengeance sur quelque sujet qui leur portait ombrage, un attentat sur quelque rival gênant, un guet-apens sur tel de leurs courtisans, le plus intime et le plus choyé souvent, dont la richesse, faite elle-même d'extorsions et de rapines, avait allumé leur convoitise, il n'était qu'un secret pour réussir ou se dérober, la feinte. L'accueil ami, la préférence affectée, les expansions menteuses rendaient la victime confiante ; l'humilité obséquieuse, l'empressement servile, la détresse jouée avaient seuls chance de désarmer le concurrent redouté, le protecteur inquiétant. L'Humanité, on l'a dit souvent, a connu peu de périodes où les penchants aient été plus bas, les pratiques plus infâmes. Ces princes, ces nobles, si fiers de leur culture, de leurs goûts artistes, de leur sens délicat de la beauté, de leur génie à raffiner le plaisir, eurent trop souvent des âmes atroces, des instincts de proie, sans l'excuse de la bête, qui est la faim. Un nom résume habituellement la magnifique horreur de ce temps, celui de Borgia. Il n'y a nulle injustice à lui adjoindre celui de Médicis. On sait qu'après la courte période d'éclat que lui donnèrent le sage et politique génie de Cosme l'ancien, la vaste intelligence et le goût exquis de Laurent, capable d'ailleurs de sympathie, honoré d'amitiés illustres, le déclin fut immédiat. La nullité de Pierre II devant l'invasion française le fit chasser de Florence. Le court principat de Julien II, rétabli par le pape Jules II, et de son frère Laurent, valet de Léon X, fut suivi (après un interrègne de deux ans, où la ville se gouverna péniblement elle-même) de l'usurpation du fils naturel de ce dernier, Alexandre, qui se rendit odieux par le cynisme de ses crimes. Le drame de Musset présente en traits saisissants ce monstre à face humaine qui, entre autres forfaits, empoisonna son cousin, le cardinal Hippolyte, puis sa propre mère, et dont le poignard de Lorenzino fit justice. Dans le désordre qui suivit l'assassinat, Cosme Ier, fils de Jean des Bandes noires, fut élu grand-duc, sous la pression de Charles-Quint, et celui-ci se paya de ce service en mettant garnison à Florence, Pise et Livourne. Cosme, qui ne fut toute sa vie qu'une sorte de lieutenant impérial, se consolida par des scélératesses. Non content du supplice des émigrés républicains, qu'il avait facilement écrasés à Montemurlo, et qu'il fit torturer et mettre à mort, en violation des lois de la guerre, il se débarrassa successivement de tous ceux à qui il devait le pouvoir, et fit assassiner Lorenzino à Venise. Il s'empara de Lucques et de Sienne, où notre Monluc soutint un siège célèbre, et dont il déchira la capitulation. Le pouvoir dépendant et humilié de Cosme fut empoisonné par d'affireux drames de famille. En 1562, le troisième de ses fils, Garcia, assassina le deuxième, Giovanni, qui avait été fait cardinal; son père le vengea en poignantant Garcia dans les bras mêmes de leur mère, Éléonore de Tolède, qui en mourut de saisissement et de terreur. Ces événements ne furent pas étrangers à la demi-retraite du grand-duc, en 1564. Son fils ainé, François, assuma une partie du pouvoir; lui aussi versa le sang à flots, lors d'une dernière conjuration républicaine, en 1578, puis en faisant assassiner à prix d'argent JEUNE VIOLONISTE Musée du Prado, Madrid.

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L'ART ET LES ARTISTES ÉLÉONORE DE TOLÈDE les Florentins réfugiés en France et en Angleterre. Son mariage avec Bianca Capello souleva le mépris public, et il mourut à Poggio a Cajano en 1587, avec sa femme, empoisonné dans un repas de réconciliation qu'il donnait à Ferdinand, son frère. On nous pardonnera ces détails, nécessaires pour bien montrer le milieu où Bronzino vécut et travailla. Un mot maintenant de sa vie. Angiolo di Cosimo (tel était son vrai nom) naquit à Monticelli, près de Florence, vers 1502, de parents pauvres. Il étudia d'abord sous Raffaellino del Garbo, élève de Filippino Lippi et peintre délicat, mais alors en pleine décadence, puis passa sous la direction de Pontormo, maître inégal, dont les œuvres offrent souvent de l'enflure et de la mollesse, mais qui se rachète par de beaux portraits. Celui-ci l'associa à ses travaux à la Chartreuse de Florence.

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L'ART ET LES ARTISTES puis dans l'église San Spirito. Bronzino (tel était le surnom du jeune artiste, dû peut-être à son teint foncé) séjourna quelque temps, vers 1530, à la cour de Guidobaldo, duc d'Urbin, dont il fit le portrait. Revênu à Florence, il fut employé à la décoration de Poggio a Cajano. Du service enfin d'exécuter de nombreux modèles de tapisseries. La vie de l'artiste a été racontée par Vasari avec détail, en termes particulièrement affectueux, qui donnent de lui l'idée d'un artiste loyal et d'un galant homme, en même temps que d'un esprit cultivé, adonné à des fantaisies versifiées, et dont Cl. Anderson, Rome. Galerie des Offices, Florence. BARTOLOMEO PANCIATICHI d'Alexandre, il passa à celui de Cosme, qui le tint en grande faveur, l'honora d'égards particuliers, et le choisit pour peintre attitré, lui commandant tour à tour les effigies de toute sa famille, des compositions religieuses, ou des allégories, comme le tableau représentant Vénus embrassée par Cupidon, qui fut envoyé à François Ier et figure aujourd'hui à la National Gallery, ou cette grande Pieta donnée au cardinal de Granvelle et qu'a recueillie le Musée de Besançon, le chargeant les œuvres figurent à la suite des poésies de Berni, duquel il imita les inventions burlesques. Il mourut en 1572, deux ans avant Cosme. Les compositions peintes de Bronzino sont à peu près négligeables ; ce n'est pas qu'il ne s'y rencontre du talent, une grande habileté d'arrangement, un dessin très pur qui excelle à rendre le galbe serré, les formes longues des modèles féminins qu'il affectionnait. Mais ces qualités sont gâtées par deux défauts. En premier lieu

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L'ART ET LES ARTISTES LUCREZIA PANCIATICHI l'afféterie, qui ôte tout sérieux à ses personnages ; ils offrent à la fois des muscles d'athlètes et des poses de danseurs ; quelque tragiques que soient les situations où ils sont mêlés : mise au tombeau, descente aux limbes, mortifications ou martyres de saints, ils ne songent qu'à faire valoir leurs formes, à déployer des silhouettes élégantes et des attitudes compliquées. D'autre part, le clair-obscur, cet agent si puissant de pathétique, n'existe pas pour Bronzino ; une lumière froide et blafarde enveloppe également toutes ses compositions, bannissant ces contrastes, ces sacrifices qui sont