Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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L'ART ET LES ARTISTES
DÉCEMBRE ... 1908
N° 45
4e ANNÉE
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Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
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SOMMAIRE
- Les Grands Chefs-d'œuvre. — Le Crucifix de la Cathédrale de Séville.
- Le Centenaire de Ter Borch. . . . . . H.de Chennevières
- Bartholomé, peintre et sculpteur . . . . Paul Gsell
- La Peinture allemande et Max Liebermann. M.-A. Leblond
- La Résurrection de Rampillon . . . . . Camille Enlart (38 illustrations plus une planche en couleurs)
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Chronique du Mois
- L'Art décoratif. — Les Mois artistiques en France et à l'Étranger. — Les Échos des Arts. — Les Expositions. — Les Livres, etc.
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REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX-MONDES
LE NUMÉRO
- France.. 1 75
- Etranger.. 2 25
ABONNEMENT
- France.. 20 fr.
- Etranger. 25 fr.
DIRECTION, RÉDACTION ET ADMINISTRATION :
10, Rue Saint-Joseph, PARIS
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L'ART ET LES ARTISTES
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANDRE
SOMMAIRE DU NUMÉRO 45
- LES GRANDS CHEFS-D’ŒUVRE: Montanes: Le Crucifix de la Cathédrale de Séville, 1 illustration.
- LE CENTENAIRE DE TER BORCH, 7 illustrations ……………………………… HENRY DE CHENNEVIÈRES
- BARTHOLOMÉ, peintre et sculpteur, 9 illustrations ……………………… PAUL GSELL
- LA PEINTURE ALLEMANDE ET MAX LIEBERMANN, 11 illustrations ……… MARIUS-ARY LEBLOND
- LA RÉSURRECTION DE RAMPILLON, 2 illustrations …………………… CAMILLE ENLART
- L’ART DÉCORATIF: L’Art à l’École ……………………………………… LEANDRÉ VAILLAT
- LE MOIS ARTISTIQUE EN FRANCE, 6 illustrations …………………… F. M.
Le mouvement artistique à l’étranger: Angleterre, par FRANK RUTTER; Autriche, par WILLIAM RITTER; Orient, par ADOLPHE TRALASSO; Pologne, par ADAN DE CYRULSKI, 1 illustration. — Échos des Arts, 1 illustration. — Bulletin des expositions. — Bibliographie.
Épreuve d’Art: Les Femmes au perroquet (hors-texte en couleurs), par GEORGES D’ESPAGNAT.
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ABONNEMENTS: France, 20 fr. — Étranger, 35 fr.
Le numéro, 1 fr. 75
Les avis de changement d’adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois suivant.
Les articles publiés par l’Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue.
Tous droits de reproduction et de traduction réservés.
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Chaque mois, M. Gaspard Vallette résume fidèlement le mouvement artistique et littéraire en Suisse; M. Albert Bonnard analyse la politique mondiale et ne déguise pas ses sympathies pour la France; M. Seippel critique ces livres avec la plus entière indépendance.
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LES GRANDS CHEFS-D'ŒUVRE
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LE CENTENAIRE DE TER BORCH
Au troisième centenaire du peintre Ter Borch que célèbre présentement la Hollande avec un patriotique éclat, comment l'Art et les Artistes ne s'unirait-il pas de plein cœur? C'est le devoir qui parle et qui veut qu'une revue d'art française se joigne, au nom de la France d'hier, à l'hommage de la Néerlande.
Le grand artiste n'est pas seulement pour nous l'un des parangons de l'École hollandaise, auquel tout visiteur de musées — qu'il soit anglais, allemand, espagnol ou transalpin — est redevable de vives joies de l'œil; Ter Borch eut, aux XVIIIe et XIXe siècles, la part la plus large dans les préoccupations de l'art français.
Au XVIIIe époque des collections fameuses des grands seigneurs et des financiers, la passion des tableaux hollandais fut telle qu'aux ventes célèbres leurs enchères atteignaient des prix jusqu'alors inconnus et qu'ils formaient parfois, eux seuls, la portion la plus nombreuse de ces galeries renommées.
Or, Ter Borch était celui, duquel le culte admiratif avait d'abord déterminé cette vogue intense, qu'une pléiade d'habiles graveurs ne faisait qu'accroître, par de nombreuses estampes.
Au XIXe, notre peinture de genre, notre art dit anecdotier, procéda de l'influence hollandaise, dont les premiers imitateurs, Taunay, Demarne, Bilcocq et Boilly, voulaient infuser à nos nationaux la tournure de composition et quelque chose du coloris néerlandais.
Or, Ter Borch est celui que Meissonier — le plus illustre de ces néo-hollandais de Paris — reconnaissait comme son inspirateur et son guide, et duquel tous les autres se réclamaient avec une pareille gratitude filiale.
Ne voilà-t-il pas deux titres bien faits pour nous mettre, sans conteste, au premier rang des heureux tributaires de Ter Borch et nous obliger aux marques les plus empressées de reconnaissance?
Et la meilleure forme n'en est-elle point de renouveler sa mémoire dans l'esprit de ceux qui n'ont de l'artiste qu'une notion mal consistante et de repréciser les souvenirs de ceux que l'habi-
LE CONCERT
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tude des musées et des voyages a fait autant d’admirateurs de Ter Borch ?
Gérard Ter Borch — et non Terburg, comme il se dit erronément — naquit à Zwolle, en 1608, fils de peintre. Dès douze ans, son père le met aux mains de Pieter Molyn, à Harlem, — Molyn, un paysagiste que son habitude de peupler ses sites de gais villageois a fait classer parmi les peintres de genre. C’est à cette école que l’adolescent dut de s’orienter vers le genre. Mais, parallèlement à cette influence, celle de Franz Hals, l’illustre maître de Harlem, agitait Ter Borch et s’en allait faire de lui, non moins qu’un figuriste familier, un portraitiste surprenant.
Toutefois, ses premières œuvres tinrent uniquement des leçons de Molyn, qui, pour les lui mieux inculquer, l’associait souvent à son travail personnel ; au point qu’il existe plusieurs tableaux signés de la double mention : « Pieter Molyn et Ter Borch ». L’année 1635, le jeune peintre quit-tait la Hollande pour s’aller établir à Londres. Ce fut, selon toute vraisemblance, à l’instigation du même Molyn, lequel, natif de la capitale britannique où lui restaient des amis, aura fait luire au débutant une large aubaine de commandes que ces camarades sauraient susciter.
Sur l’accueil et les travaux de Ter Borch à Londres, on ne sait rien, et toutes conjectures sont permises. Pourtant, quatre tableaux, caractéristiques de sa première manière, semblent bien éclos en terre anglaise : les Officiers jouant au tric-trac du musée de Brême, le Corps de garde du cabinet de M. Yonides, à Londres, les Maraudeurs du Musée du Louvre, longtemps attribués à Jacob Ducq, et l’Écurie, du comte Axel Wachtmeister, de Stockholm.
On y trouve, à pleine venue déjà, cette souplesse, ce mode large et moelleux de manier la pâte qui seront l’essence même de Ter Borch ; ce qui paraît non moins, c’est une tonalité générale d’un gris très fin, sur laquelle se détachent d’autres gris jaunâtres ou bruns, et le tout vibre et s’accorde en une indicible harmonie.
Assez brusquement, Ter Borch quittait Londres et continuait, par l’Italie, le tour d’Europe qu’il avait sans doute projeté. De son séjour à Rome, paraissent dater deux petits portraits de la collection Six, d’Amsterdam : Jean Six à vingt-trois ans — celui que Rembrandt devait peindre vingt années plus tard — et sa première fiancée.
De ces voyages de l’artiste et de ceux qu’il allait poursuivre plus tard, si les ouvrages et le profit matériel nous échappent faute de documents, nous savons, en revanche, toute l’étendue du profit moral qu’il en recueillerait.
Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la distinction, toujours exquise et toujours égale, des figures de Ter Borch. Certes, l’homme était de belle allure et de haute mine physionomique, ainsi qu’en témoigne son portrait au Musée royal de La Haye ; mais, pour abonder de cette qualité, de la manière dont l’artiste en abonde, il fallait mieux encore qu’une pente de nature, toujours faillible. Ce fut l’effet de ces séjours à l’étranger, où son œil promené sur le
Cl. Hanfstangl.
ENFANT ET CHIEN
Pinacothèque de Munich.
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L'ART ET LES ARTISTES
LE CONCERT
monde et se délectant, d'instinct, aux plus délicats des types ethniques, s'affinait au point de rejeter de sa production tout modèle de caractère médiocre ou, du moins, si, par contrainte, il en fallait subir quelques-uns, de les transfigurer, à force de style rare dans le dessin et de douceur exquise dans la lumière.
Mais voici qu'au retour d'Italie, un voyage sur place, si l'on peut dire, attendait l'alerte pérégrinant. D'Amsterdam, son premier séjour de rentrée en Hollande, Ter Borch était mandé soudain à Munster par plusieurs notables, alléchés par sa réputation de portraitiste.
Et l'artiste, pour début de vogue, y peignait Adrien Pauw, seigneur de Heemstede, et sa femme Anna van Ruytenburgh, et Jacob van der Burch, l'année 1646.
Or, à cette date, la capitale de la Westphalie offrait le spectacle le plus enfiévrant pour un physionomiste épris de sélection : une image de l'Europe en raccourci. Des plénipotentiaires de tous pays commençaient de s'y réunir en vue de la paix prochaine, dont les intérêts complexes allaient exiger de longues conférences. Et Ter Borch n'aurait qu'à se faire attentif par les rues, par les hôtelleries et dans toutes les assemblées
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L'ART ET LES ARTISTES
()
LA FAMILLE DU REPASSEUR
de gens de qualité qu'il pourrait fréquenter. Tenons pour assuré que l'observateur ne perdit pas une occasion, et, pour nous convaincre, sachons qu'une peinture — perle de la National Gallery de Londres — en fut l'heureux aboutissant. Œuvre où le cœur du patriote n'eut pas moins part que le talent du maître. Le 24 octobre 1648 était proclamée la paix de Westphalie, mais, depuis six mois déjà, la patrie de Ter Borch était en liesse, car, le 15 mai précédent, un accord entre les Espagnols et les Néerlandais reconnaissait l'indépendance de la Hollande. C'est cet événement que l'artiste voulut célébrer à sa manière.
Jugez, par la gravure de Suyderhoëf, de cette
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L'ART ET LES ARTISTES
HÉLÈNE VAN DER SCHALKE
composition historique. Dans une des chapelles de la cathédrale de Munster, les ambassadeurs espagnols et les délégués des Provinces-Unies jurent sur l’Évangile l’observation des clauses stipulées. L’heure est solennelle, car voici la fin d’une lutte sanglante. Vainqueurs et vaincus sont là. Le premier plénipotentiaire de la Couronne d’Espagne lit un article de la convention, et les Hollandais, sollicités d’y souscrire, lèvent la main avec une solide bonne foi : loyaux adversaires, ils seront non moins loyaux réconciliés.
Au lendemain de cette paix de Westphalie, le comte de Peneranda, l’ambassadeur de Philippe IV, lequel, durant les longs mois passés à Munster,