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L'ART ET LES ARTISTES 12 ANNEE N° 8. REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE SOUS LA DIRECTION DE MS ARMAND DAYOT. NOVEMBRE 1905 PRIX DU NUMERO 1 fr. 50 REDACTION ET ADMINISTRATION 173. BOULEVARD SAINT GERMAIN Numéro exceptionnel
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L'ART ET LES ARTISTES 12 ANNEE N° 8. REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE SOUS LA DIRECTION DE MS ARMAND DAYOT. NOVEMBRE 1905 PRIX DU NUMERO 1 fr. 50 REDACTION ET ADMINISTRATION 173. BOULEVARD SAINT GERMAIN Numéro exceptionnel
L'ART ET LES ARTISTES Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Paul Adam, Arsène Alexandre, E. André, Gustave Babin, Maurice Barres, Leonce Bénédite, A. Besnard, Jacques Blanche, Henri Bouchot, Georges Bourdon, Raymond Bouyer, Boyer d'Agen, Ralph Brown, Georges Cain, E. Carrière, H. de Chennevières, Jules Claretie, François Cruzy, Armand Dayot, Jérôme Doucet, Théodore Duret, Henry Eon, Elie Faure, Formentin, L. de Fourcaud, Henri Frantz, Frantz Jourdain, Mme Judith Gautier, Gustave Geoffroy, Louis Gillet, Maurice Guillemot, E. Haraucourt, Maurice Hamel, Mme Myriam Harry, Jeanniot, H. de Jouvenel, Gustave Kahn, Georges Lafenestre, Paul Lafond, Henri Lapauze, Fernand Le Borne, Pierre Jan, Camille Lemonnier, Louis Lumet, Henri Marcel, Roger Marx, Camille Maucclair, André Michel, Robert de Montesquiou, Pierre de Nolhac, Roger Peyre, Claude Phillips, A. Pigeon, Ch. Ponsonailhe, M. Quentin-Bauchart, Jules Rais, W. Ritter, J. Robiquet, Rosny, Henri Roujon, Sarradin, Emile Sedeyn, Mme Séverine, Robert de la Sizeranne, Robert de Souza, Spielmann, Paul Steck, Thiébault-Sisson, Maurice Tourneux, Gabriel Trarieux, F. Solvay, Utrillo, Léandre Vaillat, Gustave Vanzype, Louis Vauxcelles, Pierre Weber, etc., etc. Secrétaire : Jérôme Doucet --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 8 Le Retable de Boulbon au Louvre... HENRI BOUCHOT. | Les Pasos......................... P. LAFOND. Frédéric Watts...................... J.-E. BLANCHE. | Le Classicisme de Manet............. P. GSELL. Le Mois artistique (le Salon d'Automne).... M. GUILLEMOT. Épreuve d'Art: Étude, eau-forte originale inédite de E. Pennequin, d'après WATTS. SUPPLÉMENT ILLUSTRÉ L'Education artistique, par PAUL STECK. — Les Théâtres, par GABRIEL TRARIEUX. — Le Château d'Azay-le-Rideau, par ED. ANDRÉ. — L'Art dans la Mode, par LILIA ROBERTS. — Les Livres d'Art. — Les Échos d'Art. — Les Expositions. Abonnements : France : 16 fr. — Étranger : 20 fr. Adresser les mandats-poste et les bulletins d'abonnements à M. l'Administrateur de L'ART ET LES ARTISTES, 173, Boulevard Saint-Germain, Paris. --- CIRCUIT D'AUVERGNE Bibendum (le pneu Michelin) conduit à la victoire les voitures munies de ses pneus Coupe Gordon-Bennett 1905 Sur 6 voitures parties en Michelin, 5 se sont classées dans les 6 premières --- "ENIGMA" Nouveau parfum 11, Rue Royale - Paris - "LUBIN" "LUBIN"
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La voiture de 1re classe à couloir des trains de nuit comporte des compartiments à couchettes (supplément de 5 fr. par place). Les couchettes peuvent être retenues à l'avance aux gares de Paris et de Dieppe moyennant une surtaxe de 4 fr. par couchette. La Compagnie de l'Ouest envoie franco, sur demande affranchie, un bulletin spécial du service de Paris à Londres. Les Affiches en Cartes postales La Compagnie des chemins de fer de l'Ouest met en vente au prix de 0 fr. 4), dans les Bibliothèques des gares de son réseau, un carnet, sous couverture artistique, de 8 cartes postales illustrées reproduisant en couleurs, les plus jolies affiches établies pour son service entre PARIS et LONDRES, par Rouen, Dieppe et Newhaven et contenant en outre la relation de ce voyage avec 8 vues en similitude des principaux points situés sur le parcours. Ce carnet de cartes postales est adressé franco à domicile, contre l'envoi de 0 fr. 40 en timbres-poste au service de la Publicité de la Compagnie, 20, rue de Rome, à Paris. CHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANEE Voyages, à itinéraires facultatifs, de France en Algérie et en Tunisie, ou vice versa. La Compagnie délivre toute l'année des carnets de 1re, 2e et 3e classes pour effectuer, à prix réduits, des voyages pouvant comporter des parcours sur les réseaux suivants: Paris-Lyon-Méditerranee, Est, Etat, Midi, Nord, Orléans, Ouest, P.-L.-M.-Algérien, Est-Algérien, Etat (lignes algériennes), Ouest-Algérien, Bône-Guelma, Sfax-Gafsa, ainsi que sur les lignes maritimes desservies par la Compagnie Générale Transatlantique, par la Compagnie de Navigation mixte (Compagnie Touacole) ou par la Société Générale de Transports maritimes à vapeur.-- Ces voyages, dont les itinéraires sont établis à l'avance par les voyageurs eux-mêmes, doivent comporter, en même temps que des parcours français, soit des parcours maritimes, soit des parcours maritimes et algériens ou tunais, les parcours sur les réseaux français doivent faire de 300 kilomètres au moins ou comptés pour 300 kilomètres. Les parcours maritimes doivent être effectués exclusivement sur les paquebots d'une même Compagnie. L'itinéraire doit ramener le voyageur à son point de départ. Les carnets sont valables pendant 60 jours; cette validité peut être prolongée d'une demi ou trois semaines de 30 jours, moyennant le paiement d'un supplément égal à 10 $/s. du prix initial du carnet pour chaque prolongation. Arrêts facultatifs dans toutes les gares du parcours. Les demandes de carnets peuvent être adressées aux chefs de toutes les gares des réseaux participants; elles doivent leur parvenir cinq jours au moins avant la date du départ. L'HIVER A LA COTE D'AZUR Billets d'aller et retour collectifs de 2 et 3 classes, valables jusqu'au 31 mai 1906. Du 1er octobre au 15 novembre 1906, la Compagnie délivre aux familles d'au moins 3 personnes voyageant ensemble, des billets d'aller et retour collectifs de 2e et 3e classes pour Byeres et toutes les gares Paris-Lyon-Méditerranee, situées au delà vers Menton. Le parcours simple doit être d'au moins 400 kilomètres. Le coupon d'aller de ces billets n'est valable que du 1er octobre au 15 novembre 1906. Fête de la Toussaint A l'occasion de la fête de la Toussaint, les coupons de retour des billets d'aller et retour délivrés à partir du 28 octobre, seront valables jusqu'aux dernier trains de la journée du 6 novembre. Billets d'aller et retour valables pendant un mois. 1re CLASSE............82 fr. 75 2e CLASSE.............58 fr. 75 3e CLASSE.............41 fr. 50 Départs de Londres Victoria.. 10 h. matin. 9 h. 10 soir London-Bridge.. " " 9 h. 10 soir Arrivée à Paris-S'-Lazare.. 6 h. 41 soir. 7 h. 3 matin La Compagnie délivre toute l'année, à première demande, à la gare de Paris, Paris-Lyon-Méditerranee ainsi que dans les principales gares situées sur les itinéraires, des billets de voyages circulaires à itinéraires fixes très variés, permettant de visiter les parties les plus intéressantes de l'Italie. - La nomenclature complète de ces voyages figure dans le Livret Guide Horaire Paris-Lyon-Méditerranee vendu 0 fr. 50 dans toutes les gares du réseau. Exemple d'un de ces voyages: Itinéraire 81. A 3: Paris, Dijon, Mâcon, Aix-Jles-Bains, Modane, Turin, Milan, Venise, Bologne, Florence, Pise, Genès, Vintinille, Nice, Marseille, Lyon, Dijon, Paris.-- Durée du voyage: 60 jours.-- Prix: 1re classe. 253 fr. 50; 2e classe: 183 fr. 20. 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LE RETABLE DE BOULBON Acquis pour la somme de 100000 francs par la Société des Amis du Louvre et offert par elle à ce Musée. Le Retable de Boulbon au Louvre BOULBON est un village des Bouches-du-Rhône, non loin de Tarascon; son église possédait un retable, et ce retable tombait en loques faute d'argent pour le restaurer. C'était là cependant une œuvre capitale, dont la parenté avec les peintures de la région avignonnaise n'était guère douteuse. Oublié dans un coin, méconnu, il avait échappé aux baptêmes forcés du célèbre Alfred Michiels, et s'il passait pour flamand, c'était sans conviction qu'on lui accordait cette illustre origine. Un très fin connaisseur de nos amis, guidé par M. l'abbé Requin, avait fait le pèlerinage; il en était revenu émerveillé. C'était une ruine, mais une ruine splendide, une épave incomparable que nous devions amener à l'Exposition des Primitifs. Nous l'allions faire quand une photographie assez médiocre fut présentée, qui nous effraya. Ce que la photographie avait surtout détaillé, c'étaient les tares, les épaisseurs de poussière, les éclats enlevés dans les fonds. Il eût fallu un traitement, et nous étions pris de court. L'œuvre vint néanmoins, elle ne fut pas exposée, mais les amoureux de ces choses la purent examiner. Tous eurent le sentiment d'être en présence d'un chef-d'œuvre. Par un heureux hasard, les parties les plus importantes du Retable n'avaient point souffert. Des quatre personnages représentés, du paysage de fond, rien n'avait disparu. Une sorte de béton aggloméré, fait de crasse et d'humidité, enlevait tout éclat à l'or des nimbes et aux tons des chairs. Au revers, les planches disjointes du noyer employé, avaient, en se séparant, déchiré la toile de suture mise par le peintre sur les raccords, et bâillaient lamentablement. Lorsque, après examen minutieux, on eut acquis la conviction que ces blessures n'étaient point mortelles, que nul organe essentiel n'avait été sérieusement touché, que tout le mal se résumait en éraflures, plutôt localisées aux endroits accessoires, on décida la répa-
L'ART ET LES ARTISTES ration et la consolidation. On le fit d'autant plus volontiers, que le conseil de fabrique de Boulbon, impuissant à sauver son malade, nous l'abandonnait moyennant un prix raisonnable. Comme, au fur et à mesure de l'examen, l'opinion s'éclairait davantage, que l'on ne pouvait plus douter de l'importance du monument, le Comité de l'Exposition l'offrit au Louvre qui s'empressa de l'accepter. Celui-là aura du moins la vie sauve, et si les tableaux d'Avignon et de Villeneuve viennent à s'effondrer comme on le peut prévoir, il restera cette trace d'une école glorieuse, d'une époque d'art incomparable, de ce xve siècle avignonnais dont la réputation s'en va grandissant d'heure en heure. Le Retable de Boulbon a donc été accroché au Louvre ces temps derniers, en même temps qu'on inaugurait le Mastaba égyptien mais avec moins de bruit. On le plaça entre deux fenêtres, à contre-jour, ce qui est, à tout prendre, un meilleur emplacement que celui de Boulbon récemment quitté par lui. Peut-être voulait-on dissimuler ce qu'un nettoyage récent mettait de trop neuf sur la ci-devant ruine. Craignait-on de paraître imiter les Allemands, qui avaient fait reluire l'Etienne Chevalier de Fouquet de la façon que l'on sait ? On s'exagérait. Un tableau simplement lavé, repris, reveni, ne conserve que peu de temps son air requinqué et sirupeux. Dans l'espèce, il ne pouvait en être autrement à peine de tout perdre, et c'eût été d'autant plus dommage que les figures sont indemnes. Peu importe donc qu'une brique ait été ajoutée au fond, qu'un morceau de colonne ait été repris, qu'un seau de métal ait retrouvé l'un de ses pieds. Le Père Eternel, le Christ, le saint présentateur et le donateur sont ce qu'ils étaient au xve siècle ; ils restent les seuls éléments de discussion souhaitables : tout est donc pour le mieux. En considérant le prêtre agenouillé que présente un saint évêque, on ne peut douter de son importance dans la commande du tableau. Suivant les usages des clients avignonnais, aussi soupçonneux que des Normands, un contrat avait dû intervenir entre le finaud compère et le peintre, afin de ne rien abandonner au caprice de l'artiste. Un notaire enregistrait le prix-fait comportant la disposition future de l'œuvre, la qualité des couleurs à employer, le temps accordé au peintre pour la mener à bien, et le bois sur lequel on opérerait. Généralement les méridionaux employaient le noyer, ce que nous retrouvons au Triomphe de la Vierge d'Enguerrand Charton, du Musée de Villeneuve-lez-Avignon, ainsi qu'à la Pietà récemment acquise par le Louvre ; c'est sur du noyer qu'est exécuté le Retable dont nous nous occupons. Les gens du Nord usaient de chêne préparé d'une certaine manière, et qu'on nommait du « bois d'Irlande », fût-il d'Amiens ou de Paris. L'essence du panneau n'est donc pas un élément de discussion si négligeable ; il est une présomption à tout le moins 1. Suivant toute apparence, la commande du Retable de Boulbon avait été traitée devant un notaire, on y devait lire dans un latin macaronique, où le praticien s'aidait parfois de mots français, qu'un tel prêtre, curé de telle paroisse, faisait exécuter par le maître peintre X unum retabulum sive retaule de fuste nucis un retable de bois de noyer, de tant de palmes de haut sur tant de large. Et le peintre y représenterait en bonnes couleurs, en fin azur et à huile, or fin et requis, une image dans la forme qui s'ensuit. « Premièrement Notre-Seigneur en Pitié sortant de son sépulcre 2 auquel Dieu le Père souffle l'Esprit ; il y aura, au milieu, une colombe en forme de Saint-Esprit joignant le Père au Fils par ses ailes éployées. Et sera la scène dans un tombeau, en manière de maison, avec à l'entour les instruments de la Passion de Notre Seigneur, peints au naturel. Et sera à la droite de Notre-Seigneur au-dessous d'une fenêtre où est aperçu Dieu le Père, la représentation d'un priant à genoux, adorant le Sauveur les mains jointes, lequel sera vêtu d'un surplus et aura en le bras droit un manipule. A son côté, et le présentant, sera montré saint Agricol en évêque, tenant une croix en forme de crosse, et posant la main sur la tête dudit priant, lequel dit priant sera fait à la ressemblance et portraiture dudit prêtre donateur, stipulant comme dessus. Entre une porte ouverte et le donateur, sera représentée une ville avec ses manants et habitants, et en haut de la dite ville une église de la forme de celle dont est curé ledit stipulant. » Si jamais M. l'abbé Requin découvre le « prix-fait » du Retable de Boulbon, comme il l'espère, je ne crois pas qu'il ait chose à ajouter à la description ci-dessus, sinon — et ceci en vaut la peine — le nom du donateur et celui du peintre. Peut-être aussi nous dira-t-il que le Retable était destiné à une autre église que celle de Boulbon où il a été trouvé 3. Sa découverte pourra, de plus, nous 1. Dans les prix-faits publiés par M. l'abbé Requin, le noyer est presque toujours stipulé dans les conventions. Cf. Documents inédits sur les Peintres, peintres verriers et enluminieurs d'Avignon au quinzième siècle, par l'abbé Requin. Paris, Plon, 1889, in-8. 2. On nomme généralement ce thème représentatif un « Homme de douleurs ». 3. On croit en ce moment que le tableau dut être commandé par le premier curé de Saint-Agricol en 1454. Mais ce n'est qu'une simple supposition.
L'ART ET LES ARTISTES Musée de Villeneuve-lez-Avignon. LA PIETA renseigner sur une petite particularité de l’œuvre qui n’est pas sans poser un autre problème. Que peut être un signe en forme de bésicles fait de trois cercles ou annelets superposés, aperçus, à gauche dans le bas, au-dessous du donateur, et à droite, près de la colonne ? Ce dernier signe est accompagné d’une petite cigogne très habilement peinte, laquelle a été placée, bien postérieurement, sur un blason timbré d’une mitre, derrière le donateur. Je dis une cigogne, mais l’oiseau peut être aussi un héron ou la grue que portent dans leur blason certaines familles, telles les de Gruères, de Piémont, ou les Gruel¹. Cet oiseau semble indépendant des bésicles dont nous parlions et qu’on avait pensé être la représentation de trois monts sur lesquels eût été perchée la petite cigogne. Ce qui empêcherait de reconnaître des bésicles, c’est que ces ronds sont en somme des demi-cercles comme on peut le voir. M. de Mély qui recherche depuis quelque temps les signatures d’artistes, incline dans le sens d’un sigle. La cigogne lui laisse entrevoir un peintre Cigoine, Cigongne ou Ciconia¹. La cause reste pendante, mais j’avoue ne pas croire à une mention de peintre. Le plus ordinairement ces indications visaient le donateur, et c’est en ne tenant pas compte de cette loi générale, que M. Bancel avait été conduit à attribuer au peintre Perréal un tableau flamand aujourd’hui au Louvre. Le nom attendu par M. de Mély ne se retrouve d’ailleurs pas dans les artistes du XVᵉ siècle. En résumé, nous ne savons pas encore, et nous ne saurons peut-être jamais, ni où, ni quand, ni pourquoi, ni par qui fut exécuté le Retable de l’église de Boulbon, offert au Louvre par le Comité des Primitifs français. On se contente, pour le moment, d’y reconnaître la marque d’un art très supérieur, d’un naturalisme ému et digne, un peu sévère, définitif et naïf cependant, puisque, pour montrer l’excellence de Dieu le Père, l’artiste a cru devoir forcer les proportions de la tête. Mais, à première vue, les concordances de ce --- ¹. Cet oiseau, outre le héron, la grue, la cigogne, peut très bien représenter un chevalier, ou tout autre échassier ou oiseau d’eau, tel le butor, armes de la famille Bevereau qui avait un butor sur son blason. --- ¹. Ce pourrait être Segond, Segoind, ou même Cicon, et Sigonge.
L'ART ET LES ARTISTES morceau magistral avec le Triomphe de la Vierge d'Enguerrand Charton et la Pietà, toutes deux trouvées à Villeneuve-lez-Avignon, s'affirment très nettement. Le Christ du Retable de Boulbon a été pris sur le même modèle que l'admirable figure du Christ mort dans la Pietà. Le donateur y rappelle également le donateur de la Pietà. Avec le Triomphe de la Vierge, dont l'artiste et le donateur nous sont connus¹, les identités s'écrivent plus précises encore, comme nous l'allons dire. II Ce Triomphe de la Vierge ou la Sainte Cité est dans l'instant un étalon fixe et assuré ; j'oserais même dire qu'il n'en est guère de mieux établi dans l'histoire générale de la peinture. Sur une pièce d'archives, l'abbé Requin a débarrassé cette œuvre considérable de toutes les hypothèses saugrenues nées dans le cerveau des gens. Elle n'est plus ni de Van Eyck, ni de Jean van der Meire, ni du roi René, elle est d'un nommé Enguerrand Charton, né au diocèse de Laon, et visiblement élevé aux mêmes études que son contemporain, Jean Fouquet, sans rien des influences dites flamandes. Installée dans une petite salle obscure d'hospice, livrée un beau jour à un pauvre hère qui la voulait copier, elle a subi des lavages qui ont profondément altéré ses couleurs. Elle se disjoint et s'écaillle, et dans vingt ans, si l'on n'y porte remède, ce morceau capital en sera où nous avons trouvé le Retable de Boulbon. D'aspect, on croirait à une détrempe ; en réalité, l'œuvre principale est d'huile et d'œuf. La pâleur des tons provient de l'eau de Javel, que le barbouilleur dont je parlais, a employée au lessivage des ors et des azurs. Des habitants du lieu se le rappellent encore brillant et tout neuf ; dans l'instant, il porte plus que son âge. Sa composition broussailleuse et quelque peu apocalyptique est le produit de l'imagination d'un prêtre, Jean de Montagnac. C'est lui qui a imposé au peintre ces scènes diverses et opposées, garnissant les moindres recoins. La peinture était par lui destinée à la Chartreuse de Villeneuve, où il resta jusqu'à la Révolution. Elle ne fit que deux pas de l'autel où elle était, pour gagner la salle — le grenier — où elle se disloque. Nul document com- 1. Abbé Requin. Le Tableau du Roi René au Musée de Villeneuve-lez-Avignon. Paris, Picard, 1890, gr. in-8. M. Requin a établi de façon péremptoire que ce tableau attribué à Van Eyck, à Fra Angelico et au roi René, est en réalité d'un peintre picard, Enguerrand Charonton ou mieux Charton, et fut peint pour le prêtre Jean de Montagnac, à Avignon, dans l'année 1453. paratif n'a donc une importance plus affirmée, ni un état civil plus en règle. Le Triomphe de la Vierge est venu deux fois à Paris depuis 1900. Il figura au Petit-Palais lors de l'Exposition universelle ; il revint aux Primitifs, où il fut l'une des pièces les plus admirées avec la Pietà restée anonyme, et qui lui est encore supérieure. Si donc, nous prenons le Triomphe de la Vierge comme base des recherches, si nous en étudions l'un après l'autre les détails infinis, si nous lui comparons ensuite le Retable de Boulbon, on constate des concordances qui paraissent déceler mieux que des influences d'école, ou si l'on veut, l'autorité d'un artiste sur un élève ou un contemporain. Prenons la figure du donateur inconnu retrouvé dans le Retable de Boulbon ; ce sera un premier élément d'expériences très appréciable. Ce personnage, habillé en curé de paroisse, avec son manipule sur le bras droit et son surplus blanc, a sûrement été dessiné par l'un des plus déterminés peintres de toutes les écoles du xve siècle, fussent-elles de Flandre, fussent-elles même d'Italie. Traité avec une simplicité infinie, une foi candide, un respect religieux des œuvres de nature, ce prêtre est dans sa perfection naturaliste, dans ses rudesses, dans son extase vraie, un absolu chef-d'œuvre. En l'opposant à un autre prêtre, représenté à peu près dans la même attitude, dans la Pietà de Villeneuve, on a lieu de démêler quels étroits contacts réunissent entre eux le Retable de Boulbon et la Pietà. On dit cette dernière œuvre plus magistrale, plus espagnole de tendances, comme si l'Espagne nous révélait rien de semblable avant Velasquez ! Qu'on regarde mieux et l'on se rendra compte que du Triomphe de la Vierge à la Pietà et de la Pietà au Retable de Boulbon, trop de concordances éclatent pour être niées. Toutes les nuances, les différences d'aspect sont bien plus dans la façon de peindre que dans l'esthétique générale, qui reste la même dans les trois tableaux. Visages semblables, attitudes identiques, mains, étoffes, décoration, tout procède d'une convention unique, particulière et personnelle. Dans le Retable de Boulbon, le saint Agricol debout, avec les orfros de sa chape, la croix pastorale, les personnes divines avec leurs nimbes, le Christ si évidemment pris sur le même modèle que celui de la Pietà, et retrouvé dans la Messe de saint Grégoire insinuée au Triomphe de la Vierge, notent des parités bien inattendues de la part d'artistes se copiant ou se parodiant. Mais revenons au donateur du Retable de Boulbon. Si nous nous reportons au Triomphe de la Vierge d'Enguerrand Charton, nous apercevons à l'angle
L'ART ET LES ARTISTES Musée de Villeneuve-lez-Avignon. inférieur droit du tableau deux personnages agenouillés devant le tombeau de la Vierge, qui est d’ailleurs de même forme que le tombeau du Retable. De ces deux personnages, — un laïque à cotte armoriée, et un moine, — l’un, le moine, est, on croirait, un autre portrait du donateur de Boulbon. Il suffira, j’espère, de comparer les deux pièces pour admettre ceci. La construction de la tête, les mains, ne laissent guère de doute. Ces deux personnages sont ainsi signalés dans le prix-fait du tableau du Triomphe de la Vierge. « Item au pied dudit monument seront deux prians du cousté droit de la vallée de Josaphat entre deux montagnes en laquelle valée a une esglise ou est le monument de Nostre Dame, et un ange dessus. » Mais il n’est pas dit que l’un de ces priants fût celui qui en faisait la commande, Jean de Montagnac, prêtre. Le saint Agricol de Boulbon a aussi un sosie dans le prélat agenouillé au pied de la croix devant le tombeau du Christ dans le Triomphe de la Vierge, comme le chartreux en habits blancs, également agenouillé au pied de la croix, nous montre des plis identiques à ceux du surplus du donateur de Boulbon. Ces choses se voient mieux qu’elles ne s’écrivent ; les gens de bonne foi ne sauront disconvenir de ces faits principaux, qui prennent une plus grande force dans la juxtaposition des œuvres peintes, car c’est le même procédé de plaquer ses couleurs dans l’un et l’autre, les mêmes tics de pinceau, la même esthétique de dessin et de placement, la même inclinaison des têtes. Une autre série de remarques vient confirmer ces premières observations. Le Saint-Esprit, figuré par une colombe vue de face, les ailes éployées, est identique à Villeneuve et dans le Retable. L’Esprit, soufflé par le Père et le Fils, sous forme de rayons, remplace dans le Retable les pennes de la colombe partant de la bouche des deux personnes divines, que Jean de Montagnac a exigées égales en âge dans le Triomphe de la Vierge. J’ai déjà parlé du tombeau à couvercle conique aperçu dans le Triomphe de la Vierge, et rencontré exactement semblable dans le Retable du Louvre. Cette forme n’est pas habituelle ; elle note une concordance étroite entre les deux œuvres. Mais il y a mieux. Enguerrand Charton ayant eu à peindre dans son Triomphe de la Vierge une Messe de saint Grégoire à l’angle gauche inférieur, sur la demande de son client, a mis un Christ debout dans son sépulcre dans la pose exacte de celui du Retable. Là encore la vérification est facile. Une des particularités du Retable entré au Louvre, et l’on pourrait dire un des épisodes les plus aimables de cette œuvre à l’aspect sévère, c’est la rue

Cette publication est le numéro 8 de la collection « L'Art et les Artistes », une revue mensuelle d'art ancien et moderne dirigée par Armand Dayot. Le numéro de novembre 1905 présente des articles sur des sujets variés tels que le Retable de Boulbon au Louvre, Frédéric Watts, et le Mois artistique, incluant le Salon d'Automne. Il propose également un supplément illustré couvrant l'éducation artistique, les théâtres, et l'art dans la mode.