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L'ART ET LES ARTISTES 1ère ANNÉE N°6.. REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE SOUS LA DIRECTION DE MS ARMAND DAYOT. SEPTEMBRE 1905 PRIX DU NUMERO 1 fr. 50 REDACTION ET ADMINISTRATION 173, BOULEVARD SAINT GERMAIN
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L'ART ET LES ARTISTES 1ère ANNÉE N°6.. REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE SOUS LA DIRECTION DE MS ARMAND DAYOT. SEPTEMBRE 1905 PRIX DU NUMERO 1 fr. 50 REDACTION ET ADMINISTRATION 173, BOULEVARD SAINT GERMAIN
L'ART ET LES ARTISTES REVUE MENSUELLE Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT --- COLLABORATEURS Paul Adam, Arsène Alexandre, E. André, Gustave Babin, Maurice Barrès, Léonce Bénédite, A. Besnard, Jacques Blanche, Henri Bouchot, Georges Bourdon, Raymond Bouyer, Boyer d'Agen Georges Cain, E. Carrière, H. de Chennevières, Jules Claretie, François Crucy, Armand Dayot, Jérôme Doucet, Théodore Duret, Henry Eon, Elie Faure, Formentin, L. de Fourcaud, Henri Frantz, Frantz Jourdain, Mme Judith Gautier, Gustave Geffroy, Louis Gillet, Maurice Guillemot, E. Haraucourt, Maurice Hamel, Mme Myriam Harry, Jeanniot, H. de Jouvenel, Gustave Kahn, Georges Lafenestre, Paul Lafond, Henri Lapauze, Fernand Le Borne, Pierre Jan, Camille Lemonnier, Louis Lumet, Henri Marcel, Roger Marx, Camille Maucclair, André Michel, Robert de Montesquiou, Pierre de Nolhac, Roger Peyre, Claude Phillips, A. Pigeon, Ch. Ponsonailhe, M. Quentin-Bauchart, Jules Rais, Georges Riat, Léon Riotor, J. Robiquet, Rosny, Henri Roujon, Sarradin, Émile Sedeyn, Mme Séverine, Robert de Souza, Spielmann, Paul Steck, Thiébault-Sisson, Maurice Tourneux, Gabriel Trarieux, F. Solvay, Octave Uzanne, Léandre Vaillat, Gustave Vanzype, Louis Vauxcelles, Pierre Veber... etc. Secrétaire : Jérôme Doucet. --- SOMMAIRE DU N° 6 - Le Greco ...
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LE GRECO L'Enterrement du Comte d'Orgaz. (Église Saint-Thomas de Tolède)
LE GRECO — L'ENTERREMENT DU COMTE D'ORGAZ (DÉTAIL) Le Greco L'apport des grands maîtres espagnols dans l'ensemble de la peinture moderne est trop évident pour s'attarder à signaler le détail des faits qui sont admis par toutes les consciences. Par contre, il est grand temps d'assigner la place qui lui sied à celui qui jeta les assises d'une peinture dépassant les bornes d'une école nationale, car il atteignit les hauts sommets d'un art fait de vie et d'intelligence lui permettant d'intéresser les humanités de tous les temps. C'est du Greco, de Domenikos Theotokopoulos que nous voulons parler, bien que ce nom à l'orthographe exacte soit devenu le Theotokopuli des musées et des collections, par œuvre et grâce aux travaux de ses biographes, et notamment par les récents écrits du savant érudit Carl Justi, arrêtés brusquement par le farouche silence des archives et des bibliothèques hispaniques. Si les données que l'on possède sur les faits et gestes du Greco ne nous apprennent que des lambeaux biographiques, ses œuvres nombreuses, étranges, inégales, mais toujours intéressantes, et 201 24
L'ART ET LES ARTISTES LE GRECO — PORTRAIT DE L’INQUISITEUR CARDINAL NINO DE GUEVARA Le Greco, dans ses tableaux, assigne souvent, comme lieu de sa naissance, l’île de Crète, sans en préciser autrement l’endroit, et toutes les investigations, faites sur place et ailleurs, n’ont abouti à aucune donnée nouvelle. D’après Palomino¹, il serait né en 1548, et cette date, quoique souvent controuvée par des commentateurs, peut être admise jusqu’à plus ample information. Il n’en est pas ainsi en ce qui regarde l’année de son décès, fixé en 1625, dans les pancartes de tous les Musées, sans en excepter celui du Prado, et dans les travaux des écrivains les plus méticuleux, comme c’est le cas de Carl Justi. En 1875, l’acte de décès fut publié par l’archiviste de Tolède, M. Foradada, et le registre contrôlé par l’éрудit critique espagnol M. Sanpere y Miquel; d’après les pièces authentiques, le Greco trépassa le 7 d’avril 1614, et fut enterré dans l’ancienne paroisse de Saint-Barthélemy, et non sous son célèbre tableau de l’Enterrement du Comte d’Orgaz, à Saint-Thomas, comme le voudrait la légende. Les circonstances qui le menèrent en Espagne ne sont pas très connues. Au moment de la naissance de Theotokopuli, l’île de Crète appartenait à la République de Venise depuis 1204. Cela revient à dire que la grande île grecque était loin d’être ce coin de terre dévasté et meurtri par les serres turques. Sans doute, l’éclat de la métropole rayonnait jusqu’aux îles grecques, et la Crète, de même que Chypre, jouissait des bienfaits assurés par la puissance vénitienne. Donc, rien n’est plus logique que le voyage à Venise des jeunes artistes crétois attirés par les récits des Vénitiens, vantant la protection de la République pour les Arts, la beauté de la cité des lagunes, et le voisinage des grands centres italiens, encore pantelants du vaste effort qui produisit la Renaissance. Mais Venise, comme la Crète, garde le plus d’une puissance saisissante, nous apprennent des vérités autrement curieuses que celles que nous dévoileraient des textes demeurés inviolables, même aux recherches les plus tenaces et les plus systématiques. Quoique l’existence de Theotokopuli demeure tout aussi énigmatique qu’au temps où paraissait l’ouvrage de Lefort sur la peinture espagnole (1893), le mystère s’est déchiré par places, nous permettant de noter quelques dates, et de placer des faits qui fixent les bornes principales d’une biographie dont viendront à bouttes recherches incessantes et, pour une part tout aussi grande, le hasard. --- ¹. El Museo pictorico y escala optica. Madrid, 1724.
L'ART ET LES ARTISTES profond silence au sujet de Theotokopuli. Il faut avoir recours aux œuvres du peintre de Tolède, et leur faire avouer le secret des colorations apprises à Venise, des groupements semblables à ceux des grands maîtres vénitiens, des affinités remarquables avec certaines œuvres du Titien et du Tintoret, et finalement apprendre l’existence d’une lettre qui est la seule donnée certaine sur le séjour de Theotokopuli à Venise et à Rome. Quoique le professeur Carl Justi semble laisser croire qu’il ait été le premier à l’éditer, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle fut publiée d’abord à Modane en 1865, et plus tard à Londres en 1891. En voici le contenu: Au Cardinal Farnèse. Viterbe, le 16 novembre 1570. « Il vient d’arriver à Rome un jeune Candiote (ou Crétois), élève du Titien, qui paraît remarquable comme peintre; et, entre autres choses, il a fait un portrait de lui-même, qui est en train d’étonner tous les peintres de Rome. Je désirerais le placer à l’ombre (dans l’entourage) de V. S. IIIe et Rev. sans autre dépense en dehors de la table et du logis, pendant un court séjour au Palais Farnèse, pour quelque temps, rien que pour lui donner les moyens de se tirer mieux d’affaire. Mais je prie et supplie à V.S. qu’Elle veuille écrire au comte Ludovic, son majordome, pour lui faire octroyer une chambre dans le haut dudit palais; V. S. IIIe fera une œuvre vertueuse digne d’Elle, et j’en demeurerai très obligé. Et je lui baise les mains, avec révérence. « De votre Seigneurie Illustrissime, le très humble servant, Don Julio Clovio. Ce Julio Clovio, dont la lettre affirme le séjour du Greco à Venise et près du Titien, ainsi que son voyage à Rome, fut un des plus grands miniaturistes de l’époque, et un nombre important de ses travaux fut destiné aux bibliothèques de Charles Quint et de son fils Philippe II, le sombre fondateur de l’Escorial. Il y a des apparences d’une amitié possible entre le Greco et Guido Clovio, neveu du miniaturiste, qui était l’un des capitaines au service de Venise; de cette amitié aurait pu naître l’intérêt évident porté par Julio Clovio à Theotocopuli, et l’amitié du grand enlumineur expliquerait à son tour le voyage, fait au hasard ou par commande de travail, vers l’Espagne, encore en pleine possession d’une puissance plus éclatante que réelle. De son séjour à Rome, qui devait durer huit ans, il est resté un témoignage indubitable LE GRECO — LE CHEVALIER ROMERO ET LE CONNÉTABLE DE BOURBON
L'ART ET LES ARTISTES qui consiste en la copie du Mariage mystique de Sainte Catherine, d'après le Corrège; l'œuvre du Greco dut être exécutée pendant son séjour au palais Farnèse, qui possédait le premier l'œuvre du peintre au dessin délicat¹. Des documents authentiques, publiés en 1870 par M. Zavio del Valle, démontrent que le voyage de Theotocopuli à Tolède fut entrepris pour peindre le maître-autel de l'église de Saint-Dominique, dont une partie, l'Ascension de la Vierge, fut cédée à l'enfant don Sébastien, en échange d'une copie quelconque, et devenue, par la suite, la propriété de M. Durand-Ruel, de Paris. Il reste encore dans cette vieille église tolédane un Saint Jean, qui doit être placé parmi les meilleures toiles du maître, et une Adoration des Bergers, aux réminiscences du Corrège, dont la première idée, et non pas une ébauche sommaire, figure parmi les toiles du Metropolitan Museum of Fine Arts de New-York. Le pendant de ce dernier tableau, une intéressante scène d'intérieur représentant Jésus chez Simon, appartient au collectionneur russe le professeur M. Ivan Stchoukine, heureux possesseur de huit autres tableaux de Theotokopuli, parmi lesquels la superbe Sainte Madeleine que nous reproduisons. Dans la toile qui représente Jésus chez Simon, un détail très important : la nature du plafond fixe l'exécution de l'œuvre à Tolède, car ce n'est ni à Venise ni à Rome que le peintre crétois eût pu trouver un plafond ou coupole de ce pur caractère mudéjar, décelant le travail des Maures après la répression chrétienne. Le style du tableau, son coloris et le dessin deviennent donc les caractéristiques des travaux tolédans. Les travaux du Greco à l'église de Saint-Dominique-le-Vieux satisfirent le chapitre de la cathédrale, et ce fut au peintre étranger que l'on s'adressa pour la décoration de la sacristie. L'œuvre demandée fut la Spoliation du Christ, et si Theotokopuli trouva en cette occasion une source de tracas et de déboires, du moins c'est grâce au procès intenté au Greco par un chapitre ignare que nous sommes en possession de plusieurs détails éclairant la mystérieuse existence de notre peintre. Chose digne de remarque, il se trouva à Tolède un expert, un Alejo de Montoya, qui estima l'œuvre de l'étranger au-dessus de ce que l'on voudrait et pourrait en donner. L'entêtement de l'artiste est manifeste, et le fait de réclamer l'aide d'un interprète, après trois ans de séjour à Tolède, explique bien des choses. L'incident fut clos quelques mois après par une sommation de l'alcade, qui le menaça de la prison s'il ne déposait une forte caution ou s'il ne corrigeait le tableau, suspect de quelques erreurs liturgiques. Les incidents du procès, son ignorance vraie ou affectée du castillan, malgré un séjour déjà assez long, apprennent, sans les expliquer, des originalités de caractère qui rendent naturels à son sujet les oublis des historiens du Titien et du Tintoret, ainsi que ceux qui s'occupèrent de peinture pendant son séjour à Rome. De tout temps, ce ne sont pas les gens aux abords difficiles qui jouissent de la faveur générale, quoique le temps doive s'incliner en leur faveur au moment des jugements définitifs. C'est sans doute grâce à ces œuvres que la naissante renommée du Greco parvint jusqu'au monarque qui devait commencer la déchéance de l'empire --- Musée du Prado. LE GRECO — PORTRAIT D'HOMME --- 1. Elle appartient de nos jours au Musée national du Louvre.
LE GRECO Portrait de jeune homme. (Ce personnage figure dans « l'Enterrement du comte d'Orga7 »)

La revue mensuelle d'art ancien et moderne « L'Art et les Artistes », sous la direction d'Armand Dayot, présente dans ce numéro un article sur le peintre Le Greco. L'ouvrage aborde des aspects biographiques et artistiques de cet artiste, tout en mentionnant les recherches récentes sur sa vie et son œuvre. Des publicités pour divers produits et services de l'époque complètent le contenu.