Excerpt
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L'ART APPLIQUÉ AUX SALONS
Aux « objets d’art » comme à la peinture et à la sculpture, avenue Alexandre III comme avenue d’Antin, ces Salons sont d’une fâcheuse monotonie : c’est le même article que l’on a à écrire tous les douze mois. Une année, on nous invite à admirer un tableau en timbres-poste ; l’autre, des fleurs en mie de pain ; cette fois, des algues naturelles collées sur étoffes par un procédé breveté S. G. D. G... et c’est la principale différence. A part une masse flottante de non-valeurs, de dames ou demoiselles exposant cuirs d’art, étains d’art, dentelles d’art, cornes d’art et autres ouvrages de dames, ce sont toujours les mêmes artistes qui exposent... les mêmes œuvres, ou peu s’en faut. Stagnation, répétition chez les uns, imitation chez les autres : voilà le bilan, à quelques exceptions près.
A qui la faute ? Nous ne l’ignorons certes pas. Avant tout au public de snobs absurdes entichés toujours plus du Louis XVI, à tous ces gens au portefeuille bien garni qui achètent pêle-mêle, souvent à des prix exorbitants (25.000 francs, à la vente Yanville, une tasse et sa soucoupe) de belles choses, de médiocres et de laides, du vrai, du truqué et du faux, pourvu que ce soit ou paraisse être « du dix-huitième »... et qui laissent dans la misère tel ou tel grand artiste d’aujourd’hui, que l’on pourrait citer. Et les autres grands coupables, plus excusables puisqu’ils font leur métier de commerçants en fournissant ce qu’on leur demande, ce sont les industriels, ébénistes, orfèvres, fondeurs, qui trouvent si commode ou d’exploiter indignement les créateurs de modèles modernes, ou surtout de recopier sans fin les modèles de l’avant-dernier siècle.
En de telles conditions, quoi d’étonnant à ce que notre art décoratif moderne ne fasse guère de progrès ? à ce que les productions des vaillants qui soutiennent la lutte paraissent
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L'ART DÉCORATIF
M. DUFRÈNE.
(Société Nationale.)
Chambre à coucher.
(Ensemble.)
marchande la place, on relègue leurs vitrines dans des coins obscurs ou introuvables... Quelle belle ténacité il leur faut pour ne pas désespérer tout à fait du bon sens et du goût des Français d’aujourd’hui !
Certes, les œuvres d’hommes comme Gaillard, Dufrène, Majorelle, Lalique, Bonvallet, Doat, Delaherche, Dammouse, suffiront plus tard à empêcher que l’on confonde notre temps avec les époques d’éclipse complète de l’art décoratif, par exemple les trois quarts et demi du xixe siècle ; mais ce sont toujours ceux-là qu’il faut louer chaque année, alors que pour eux-mêmes, au talent de qui la concurrence serait si profitable, — ou, si l’on veut, l’émulation — l’on souhaiterait tant de voir surgir une nouvelle génération d’artistes originaux qui rivalisent avec eux... Nous avons consciencieusement cherché, parmi les six-cents numéros que compte au catalogue des deux expositions la section des objets d’art, cette révélation tant désirée de talents nouveaux ; à peine trois ou quatre noms nous ont-ils paru à retenir. Par contre, d’excellents artistes, de ceux dont on attend chaque fois l’envoi avec le plus d’intérêt, se sont abstenus cette année : par exemple M. M.-P. Verneuil, dont les belles broderies avaient eu tant de succès en 1906 ; et M. Lhuer, et M. de Waroquier, et le vaillant potier Bigot, et MM. Despret, Brateau, Bocquet, d’autres encore...
Comme toujours, l’ensemble est d’une bien meilleure tenue, avenue d’Antin. Ici, l’on n’a pas des hectomètres de balcon à garnir tant bien que mal de ces innombrables vitrines dont je suppose que ces Messieurs du Jury disent en les recevant : « Ce n’est pas que ce soit beau, mais cela tient de la place ! » Au contraire, on a encore resserré l’espace accordé aux artistes décorateurs ; et parmi les envois qui y sont entassés, il y en a peu, en somme, qui soient tout à fait dépourvus d’intérêt. Pourtant, certaines poupées en fil fragmentaires, sans cohésion ni doctrine ? Dans les deux grandes sociétés rivales, on les traite en intrus, en parents pauvres ; on les soumet à une tutelle humiliante ; on leur
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de fer et bouts d'étoffe, certains marrons sculptés sont peut-être des fantaisies qui ont cessé d'être amusantes. Mais que dire des neuf dixièmes des œuvres exposées à l'autre Salon ? Combien de coffrets « genre ancien » comme dit ingénument le catalogue, où, dans de l'étain grossièrement boursouflé s'enchaînent les plus vulgaires verroteries ! combien de porte-cartes, liseuses, reliures, ceintures, jusqu'à des béguins d'enfants et empiècements de robes, où la belle matière qu'est le cuir fut soumise aux plus indignes traitements ! combien de dentelles dont l'exécution, souvent impeccable, rend plus choquante encore l'insanité
M. DUFRÈNE.
(Société Nationale.)
Bureau de dame.
de la composition... Et quelle tristesse de penser à la somme immense de travail que ces piètres résultats représentent pour tant de pauvres filles, jeunes et vieilles, dont c'est le maigre gagne-pain de faire cela, ou d'enseigner à le faire plus mal encore !
Le meuble est rare — il est même absent du Salon des Artistes français — et c'est déplorable, car, il ne faut pas se lasser de le redire, c'est sur le meuble que doit se porter le principal effort, et tant que le meuble moderne n'aura pas détrôné le salon Louis XVI, la chambre à coucher Louis XV, la salle à manger Renaissance et le bureau Empire qui sont le dernier mot de l'art pour la bourgeoisie française, il n'y aura rien de fait. Et les « ensembles », qui sont toujours la pierre de touche du talent d'un décorateur, sont plus rares encore.
M. Maurice Dufrène n'a peut-être jamais rien fait de mieux que la chambre à coucher
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qu'il expose cette année. On a pu lui reprocher quelquefois une certaine timidité, tranchons le mot : une certaine fadeur efféminée dans le coloris des pièces qu'il ornait et meublait. Cette fois, rien de tel. La note dominante de la chaude harmonie qu'il a combinée est le rouge, un rouge à la fois puissant, profond et sobre, savamment rompu de bleus, de lilas, de verts tirant sur le gris : somptueux tapis rouge et bleu, tentures et dessus de lit en gros velours à côtes vert-amande, avec motifs en applications d'étoffes vieux rouge et bleu-
(Artistes Français.)
Chaise d'enfant.
paon ; sièges en bois de teck rougeâtre, recouverts de velours à côtes d'un rouge-sang assourdi ; armoire, lit, tables de chevet dont les parties constructives sont en teck et les panneaux en chêne à table saillante plaquée de citronnier avec parties marquetées, de bois gris, lilas et rouge. Ces meubles sont excellents, pratiques, logiquement bâtis, de proportions harmonieuses, élégants et sveltes sans gracie, de cette nette simplicité de lignes qui, si nous avons un style, sera une des caractéristiques certaines de notre style. Un charmant bureau de dame, accompagné d'une étagère-bibliothèque, en noyer et citronnier, est emprunté à un autre ensemble ; il s'enrichit de quelques sculptures heureusement réparties et fondues dans la silhouette d'ensemble, tandis que les autres meubles doivent toute leur richesse à la mouluration, à la combinaison des bois différents et aux petits panneaux de marqueterie.
La chambre de M. Bellery-Desfontaines fait un parfait contraste avec celle de M. Dufrène. Ornementation touffue, un peu surchargée, sculpture surabondante ; struc-
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ture sommaire et lourde ; constant parti pris de rudesse et d’archaïsme ; coloris éclatant, sans finesse (les tentures sont d’un bleu intense bien peu reposant et agréable aux yeux) : c’est l’œuvre romantique d’un Méridional accessible aux influences germaniques. Et
JALLOT.
(Société Nationale.)
d’ailleurs, tout y porte la marque d’une personnalité artistique très forte ; c’est d’un goût discutable mais d’une puissance et d’une originalité qui s’imposent. Les meubles sont en noyer ; le dossier du lit est fait d’un pommier sculpté en fort relief dont les fruits sont dorés ; l’armoire a les robustes pentures en fer d’un coffre moyenageux ; cloutées de cuivre, elles
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sont faites de branches d’angélique d’une belle stylisation. Quatre bas-reliefs de bronze doré, à motifs de fleurs et figures féminines, des consoles faites de feuilles et fleurs d’angélique, en complètent l’ornementation. Une table-bureau, elle aussi très sculptée, porte, faisant corps avec elle, une très jolie lampe électrique recourbée en fer forgé, dont le motif est la feuille d’ancolie.
Dans le petit salon de M. Follot, en poirier naturel et frêne de Hongrie, nous retrouvons
LUCIEN BONVALLET.
(Société Nationale).
les qualités d’harmonie, de distinction sobre qui nous plaisaient dans les meubles de M. Dufrène, mais ici, cela va jusqu’à une réelle pauvreté de lignes, due à ce que tous les meubles, sièges, table à thé, petit bahut-vitrine, se terminent invariablement, vers le haut, par des courbes en quart de cercle qui ont quelque chose de morne et d’étriqué. Le parti décoratif est cherché dans des motifs floraux, en bronze argenté, qui ornent les angles, le haut des pieds : il est assez heureux. Le coloris général — des verts, des gris, des roux atténués — manque aussi un peu de gaité, de chaleur. Et l’influence de M. Georges de Feure est trop visible dans les détails du décor.
De M. Tony Selmersheim — et M. Plumet ? on ne voit plus jamais rien de lui — une chambre à coucher destinée à la vulgarisation industrielle (elle appartient aux magasins du Louvre). Lit bas, armoire « anglaise », tables de nuit, chaises très simples, petite table-
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chiffonnier, sont en noyer de Calédonie avec des incrustations de cuivre estampé, feuilles et fleurs d'églantier en légères guirlandes, d'un joli effet. Beaux et bons meubles d'architecte, assemblés et moulurés supérieurement, bien conçus pour la fabrication en nombre et la vente à prix moyen.
M. Jallot, qui sculpte le bois avec la maîtrise que l'on sait, s'est lancé à son tour, depuis quelque temps, dans la fabrication du meuble ; il y réussit fort bien. Dans son buffet de salle à manger, d'une construction rigoureusement simple, il y a peut-être abus d'angles vifs et de lignes droites, mais les parties sculptées d'épis de blé à longues barbes, panneaux du bas, chapiteaux terminant les montants qui supportent une espèce de toit au-dessus du meuble, sont d'une facture nerveuse, pleine d'accent, superbe. Très bien aussi, la table, avec ses pieds d'une puissante venue, robustes et élégants à la fois.
Les meubles de M. Gallerey ont fini par forcer l'entrée de la Société nationale. Il eût été vraiment scandaleux de les en exclure plus longtemps. Ce sont un lit et une armoire en chêne avec panneaux plaqués en citronnier et légères sculptures de feuilles et fruits de gingko biloba. Les lignes courbes qui silhouettent ces meubles ont de la souplesse, de l'élégance ; un peu de mollesse peut-être ? C'est comme toujours parfait au point de vue métier ; mais cela ne donne pas toute la mesure du talent de M. Gallerey — qui n'est pas « décorateur », pas architecte, ébéniste et sculpteur sur bois tout simplement, mais un des plus forts ébénistes d'aujourd'hui.
Enfin M. Théodore Lambert nous soumet un fragment de chambre à coucher : une bibliothèque d'angle, une cheminée, une table ronde, une chaise, en citronnier verni avec appliques de cuivre découpé et doré, très japonaises. Ces meubles sont du goût le plus raffiné, de l'exécution la plus précieuse, très personnels mais un peu secs et froids.
Et puis quelques meubles isolés, dont le plus beau sans conteste est de M. Eugène Gaillard : un buffet en noyer ordinaire et loupe de noyer, d'une grande simplicité dans ses longues lignes horizontales et verticales, sans une sculpture, mais superbe de construction et d'une mouluration magistrale.
J. DUNAND.
(Société Nationale.)
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La Manufacture des Gobelins a pris l’habitude, comme Sèvres, d’exposer chaque année au Salon les dernières productions de ses ateliers. Voici une suite de trois tapisseries pour la Grand’Chambre du Palais de Justice de Rennes : le Mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII, la Rencontre de Jeanne d’Arc et du connétable de Richemont, le Couronnement de Nominoé ; on en avait demandé les cartons — qui sont exposés un peu plus loin dans une salle de peinture — à feu Edouard Toudouze. Avec cela, le comité qui choisit les modèles a eu l’idée regrettable de faire interpréter en tapisserie... le Printemps de Botticelli, avec son coloris si altéré, ses verts tournés au noir. Inutile
TAXILE DOAT.
(Société Nationale.)
Porcelaines.
d’insister, d’ailleurs, sur la conception consistant à faire en tapisserie des fac-similé de peintures qui n’ont jamais été des cartons décoratifs ; un Henri Martin, un Grasset, un Rochegrosse — celui-ci a déjà fait ses preuves en 1900 — un Besnard surtout donneraient de si beaux cartons à la Manufacture! Que l’on songe à ce que serait, exécuté en tapisserie, l’admirable panneau décoratif de Besnard que nous admirions naguère chez Georges Petit...
Il faut comparer à ces productions de notre glorieuse Manufacture la très belle tapisserie norvégienne de Mlle Frida Hansen. Nous ne pouvons parler en connaissance de cause de la façon dont le sujet — un conte de fées du folk-lore scandinave — a été interprété par l’artiste ; nous ne pouvons guère non plus louer ou blâmer l’archaïsme volontaire du dessin, qui après tout n’est peut-être nullement de l’archaïsme ; mais que la couleur est belle ! avec quel art sont répartis, balancés, gradués, orchestrés,
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L'ART DÉCORATIF
Frise décorative pour la Salle des conférences à l'Exposition de Milan.
ADRIEN DUTHOIT.
(Société des Artistes Français)
(Motif central.)
comme on dit, les tons vibrants ou étouffés; comme ces noirs, ces bleus, ces gris, ces rouges chantent bien ! Tous les roses et les rouges différents dont sont brodées les briques du « château ensorcelé », les diaprures des fleurettes naïves qui emplissent le jardin au pied de cette ardente muraille, la guirlande fleurie qui fait encadrement, les volutes des nuages poussés par l’ouragan ; tout cela est d’une harmonie généreuse, d’une finesse de vision qui ravissent les yeux. Quant à la technique, toute locale, bien plus expéditive que celle des Gobelins, elle traduit à merveille toutes les intentions de l’artiste.
L’envoi de Mme Ory-Robin, déjà connu en partie, est fort beau comme toujours, mais ne nous apprend rien de nouveau sur le talent de cette artiste exceptionnelle.
Les modèles de papiers peints ne manquent pas ; bien peu sont au-dessus du médiocre et de la fabrication courante. Mentionnons seulement ceux de M. Baeyens, et en particulier un beau motif de cacatoès aux ailes éployées : ils sont d’un décorateur de race. M. Pesourd a envoyé de jolis modèles de frises au pochoir, de tonalité anémique, mais bien composés, d’un dessin très élégant. Ce sont, en souples rinceaux, des branches de sorbier avec leurs fruits écarlates; et des hiboux japonisants, perchés sur une branche de pin chargée de neige et qui dépècent un écureuil. De M. Robert Besnard, une autre frise, peinte à l’huile, largement conçue, hardiment coloriée de tons entiers : une étagère drapée d’un cachemire, indien, sur laquelle dort un chat, à côté d’une carafe de vin, d’un pot avec des fleurs rouges et d’une assiette bleue, le tout sur un fond jaune : au-dessous, court une guirlande de roses et de chrysanthèmes.
Quelques vitraux à peine. En voici un de M. Robert Besnard encore, exécuté par M. Carot ; ce Coin de parc est bien composé, mais de tons quelque peu vulgaires. Signalons l’heureux emploi de verres à deux couches, une bleue et une blanche, gravés à l’acide, pour rendre des reflets dans l’eau d’un bassin. Ce procédé est aussi employé par M.Labouret, dont les petites verrières ont des couleurs magnifiques, et un beau dessin largement stylisé, plein de caractère : ce sont des aras parmi des épis dorés de maïs, des coqs et poules rutilants des bordures verticales à motif courant, papillons et épis de blé, épis de maïs et têtes de coq.
L’apport des ferronniers n’est pas non plus très important. Je vois bien au catalogue
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L'ART DÉCORATIF
Frise de l'Exposition de Milan.
ADRIEN DUTHOIT.
(Société des Artistes Français.)
(Motif latéral.)
une porte en fer forgé de M. Edgar Brandt ; ce doit être, c'est certainement une belle chose, mais où l'a-t-on cachée, dans quel cul de basse-fosse ? Je n'ai pu la découvrir. M. Emile Robert a un envoi qui, franchement, n'est guère digne d'un artisan de sa valeur. Ce lustre pour l'électricité, en fer, cuivre et vitraux, fait de branches de rosier, et ce support de vase en forme d'arche, orné de bryone — presque semblable à celui de l'an dernier — sont d'une facture petite, grêle, déchiquetée, à laquelle l'auteur ne nous a point, heureusement, accoutumés. De beaux landiers de M. Majorelle sont décorés de branches de pin largement traitées, d'une interprétation bien adaptée à la matière et à la technique. M. Georges Szabo a fait, en fer et verre, de volutes serrées, d'épis de blé et de roses de Noël, un joli écran ou devant de foyer rond, d'un dessin très net, un peu gracile, mais ferme et d'une bonne composition.
Dans le métal découpé, c'est toujours M. Franck Scheidecker qui triomphe. Avec une grande horloge en cuivre, sycomore et frêne vernis, destinée à la villa bretonne de Jules Chéret, que l'on ne peut guère juger ainsi séparée de l'ensemble décoratif dont elle fera partie intégrante, il a envoyé toute une vitrine d'objets, lampe à pétrole, plateaux, corbeille à gâteaux, vase, béquille, bouton et plaque de porte, parmi lesquels est surtout réussi un petit service à thé dont les pièces en cuivre poli, d'une jolie forme ovoïde, portent appliquées sur leurs panses de menues branches d'arbres en cuivre découpé ; elles se complètent très heureusement par des boutons de couvercles en ivoire et des anses, en ivoire aussi, découpées à jour avec des réserves rappelant ces mêmes branches. C'est d'une invention charmante et très neuve.
Une nouvelle venue, Mlle Mélanie Martin, expose elle aussi de bons cuivres découpés, plaques de portes, entrées de serrures et surtout un petit plat dont le creux est rond et le marli quadrangulaire ; dans celui-ci, des papillons sont découpés à jour et agencés avec beaucoup de bonheur.
MM. Arnaud et Mouveau à la Société Nationale, M. Marius Augustin aux Artistes Français, pratiquent un procédé dont M. Scheidecker a usé lui aussi : celui du cuivre découpé épais, dans les jours duquel sont coulés des ciments ou laques colorés ; cela donne
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L'ART DÉCORATIF
ADRIEN DUTHOIT.
(Société des Artistes Français.)
Frise de l'Exposition de Milan.
(Motif latéral.)
un peu l'impression du cloisonné, et l'on en peut tirer des effets intéressants pour des plateaux, des frises, des plaques de propreté.
La technique du cuivre repoussé au marteau a un maître incontesté : c'est M. Bonvallet. D'un modelé simple, puissant et gras, de formes amples et pures, ornées de motifs tirés très librement de la flore, ou de la faune marine, ou bien de reliefs que l'on ne peut rattacher à aucune forme naturelle déterminée, mais qui semblent toujours par leur logique, leur simplicité, leur unité, appartenir à la nature plutôt que naître d'une fantaisie de cerveau humain — ce sont d'admirables pièces que ses vases. Avec celles de M. Delaherche, de M. Dammouse, de M. Taxile Doat et, dans l'autre Salon, celle du maître Lalique, cette vitrine est vraiment hors de pair. Ce sont là cinq grands artistes ; une époque qui les possède n'est vraiment pas trop déshéritée... Mais qui les remplacera, quand ils disparaîtront ?
Ce sont de beaux objets aussi que les grands vases, le cache-pot et la saucière de M. John Dunand, montés au marteau d'une pièce, repoussés et ciselés, en cuivre aux riches patines, en acier et en argent. Et les plus simples, ceux où aucun relief accessoire ne vient se surajouter à la forme générale, sont les plus beaux sans doute.
M. Gallerey, qui repousse le cuivre mince avec autant de talent qu'il sculpte et assemble le bois, a réuni un certain nombre des choses les plus réussies qu'il ait faites en ces dernières années : un coffret en noyer avec applications d'argent et de cuivre ; un plateau à pain en chêne, sculpté d'épis avec fleurs de coquelicot en acajou incrustées et sculptées en relief ; un plat de cuivre couronné d'épis de blé, un dessous de plat fait d'une couronne de chêne en cuivre repoussé et découpé ; une plaque de collier fait d'une branche de fuchsia, en argent repoussé et découpé à jour ; tout cela d'un modelé souple, d'une composition aisée, habile, personnelle.
N'oublions pas les amusantes fantaisies de M. Pierre Roche : les modèles en plâtre d'un fer à repasser dont la poignée est une salamandre vomissant des flammes ; un poids d'horloge sur lequel est accroupi et se cramponne le vieux Temps ; une boîte aux lettres dont l'ouverture est la gueule d'un chat fantastique.