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La Nouvelle collection de Dessins Modernes au Petit Palais On vient d'installer au Petit Palais l'ensemble le plus important de dessin modernes que l'on ait jusqu'ici exposé dans nos musées. Les amateurs, les artistes, le public y pourront puiser agrément et leçon. On a dit et redit, après Ingres, jusqu'à rendre cette affirmation banale, que le dessin est la probité de l'art. Il n'est pas inutile de le rappeler, cependant, à l'heure où tant de peintres doués font fi de s'attarder à la conquête sévère du dessin. Une sorte d'impatience de se produire et d'arriver, l'horreur des jougs, quels qu'ils soient, un peu de paresse encouragée par la facile approbation des cénacles, ont fait se désintéresser de la précision plastique un grand nombre des artistes contemporains. A ces causes s'en ajoute une autre plus grave, c'est que les procédés pédagogiques actuellement en usage dans nos écoles des Beaux-Arts, dans nos écoles d'art décoratif ou nos écoles d'art industriel, loin d'être susceptibles de stimuler un désir déjà défaillant, ne peuvent apporter aux élèves qu'ennui et dégoût. De là est née cette tendance à faire profession de mépriser — au soi-disant profit du sentiment — les proportions, l'anatomie, la perspective et tout un bagage de connaissances indispensables à l'éducation complète d'un artiste. Si l'on veut remettre en honneur le culte du dessin, il faut en revivifier l'enseignement en intéressant ceux qui doivent en profiter. Sera-ce en les confinant dans la copie de l'antique que vous captiverez ces intelligences ambitieuses de s'exprimer, mais encore incapables de saisir la part d'immortelle beauté enclose dans les chefs-d'œuvre d'autrefois ? Non. Permettez-leur de marquer quelque initiative. Laissez leur personnalité naissante s'essayer, tant bien que mal, à l'interprétation des choses (1) Cette collection a été rassemblée par les soins du conservateur du Palais des Beaux-Arts, M. Henry Lapauze, dont l'intelligente initiative a trouvé à l'Hôtel de Ville un constant appui, tant auprès de la quatrième commission du Conseil municipal qu'auprès de l'Administration préfectorale, dans laquelle M. Brown, inspecteur en chef des Beaux-Arts, et M. Veyrat, inspecteur, ont particulièrement encouragé l'actif conservateur à réaliser au Petit Palais, ce qu'y voulait voir créer M. Quentin-Bauchart, lorsque, au début de l'organisation du musée, il proposait d'en faire un « Luxembourg municipal ». --- DEVÉRIA. Croquis rehaussé. (Dimensions de l'original : 0,13 × 0,20.) Don de M. A. Rouart.

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L'ART DÉCORATIF et vous rendrez leur volonté attentive et passionnée. Il en est des monuments anciens de l’art plastique comme des tragédies classiques. Pour pénétrer, à travers leur langage désuet, ce qu'ils contiennent de vérité profonde et d'harmonie éternelle, il faut déjà savoir, et c'est un illogisme parfait de commencer une éducation par la révélation qui la doit couronner. Tous nos programmes en sont là. Nos adolescents déclinent les dynasties des Pharaons alors qu'ils ignorent l'histoire de la Révolution et à plus forte raison l'histoire contemporaine et les temps où ils doivent vivre. Ainsi, l'on impose aux débutants dans l'art linéaire l'exclusive préoccupation de l'antique, en faussant leur premier instinct et en leur inculquant des habitudes de voir et de s'exprimer en contradiction avec le tempérament et la vision normale d'un homme moderne. INGRES. Etude au crayon. (0.20×0.34.) Don de M. J. E. Blanche.

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L'ART DÉCORATIF 123 La logique commande de laisser éclore les individualités dans leur tête-à-tête avec la nature, de saisir les qualités de l’élève, de les fortifier et de faciliter leur développement sans les comprimer, en leur expliquant comment les maîtres ont su tirer parti de leur émotion devant les spectacles du monde. Le néophyte que sa divination et son goût poussent vers la vie artistique créatrice s’intéressera plus vivement à reproduire le geste ou la silhouette d’un passant que le galbe d’une statue grecque. Lorsqu’il aura, par une attentive analyse, conquis certaines connaissances et connu (Dessin $0.24 \times 0.32$ .) Don de M. le Baron Arthur Chassériau. par ses essais les obstacles de la réalisation il aura appris le respect des efforts et l’admiration des maîtres. Il sera mûr pour comprendre la force des chefs-d’œuvre. C’est ainsi qu’un enseignement rationnel du dessin ne doit se baser exclusivement ni sur l’étude de l’antique, ni sur l’étude de la nature. Les deux méthodes doivent être fondues en un cours pratique. De la comparaison constante entre la nature et les chefs-d’œuvre des maîtres, les jeunes artistes apprendront non comment on doit copier un moulage — simple besogne — mais comment on interprète un sujet — le fond même de l’art.

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L'ART DÉCORATIF Du double et parallèle enseignement l'intérêt serait assez soutenu, assez grave, assez nourricier pour passionner tous ceux qui ont réellement une mission artistique à remplir. Le dessin n'apparaîtrait plus une science ardue, une inutile et froide mathématique. Il apparaîtrait ce qu'il est, le squelette nécessaire de l'œuvre dont il peut être aussi le sourire et le charme. La série de dessins modernes rassemblés dans les galeries du Petit Palais, par les soins diligents de M. Henry Lapauze, peut servir, à ce point de vue, de féconde leçon. Nulle part n'apparaît mieux que dans ces notations sincères — où l'artiste se donne tout entier à soi-même — comment on peut allier la variété de conception et la diversité des moyens avec le respect de la vérité formelle et les enseignements supérieurs de la tradition. Parcourons ces galeries où chaque pas nous arrête devant un feuillet vécu sur lequel palpite encore un peu du désir ou de l'admiration de l'artiste. Tout d'abord les ancêtres. Je ne rappellerai pas les pages magistrales de Prud'hon, de Delacroix, de Daumier, de Puvis de Chavannes. Les visiteurs du Petit Palais les connaissaient déjà. Mais à côté des dessins de Delacroix figurent maintenant de précieuses indications dues au peu prolix crayon de Ingres. Recherches passionnées, tâtonnements géniaux. Certes ! dans ces trois feuillets libéralement abandonnés par M. Jacques Blanche, la sûreté de l'œil et de la main n'a point fait défaut, mais on retrouve dans le trait cette savoureuse hésitation de la pensée au moment où elle cherche son expression définitive, et nous assistons pour ainsi dire au travail préparatoire de cette magistrale synthèse qui caractérise les dessins du maître. A côté d'Ingres et de Delacroix, Chassériau, en qui se réconcilient les esthétiques des deux artistes ennemis, Chassériau trop méconnu, père intellectuel de Puvis et de Moreau, créateur puissant et harmonieux qu'une fatalité mauvaise semble poursuivre. Deux effigies suprêmement aristocratiques, dont son neveu le baron Arthur Chassériau a bien voulu se dessaisir, le représentent ici : le portrait de la princesse Belgiojoso Don de M.A Rouart. (0,11×0,14).

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L'ART DÉCORATIF — que l'on retrouve dans le Tepidarium du Louvre — et un Lamartine d'un beau mouvement que l'auteur avait jadis donné à Mme de Lamartine. Un autre élève de Ingres, moins notoire que Chassériau, Guichard, nous édifie sur la méthode de travail que le « patron » imposait à ses élèves, exercés à exécuter d'après des gravures des copies qu'ensuite il fallait mettre en couleurs. Cet étrange procédé — qui n'étonne qu'à demi lorsqu'on songe à la froideur des œuvres peintes par Monsieur Ingres — fut employé par Guichard, dans ce petit torse d'après Michel Ange, dont M. Bracquemond a bien voulu se départir au profit du Petit Palais. D'autres œuvres de la première moitié du xixe siècle enrichissent la présente collection: M. Alexis Rouart a offert au musée deux croquis de Raffet et plusieurs dessins de petits maîtres d'alors, dont deux par Philippoteaux, qui, élève de Léon Cogniet, fit beaucoup de peinture militaire et que nous retrouvons au musée de Versailles. Ce que nous voyons aujourd'hui de lui, — femmes sur un quai s'affolant au spectacle d'une noyade et couple d'amoureux goûtant le soir au balcon, — entre dans le domaine de l'illustration et marque bien son époque. Il en est de même d'une sépia de Théodore d'Aligny, d'un paysage de Dutilleux, d'un aimable Daphnis et Chloé par Alaux,d'une marine d'un certain de Bérard,d'une silhouette de femme par Orsel et d'une autre par Achille Deveria, l'aîné, qui, bien qu'élève — comme son frère Eugène — du glacial Girodet et auteur de maintes peintures religieuses, croqua avec une élégante aisance des mondanités. Nous devons également à M. A. Rouart un intérieur de palais de Bonhommé, deux sites transcrits par Hervier et des croquis de Louis-Eugène Lami qui nous a transmis — à côté de belliqueux épisodes composés sous l'influence de Gros et d'Horace Vernet — de précieuses scènes de la vie publique de son temps. Ce don se complète de quelques pièces qui appartenaient déjà à la Ville de Paris, A. DAUZATS. Vue de Rouen. Aquarelle (0,29×0,40).

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un petit Decamps, un canal de S. Austin (1837), et des vues mouvementées prises à Rouen par A. Dauzats : vieilles rues de la vieille cité, églises gothiques, foules en costumes bigarrés, lourdes normandes au grand bonnet, affairées sous les porches ou au marché, saisies avec précision dans leur brillante couleur locale. Au hasard de la promenade, notons encore Constantin Guys et ses hâtives mais sincères impressions de la période du second empire ; Dufeu, avec des vues de Paris et BERTHE MORISOT. Don de Mme Em. Rouart. Sanguine (0,52 × 0,43.) des souvenirs d'Orient; Ravier avec des aquarelles où s'éternise le prestige des automnes dorés, des routes mouillées et des bois finissants; un dessin d'Ary Renan, don de Mme Psichari; un autre d'Antoine Vollon, don de M. E. Benoit-Lévy; une trentaine de notations des plus vibrantes de Sisley, don de Mlle Sisley; enfin, une importante sanguine dans laquelle Berthe Morisot a concentré son sens bien féminin de l'intimité, don de Mme Ernest Rouart, fille de l'auteur. Une vingtaine de paysages de Cazin perpétuent abondamment ici la mémoire du maître. Rues de village, moulins à vent, bords de l'eau, expriment cette tendresse discrète, écloses dans le calme des campagnes et si particulière à Cazin, alors que les recherches en vue du solennel Soir de fête rappellent le décorateur subtil aux nobles évocations. Voici pour les morts. Passons aux vivants. Parmi les ensembles notables, il faut signaler celui de M. Luc Olivier-Merson, qui s'est généreusement séparé de remarquables cartons se rapportant presque tous à la décoration de l'Opéra-Comique. Des lignes légères, déliées et concises délimitent des académies d'une expressive pureté. Voici la Poésie, voici les Muses prenant leur essor, voici l'Amour, la Musique, et voilà

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L'ART DÉCORATIF E. DE BÉRARD. Marine Sépia (0,29×0,20.) ALAUX. Don de M.A. Rouart. Daphnis et Chloé Sépia (0,17×0,14.)

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--- L'ART DÉCORATIF — témoins d'une rare conscience recourant à l'antique discipline que la moderne impatience de produire dédaigne — les mêmes personnages indiqués nus avant l'étude du drapé. A côté des mineurs dans lesquels il résume le labeur ouvrier, Jean-Paul Laurens a dressé du duc d'Enghien une effigie d'un pathétique intense où s'expriment la haute pensée de l'artiste. Les œuvres dont M. Bonnat a gratifié cette galerie nous le découvrent sous des aspects peu connus. Telles rives du Tibre sont d'un paysagiste ému et quelques eaux-fortes nous font regretter que M. Bonnat n'ait pas davantage sacrifié au burin dont la mâle expression semble convenir à son tempérament. Le portrait du maître par lui-même, en 1860, est des plus impressionnants. De M. Bracquemond de nombreux cadres nous présentent des alentours de sa maison de Sèvres, le projet de son eau-forte des mouettes, Sganarelle en médecin, enfin, une aquarelle exécutée de sa fenêtre pendant le siège et dans laquelle on voit la maison de la rue Rousselet où Barbey d'Aurevilly passa la plus grande partie de sa vie. M. Chartran a finement croqué M. Pasdeloup. M. Frémiet connaît les animaux ; il les étudie avec probité et les surprend avec esprit. L'aquarelle de M. Edouard Detaille est aussi imprévue qu'humoristique : la blonde et gauche valseuse, les musiciens gonflés de leur importance, la soldatesque toute à la joie du bal, tout cela est d'une observation astucieuse et réjouissante. Notons un pastel audacieux de M. Roll; une tête de vieille femme très étudiée par M. Marcel Baschet; de M. Albert Maignan la première pensée de son Christ aux ---

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L'ART DÉCORATIF VIGNAL. Marine. Aquarelle (0,48 × 0,34). ED. DOIGNEAU. Fillette bretonne. Aquarelle (0,30 × 0,30).

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Affligés que possède la galerie municipale ; de M. Gustave Colin une attrayante silhouette; trois dessins fouillés de M. Cormon ; de puissantes musculatures par M. Roche-grosse ; des souvenirs de son séjour à la villa Médicis, — 1843 ! — par le véné-rable doyen des prix de Rome, M. Hébert ; de typiques croquis par M. Tattegrain. La façon que M. John Sargent eut de s'émerveiller à Venise nous vaut une aquarelle d'une rare allure. Un batelier y lance une gondole avec un mouvement que j'oserais dire lyrique s'il m'était loisible de comparer cette page d'un coloriste à une strophe. Les portraits de MM. Albert Sarraut et René Viviani par M. Henri Martin, se signalent non seulement par leur ressemblance, mais encore par l'originalité du métier. De M. Raffaëlli un coin suburbain où s'inscrit la poésie des talus pelés et des vieilles clôtures de banlieue. De M. Jules Chéret les fraîches et transparentes esquisses des compositions dont il agrémenta une des salles de l'Hôtel de Ville. M. Vignal, aquarelliste puissant, dispose des barques sous le soleil, au bord d'une mer chaude aux bleus profonds. Les belles impressions que M. Lebourg a glanées dans ses pérégrinations diverses ! Elles semblent parfois inscrites avec la précise rudesse du burin dans la solidité du cuivre, et parfois indiquées avec la légèreté d'une aile plutôt qu'avec la main. Voici Rouen, Dieppe, La Rochelle, avec leurs quais où les bateaux se pressent, et puis voici des vues d'Alger et de ses environs, prises il y a vingt-cinq ans, alors que le maître aujourd'hui triomphant était un modeste professeur de dessin. Avec une égale sincérité, M. Maufra contemple et rend la nature. A regarder ses œuvres on perçoit quelle émotion d'un naturalisme panthéiste l'étirent au spectacle des choses et dans ses transpositions colorées il reste toujours un peu de la violence de cet Océan qu'il aime si farouchement et qu'il traduit comme il l'aime. On respire l'air du large devant son aquarelle d'un petit port breton. M. Charles Cottet a fortement senti ce pays de la mer auquel il doit ses pages les plus complètes. Ses trois femmes bretonnes sont émouvantes parce qu'elles renferment réellement en leur aspect semblable à celui des rocs, un peu de l'âme d'Armor. ABEL FAIVRE. Dessin rehaussé. (0.30×0.47.)

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L'ART DÉCORATIF MAUFRA. Aquarelle (0.47×0.31). FRÉMIET. Aquarelle (0.55×0.42).