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FERDINAND CHAIGNEAU
Au début et jusqu'au dernier tiers du dix-neuvième siècle, l'école de Barbizon offre l'aspect solide, cohérent, classique, de l'école hollandaise, et certes un des groupements les plus caractérisés de l'histoire de la peinture. Il y a là un faisceau de volontés et de consciences dont l'exemple n'a pas été égalé, même par les impressionnistes. L'unité de pensée et de technique, la communion dans l'amour de la nature, un désintéressement absolu, le mépris des avantages de carrière, la passion de l'indépendance et la véritable morale d'artiste, voilà les traits de ces forestiers admirables et modestes qui ont donné à la France ses Ruysdaël, ses Hobbema, ses Van Goyen, ses Wynants, ses Van der Meer, en la personne de Théodore Rousseau, de Daubigny, de Millet, de Troyon, et, pour citer les moins grands mais non les moins fidèles, de Charles Jacque, de Bodmer, ou enfin de Ferdinand Chaigneau, dont j'ai dessein de parler.
Il a fallu le hasard des temps pour attribuer l'épithète de «romantique» à une conception du paysage qui fut le classicisme même. Et cela conduit à se rappeler avec étonnement qu'il y eut une époque où, être classique, c'était farder la nature, la fausser l'ignorer, être romantique étant l'aimer pour elle-même. L'école de Rousseau n'a pas été autre chose qu'un réalisme pieux, ne demandant la stylisation qu'aux éléments offerts par le paysage lui-même, lorsqu'enfin on prend la peine de le regarder, de l'interroger. On ne peut même pas dire que cette école se soit ingénieuse à interpréter décorativement les thèmes naturels. Le respect des sites la commande et borne son sens d'interprétation.
Alors que l'amour de la nature n'est chez les romantiques littéraires qu'un prétexte à rajeunir de métaphores nouvelles une forme de sentimentalisme lyrique, chez les peintres faussement nommés romantiques parce qu'ils coexistent à Hugo et à Lamartine, cet amour n'est vraiment qu'une humble, une impersonnelle pénétration des formes de la vie champêtre. Le trait dominant de ce groupe d'hommes, c'est leur abdication individuelle devant la nature étudiée. Ce sont des prêtres anonymes. Leur atelier, leur philosophie, leur carrière, leur esthétique, leur ambition, c'est le champ et la forêt. Ce sont des druides, sans rapport avec la fièvre et les scrupules de leur époque. Ils ont une moralité toute d'abnégation. Ils vivent en paysans, dans un coin choisi, et mettent tout leur talent, toute leur âme
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L'ART DÉCORATIF
patiente et aimante, à le reproduire. Leur désir est qu'on le trouve beau et qu'on l'aime comme ils l'aimèrent eux-mêmes, et non qu'on s'occupe de les louanger pour l'avoir bien rendu. Pour un peu, ils ne signeraient pas; il y a en ces chantres du terroir occidental la naïve humilité des vieux gothiques de France.
Ces hommes-là ont fait des chefs-d'œuvre et préférant n'en avoir aucune, sinon le souci d'être vrais.
Personne, depuis les Hollandais, n'a autant accordé d'intérêt au dessin anatomique d'un arbre, à la géométrie d'un terrain, à la recherche des plans, à la structure d'un paysage considéré comme un être organisé et synthétique. Devant ces œuvres, on a d'abord la sensation d'une copie fidèle, patiente, derrière laquelle s'effacent les personnalités des auteurs. Mais peu à peu leurs âmes se révèlent. On voit la force du caractère de Rousseau dans ses inoubliables chênes, on voit se lever l'âme exquise de Daubigny dans ses légers nuages de perles, et on reste étonné et respectueux de cette belle science des valeurs, de cette facture variée, de cette pâte riche, de la conscience admirable qui a lentement construit ces œuvres. L'école de Barbizon nous donne une sensation perdue aujourd'hui: celle de la sécurité, de la loyauté dans le travail.
Ferdinand Chaigneau, élève de Brascassat, animalier et paysagiste, chantre rustique de cette plaine de Chailly et de cette lisière de Barbizon qu'il n'a jamais quittées, a produit une œuvre considérable dans un domaine d'art difficileux et peu envié. Peu importe le sujet par lequel l'artiste révèle sa faculté de dire les strophes de la lumière et de l'ombre, et sa résolution d'aborder les plus arides problèmes de son art; cependant il est des genres que la critique ne vante pas, et si elle a des trésors d'indulgence bavarde pour une toile allégorique,
immortels par la force de leur sincère conscience et de leur grand amour. Nous avons des artistes plus curieux, plus subtils, plus séduisants, plus complexes : nous n'en avons pas de plus sérieux et de plus nobles. On peut dire qu'ils ont donné de la nature une définition littérale et tenace, sans y rien modifier, sans fantaisie, sans arbitraire. Peintres de l'Ile de France, transcrivant des paysages harmonieux et modérés, ils n'ont pas eu à entreprendre avec la folle lumière radiante ces luttes d'éclat que Monet et Turner ont soutenues. Ils ont été sensibles avant tout à la forme des choses. Ils se sont contentés de la composition telle que la leur offrait la nature, et ils ont été des protestataires silencieux et dédaigneux en face de l'École, rejetant sa pseudo-esthétique
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EDUARD CHAGNEAU
Elle ne fait devant un simple lever de base
d'élèves qui occupent, qui revient, sur l'île
d'une bergée, ou un haut de plaine tel-
que en calypsoles. Ce ne sont pas les des
marches à faire pour les hommes et le
sable en fait avec les trains, et la crêpe
vraiment très bien ses horaires, puis en
retour mal leurs mises.
La personnalité de Ferdinand Chag-
neau, dans son groupe, est de celles qui
a moins revenus, à cause de sa petite
famille dans l'accomplissement prête de
Le Plan
n'en sait que deux. C'est pourquoi Chagnon
n'a jamais croyé que l'écriture solide de sa
génération, et cela n'empêche pas qu'il ait
signé de très belles choses, comme Jacqie,
comme Trepas. A savoir quel, on arrive
aujourd'hui religieux le glorie bruyant, mais
Chagnon est de cette épique, où on la
barrise à la conscience du dernier ancrage,
et où le terme vient guère que la récolu-
tion de peinture du jour quotidien. Nous
sommes nous sommes de l'héritage de la
vie de Niles, et il est vrai de dire qu'elle
a planté près des indigations qu'impose
des exemples et d'idées des leaders. Mais
aucun de lui il y avait les mêmes sacrifices,
le même atmosphère mondiale, et comme on
notait avoir d'autres. Rappelons-nous ce que
Et Carlyle des rebelles hommes advenus
qui sont le seul de la morte. C'est une de
tels hommes que se connaisse le souverain
même indombrable de l'Ecole française,
c'est par leur sacrifice abrégé que l'artis-
tique des autres peut subsister, c'est aussi
des hommes que le publiciste voulut d'un but
signé de vie, et d'être honorables et de
second ordre alors que l'art les reconnaît
pour nos vieux fils, que se sauvegarde la
tradition nationale.
Ferdinand Chagnon, né à Berhoun en
1806, abrita au Salon de 1849, fut très
premier en langue en cours de Paris en
1853, toutefois comme bien d'avoir de la
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L'ART DÉCORATIF
partialité du jury, qui lui donna une mention, alors que de l’avis unanime il méritait le prix, puis... s’en alla travailler à Fontainebleau. Après un autre essai de concours en 1858, où on ne lui pardonna pas du tout d’être allé peindre sur nature,
Chaigneau renonça à la voie officielle, eut un succès sérieux au Salon de 1861, et dès lors vécut dans son village de prédilection, envoyant assez régulièrement des toiles aux Expositions, mais vendant surtout directement à des amateurs et réunissant de loin en loin des séries pour des expositions particulières. En somme une vie nue d’événements, tout intérieure, dédaignant paisiblement les sanctions sociales. L'étoile du soir de 1888 a été très vantée, et l’envoi à la Centennale, la vente de 1891 ont été des succès, et entre ceux de Bonvin et de Charles Jacque le nom de Chaigneau s’inscrit honorablement au répertoire des petits maîtres de la peinture rustique. Mais en quoi ceci peut-il définir sa physionomie picturale? Il n’y a guère plus à dire d’Hervier, de Lépine, de Cals; on a moins dit encore sur le merveilleux Ravier, et je ne vois, comme toujours, que M. Roger Marx qui ait le souci de dire de tous ceux-là le bien nécessaire, parce qu’il connaît et aime l’école française, qu’il est profondément instruit d’elle, garde une vision constante de ses phases et sait, mieux que tous ses confrères, l’importance de la filiation, de la substruction des artistes modestes dont la lignée permet les artistes d’exception. Pour parler plus précisément de Chaigneau, situer son style d’animalier à la distance voulue de Brascassat, de Jacque, de Rosa Bonheur, de Verwée, il faut parler de la qualité tendre, grise, intimiste de sa lumière, de la façon dont il baigne les contours, de la douceur particulière de ses modelés. Il faut penser à Anton Mauve et à Henri Duhem, car Chaigneau vient de l’un et annonce l’autre.
Il est d’abord méticuleux, sec, plus dessinateur que coloriste, consciencieux sans largeur, dessinant trop au gré des demi-jours et des seconds plans de ses paysages. Puis il s’achemine vers la recherche de l’enveloppe, de la lumière fine et, dès 1860, préoccupé du plein air, Chaigneau est un tendre qui comprend la poésie des passages de tons. On peut le considérer, dans son groupe, comme un intermédiaire entre la façon vigoureuse et large de Millet et la façon irisée et fluide de Daubigny. Évidemment les moutons qu’il a dû, de par un succès de début, peindre toute sa vie comme Jacque, ont limité sa carrière et son désir. Cette perpétuelle anecdote de premier plan, exigée par le marchand qui spécialise, a généré son vœu d’un paysage élargi, empli de la mélancolie des crépuscules et du silence
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FERDINAND CHAIGNEAU
magique des nuits, tel que l'a su dire Eugène Lavieille. Parce qu'on a dit « les moutons de Chaigneau » et qu'on l'a redit pour être aimable, puis par routine, l'artiste a connu la contrainte des effets répétés, l'obligation du sujet, qui pèse lourdement sur les producteurs actuels, que les pauvres subissent « Vieux berger », « Troupeau en marche », traductions de ses toiles les plus cotées ou compositions de premier jet ; ces eaux-fortes sont d'un métier remarquable, d'une saisissante compréhension du blanc et noir, et quelques-unes tiennent auprès de toute autre de l'art moderne dans les collections les
pour vivre et que les aisés acceptent pour conserver leur prestige dans le public. Mais si Chaigneau a dû garder sa marque anecdotique, du moins l'a-t-il harmonisée à une série de paysages remarquables. Il faut avoir aimé à loisir les gorges d'Apremont, le Bas-Bréau, la plaine de Macherin, les cavalières et les carrefours de ce puissant pays pour goûter pleinement la justesse sobre, la vérité, la netteté de valeurs et la qualité d'atmosphère par lesquelles Chaigneau les rendit. Là, dans le souvenir pourtant redoutable de Rousseau, de Millet, de Diaz, il a donné sa note personnelle, avec un léger tremblement de gris argenté qui est à lui.
Dès longtemps (1852), il avait fait des eaux-fortes originales, et il en a fait assez régulièrement depuis « Moutons au repos », plus strictement choisies. Elles rappellent un peu les croisillons lentement serrés des dessins de Millet, la façon de cerner certaines silhouettes et d'en suggérer simplement certaines autres par des suspens du trait ; elles sont d'une belle coloration chaude et vivante. On y retrouve le thème cher à Millet, le berger au large dos, à la cape flottante, se dressant noir au-dessus de la vague onduleuse du troupeau qui se hâte, parmi des buissons, vers la tristesse indéfinie de l'horizon matinal ou lunaire.
Parfois des esquisses d'un sentiment plus romantique témoignent des préoccupations plein-airistes de Chaigneau : ciels sulfureux barrés d'une strie de sang, dévalements de nuées déchirées par le grand vent, silhouettes noires, lumières étales jaillissant
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de la nue orageuse, tout s'emplit de mouvement et de contrastes chromatiques, sans exagération, mais avec une connaissance très précise de la nature. Toute la peinture de Chaigneau est imprégnée de vérité; elle est d'un homme qui n'a jamais terni sa vision dans l'atelier, qui peint ce qu'il voit, le sol qu'il a devant lui, les arbres sous lesquels il se promène, les ciels qui rient à sa fenêtre, les sous-bois et les fourrés dont les ronces accrochent familièrement son vêtement de forestier. Et ainsi il acquiert une science du milieu, une perception fine, une notion de la féerie des heures, une foule de documents mnémoniques techniques qui confèrent à ce qu'il peint un caractère d'authenticité. L'amour de la nature fait le reste.
Le vieux maître de Barbizon, dernier survivant d'un groupe de fervents artistes, nous donne donc un silencieux exemple d'accord entre le caractère, l'œuvre, le milieu, la vie. Il est bon que la génération actuelle se reporte, en pensée déférante, à ceux qui ne vouluvent rien être, et sans lesquels elle ne serait pas au degré où elle est. Un conseil simple, comme des feuilles robustes, sort de ces œuvres saines et soigneuses. On reste surpris de la conscience qu'il y a dans le moindre de ces dessins, de ces petits tableaux gris que les officiels tapageurs ou fades des jurys de l'Empire s'empressaient de jucher au plus haut des murs des salons, par haine pour les réalistes, les agrestes, les élèves de la libre-nature, qui ne daignaient pas protester. Il y avait sans doute moins d'imprévu, de piquant, de dextérité, de caprice touchant et subtil dans ces hommes que dans ceux d'aujourd'hui. Mais il n'est pas niable que leur foi dans l'effort, leur scrupule, leur compréhension du devoir de l'artiste étaient d'un plus haut degré. Ces hommes aimaient la gloire : ils l'accordaient aux plus forts d'entre eux, se la refusaient à eux-mêmes, délaisssaient la réputation, ne demandaient à la Société que du pain, et trouvaient la joie dans le labeur et la nature. L'art en silence n'a pas eu de plus nobles adeptes. Il y aura toujours des peintres, mais ils n'y aura peut-être plus de caractères d'une seule venue comme celui de Ferdinand Chaigneau.
CAMILLE MAUCLAIR.
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Composition de Mme ROTH
Eventail
(Appartenant à S. M. l'Impératrice de Russie et à S. A. la Princesse de Saxe-Meiningen)
BRODERIES ROUMAINES
L'ATELIER ROYAL DE BUCAREST
La reine Élisabeth de Roumanie, éprise de beauté, est une figure du monde poétique moderne. Mais la lyre ne suffit plus à Carmen Sylva. Elle construit des écoles d'art, encourage la joie des yeux, professe elle-même. Cette exposition de broderies du Pavillon de Marsan, dont je veux parler aujourd'hui, fut inspirée par elle, car elle savait bien que Paris l'applaudirait en réciprocité de l'accueil touchant que nos maîtres reçoivent en son pays.
L'atelier royal de broderies, Calea Raho-
Composition de Mme ROTH
Dessus de piano (fragment)
(Appartenant à S. M. l'Impératrice de Russie et à S. A. R. la Princesse Marie de Roumanie)
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veis à Bucarest, est dirigé par Mme Anna Roth. Les souverains ne le subventionnent pas, mais ils l'alimentent d'incessantes commandes. La princesse royale s'est tout entière consacrée à sa prospérité. Nuls dessins bizarres ou tourmentés, une composition sobre, une ligne gracieuse, à coup sûr le goût du beau et le soin scrupuleux d'une technique parfaite.
La broderie de fleurs superposées a besoin de perspective, elle ne peut l'obtenir que par les dégradés. L'aiguille doit tracer, suivant le sens du mouvement, le jet des pétales, la torsion de la plante, pour donner les saillies, l'illusion des reliefs. La Renaissance observa beaucoup le profil du modelé, d'où le triomphe de ses fuseaux et de ses aiguilles. Sur une figure les points doivent incliner anatomiquement, sinon pas de jeu de lumière, pas de vérité de physionomie.
On sent l'importance de ces remarques, qu'avait faites Mme Anna Roth avant nous. Une chaire d'enseignement des arts de l'aiguille fut créée pour elle à
Composition de S. A. la Princesse Royale de Roumanie
Coussin (Photographie Louis Lemery)
Composition de S. A. la Princesse Royale de Roumanie
Coussin (Photographie Louis Lemery)
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Composition de Mme ROTH(Photographie Louis Lemeroy)
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Panneau brodé(Salon de S. M., la Reine de Roumanie)
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M. ANFANG WAR DAS WORT UND DAS WORT WAR BEI SOT T UND SOT T WAR DAS WORT
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L'ART DÉCORATIF
l'École professionnelle «Princesse Élisabeth». Elle put inculquer à la jeunesse éclairée qui l'écoute son vif souci de la couleur, son goût particulier des assemblages, et former ainsi des maîtresses nombreuses qui répandent à leur tour le soyeux d'abord indécises, retouchent, s'arrêtent définitivement. Le concours est ouvert, le meilleur projet, amendé, revisé par Mme Roth, servira de thème définitif. La ruche contient vingt-cinq jeunes filles ou femmes, et toutes à l'envi s'ingénient à l'obtention du laurier.
Paravent (Photographie Louis Lemery)
et lumineux savoir. Si bien que M. Mikail Vladesco, ministre de l'Instruction publique, désireux de propager plus encore cette culture de l'art décoratif, parle de rattacher la section d'enseignement de l'École professionnelle à l'atelier même de la Calea Rahoveis.
Les cours? La directrice indique le sujet à traiter, les sources d'inspiration, explique les documents qu'elle possède, y ajoute ses commentaires. La ruche se met au labeur, chacune des abeilles en son alvéole, livrée à ses seules forces, sans copier ses voisines. Les aiguilles ralentissent,
Qu'aujourd'hui le pavillon de Marsan reçoive notre butin délicieux! Admirez ces chrysanthèmes violâtres, en soie mauve, au point lancé, qui s'amonceillent sur une couverture de piano offerte à l'imperatrice de Russie, voyez ce tapis jonché de plumes de paon occellées, ce rideau blanc où s'érigent des lis orgueilleux, simples ou en bouquets, ces guirlandes florales d'églantines, ces panneaux de lis rouges, d'une délicatesse attendrie, pour la reine de Hollande.
Le sens de l'orientation des points pour le frisson du nuancement s'affirme en ce
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paravent où des plumes de paon verticales sèment la richesse de leurs yeux glauques. Voici des tapis aux feuilles de platanes, des anémones veloutées sur grosse faille longue, des chardons et tournesols essaimant un gros de Tours passementé, des pavots mauves au point lancé sur fond diamanté, une merveille de demi-deuil. Dans les mêmes tonalités, regardez ce paravent sur le sommet duquel des courants d'épines soutiennent des couronnes de pensées attendries, dont les pétales mortes s'éparpillent dans une atmosphère d'or. Encore des tapis, multiples, sertis de chardons, de platanes, de lis, emmi des cieux variés, des éventails sur gaze en double face, d'ornements semblables, iris, marguerites à calices somptueux.
L'agrément de ces luxueuses mains-d'œuvre est bien pour flatter les temples. Les vêtements sacerdotaux, les chasubles or sur blanc de la religion orthodoxe, les tapis de communion, dessous de calices, nappes d'autel de l'église du monastère de Sinaïa vous arrêteront par leurs curieux agencements où s'encadrent la Sainte-Cène et d'autres visions peintes.
Mais ici l'éloquence de la mélodieuse souveraine, de cette âme hautaine faite de douceur et d'harmonie, a distancé d'un geste toutes ces merveilles, toutes ces inspirations. Ce devant d'autel, dessiné par la reine elle-même, conseillé, chéri, écrit par elle comme un des plus délicats fabliaux qui ont porté son nom aux bornes du monde littéraire, est bien l'expression la plus intense d'une pure adoration. Quelle simplicité dans la majesté, ces lis qui foisonnent, orgueilleux, et cependant soumis devant l'Eternel qu'ils affrontent, sur ce satin qui rivalise de blancheur avec eux! Cette strophe brodée s'exprime sans autre commentaire, et c'est presque une redondance que l'inscription en lettres rudes qui la souligne:
Im Anfang war das Wort und das Wort war bei Gott und Gott war das Wort...
Rien n'égale l'évangile d'un poète qui rêve de beauté!
LÉON RIOTOR.
Dessus de lit (fragment)
(Appartenant à S. A. R. la Princesse Marie de Roumanie)