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LES AQUARELLES DE GASTON PRUNIER J'ai fréquemment observé que les artistes réalistes étaient une sorte de magiciens beaucoup plus surprenante que les peintres des rêves les plus extravagants. Car la première impression que donnent ces réalistes — je parle des artistes — est en effet une impression de surprise. Nous sommes, devant leurs œuvres, frappés de reconnaître subitement un aspect de la nature que nous avions souvent eu sous les yeux et que pourtant nous n'avions jamais vu. Et cette surprise est d'autant plus vive que le sujet est pris dans la réalité la plus coutumière. C'est là le secret de leur magie. Mais c'est là aussi qu'on reconnaît les véritables artistes; c'est cela qui nous avertit de la personnalité de leur vision; c'est cela qui nous fait distinguer ceux qui ont quelque chose d'inédit à dire de ceux qui s'enlisent plus ou moins dans l'inutile imitation. C'est que la condition primordiale de l'art est d'éprouver devant la nature une émotion neuve; la seconde est de traduire cette émotion. D'où il résulte qu'on pourrait diviser les peintres en quatre catégories : ceux qui n'ayant rien à dire ne nous donneront jamais cette surprise dont je parlais et qui, se contentant de suivre les autres, seront gens de talent ou médiocres selon qu'ils sauront ou non leur métier; puis ceux qui, ayant une personnalité, se réaliseront mal et seront des instinctifs incomplets, ou se réaliseront parfaitement et seront tout bonnement des artistes. Gaston Prunier est de ceux-ci. Il sera facile en effet de vérifier qu'il allie à l'imprévu d'une vision des choses bien à lui, la maîtrise de la traduction. Il découvre dans le spectacle de la rue ou de la nature son côté sévère et presque tragique dans sa simplicité; et ce spectacle n'émeut pas seulement le peintre, il émeut aussi l'homme. Gaston Prunier ne voit pas seulement des lignes ruées dans des ciels tourmentés, silhouettes de murs en ruines, d'échafaudages ou de rochers déchiquetés; il ne voit pas seulement des taches de couleur puissante, bruns sombres et rouges sanglants opposés Entrée du village de Salardü — Espagne

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L'ART DÉCORATIF à des nuages noirs ou à des couchers de soleil où les violets et les bleus acides se mêlent à l'or et à la pourpre; il voit aussi derrière cela tout ce qu'il y a de désolation contenue, et son cœur s'emplit d'une pitié secrète pour la terre et pour les humbles, pour les hommes pygmées faiseurs de be- sognes d'athlètes, constructeurs, démolisseurs ou débardeurs. C'est presque toujours cette beauté nue de la nature, cette beauté populaire des

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L'estan clotos — Val d'Aran

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L'ART DÉCORATIF rues, cette beauté grave des pauvres et des travailleurs qui a séduit Gaston Prunier. Paysagiste, il va des glaisières crevassées de Vanves aux rocs agressifs de Bretagne ou aux Pyrénées grandioses; peintre des humbles, il passe des fortifs parisiens aux charbonniers du Havre; peintre des rues, il l'effet le plus intense. De là son choix quasi constant de sujets architecturaux : murs en démolition, rues encaissées entre les hautes maisons, fleuve aux rives parallèles, bras de Seine ou canal Saint-Martin, pierres énormes s'enfonçant dans la mer, lacs endormis dans un cirque de rochers. élève tour à tour dans l'air les silhouettes de la Cour des Comptes ou de Mazas. Ce goût particulier pour les architectures indique du reste chez Gaston Prunier un sens spécial de la composition. Ce peintre des drames que les volcans d'autrefois ou les hommes d'hier font jouer dans le ciel aux montagnes ou aux constructions démesurées, procède par grandes lignes et par grandes masses qu'il sait admirablement équilibrer et mettre en page pour obtenir Dès ses débuts en 1888, ses premières petites aquarelles représentent le Trocadéro ou la Fontaine de Carpeaux au bout du Luxembourg. Mais ce n'est là encore qu'un essai et il faut attendre cinq ou six ans avant que Gaston Prunier commence à prendre vraiment possession de lui-même. C'est vers cette époque que la démolition du Palais de l'Industrie, celle de la Cour des Comptes, celle de la rue du Four, lui fournissent l'occasion de peindre ces solides

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LES AQUARELLES DE GASTON PRUNIER Village de Salardù — Espagne

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L'ART DÉCORATIF aquarelles qui sont en même temps des images si fidèles et si précieuses d'un Paris disparu qu'on s'étonne de ne les pas voir au musée Carnavalet. Que nos excellents confrères Georges Cain ou Maurice Bernhardt y veuillent bien songer. Car, dans ces premières pièces, l'aquarelle ne fait guère que rehausser un dessin fortement écrit au expose une quarantaine d'aquarelles chez Bing : Gustave Geffroy, toujours prompt à découvrir les jeunes de tempérament, présente l'artiste. L'Exposition de 1900 donne à celui-ci un nouveau prétexte à dresser dans l'espace des architectures inaccoutumées : sa Porte Binet toute en bleu, son Globe céleste noir, conté sur le papier de teinte jaunâtre qui donne l'atmosphère générale : Gaston Prunier y est déjà un peintre de vérité. C'est en 1897 qu'il se met à représenter les paysages d'apparence ingrate de la banlieue de Vaugirard, et il arrive tout à coup à un résultat inattendu. Cette face de la terre fouillée, creusée, trouée, éventrée, l'intéresse par la variété de son mouvement et il nous y intéresse par la puissance du modelé et du coloris. Une excursion en Bretagne l'année suivante lui fournit des motifs symétriques : là, c'est un sol bossué, âpre, pelé, avec des maisons sombres, paysages rouillés sous une enveloppe de pluie ou sous des brouillards fins. Au retour, il son Creuset rouge ont quelque chose de fantastique et de monstrueux. Du reste, au-dessus de ces terrains ravagés, de ces constructions fabuleuses et immobiles, Gaston Prunier fait glisser des nuages qui se pressent en foule et la variété des ciels le retient autant que celle du sol. Ces ciels de Gaston Prunier sont admirables pour leur grouillement et leur dessin, pour leur justesse de valeur et leur hauteur de ton. La recherche de l'atmosphère le préoccupe aussi de plus en plus. Ce peintre de prodigieuses architectures naturelles ou humaines, cet écrivain de l'éternel drame des formes ne perd jamais de vue leur ordonnance et à côté de l'harmonie superbe des

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LES AQUARELLES DE GASTON PRUNIER lignes il veut conserver celle du coloris. De la première série des paysages de Bretagne à la seconde, rapportée en 1903, sa palette s'est montée considérablement en couleur et ses aquarelles ont acquis une plénitude et une vigueur peu familières à ce procédé. Les rochers roux et violetés de la pointe du Raz, de la pointe du Van et de la baie des Trépassés, l'eau verte et bleue, les ciels d'ocre et d'or ont pris une intensité extraordinaire. Cela tient sans doute en grande partie au travail sérieux des dessous. Gaston Prunier choisit de préférence un papier teinté qui, par lui-même, donne déjà plus de profondeur et de solidité aux tons; il établit ensuite fortement son dessin au conté, puis il cherche la tonalité générale, froide ou chaude, et ce n'est qu'après qu'avec de puissantes touches d'aquarelle, continuant toujours à modeler la pierre immobile ou l'eau remuante, il parachève l'œuvre définitive. Il en résulte qu'à chacune de ces étapes l'artiste pourrait s'arrêter et présenter cependant un ensemble complet. On en a pu voir des exemples à l'exposition que Gaston Prunier vient de faire boulevard Haussmann, à la galerie Serrurier. Comme la Bretagne, les Pyrénées ont pour lui un pouvoir d'attraction particulier. Il y va en 1894, il y retourne en 1902 et en 1904. C'est que le terrain nu l'intéresse surtout:

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L'ART DÉCORATIF on trouve dans son œuvre peu d’arbres qui viendraient rompre l’unité des grandes lignes. De 1902, je me rappelle la forme toujours admirablement serrée d’une gorge verte, avec un filet d’eau dans le fond; de 1904 voici d’immenses cirques de montagnes autour de lacs tranquilles; voici le cap Rosas baigné dans une mer bleue; voici le bourg de Porto de Selva et le bouquet rose et blanc de ses petites maisons. Ces Pyrénées orientales n’ont plus le caractère sauvage de la Bretagne ou des Pyrénées des Bains de Trédoz; la composition y gagne en harmonie. Pour que l’harmonie du coloris y gagne également sans que la vérité y perde, Gaston Prunier divise avec raison son travail; d’une part, le dessin serré est toujours tracé devant la nature; de l’autre, pour saisir l’ensemble d’un effet fatalement changeant, Gaston Prunier prend en plein air de petites aqua- relles rapides qui ne sont pas seulement des notes vives et qui valent par la justesse et la fraîcheur de l’impression. Et c’est rentré à l’atelier, qu’à l’aide de ces notes prises sur le vrai, il colorie son dessin établi d’après la nature, non sans avoir d’ailleurs préalablement cherché en dessous la tonalité d’ensemble. Ces états intermédiaires de l’aquarelle, ces dessins rehaussés sont du reste, comme je l’ai dit, d’une telle qualité qu’ils semblent absolument complets et qu’on demanderait volontiers au peintre de s’y arrêter. Mais il sait continuer en conservant toutes ses qualités, et tel nocturne dans la montagne est d’un charme infini et d’une impressionnante poésie. Gaston Prunier a étendu son observation à l’homme, au travailleur ou au passant de la rue. Ses débardeurs du Havre, où le peintre est né en 1863, ses charbonniers noirs de poussière, montrent en lui une sorte de Constantin Meunier de l’aquarelle. L’Intérieur d’un magasin à charbon ou l’Intérieur de l’auberge des Bains de Trédoz, avec le chaudron sur le feu et les vieilles Falaises de la Hève — S^e Adresse

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LES AQUARELLES DE GASTON PRUNIER Espagnoles en fichus jaunes autour, sont d'une extraordinaire vigueur. Prunier anime tour à tour aussi la rue ou la campagne, qu'il s'agisse des enfants du village de Roscoff, des Bretonnes sur la route, des batteuses dans l'aire lumineuse, des fiacres de la rue du Four ou des matelots d'une rue du Havre. Et parfois encore, ne se bornant pas là, il utilise ses croquis pour peindre à l'huile son Chantier de construction, son Quai au charbon, ses Usines, son Dimanche aux for- tifications. Mais, quel que soit le mérite de ces toiles, Gaston Prunier reste surtout jus- qu'ici un des maîtres de l'aquarelle : c'est avec elle qu'il a dit ce qu'il avait à dire de neuf en art, et il l'a fait d'une façon nou- velle, avec une force et une sincérité in- comparables, en apportant dans cette ma- nière preste une puissance de coloris, une solidité de matière, une sûreté de métier qu'on y avait rarement vues. TRISTAN LECLÈRE. La pointe du Van — Finistère

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Gallia-Métal Garniture de toilette ORFÈVRERIE D'ÉTAIN Le champ des conquêtes de « l'art dans la maison » s'est trouvé agrandi d'une manière heureuse et imprévue par la baisse de l'argent. Du jour où le « couvert massif », qui fut toujours chez nous le type de ces terribles cadeaux utiles redoutés des enfants, qui valent au donateur le meilleur sourire des mères prudentes, a cessé d'être une valeur, on s'est avisé que, le poids n'ayant plus d'importance, on avait le loisir d'en attacher un peu plus à la forme. Les fourchettes aux dents raccourcies par celles de plusieurs générations usées sur elles rejoignirent dans la balance du fondeur les cuillers à ragout qui pesaient un kilogramme. Leur seule parure était un filet de bon goût et un chiffre gravé, souvent laid, mais leur inconvénient encombrante avait le droit au respect d'un meuble de famille. Il n'y a pas fort long- Gallia-Métal Pot à eau et cuvette

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ORFÈVRERIE D'ÉTAIN temps que les gens à l'esprit un peu libéré leur substituèrent des instruments plus légers, mais moins disgracieux; c'était un pas en avant vers la réforme de ce que j'appellerai le luxe moyen, ce luxe dont, très près de nous, le règne de la peluche massive, une recherche de décoration les eut trahis. Quand on avait joint aux plats d'argent, la cafetière, le sucrier et le légumier, le minimum de respectabilité était acquis à la maison comme il faut. Toutes les charmantes inutilités qui encombrent les bleu paon et de la panne vieil or dans la décoration des appartements fut une des caractéristiques avec les fauteuils crapauds et les poufs. Cependant un métal autre que l'argent eut paru déshonnête sur une table décente, le ruolz et ses congénères, christofle, alfénide, etc. ne pouvaient figurer qu'aux repas de famille, encore, par hypocrisie, affectaient-ils la tenue austère de l'argenterie tables et les dressoirs de nos intérieurs les plus réfractaires à la décoration moderne doivent leur heureuse fortune à la renaissance de l'étain. L'orfèvrerie précieuse a été l'un des plus anciens domaines de l'art et l'un des plus brillamment exploités; ce dont nous nous réjouissons ici, c'est que la mode et les conventions mondaines nous aient fait la concession de tolérer des objets usuels Glace (Garniture de toilette)