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UN CONCOURS D'AMEUBLEMENT A BON MARCHÉ On exhibe en ce moment au Grand Palais, avec l'inévitable décor de tapis orientaux, du charbon, des lorgnettes, des eaux minérales, des accessoires de cotillon, des fourneaux de cuisine, des éventails, des outils à découper les pommes de terre en tire-bouchons et les carottes en rosace... On y boit des bocks, on y mange des gaufres, on y contemple des tableaux vivants, on y entend des valses et des polkas jouées à grand renfort de cuivres. Il y a une section des «Beaux-Arts» où des œuvres de bons artistes comme Prunier, Detroy, Willette, se sont fourvoyées dans un amas de croûtes innommables. Il y a bien d'autres choses encore, jusqu'à la fameuse (et bien puérile, avouons-le) collection de palettes réunies par M. Bernheim. C'est le deuxième Salon des Industries du Mobilier, organisé par les Chambres syndicales de l'Ameublement, de la Bijouterie, de la Céramique et Verrerie et des fabricants de PELTIER-MISSEREY Photographie Louis Lemery

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L'ART DÉCORATIF Bronze. Il y aurait pourtant une véritable exagération à soutenir que ce qu'on y voit le moins, ce sont des bronzes, des bijoux, de la verrerie, de la céramique et des meubles. émaux translucides enchâssés à jour dans des pièces de porcelaine tendre: technique raffinée qui produit de bien jolis effets. Et beaucoup de terres cuites peinturlurées, «genre Goldscheider», voisinant naturelle- NOWAK Bien peu de choses à citer en dehors de l'ameublement même. Comme céra- miques, une exposition de la Manufacture de Sèvres assez belle, mais où l'on sent poindre un certain relâchement, une ten- dance à la répétition facile des motifs, des arrangements, des galbes, des gammes de coloris qui ont eu tant de succès depuis 1900; quelques pièces magnifiques de M. Taxile Doat, qui a atteint depuis long- temps la maîtrise, mais continue à produire sans déchoir; des grès honorables de M. Decœur; de M. Camille Naudot, des ment avec de hideux carrares à bas prix, frères de ceux dont l'Italie encombre le monde. En fait de verreries, rien, ou presque. M. Daum n'expose que pour la forme. Les bijoutiers tant soit peu artistes se sont abstenus. Parmi les bronzes, il faut signaler la vitrine de M. Hébrard, avec les animaux spirituellement sommaires de M. Bugatti, les belles marqueteries d'argent sur cuivre à sombre patine de M. Husson, les figu- rines de Dalou où tant de vie est condensée, les fontes d'or, d'argent et de cuivre d'après Desbois. Et c'est tout, je pense.

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UN CONCOURS D'AMEUBLEMENT A BON MARCHÉ GAUTHIER et POINSIGNON Quant à l'exposition de l'ébénisterie proprement dite, — retombée décidément, après un timide et maladroit effort de rénovation, dans la servile copie des styles du XVIe et du XVIIIe siècles — elle est affligeante et ferait désespérer de l'avenir en France d'un art décoratif approprié à notre époque, n'était le pavillon de M. Majorelle, qui suffit seul à sauver l'honneur et mérite une étude spéciale, et si le concours de mobilier pour habitations à bon marché, organisé par la Chambre syndicale de

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L'ART DÉCORATIF l'Ameublement, n'avait donné des résultats particulièrement intéressants. Les concurrents pouvaient présenter, soit en projet, soit exécuté, l'ameublement d'une ou de deux pièces: une salle commune servant de salle à manger, et une chambre à coucher, le prix de vente ne devant pas dépasser 500 francs pour la première et 400 francs pour la seconde. Le programme admettait imprudemment tous les styles: seuls, deux ou trois malheureux en ont profitépour produire des meubles Louis XVI, avec petits carreaux de glace, bronzes et sculptures! La chambre devait comprendre au minimum une armoire ou meuble à linge et vêtements, un lit pour deux personnes, une table de nuit et deux chaises. Pour l'autre ameublement, «les concurrents, disait le programme, devront tenir compte des nécessités de la salle commune en ce qui concerne le placement de la vaisselle, du linge de table, de la desserte, des objets de travail de la ménagère, des livres, etc.» La plupart des ébénistes qui ont pris part au concours n'ont guère tenu compte de cet article du règlement, pourtant capital: ils s'en sont tenus aux meubles indispensables à une salle qui ne servirait qu'aux repas; à la salle à manger, en un mot, d'un bourgeois ayant cabinet de travail ou salon: le buffet, la table et les six chaises traditionnels. Le problème assurément n'était pas très aisé à résoudre; l'expérience a prouvé qu'il n'était pas insoluble. Les fabricants lorrains Peltier, Misserey et Cie sont peut-être ceux qui s'en sont le mieux tirés. Leur salle commune est fort bien comprise au point de vue de la commodité, avec son buffet vaste et bien distribué, sa table aux pieds rassemblés vers le milieu pour ne pas gêner les convives, ses quatre chaises et son fauteuil paillés de jonc au siège et au dossier, et surtout le petit meuble à écrire accroché au mur, qui comprend une étagère-bibliothèque et, au-dessous, un pupitre à charnières, recouvert de cuir. Celui-ci ferme à clé et découvre en s'abattant quelques casiers et un classeur à papiers. En plus de ces meubles, tous compris dans le devis de 500 francs, l'ameublement se complète d'une desserte à six petits tiroirs, de deux autres étagères-bibliothèques et d'une glace avec tablette surmontant la cheminée. Ce mobilier, en chène fumé, a un excellent aspect de robustesse et de simplicité; d'ailleurs, une heureuse recherche d'élégance se fait sentir dans les lignes courbes où s'inscrivent le buffet, la desserte, le bureau suspendu, dans les côtés cintrés de la table, dans la structure de la partie supérieure du buffet, à deux corps étroits et surélevés, reliés par une partie large et basse dont les portes sont en verre martelé jaunâtre. L'ensemble n'a aucunement l'aspect raide et rébarbatif qui rend si déplaisants tant de meubles modernes, quand ils se piquent d'être simples. M. Flandrin n'a pas évité tout à fait ce défaut; et pourtant, sa salle est une des meilleures par la franchise de sa construction. Elle aussi est en chêne fumé, avec un décor au pochoir d'un ton plus foncé, dont l'élément unique et plus que simple est une ligne verticale surmontée d'un disque. Le buffet à trois corps, la table aux pieds tout droits, la desserte, un meuble combiné, banquette-coffre dont le dossier porte des tablettes à livres, sont uniquement faits de planches aux angles vifs, sans une moulure, sans aucun bois pris en épaisseur: l'influence de M.Serrurier saute aux yeux. Les chaises sont garnies, siège et dossier, de fortes sangles en toile rouge brique, entrelacées et fixées par des clous en cuivre à têtes larges et plates: elles sont très décoratives. Les maquettes d'une horloge d'angle en chêne et cuivre et d'une cheminée complètent cet envoi. M. Peyrottes a prévu, lui aussi, autre chose que le manger et le boire : il a pu ajouter à son buffet bas en chêne clair auquel son fond de glace, ses trois corps s'avançant sur deux plans différents et ses panneaux à moulures d'un joli dessin donnent une réelle richesse, à la table et aux six chaises garnies de cuir, une petite étagère pour une vingtaine de volumes et une légère table à ouvrage dont les tablettes se développant sur les côtés et la tirette formant table à écrire, font un meuble très utile. La chambre à coucher est en merisier d'un ton rosé, chaud et gai; le lit, aux contours galbés, a les mêmes panneaux que le buffet de la salle commune; l'armoire à glace, à deux portes, toute simple, est élégante grâce à la justesse heureuse de ses proportions : c'est là, d'ailleurs, la qualité maîtresse des meubles de M. Peyrottes.

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UN CONCOURS D'AMEUBLEMENT A BON MARCHÉ Un jury dont les desseins sont impénétrables et les décisions surprenantes avait nous paraît mériter : la première ? Aucun envoi ne surpasse le sien pour ce qui est exclu du dernier Salon les meubles de M. Gallerey, qui est sans conteste un des artisans les plus complets d'aujourd'hui ; un autre jury, mieux informé et plus compétent, lui donnera-t-il cette fois la place qu'il du métier, de la loyauté du travail, du judicieux emploi de la matière, du parti à tirer des procédés mécaniques. Aucun sans doute ne l'égalé pour la vraie et tranquille beauté de ses meubles. C'est une GAUTHIER et POINSIGNON Chambre à coucher

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L'ART DÉCORATIF beauté qui se sent au premier coup d’œil et qu’il est difficile de décrire; elle est faite de raison, d’équilibre, de juste adaptation, d’harmonie. Ce n’est pas que le décor proprement dit soit absent de ces meubles : au faire fondre enfin et patiner, d’après un modèle original, de jolies poignées et entrées de serrures faites d’un bouton et d’une feuille d’eucalyptus. La chambre, d’après le même principe, est décorée de points, de disques M. GALLEREY contraire, il est étonnant que pour un prix aussi bas, et sans sacrifier en quoi que ce soit la qualité du travail et des matériaux, M. Gallerey ait pu garnir ses chaises de cuir décoré de pommes repoussées et teintées à la main, sculpter quatre motifs de pommes avec leurs feuilles dans la masse des quatre panneaux du buffet, rompre la monotonie des surfaces par des points de couleur, en bois rouge sombre qui tranche sur le noyer satiné dans lequel il est incrusté, de deux grandeurs, se détachant en clair sur un bois plus foncé : c’est d’une simplicité rigoureuse, et c’est charmant. M. Gallerey a compris mieux que personne ce que doit être le style d’une époque comme la nôtre : architectural avant tout, et délibérément industriel. MM. Gauthier et Poinsignon, autres Lorrains, exposent une très jolie chambre à coucher en chêne naturel. Une sorte d’écoïncion au dossier du lit et le fronton

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UN CONCOURS D'AMEUBLEMENT A BON MARCHÉ de l'armoire sont ornés de feuilles de vigne- vierge sculptées qui sont collées sur le plat du panneau, mais font corps avec l'enca- drement : c'est une ingénieuse façon de Parmi les cinq ou six plus méritants, il faut retenir encore l'envoi de M. Lemoine, de Valenciennes. Son buffet rectangulaire, montants verticaux d'une seule pièce, cor- Salle à manger (Photographie Louis Lemery) concilier la solidité avec le bon marché de l'exécution. Le buffet de la salle commune est d'une architecture originale et assez plaisante à l'œil, quoiqu'il fasse un peu songer à une superposition de caisses ou à un « jeu de construction ». niche droite coupée carrément, n'a rien de sec ni de pauvre : la lumière y joue diver- sement sur plusieurs plans successifs, et c'est là un élément de richesse et de beauté tout aussi précieux que la sculpture ou la marqueterie. La chambre, d'une grande

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L'ART DÉCORATIF sobriété, rappelle le style Louis XVI, mais assez discrètement pour n'avoir rien d'un pastiche; les montants de l'armoire, du lit, de la table de toilette portent une délicate sculpture de tiges et épis de blé; le dossier du lit se continue par une sorte de cadre dont la traverse supérieure est munie de crochets permettant d'y suspendre un rideau plat à anneaux. Tout cela est d'une simplicité raffinée, d'une élégance bien française. Plusieurs ameublements encore mériteraient mieux qu'une simple mention: entre autres ceux de la maison du «Confortable», de «la Facilité commerciale», de M.M. Nowak, Pérol frères, Gouffé jeune, Damon et Colin — on voit que les grands ébénistes n'ont pas dédaigné de «donner» comme les moindres. — «Le niveau, comme on dit, de ce concours, est vraiment remarquable». Signalons pour finir la chambre singulière, et non sans beauté, de M. Lambert, l'amateur de galets et de coquilles: elle est en bois blanc teinté de rouge vif, et toutes les surfaces en sont décorées de clous en cuivre, à la manière de certains vieux coffres. Le concours de la Chambre syndicale de l'Ameublement, on a plaisir à le proclamer, est un beau succès. 42 concurrents y ont pris part, venus en majorité du faubourg Saint-Antoine, mais aussi de Lorraine et de Bretagne, de Flandre et des Pyrénées, de l'Anjou et du Lyonnais; une dizaine au plus ont présenté des ensembles mal venus ou insuffisamment étudiés. Le résultat d'une pareille tentative devrait être considérable. La preuve en est faite: pour une somme relativement modique, un ménage de travailleurs peut garnir son modeste logis, chez nous tout aussi bien qu'en Angleterre, en Allemagne ou en Belgique, de meubles commodes, solides, et d'une réelle beauté. Les préférera-t-il à l'affreuse camelote à laquelle il a été accoutumé jusqu'ici, aux placages prétentieux, aux sculptures faites à la grosse et clouées sur des carcasses mal assemblées, aux rocailles Louis XV et aux balustres Henri II toujours chères à la bourgeoisie? C'est malheureusement improbable, à moins d'une éducation nouvelle qui est tout entière à faire. Roger de Félice.

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RISPAL Écoïngons (Brasserie Cadéac, Place du Châtelet, à Paris) LA DÉCORATION D'UNE BRASSERIE A PARIS Parmi les établissements commerciaux dont l’aspect se modifie le plus fréquemment, reflétant peut-être le plus le goût, les habitudes de leur époque, se tenant en constante harmonie avec les progrès et les perfectionnements que nous apportent la science, l’industrie, les produits nouveaux de l’art décoratif, il n’y a peut-être pas d’exemple plus frappant d’une évolution lente et progressive que dans l’étude de la transformation de l’estaminet, de la brasserie, du café à travers les âges. Peu à peu la taverne close, enfumée, ne prenant sur la rue que peu de jour, ne s’éclairant le soir que faiblement aux lueurs des quinquets et des chandelles, fermant ses portes au couvre-feu, a fait place à la brasserie pimpante et luxueuse, largement ouverte, toute ruisselante jusqu’au milieu de la nuit des mille feux de l’électricité accrochant leurs notes lumineuses aux ors, aux émaux, aux céramiques, aux cuivres, débordant sur la rue par les terrasses envahissant le trottoir qui ont soudé la vie de la brasserie à celle même de la voie publique. Combien d’établissements avons-nous vu se transformer ainsi. Les artistes de tous genres ont trouvé dans cette rénovation de nombreux débouchés, où leur verve et leur sagacité a pu se donner cours avec une certaine liberté. Nous voulons présenter aujourd’hui à nos lecteurs les détails intéressants de la brasserie Cadéac, que MM. Barbaud et Bauhain viennent de restaurer place du Châtelet, faisant un tour de force pour arriver à un résultat des plus satisfaisants avec un crédit limité. Il s’agissait d’abord, au milieu de points d’appui inégaux de largeur et de saillie, de trouver une composition d’ensemble, d’arriver à une décoration de plafond qui ait de la tenue malgré les recoupements malencontreux de soffites ou d’escaliers s’imposant brutalement et pouvant paralyser la recherche décorative. Il fallait aussi RISPAL Médailon (Brasserie Cadéac, Place du Châtelet, à Paris) 137 13

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L'ART DÉCORATIF lutter contre le peu de hauteur. Il faut dire, à la louange des architectes, qu'ils se sont joués des difficultés avec énormément de brio et d'élégance, qu'ils ont parfois tiré parti même de l'imprévu constructif pour trouver des détails amusants et pittoresques, multipliant dans leur composition les verti- BARBAUD et BAUHAIN, Architectes (LABOURET, Verrier) cales, augmentant les baies, surbaissées, par des effets de glace donnant l'illusion d'une salle plus haute. La décoration tout en staff coloré dans une gamme de tons d'ivoire, rehaussée de peintures artistiques, est d'un aspect clair et lumineux, où l'œil du spectateur qui sortira encore tout ébloui des féeries du théâtre du Châtelet pourra, entre deux actes du Tour du Monde ou de Michel Strogoff, se reposer sur des tonalités harmonieuses et douces. Si nous détaillons, nous apprécierons avec quel sens décoratif, avec quelle justesse de valeur le sculpteur Rispal, dont nous avons eu occasion déjà, pour les maisons de la rue du Renard et de l'avenue Henri-Martin, des mêmes auteurs, de louer le brillant talent, a su s'assimiler la pensée dominante des architectes. Il a célébré, par quelques figures captivantes, d'un caractère allégorique surprenant, la vie à la brasserie sous ses aspects les plus divers : la Bière, sous les traits d'une opulente Flamande, à la bonne figure épanouie, se détachant sur un fond de tiges de houblon et portant sur un plateau la chope mousseuse au faux-col légendaire; le Vin, à la face riante, légèrement faunesque, tout illuminée du doux jus de la treille pressant entre ses doigts la grappe mûre de raisin; la Fumée, grisante, troublante, qui dans ses vaporeuses spirales assoupit la pensée, vous transporte dans le Vitrail et dessous d'escalier (Brasserie Cadéac, Place du Châtelet, à Paris)

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BARBAUD et BAUHAIN, Architectes (Panneau de CHIGOT. — Sculptures de RISPAL) Détail de décoration, Brasserie Cadéac, Place du Châtelet, à Paris. (Photographie Louis Lemery)