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L'ART DÉCORATIF
REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN
OCTOBRE 1901
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MEANNEE 4
NUMERO 37
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SOMMAIRE
- LA MUSIQUE ILLUSTREE, II. STEINLEN (12 illustrations) . . . . . . . . . . RAYMOND BOUYER
- LES NOUVEAUX BIJOUX DE GEORGES FOUQUET (9 illustrations) . . . . . EMILE SEDEYN
- ART ET COMMERCE (7 illustrations) . . . . . MUSEY GREVIN
- LES MEUBLES DE MAJORELLE (12 illustr.) O. GERDEIL
- LA MÉDAILLE FRANÇAISE CONTEM-PORAINE (SUITE) (39 illustrations) . . CHARLES SAUNIER
- RUE ET BOUTIQUES (5 illustrations) . . . G. M. JACQUES
- CHRONIQUE — EXPOSITIONS — LIVRES NOUVEAUX
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FRANCE BELGIQUE
UN AN 20Fr
SIX MOIS 10Fr
UNION POSTALE
UN AN 24Fr
SIX MOIS 12Fr
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LE NUMERO 2Fr
ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS
M. DUPRENE
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LA MAISON MODERNE
82, RUE DES PETITS-CHAMPS (RUE DE LA PAIX)
2, RUE DE LA PAIX, PARIS
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AMEUBLEMENT
INSTALLATIONS MODERNES
PHOTOGRAPHIES, PROJETS ET DEVIS SUR DEMANDE
BATIKS (ÉTOFFES NOUVELLES, TEINTES À LA MAIN)
MAROQUINERIE MODERNE
DENTELLES POLYCHROMES DE FÉLIX AUBERT
BIJOUX, OBJETS D'ART, BRONZES, ÉTAINS
TABLEAUX ET ESTAMPES
MODÈLES EXCLUSIFS POUR CADEAUX, MARIAGES, ETC.
AVEC LA COLLABORATION DE: F. AUBERT, P. BEHRENS, CHAR-PENTIER, CONSTANTIN-MEUNIER, P. DUBOIS, M. DUFORENE, FINCH, ST. LERCHE, G. LEMMEN, DE FEURE, JOSSOT, A. LANDRY, KARAGEORGEVITCH, G. MINNE, C. MERE, FIX-MASSEAU, F. VOULOT, ETC.
Mmes CLOSSET, ORY-ROBIN, LEROY-DESRIIVIERES, ETC.
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GLUCK, BEETHOVEN
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EN ALBUM: 60 FRANCS.
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20 ESTAMPES INEDITES
PRIX : 250 FRANCS.
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N° 37
OCTOBRE 1901
L'ART DÉCORATIF
LA MUSIQUE ILLUSTRÉE¹
II
STEINLEN
Un soir d'automne, au fond d'une rue popu- lacière ou galante, quand le jour et l'année déclinent, ne vous êtes-vous jamais laissé retenir par un rassemblement subit? Un accident, un boniment? Pas du tout! C'est un noir chanteur qui gratte une guitare antique en déclamant quelque refrain nouveau de la Butte; et la foule de grossir à vue d'œil: des badauds, des étudiants, des artisans, des artistes, tous les déclassés aussi que le temps n'éperonne jamais, et les chignons mousseux des filles qui, le nez sur les feuilles blanches, viennent d'acheter la chanson pour suivre l'air sur les paroles des trois couplets... Une autre fois, on se presse vers une porte pour ne rien perdre de la poésie éraillée qui vient de la cour: jamais je n'oublierai l'accent de mélancolie que peut revêtir une romance d'amour entre quatre murs humides, à la fin d'un jour pluvieux, ou la voix grave d'un bohème un peu phthisique à travers l'ennui des silences d'été! La bluette sentimentale se fait profonde: «Ça, c'est du Shakespeare!», aurait crié l'enthousiaste et caustique Marie Bashkirtseff, qui désertait le monde pour étudier les humbles. Et ces groupes, si vivants, que recrute à l'improviste une mélodie vagabonde, ne les reconnaissiez-vous pas sur la couverture même des Chansons de Montmartre, illustrée par Steinlen?
Steinlen! Ce nom seul est une définition. Significatif, il évoque, il détaille, il résume tout le singulier fragment d'univers et d'humanité qui se meut au pied de la Butte sacrée: Steinlen, c'est Montmartre, ou plutôt un des modernes aspects de Montmartre; car il y en a plusieurs: et un seul artiste, même bien doué, comme ce Steinlen, ne saurait incarner dans son regard, au bout du crayon, tous les Montmartre!
Alexandre Steinlen, «illustrateur très pa-
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¹ Voir l'Art Décoratif (n° 31, avril 1901): La Musique illustrée, I, Lucien Metivet.
risien, né à Lausanne, en 1859» — comme le définit l'érudite ironie des Graveurs du XIXe siècle — est issu du Chat-Noir: c'est là qu'il fit ses premières armes humoristiques et graphiques, présenté par Willette en 1883, la même année que Rivière. Il débutait gaiement et magistralement, en se révélant ce qu'il est depuis son enfance: un ami des bêtes. Les coqs et les chats se partagent toujours ses ferveurs. Lui-même a raconté, jadis ou naguère, ses commencements tourmentés, ses aspirations d'enfant dessinateur, lâchant le baccalauréat avant la vingtième année pour obéir à son culte pour la caricature expressive et les animaux. Adieu, les traditions; vive la nature! C'est le mot d'ordre de tant d'artistes, quand il arrive à Paris, vers la fin de 1881, «avec vingt-quatre francs dans sa poche...» C'est la bohème, qui
STEINLEN
(Enoch & Cie ed.)
LE MAI D'AMOUR
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nage à Montmartre en feuilletant les Chansons de femmes : assurément, la couverture lithographique en deux tons est un rêve, mais un rêve daté par le costume, la coiffure et la physionomie même (car chaque époque a sa muse), un rêve localisé dans cette ronde lunaire de jeunes amoureuses en jupe-cloche à la mode de décembre 1896 et tournoyant autour du petit dieu malicieux.. La lettre et l'ornement teinté sont de Steinlen et s'inspirent de la flore; mais,
STEINLEN CHANSONS DE MONTMARTRE
(Enoch & Cie éd.)
aussitôt, la vie reprend ses droits en quinze planches que la poétique préface du regretté Silvestre appelle «un passe-port graphique superbe aux chansons de Paul Delmet, poussées qu’elles sont au même tronc fantaisiste et parisien...» Et, page 75, regardez la glose de la bluette : Vous êtes jolie! C’est un vieux couple de loqueteux qui braillent dans une cour lépreuse...
L’ironie, la voilà bien! Quant à la note sensuelle, elle ménage son accent robuste qui fait Steinlen si personnel dans le groupe de Montmartre et très différent de Gottlob à Belleville, de Rassenfosse à Bruxelles, à la suite de Félicien Rops, et de Willette plus espiègle, et d’Ibels, et du névrosé Toulouse-Lautrec et du Louis Legrand de ce fameux Cours de danse fin de siècle! Toujours «nature» et souvent brutal, dévergondé jamais, Steinlen est en-
STEINLEN CHANSONS DE MONTMARTRE
(Enoch & Cie éd.)
core plus Steinlen ici que dans ses paysanneries qu’épouvanterait le Chanteur des bois (variante) ou qu’enfièvre la Folie d’amour. N’est-ce pas ici, dans les Chansons de femmes, qu’il faut surprendre l’idéal féminin de Steinlen et ce que j’appellerai trop ambitieusement sa philosophie?
— Philosophie en tous cas fort inconsciente, car l’amant de la forme ne pense qu’avec son crayon. Son idéal? L’apprentie qui passe, l’ouvrière qui lit en marchant la Lettre à Ninon, la bouquetière, la Muse de Montmartre, blonde, courageuse et saine, que le musicien Charpentier couronne. Point d’élégances maladives ni de perversités aristocratiques! En cette galerie de femmes contemporaines vues par nos peintres, c’est la travailleuse, la servante, les vraies
STEINLEN (Enoch & Cie éd.) CHANSONS DE MONTMARTRE
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GEORGES FOUQUET
BROCHE (CRABE)
je n'ai jamais senti aussi nettement le vide et l'absurdité des épithètes appliquées aux différentes formes de l'art qu'en me servant moi-même de ce mot élastique et inexpressif : moderne, dont on use aujourd'hui à tout propos et principalement hors de propos.
Jamais, du reste, ce mot ne fut employé plus improprement que dans l'acception générique à lui attribuée par le snobisme contemporain. On a pu baptiser les styles du XVIIIe siècle, leur donner le nom du souverain régnant à l'heure où ils florissaient : les mots Louis XV, Louis XVI, Empire, ont une signification en art ; ils correspondent à des périodes, à des phases de réalisation ; ils étiquettent, ils classent une époque, s'ils ne la définissent. Mais avec le mot moderne il en va tout autrement, surtout si on essaie de l'adapter à l'essor actuel de nos industries d'art ; ce mot a un sens à la fois trop large et trop restreint pour convenir à désigner des productions et des tendances aussi nombreuses et aussi variées que celles qui commencent à triompher aujourd'hui.
En d'autres termes, on a pu caractériser d'un mot, avec exactitude, des périodes où la production artistique tout entière était gouvernée par une façon de voir, par un idéal ; mais il n'est ni rationnel, ni possible d'en agir de même avec une évolution née, au contraire, de l'affranchissement et de la liberté de tous les idéals, de l'étude de toutes les sensations et de l'essor de toutes les ambitions.
C'est la caractéristique de l'art de ce temps que d'être complexe en ses manifestations. On ne saurait lui en faire un reproche sans encourir le risque de passer pour un esprit rétrograde ou timoré. Les artistes d'aujourd'hui (et il convient de les en louer) ne cherchent pas du nouveau; s'ils cherchaient du nouveau, ils pourraient s'allier, se réunir, partir d'un même principe et réaliser des œuvres ayant entre elles assez de points de contact pour adopter une dénomination générale. Mais ce n'est pas le nouveau, c'est la vérité qu'ils cherchent. Or, qu'est-ce que la vérité, en art, sinon la Beauté ? Chacun la rêve donc suivant son idéal, va à sa recherche par le chemin où il juge pouvoir la rencontrer, et l'interprète avec le sentiment doux, noble, enthousiaste, généreux ou calme qu'elle lui inspire.
L'évolution actuelle est un véritable déchaînement d'individualités, et elle est ce qu'elle devait être à un tournant de l'histoire, où les hommes se pouvant à peine discipliner, il est devenu singulièrement plus difficile encore de discipliner les idées. La preuve, c'est que l'opinion a vainement réclamé un style moderne de tous les groupements traditionnels qui ont survécu jusqu'ici Le style moderne, le style unique, le style synthétique qui eût caractérisé notre temps n'a pas été créé parce que les esprits ne trouvaient plus la possibilité de s'unir et de produire suivant une méthode générale. A sa place ont germé les styles individuels qui multiplieront et vulgariseront les formes de l'art.
GEORGES FOUQUET
BROCHE (COQUILLAGE)
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GEORGES FOUQUET
PLAQUE DE CORSAGE (PAONS)
être aussi la plus intéressante. Les derniers Salons ont révélé à la foule une éclosion riche et variée de nouvelles parures féminines. C'est, je crois, faire le plus grand éloge des œuvres reproduites ici que constater qu'elles attirent et retiennent l'attention au même titre que les bijoux de Lalique, de Wolfers et de Joe Decomps, sans éveiller aucune idée de comparaison ni avec les uns ni avec les autres.
De tous les objets usuels qu'un souffle d'art peut embellir, le bijou est à coup sûr le plus délicat, le plus intime. Créé pour servir de complément à la beauté, il prend tous les aspects, toutes les formes et toutes les significations non seulement de la beauté elle-même, mais de l'âme qu'elle recèle. Qui niera que les bijoux aient une physionomie? Il est des bijoux tragiques, des bijoux de rêve, des bijoux de douceur et de poésie; les uns se parent de sang et de larmes, les autres perpétuent des heures de tendresse et de joie. Du collier somptueux que la courtisane arrache aux ultimes ressources de son amant jusqu'à l'anneau de fiançailles qui vient fleurir une main d'ingénue, toute une gamme se déroule, touchante, passionnée, dramatique et paisible tour à tour, qui devait séduire l'artiste par l'ampleur de ses expressions et par l'infini de ses nuances. De ces matériaux admirables, l'or et les gemmes, naissent ainsi des harmonies dont l'éclat se rehausse et se décuple au contact du charme féminin ; et par là s'explique la prédilection des artisans les plus sensibles de ce temps pour l'art du bijou, en lequel se trouvent sûrement distancés aujourd'hui les plus habiles orfèvres-joailliers de l'antiquité et de la Renaissance.
M. Georges Fouquet, en ce qui l'intéresse personnellement, a tout d'abord paru attiré par le charme de la somptuosité. À l'Exposition de 1900, sa vitrine offrait aux regards des visiteurs plusieurs grandes pièces d'orfèvrerie et de joaillerie d'une magnificence extrême. Il suffira de rappeler cette superbe parure de corsage, dont le peintre Mucha avait illustré la partie principale avec la délicatesse chaude et passionnée qu'on lui connaît, et qui est restée dans toutes les mémoires, un peu au détriment des œuvres de moindre importance qui supportaient son voisinage écrasant. Au Salon de 1901, M. Fouquet nous a offert un ensemble de créa-
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COLLIER (SAUTERELLES)
tions d'une tenue plus intime, plus homogène, où chaque pièce attirait l'attention pour son propre compte. Il m'a paru qu'il y gagnait de se faire mieux, plus entièrement connaître, parce que le public était mieux en situation de distinguer la verve et la science ingénieuse dépensées en chacun de ces joyaux.
Plusieurs de ceux-ci ont été composés en collaboration avec M. Desrosiers, mais le faire et l'inspiration des deux artistes s'y confond au mieux de l'unité et de la tenue de chaque modèle. Ce qui frappe tout d'abord, dans la plupart des joyaux reproduits ici, c'est bien plus encore la maîtrise de leur créateur que la variété des thèmes décoratifs. Ceux-ci sont généralement simples et tirent leur originalité d'une interprétation nerveuse, à la grâce solide et très personnelle : avec des sauterelles, un crabe, un coquillage, une branche de gui, M. Georges Fouquet et M. Desrosiers nous donnent un collier, une broche, un pendant qui s'éloignent non seulement de la banalité, mais du déjà-vu. Il faut dire qu'un travail de joaillerie abondant et généreux en ses effets, mais toujours du meilleur ton, apporte à chacun de ces bijoux un éclat de couleurs et de scintillements qui a pour principal effet d'en exalter le charme.
La reproduction photographique se montre par malheur assez ingrate pour cette partie des œuvres de M. Georges Fouquet. Elle laisse aux lignes toute leur vigueur ténue et capricieuse, mais elle confond dans un flou regrettable la douceur et le moelleux des perles, le jeu délicatement nuancé des pierres fines et la mosaïque des émaux. L'harmonie s'en ressent naturellement : à voir nos illustrations, on serait tenté de dire que l'auteur a une conception peut-être trop accidentée, trop artificielle, trop spirituelle du décor, qui se traduit par des compositions pleines de mouvement et de pittoresque, mais trop dépourvues de calme. Le calme va moins bien à la beauté moderne, je le sais, qu'à la beauté antique. M. Fouquet est avant tout un joaillier parisien, et il est de son temps : c'est-à-dire que les formules de ses somptueux ornements lui sont en quelque sorte dictées par les grâces physiques qu'il est accoutumé de parer — grâces où se reflètent et s'impriment les agitations et les soucis des âmes surmenées d'aujourd'hui.
Je me hâte d'ajouter, du reste, que l'impression que je viens de traduire à propos des reproductions se trouve fortement atténuée, dans la réalité, par la féerie douce et chatoyante des couleurs, par la délicatesse des émaux et l'imprévu des perles dites « baroques » dont tous ces objets comportent un large emploi.
Sans pousser l'analyse à un degré excessif, on peut encore utiliser ces mêmes exemples pour juger le tempérament de l'auteur, l'idéal qu'il poursuit en son art et la conception qu'il s'est faite du rôle des bijoux dans la toilette féminine. Il est aisé de voir, du premier coup, que M. Georges Fouquet n'est ni un cérébral exagéré, ni un rêveur d'harmonies supra-terrestres ; je ne vois rien de maladif, rien de langoureux en ses œuvres, et j'y devine surtout l'âme d'un artiste intéressé par les matériaux admirables qu'il emploie et par les harmonies sans nombre dont la source est en son imagination. C'est là justement le caractère principal de la modeste, patiente et glorieuse phalange des artisans du moyen âge ; et je ne sais pas de plus noble ambition pour un contemporain que de pouvoir se dire leur héritier.
Je trouverais encore l'occasion de développer ces commentaires si j'entreprends en détail la description des pièces principales exposées au dernier Salon. Mais c'est une tâche aussi laborieuse qu'inutile, et je m'en acquitterai en aussi peu de mots que possible. Le lecteur a sous les yeux, entre autres objets, deux plaques de corsages qui sont les pièces principales parmi le petit choix reproduit dans
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ce numéro. Je les trouve d'une élégance un peu maniérée, mais d'une pureté et d'une ori-
M. DUFRÈNE BOITE A TIMBRES (CUIR)
ginalité de lignes remarquables, du moins dans les principaux détails ; le magnifique joyau formé de deux paons au plumage constellé de pierreries me ravit surtout par le modèle vigoureux de son armature et du pendant de forme si heureuse qui en souligne la richesse. L'autre plaque, ornée d'algues marines, dont certains détails me séduisent moins en ce qui concerne la forme, montre une exquise symphonie de colorations douces, brodées sur le profil peut-être un peu trop tourmenté du métal.
Les autres modèles, moins importants, égalent par l'élégance les deux superbes joyaux dont je viens de parler. On ne peut qu'y admirer l'extrême variété de l'inspiration, généralement heureuse, la distinction du dessin, la grâce du modelé et l'adaptation vraiment magistrale de la pierre ou de la perle au métal précieux. Cette science du joaillier, dépensée avec tact et mesure, frappe d'autant plus ici qu'elle ne s'impose pas, qu'elle ne domine visiblement aucune œuvre. Nul effort, nul dilettantisme de métier n'est apparent : l'œil ne distingue qu'un ensemble harmonieux, c'est-à-dire un ornement créé pour son rôle ornemental, un bijou fait pour être porté.
S'il me fallait résumer tout ceci, je le ferais en félicitant M. Georges Fouquet d'avoir choisi cette voie. Les épaules et la gorge d'une femme élégante font, de nos jours, plus de bruit dans le monde que les vitrines du plus riche musée. D'ailleurs, sous le patronage des premières, l'artiste n'arrivera pas moins vite aux secondes.
Émile Sedeyn.
ART ET COMMERCE
L es lecteurs de cette revue connaissent bien M. Maurice Dufrène. Il n'est pas nécessaire de leur présenter le jeune artiste pour parler de quelques-unes de ses dernières productions.
M. DUFRÈNE CEINTURES (CUIR PATINE)
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MAURICE DUFRENE
SERVICE DE TOILETTE (FAIENCE)
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$\Delta$ L. MAJORELLE. BIBLIOTHÈQUE
FORMANT BUREAU AU CENTRE,
EN BOIS D'ACAJOU ET SATINÉ
(INTERPRÉTATION DU PAVOT
EN SCULPTURE) $\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}$
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dominés par des idées dont M. Émile Gallé est le représentant le plus autorisé, et qui communiquent à leurs œuvres un caractère commun qui en décèle immédiatement l'origine : d'où le nom d'école de Nancy. Dans ces idées, la nature est la grande inspiratrice de l'art ; non seulement c'est dans son observation que les artistes doivent chercher les combinaisons sur lesquelles ils établiront leurs motifs décoratifs, mais sa transcription, au moins dans les traits principaux, peut seule donner à l'objet la beauté. La décoration d'un objet est une sorte de poème, d'hymne à la nature. Dans ses verreries d'exposition — admirables d'ailleurs à tant d'égards — M. Gallé souligne cette conception du décor en munissant chaque pièce d'une épigraphie en vers dans le catalogue. Suivant la doctrine de Nancy, tel bijou ne se contente pas de nous plaire en tant que bijou, il prétend nous toucher en tant que bouquet de houx ; le plateau du bougeoir est une feuille de platane, ou de chêne, ou de chardon (le chardon, fleur emblématique de la Lorraine, tient une grande place dans tout ceci) chargée d'un rôle moral que je regrette de ne pouvoir mieux définir, ne le comprenant pas très bien, encore que j'adore la verdure et les fleurs. Nous avons vu à l'Exposition universelle un meuble dans lequel M. Gallé avait sans aucun doute voulu mettre ce qu'il considère comme le meilleur de lui ; ce meuble était (si j'ai bonne mémoire, car je ne le vois plus au juste) un églantier avec ses branches, ses ramilles, ses épines, ses feuilles, ses fleurs, enfin un églantier véritable.
Ce n'est pas le lieu de discuter cette doctrine ; d'ailleurs, cela devient chaque jour moins nécessaire. Les productions qu'elle engendre ont une certaine grâce, mais même dans les classes d'objets où ses conséquences n'ont rien de choquant, elles lassent par l'indigence de l'invention, l'absence d'imprévu, un caractère fade et mièvre commun à toutes.
Bien qu'ayant gardé quelque chose des origines nancéennes de son art, M. Majorelle ne peut passer pour un véritable représentant de l'école dont je viens de parler. C'est, au contraire, précisément un de ses mérites de s'être débarrassé dans une large mesure des erreurs qui font la loi dans son milieu. A part les travaux de marqueterie sur lesquels je reviendrai tout à l'heure, il a réduit l'emploi des images naturelles dans la décoration de ses meubles à de sages limites, et dans l'adaptation qu'il en fait, une invention heureuse et personnelle est guidée par un sentiment sûr des convenances du meuble. S'il prend, par exemple, les racines ou la naissance du tronc de l'arbre comme point de départ dans la recherche d'une
L. MAJORELLE
MEUBLE D'APPUI, ACAJOU ET COURBARIL VERNIS BRONZES DORES