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MEANNEE 3
NUMERO 36
L'ART DÉCORATIF
REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN
SEPTEMBRE 1901
SOMMAIRE
QUELQUES PEINTRES IDEALISTES FRANÇAIS (16 illustrations) . . . . CAMILLE MAUCLAIR
LA MEDAILLE FRANCAISE CONTEM- PORAINF (40 illustrations) . . . . CHARLES SAUNIER
LES BIJOUX AU SALON, FIN (18 illustra- tions). . . . . . . . . . . . RAYMOND BOUYER
UNE MAISON A LOYERS (8 illustrations) G. M. JACQUES
CHRONIQUE - EXPOSITIONS - LIVRES NOUVEAUX
CE NUMERO RENFERME UNE GRANDE PLANCHE HORS-TEXTE PLIE EN QUATRE, QUI NE DOIT PAS ÊTRE COUPÉE NI DETACHÉE.
FRANCE BELGIQUE UNION POSTALE
UN AN 20Fr UN AN 24Fr
SIX MOIS 10Fr SIX MOIS 12Fr
LE NUMERO 2Fr
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M.DUFREN
Agence générale pour la Belgique: 7. Passage Lemonnier, Liège
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N° 36
SEPTEMBRE 1901
L'ART DÉCORATIF
QUELQUES PEINTRES IDÉALISTES FRANÇAIS.
« Le corps humain ne finit pas par des lignes. En cela les sculpteurs peuvent mieux approcher la vérité que nous autres: la nature comporte une suite de rondeurs qui s'enveloppent les unes les autres. Il n'y a pas de lignes dans la nature où tout est plein, c'est en modifiant qu'on dessine, c'est-à-dire qu'on détache les choses du milieu où elles sont; la distribution du jour donne seule l'apparence au corps. J'ai répandu sur les contours un nuage de demi-teintes blondes et chaudes qui fait que l'on ne saurait précisément poser le doigt sur la place où les contours se rencontrent avec les fonds. De près ce travail semble cotonneux et sans précision, mais à deux pas tout se rafermir, s'arrête et se détache: le corps tourne, on sent l'air circuler tout autour. Peut-être ne faudrait-il pas dessiner un seul trait, mais attaquer une figure par le milieu en s'attachant d'abord aux saillies les plus éclairées, pour passer ensuite aux portions les plus sombres. N'est-ce pas ainsi que procède le soleil? »
Ces paroles n'enclosent-elles pas toute la définition de l'impressionnisme, de l'art de Rodin, de Besnard et de Carrière? Sont-elles dues à l'un de nos critiques, à Roger Marx ou à Gustave Geoffroy? Elles sont d'Honoré de Balzac et sont dites par le vieux peintre Frenhofer dans le Chef-d'œuvre inconnu, en 1832. Divinatoires de toute une époque d'art, j'ai tenu à les transcrire. Pour beaucoup elles seront une surprise — et la nouvelle tout entière présage étrangement l'Œuvre d'Émile Zola en racontant le martyre d'un impressionniste absolu. Il y a là, exprimé avec une netteté parfaite, le désir contemporain: suppression de la ligne, élément abstrait et prédominance de la couleur, élément de sensibilité pure. En pleine période néogrecque, dans le triomphe de David et d'Ingres, au moment où Delacroix bafoué cherchait péniblement la théorie des couleurs complémentaires et de la fragmentation des tons dans les ombres, se souvenant de Watteau et présageant Monet, Balzac s'est trouvé formuler le credo des peintres proprement dits, de ceux qui considèrent leur art comme la recherche exclusive des beaux tons et des belles surfaces, synthétisées d'après les éléments de la nature, en faisant chanter l'âme de la couleur et en faisant de ce chant le sujet essentiel de tout tableau. « Un tableau est le développement logique de la lumière », dit souvent Eugène Carrière, pourtant distinct de l'impressionnisme par sa recherche intense du sentiment, du mystère et du frisson psychologique. Les artistes que je me propose d'étudier ici sont aussi des peintres, mais ils se font de leur art une idée différente. Tous ont commencé par appliquer les procédés du modernisme, mais graduellement, se préoccupant du problème de l'idéologie en peinture, ils sont arrivés à rendre à la ligne son importance plénière, en la considérant comme l'élément permanent de leur art et la couleur comme l'expression de l'instantanéité. Enclins au symbolisme littéraire
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SIBYLLE DE GUMES
ne peuvent s'énoncer sans une contribution constante de la pensée proprement dite: ils ne sauraient se condamner à être « un œil et une main », se restreindre à la transcription directe des aspects. Ils aiment le mystère, le symbole, la légende allégorique, et tout en reconnaissant que les transitions de la lumière à l'ombre sur n'importe quelle figure enclosent déjà en elles une idéalisation et un mystère dus à la nature, ils souhaitent dépasser cette poésie inconsciente. Pour eux, dans une époque de cérébralité, la peinture doit laisser à ceux qui la regardent un appoint intellectuel et non pas seulement une sensation. Ils admettent donc une peinture à sujets où les sujets comptent autant et plus que l'exécution, mais ils rejettent aussi bien le sujet réaliste, place publique, thé ou scène de labour, que le sujet anecdotique classique, scène d'histoire ou de mythologie comprise anecdotiquement. S'ils touchent à la mythologie, c'est pour en rajeunir les symboles et leur donner un sens proche de notre âme. L'abstrait transcrit par le visible, voilà leur idéal; et non pas seule-
(ou plutôt mental) manifesté à travers les formes et les couleurs, ils ont renoncé au symbolisme des tons, sinon comme à un élément secondaire et insuffisant. La peinture est le moyen, et non le but, de leurs pensées: la ligne seule satisfait directement leurs désirs. Ils placent l'émotion intellectuelle au-dessus de l'émotion de sensibilité. Leur esthétique se contente mal de l'idéal impressionniste, qui est la notation des fugacités de la vie, et ils désirent maintenir la vieille notion du style en face de celle du caractère, qui hypnotise l'art réaliste. Ils se relient étroitement au passé par cette préoccupation du style qu'ils sont loin de chercher dans les mêmes voies que l'académisme et qu'ils concilient plutôt avec l'art décoratif. Ils considèrent que les sentiments de l'homme actuel sont infiniment complexes et
1 Nous remercions ici M. Karl Boes, directeur de La Plume, à la courtoisie de qui nous devons la communication des clichés représentant les œuvres d'Armand Point, sur lesquelles cette revue a publié une étude étendue. — J.
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ment l'abstrait propre à tout être représenté, l'abstrait inhérent à la vie intérieure de tout visage, mais leur abstrait, imposé à des groupes d'êtres conçus pour en exprimer les divers éléments. Carrière, par exemple, exprime le mystère des enfants ou des femmes qu'il contemple, car toute créature en contient un, et il fait œuvre de psychologue en le rendant visible à la surface de la chair qu'il peint. Mais les artistes dont je parle, tout en considérant Carrière comme très supérieur en intellectualité aux réalistes qui ne peignent que des mouvements, désirent franchir un degré de plus: ce qu'ils veulent, c'est exprimer leur propre psychologie, leur propre mystère, à travers des personnages qui reçoivent d'eux la vie et n'en ont point de personnellement préalable.
Dans la foule par exemple de l'Æternum
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transvertere de M. Georges Desvallières, nous voyons les diverses pensées de l'auteur contenues dans des corps, et non pas des créatures disposant de leur propre psychologie. Il y a recomposition des formes dans un seul cerveau. Un tel art est moins émotionnel que l'évocation directe d'un visage dont le peintre s'est borné à restituer l'image en effaçant ses propres pensées; mais il est aussi plus noble, plus sévère, plus idéologique, et d'une qualité psychique supérieure. Il nous ramène au rêve et à la fantaisie du peintre avec rigueur, mais en même temps il nous impose d'y pénétrer avec lui, et nous entrons forcément à sa suite dans le monde spirituel où il a vécu plusieurs mois, dans la pleine compréhension de son esprit et de son âme. Si cet esprit et cette âme sont grands, nous sommes touchés d'une émotion bien supérieure à l'émotion nerveuse et fugace du réalisme, nous sommes augmentés moralement. S'il y a entre
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SAINTE CECILE (FRESQUE)
tous les arts des affinités secrètes — et tous sont les variantes d'une seule vérité suprême — on peut dire que la peinture comprise ainsi se rapproche de la littérature, tandis que la conception impressionniste la rapproche plutôt de la musique par l'émotion inconsciente, indicible, des tonalités et de leurs combinaisons sur un thème quelconque. L'expression, dans le premier cas, s'oppose à la suggestion dans le second. Et cependant il y a un dosage exact de ces deux sources d'émotion esthétique, et ce dosage, empruntant aux lettres leur netteté descriptive, à la musique sa faculté de rêverie sans formes, est la peinture idéale, celle de Vinci et de Rembrandt, celle où toute expression est suggestive,
outre de soi-même, d'un monde rêvé par le peintre, où toute créature est elle-même, et aussi laisse connaître Vinci ou Rembrandt à travers elle.
Le réalisme contemporain réagit contre l'académisme, qui n'admettait que la première tendance, et se montre aussi restreint en n'admettant plus que la seconde. Il est temps, après ces réflexions préliminaires, d'en venir à quelques artistes que leur sens critique très juste engage à essayer de retrouver la synthèse de Léonard, et qui sont isolés entre l'Ecole et l'impressionnisme réaliste. Ils forment un petit groupe très intéressant. On les a appelés les symbolistes, les peintres de l'âme: le nom qui leur siérait est plutôt celui d'idéologues, car «peintres de l'âme» n'explique pas qu'ils peignent la leur et le monde des figures abstraites dont la vie mystique de l'âme est peuplée. Ce que ces peintres peignent, ce sont plutôt des idées. Sous le nom d'idéalisme on a vite fait de comprendre, à tort, une certaine sentimentalité qui peut être inférieure: M. Bouguereau a été qualifié d'idéaliste, parce qu'il appliquait sa science factice à une mythologie douceâtre. Mais un tableau comme celui de M. Desvallières est bien une conception idéologique au vrai sens du terme; la vie des idées s'y meut, extra-humaine, un peu sèche, mais donnant par chacun de ses personnages le contour d'une pensée préconçue.
D'un tel art la tradition, largement développée en Angleterre par Rossetti, Burne-Jones, Watts Hunt, Madox-Brown, en Allemagne par Böcklin, se constitue en France par Gustave Moreau, Chassériau, Rops et Puvis de Chavannes. Rops donne l'exemple d'une continuelle incertitude entre le réalisme et l'art symbolique, tempérée par son origine flamande; Puvis de Chavannes, décorateur de génie, idéologue aux conceptions généralisées et simples, maître incomparable dans l'adaptation des formes aux pensées, est le type même du peintre d'idées sachant rester peintre et puiser dans la vie directe et aisément compréhensible, en n'admettant que les symboles naturels et connus de tous. Chassériau présage Moreau, qui va jusqu'aux confins de l'art abstrait, mais exclut la vie de son art proche des miniatures persanes par la préciosité de sa joaillerie glacée. Penseur et poète aux songes étranges, érudit, philosophe, à la fois romantique et classique, Moreau se révèle comme une personnalité à qui manque la décision dans le choix d'une technique. Ses nus sont académiques, gauches, timides et convenus; ses dé-
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cors sont fastueux, avec l’harmonie osée des tapis d'Orient. Son idéologie transfigure les mythes, son âme de grand poète invente le Phaëton, l’Amour et les Muses, et la composition grandiose de l’Hercule à l’hydre, et à la fin de sa vie son exécution s’élargit jusqu’aux superbes esquisses de Jupiter et Sémélé qu’on voit au musée Moreau. Son enseignement à l’École laisse une profonde empreinte sur quelques jeunes hommes, dont les uns deviennent d’excellents intimistes (Sabatté, Braut, Milcendeau, Besson, Martel, Ernest Laurent) et d’autres des légendaires à l’âme curieuse, qui nous retiendront plus spécialement ici.
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Le plus considérable est M. Georges Desvallières, dessinateur robuste, coloriste épris d’harmonies sévères, esprit affiné, intelligence vivace et logicienne sachant soutenir par de profondes qualités techniques l’expression des rêves intellectuels où elle se complait. Un morceau réaliste se jouant sur une jolie harmonie fait vite honneur au peintre, parce que ses conditions de beauté sont élémentaires, tandis qu’une œuvre de pure composition est en toutes ses parties périlleuse. Le talent de M. Georges Desvalières est assez varié pour le sauver de ces péris. Il a notamment au plus haut degré le sens des lignes décoratives, dont témoignent ses Joueurs de Boules, ses Chasseurs, le grand paysage allégorique où se déroule la théorie des personnages d’Eternum transvertere. Il est aussi un peintre de morceaux admirable. Je n’en veux pour témoignage, outre tel torse vigoureux, telle musculature des Chasseurs du Salon de
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1894, que l'exquis portrait féminin dans des harmonies orangées et rouges qui était, cette année, l'une des perles de la Société nationale, et qu'on retrouvera ici. M. Desvallières est certainement l'homme sur qui nous pouvons compter le plus sûrement pour l'expression d'un idéalisme complet. L'idée de son grand tableau est belle et haute, l'étrangeté n'en est pas bizarre, le symbolisme en est clair, et certains personnages sont d'une plénitude d'expression admirable. Ce peintre ne dédaigne pas la vie, il la contemple avec amour, mais il la transpose, il y choisit ce dont sa pensée a besoin, par une loi naturelle qui est l'éternel secret des belles choses.
Un autre élève de Moreau, Henry-Georges Rouault, a débuté par des peintures religieuses d'un caractère archaïque, d'un symbolisme attachant, dont un Jésus au milieu des docteurs, très remarquable. Il se révèle maintenant comme un paysagiste personnel, d'un charme mélancolique et d'une vision très subtile, dans une série de pastels rapides aux harmonies éteintes, très voisines de celles de M. Simon Bussy. Et c'est encore un élève de Moreau que M. René Piot, qui se recommande par d'intenses qualités de peintre décoratif, dans ses toiles mystiques et légendaires, dans ses aquarelles aux beaux tons d'email. Tous les deux ont l'amour de la matière riche, lourde, aux beaux reliefs en pleine pâte, aux colorations d'un éclat assourdi. Mais toujours s'impose chez eux le souci de la ligne prédominant celui des valeurs. Ce sont deux peintres d'avenir. Un de leurs camarades de l'atelier Moreau, Edgar Maxence, fait preuve aussi du sens très vif des lignes décoratives, notamment dans le grand plafond qu'il exposait cette année à la Société des Artistes français. Un tableau de lui fut remarqué, les Fleurs du lac, où se groupaient quelques visages à l'expression intense et déroutante. Enfin, M. Louis Ridel a aussi profité de l'enseignement de Gustave Moreau. C'est avant tout un poète, très fin, très doux, très amoureux des harmonies indécises, sachant créer autour des êtres une atmosphère de songeries irréelles, qui est analogue à celle dont M. Aman-Jean enveloppe ses pâles effigies féminines. L'Adieu, un des succès de la Société nationale de cette année, résume bien sa manière, son goût pour les symphonies de tons et la facture changeante et séductrice, la distinction un peu grêle de sa vision, et surtout la recherche de quelques grands contours, cernés par des linéaments significatifs.
C'est un idéologue absolu, mais un idéologue ayant su curieusement s'abstraire de la ligne et s'exprimer uniquement par des masses de valeurs profondes, que M. Odilon Redon, déconcertant, attachant et exceptionnel virtuose du pastel et de la lithographie. Son œuvre est considérable. Elle est obscure jusqu'à légitimer souvent son renom d'incompréhensibilité. Elle touche aux dessins spirites, elle ose l'informe, elle démontre souvent l'impuissance humaine à rendre tangibles les rêves, elle côtoie l'inexprimable. Mais toujours elle attache par la beauté des noirs lithographiques, veloutés et retenant une luminosité intérieure, par la qualité des lumières qui tout à coup y fulgurent, et sa simplification extrême des formes, souvent bizarre et même barbare, donne tout à coup une puissante émotion de synthèse, comme certaines hallucinations du sommeil qui laissent, au jour, le souvenir confus d'avoir été tout-puissant dans des régions irrespirables.
L'imagination de Redon est plutôt terrifiée:
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rares y sont les visions douces et pures. C'est, au contraire, dans les clartés d'un mysticisme pacifié, un peu émacié, mais toujours reflétant le ciel des sentiments sereins, que se meut le talent de M. Carlos Schwabe, l'illustrateur exquis de l'Évangile de l'enfance, l'auteur du dessin allégorique de Fervaal et de tant de belles compositions alliées au préraphaélisme. La s'édirifie une originale architecture de traits, qui est presque une écriture des formes et dont les combinaisons complexes laissent à l'esprit une impression presque géométrique, tempérée par la grâce des figures amaigries, la riche variété des gestes, la tenue hautaine de cet art poursuivi avec une patiente volonté par un esprit très ouvert à l'intellectualité religieuse. M.Carlos Schwabe est le plus méditatif des dessinateurs; rien chez lui n'est spontané, mais tout est le produit d'une conception serrée, lente, méthodique, qui délimite étroitement chacun des sentiments qu'il souhaite faire naître. Il y a en lui de l'imager, et c'est un artiste à qui la modernité n'a presque rien apporté.
M. Valère Bernard est beaucoup plus peintre, au sens émotif et moderne du terme. Il a commencé par une série d'études provençales, très lumineuses, très vibrantes dans la technique impressionniste, et certaines dénotent une nature de réaliste vigoureux, mais déjà très sensible aux subtilités de la lumière. Puis l'artiste fut élève de Chavannes et de Rops, et ces deux influences furent en lui profondes. Il puisa dans l'exemple du génial décorateur le goût de la simplification, de l'expression par la ligne pure cernant des colorations unies, réduisant le personnage à une grande silhouette et à un mouvement caractéristique; et il peignit quelques toiles comme la Vigne, qui fut remarquée, et comme la Farandole, commandée par Mistral, qui en orna la mairie de Maillane, composition d'une harmonie ravissante, d'un gracieux déroulement de lignes, où vit vraiment l'âme heureuse de la Provence. Mais en même temps l'influence de Rops conduisit M. Valère Bernard à exprimer par l'eau-forte des symboles, des idées complexes, des fantaisies sensuelles ou mystiques auxquelles le sollicitait son goût pour l'occultisme et les sciences théosophiques; et on lui doit une collection d'eaux-fortes d'une grande allure cursive, où vit un monde de figures.exceptionnelles. Il a peint aussi quelques effigies de légende, de bons portraits, assemblé de beaux dessins. Il est aussi un sculpteur intéressant, un céramiste, un chercheur des effets de l'oxydation métallique sur d'autres métaux, un décorateur de façades par un procédé analogue à celui des sgraffitti. Enfin, c'est encore un romancier et un poète, auteur de vers et de prose en provençal décrivant l'âme populaire de sa race, et ces ouvrages sont considérés avec une haute estime par les lettrés initiés à ce dialecte. M. Valère Bernard est une personnalité aussi intéressante que modeste, et l'une des plus marquées dans l'effort d'art idéaliste contemporain.
Très proche de lui par le goût de la légende et la faculté d'assouplir à tout son intelligence est M. Armand Point, qui débuta par d'exquises études au pastel et des effigies féminines d'un art troublant, puis étudia les Italiens, se détacha peu à peu de la conception moderniste et s'atta- cha à l'étude des propriétés mentales de la ligne. Il s'éloigna méthodiquement de l'art réaliste et de la notation des aspects pour déterminer dans ses toiles le caractère de permanence propre aux idées générales et exprima des symboles. Il rechercha les procédés anciens, peignit à la cire, à l'œuf, à la fresque, des compositions d'un caractère archaïque et ornemental. Puis l'artiste
VALÈRE BERNARD PRINCESSE DE LEGENDE
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GEORGES DESVALLIÈRES
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