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L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRASSÉ - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE --- NOUVELLE SÉRIE 1re ANNÉE N° 2 FÉVRIER 1924 --- SOMMAIRE TEXTE BIBLIOGRAPHIE. — Vers une architecture, par Le Corbusier-Saugnier. PLANCHES Pl. IX à XIII. Église Notre-Dame. Le Raincy . . . . . . . A. et G. Perret. Pl. XV. Ateliers avenue Philippe-Auguste. A. et G. Perret. Un numéro : France, 12 francs. Étranger, 14 francs L'abonnement annuel : France, 100 fr. Étranger, 120 fr. (partant du 1er janvier) --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS (1er) Tél.: Louvre 33-87. Chèques postaux 6690. R.C. Seine 64-696

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L'ARCHITECTE BIBLIOGRAPHIE "VERS UNE ARCHITECTURE" Par Le Corbusier Saugnier En Octobre 1920 paraissait le premier numéro de l'Esprit nouveau : revue internationale d'esthétique. La jeune revue faisait à l'architecture une place vraiment anormale comparée à celle que lui réservent généralement les périodiques consacrés aux arts, qu'ils soient traditionnalistes ou d'avant garde. L'architecte autrichien Adolphe Loos y publia quelques articles aussi curieux par la forme qu'intéressants par l'esprit. L'architecte suisse Le Corbusier Saugnier y traita amplement de "l'esthétique de l'ingénieur" et de "l'architecture". Ce sont ses articles de l'Esprit nouveau qu'il vient de réunir en un petit volume sous le titre : Vers une architecture. Le ton de ces articles dénote un très sûr instinct des procédés usuels de la publicité. M. Le Corbusier lance des idées sous forme d'aphorismes catégoriques et de sentences sans appel. Il ne craint pas de répéter ses formules qui fréquemment, du reste, sont heureuses. Remercions-en M. Le Corbusier puisque, au demeurant, ses idées sont souvent justes et qu'elles visent, en tout cas, à la régénération d'un art dont, le moins qu'on puisse en dire, est qu'il en a besoin. Remercions surtout l'auteur de ne pas hésiter à reprendre à son compte et sous une forme quelquefois saisissante, des idées qui n'eurent pas, à l'époque où elles furent exprimées, le retentissement qu'elles méritaient. L'admirable préface que de Baudot écrivit pour son livre L'Architecture, le passé, le présent paru en 1916, après la mort de son auteur, contient explicitement sous une forme assurément plus mesurée, expression d'une pensée plus nuancée, l'essentiel des articles de l'Esprit nouveau, de même que les ouvrages trop ignorés d'Auguste Choisy en contiennent partiellement la matière. Qu'on ne voie pas là une critique à l'égard d'un livre dont l'honneur est, au contraire, de tendre au général et de tenter de définir les caractères constants et par conséquent actuels d'un art vieux comme le monde ; or qui, mieux qu'Auguste Choisy, a su parler d'architecture ? M. Le Corbusier, apôtre des temps nouveaux, n'hésite pas quant aux moyens de persuasion; il fouaille, il invective, il aiguillonne: ce n'est pas mauvais; c'est même très bon contre la paresse de l'esprit, bien que ce soit désagréable pour le lecteur qui n'aime pas le prêche. L'auteur dit aux architectes, — "ses frères corrompus", — ce qu'on appelle vulgairement des vérités. Il les dit toutes crues, avec un parti pris de brutalité dans la forme et un mépris des contingences dans la pensée qui sont la marque de son livre. Mais, enfin, il en dit ; or, un livre qui dit un nombre respectable de vérités, même s'il ne dit pas la vérité tout court, est en tous cas un livre qui vaut d'être lu et compris. Nous essaierons de dégager, article par article, la pensée de M. Le Corbusier. Nous tenterons de la saisir en dehors des formules à effet, indépendamment de la phraséologie métaphysique. Nous essaierons de parler bon sens et nous verrons que c'est peut-être plus facile qu'il n'y paraît à première vue lorsque l'auteur ne se retranche plus derrière le rigorisme de ses formules. ARCHITECTURE. — ESTHÉTIQUE DE L'INGÉNIEUR Un édifice est conçu par un Ingénieur, sans aucune préoccupation d'ordre esthétique, (du moins nous l'admettrons avec l'auteur, car nous ne voyons pas pourquoi un ingénieur est nécessairement dépourvu de goût, bon ou mauvais). L'ingénieur choisit donc des éléments par raison d'utilité, uniquement; il les dispose dans un ordre purement constructif, strictement nécessaire ; puis il les calcule ; pour les calculer, il pose les termes de problèmes pour chacun desquels il choisit une solution, entre des solutions multiples. Il en résulte des rapports de dimensions volontaires, un jeu de proportions réglé à la fois par un choix et par des lois mathématiques. Choix, ordre, proportions volontaires ou rythmiques, n'est-ce pas là de l'architecture ? Non, dit très bien M. Le Corbusier, non, tant que l'œuvre créée ne sera pas susceptible "de nous émouvoir" de nous causer une "émotion plastique". Réellement, on n'enseigne rien d'autre, même à l'École des Beaux-Arts. Certes, M. Le Corbusier veut qu'une œuvre d'architecture le "commotionne" au point de le mettre, "dans un état de jouissance... en consonance avec les lois de l'univers". Il veut qu'elle lui donne d'un seul coup "la mesure d'un ordre en accord avec celui du monde". Mais il n'y a que des différences de degrés entre ces élans mystiques et le sentiment plus humble de la beauté plastique, sentiment encore, heureusement, commun à un certain nombre d'individus parmi lesquels on trouverait peut-être, en cherchant bien, des architectes. FÉVRIER 1924.

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L'ARCHITECTE L'auteur omet, cependant, de faire les distinctions nécessaires. Les connaissances techniques qui correspondent à toutes les parties de l'art de bâtir moderne sont bien vastes pour le cerveau d'un seul homme et, du reste, la spécialisation est un des traits caractéristiques du développement scientifique contemporain. L'ingénieur dont la mission est de coordonner les recherches des autres ingénieurs, de leur indiquer le but et de leur donner les moyens, de faire d'efforts isolés et fréquemment contradictoires un tout équilibré et harmonieux, cet ingénieur est proprement : "l'architecte", quels que soient, d'ailleurs, sa formation, son titre et sa fonction. L'architecte moderne est de toute nécessité un ingénieur aux connaissances suffisamment étendues pour coordonner les efforts de nombreux spécialistes. S'il n'en est pas ainsi, il ne peut remplir utilement sa tâche et nous n'irons pas jusqu'à dire que M. Le Corbusier exagère en laissant entendre qu'il en est fréquemment ainsi. On pourrait croire, aussi, en lisant M. Le Corbusier, qu'aucune recherche architecturale dans le sens de l'évolution de l'art de bâtir contemporain n'a jusqu'à ce jour été tentée. Qu'il y en ait peu, c'est certain, mais qu'un ancien collaborateur des frères Perret affecte d'ignorer qu'il y en a d'admirables, voilà qui est étrange. Enfin, M. Le Corbusier paraît tenir essentiellement à opposer l'art de bâtir, qui est fait "pour tenir" à l'architecture qui est faite "pour émouvoir". Ce contraste n'est-il pas surtout théorique et n'est-ce pas, au contraire, de ce trop rare équilibre entre l'intelligence constructive et le sentiment plastique que sont nées les belles œuvres ? Trois Rappels à Messieurs les Architectes Le Volume - La Surface - Le Plan Ce chapitre commence par un "argument" comme parle l'auteur, qui est excellent. Qui ne Est-ce donc à tort que M. Le Corbusier dépense tant d'éloquence pour exprimer de semblables truismes? Non, bien au contraire, car c'est à la fois la grande pitié et le grand espoir de l'architecture moderne que veut évoquer l'auteur. Il montre l'incompatibilité qui existe présentement entre l'art de bâtir renouvelé par les techniques modernes et les habitudes architecturales de notre temps. D'un côté des ingénieurs spécialisés dans la mise en œuvre des matériaux nouveaux sont amenés sous la pression des nécessités économiques et par la seule puissance du calcul à créer des plastiques nouvelles contenant en puissance l'architecture de demain. De l'autre côté, des architectes, beaucoup trop d'architectes, n'entrevoient même pas cet avènement d'une plastique en accord avec l'évolution scientifique ; ils ne veulent voir dans les perfectionnements de la technique qu'un moyen de réaliser plus facilement des fantaisies à priori purement imaginatives et toutes artificielles. L'auteur n'oppose pas seulement cette "esthétique de l'ingénieur" si riche en possibilités plastiques à l'architecture des architectes, il oppose l'ingénieur spécialiste, qui connaît, qui est celui qui sait dans son domaine, à l'architecte habile à utiliser le savoir des autres pour la réalisation d'une œuvre à laquelle il participe vraiment trop peu. Voilà un exemple de ces "vérités" qui font de ce livre un livre utile aux architectes animés de l'esprit de perfectionnement.

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L'ARCHITECTE serait, en effet, d'accord avec M. Le Corbusier pour voir dans la simplicité des formes un élément primordial de beauté? Comment ne pas convenir, de bonne foi, que les architectes ont, trop souvent, un goût regrettable pour les complications inutiles ? Enfin qui ne comprend que l'assainissement de l'art architectural viendra du fait que les techniques modernes, appliquées aux matériaux nouveaux, ont déjà créé, comme spontanément, et nettement en dehors des architectes, une plastique nouvelle, capable de devenir ce qu'elle n'est pas encore : une architecture. Ces prémices si justes, si pleines de bon sens sont, hélas, gâtées, comme nous le verrons, par les développements doctrinaires et confus qui les suivent. Passons rapidement sur le fait que M. Le Corbusier supprime d'un trait de plume tout l'effort architectural français depuis, et y compris, l'art médiéval. M. Le Corbusier Saugnier ne trouve dans tout cela rien d'assez "grave", ni de suffisamment "susceptible de sublimité". Arrivons donc tout de suite à la grande idée du chapitre : l'architecture se manifeste par des volumes ou des surfaces qui sont eux-mêmes déterminés par un plan. "C'est le plan qui est le générateur". Vraiment, si nous ne savions que cette avalanche de vérités premières correspond à des préoccupations vraiment actuelles et vivantes, nous pourrions penser que M. Le Corbusier retarde sur l'Institut. Les développements qui suivent ne sont pas faits pour éclaircir nos idées. Nous y trouvons cependant beaucoup de choses, trop de siècles et d'œuvres magnifiques accumulés. L'architecture gothique y est mise, d'autorité, hors de la plastique, et cela, grâce à l'appont d'un lieu commun romantique un peu trop usagé. Les Invalides, puis Versailles, placés avec honneur dans les choses qui "sont de l'architecture" réhabilitent heureusement les styles français, supprimés, comme indignes, à la page précédente. Enfin, la gare d'Orsay et le Petit-Palais sont classés parmi les choses qui ne "sont pas de l'architecture". Gageons que sur ce point, tout au moins, M. Le Corbusier ne trouvera pas beaucoup de contradicteurs. Les pages sur "le volume" sont illustrées de photographies de silos empruntées, pour la plupart, à des édifices industriels américains ; nous en donnons, fig. 11, un exemple. Voilà la véritable leçon qu'il faut chercher dans ce livre et il nous faut, encore une fois, remercier M. Le Corbusier d'avoir juxtaposé, avec tant d'adresse, des exemples aussi éloquents. Il apparaît avec évidence, d'après ces exemples, que le seul fait de dresser dans la lumière une série de solides géométriques de structure simple et lisible suffit amplement pour faire naître dans notre esprit le sentiment d'une plastique puissante qui apparait déjà comme une architecture ; elle en a, en effet, quelques-unes des qualités essentielles. Évidemment ce programme de silos ne saurait guère être réalisé sans produire, par sa masse, la clarté de ses formes et leur répétition un effet plastique irrésistible et l'architecte qui réussirait à l'amoin drir serait animé, pensons-nous, d'un singulier esprit de perversion. Or, n'est-ce pas cependant ce à quoi parviennent, tous les jours, bien des architectes? Certes, ils n'y parviennent pas dans la construction des silos, car ils n'en construisent guère, mais ils se rattrapent ailleurs

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L'ARCHITECTE et dans les maisons de rapport en particulier. "Les architectes, aujourd'hui, n'osent pas faire... la rue de Rivoli" dit excellemment M. Le Corbusier et, rapporté aux cinquante dernières années, ceci est remarquablement observé. L'usage de plus en plus fréquent du béton armé, les préoccupations de plus en plus impérieuses d'économie, enfin l'intelligence constructive dont les moyens sont décuplés par le calcul, ne devraient-ils pas conduire spontanément et obligatoirement à des plastiques nouvelles? Aucune argumentation ne saurait prévaloir contre cette évidence, et cependant regardons nos rues, elles ne nous laissent que bien rarement entrevoir, comme dit M. Le Corbusier, ces "magnifiques prémices du nouveau temps". Les pages, qui suivent, sur la surface sont remarquablement illustrées de photographies de grands ensembles industriels, pour la plupart américains. Elles montrent tout le parti que pourrait tirer une plastique vraiment indépendante de la division des surfaces en génératrices et en directrices simples et régulières accusant la simplicité géométrique des volumes, au lieu de la détruire. Et à l'appui de cette thèse, l'auteur juxtapose aux édifices modernes quelques belles façades classiques, conçues en partant de points de vues singulièrement différents, opposés peut-être, mais réalisés suivant les mêmes règles de composition. M. Le Corbusier cite comme un remarquable exemple du mépris et de l'ignorance de ces lois primordiales: le boulevard Raspail. Et cependant le boulevard Raspail. (nous parlons de celui de 1914) se rachetait des pauvretés néo-style qu'il étale toujours, hélas! avec tant d'abondance, par deux édifices témoignant de talents dissemblables mais également maîtres de leurs moyens. Ces édifices, après bientôt quinze ans, et bien que l'un d'eux ait perdu de son unité par la transformation d'un rez-de-chaussée, font encore et continueront à faire, malgré M. Le Corbusier, l'admiration de tous ceux qui aiment l'architecture. Eh bien ! ayons le courage de constater que même ces beaux immeubles sont, dans une certaine mesure, des exemples de ce mépris des architectes contemporains pour les volumes et les surfaces simples et de leur tendance aux inutiles complications. Le chapitre sur "le plan" comprend deux parties, l'une didactique et archéologique, l'autre consacrée à des programmes modernes de plans d'ensembles urbains. La première est une des meilleures du livre, c'est un excellent cours d'architecture très bien illustré d'exemples classiques empruntés à Choisy. Suivant un léger mais persistant travers, l'auteur, dans la seconde partie, découvre l'urbanisme dans le pays qui a peut-être le plus fait pour cette science avec Hénard; il cite Tony Garnier, corrige Auguste Perret et présente des sujétions étiquetées : personnelles. Le chapitre se termine par l'annonce des temps nouveaux. Souhaitons que les architectes ne les attendent pas, sceptiques ou résignés, comme le fruit du hasard, mais qu'ils y voient l'œuvre qu'il leur fait accomplir eux-mêmes, non pas demain, mais tout de suite, et pour laquelle il n'y a pas d'âge. (à suivre) Pol Abraham. Fig. 13. — N.-D. du Raincy. — Coupe longitudinale sur l'axe de l'église.

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L'ARCHITECTE EXPLICATIONS DES PLANCHES PLANCHES IX à XIII. — Une église en béton armé : Notre-Dame du Raincy. — A. et G. Perret, architectes et constructeurs. Peut-être faut-il remonter à la construction de la grande salle de lecture de la bibliothèque nationale, par Henri Labrouste, pour trouver, dans l’histoire de l’architecture française, un fait d’importance comparable à la construction de l’église du Raincy par MM. A. et G. Perret. Une esthétique absolument nouvelle y apparaît, maîtresse de moyens si parfaits qu’elle impose invinciblement l’idée d’une plus longue carrière. Cependant, aucune disposition d’ensemble, aucun détail de cet édifice, ne sont conçus en vue d’un effet original à priori. Un traditionalisme évident, une soumission respectueuse aux suggestions des grands siècles de foi, un souci constant de ne pas s’écarter de la voie tracée par d’illustres et lointains devanciers, ont guidé les architectes dans la conception de cette œuvre si réellement « pensée ». Unité de la matière, structure toujours apparente, indépendance de cette structure et de ses remplissages, plan traditionnel avec la nef et les deux bas-côtés, édifice entièrement vouté, immense développement des verrières aux remplacements géométriques réalisés avec la matière unique de l’édifice, points d’appui verticaux indépendants des murs de fermeture, points d’appui du clocher indépendants et extérieurs à ses parois pleines; tous ces caractères sont ceux des Fig. 14. — N.-D. du Raincy. — Plans des fondations et sous-sol; rez-de-chaussée et voûtes.

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L'ARCHITECTE Fig. 15. — N.-D. du Raincy. — L’Abside. édifices religieux inventés en France il y a sept siècles. Ce sont ceux, également, de l’église du Raincy. Mais la matière unique n’est plus la pierre. A la pierre, qui ne peut supporter normalement que des efforts de compression, s’est substitué un matériau organisé pour résister rationnellement à tous les efforts statiques intervenant dans la construction : le béton armé. Par l’emploi du béton armé, le problème capital de la construction des églises : le problème des voûtes, est à nouveau résolu avec une parfaite élégance. A la conception des voûtes à poussées localisées, équilibrées par des organes extérieurs de butée, s’est substituée celle d’un gigantesque couvercle, absorbant lui-même les efforts que développent ses éléments constitutifs et ne transmettant à ses points d’appui que des charges rigoureusement verticales. Les voûtes de l’église du Raincy reposent sur leurs piliers à la manière d’un linteau sur deux colonnes. La forme des voûtes s’est donc modifiée ; les organes débutée, inutiles, ont disparu ; les points d’appui, libres de leurs étai, ont enfin l’éloquence pressentie, mais jamais atteinte par les constructeurs médiévaux ; pour la première fois, les verrières prennent le développement qu’ils tentèrent de leur donner au cours de trois siècles d’incomparables efforts ; le vide triomphe enfin du plein sans torturer la matière et l’immense et lumineux vaisseau s’élève libéré des entraves de la construction en pierre. Les dessins si clairs et si précis insérés dans le texte dispensent d’une description trop étendue. La particularité essentielle de cet édifice est son système de voûtes. Elles sont composées de surfaces à simple courbure, pour la facilité du coffrage, sans tirants intérieurs et sans doubleaux ni nervures en saillies sur l’intrados ; elles sont très surbaissées, ainsi que l’exige pour la grande nef le dispositif de stabilité que nous décrirons ci-dessous. Les bascôtés sont couverts par des berceaux à génératrices transversales ; ils reposent à leurs retombées sur de simples surépaisseurs de leurs reins. La grande nef est voutée par un berceau longitudinal unique. Les niveaux des naissances de ce berceau coïncident avec le niveau des clefs des voûtes des bascôtés. La voûte de la grande nef est supportée par les deux rangées de poutres en arc formant tympan internes des berceaux transversaux. Bien que l’épaisseur de cette voûte soit très faible (4 centimètres environ), elle n’en développe pas moins des poussées considérables. Elles sont absorbées par une série de cloisons — poutres transversales et verticales réunissant les voûtes à la couverture en béton armé et jouant par leur résistance à la flexion le rôle de raidisseurs. L’ensemble monolithe constitué par les voûtes internes, les épines transversales et la couverture, peut ainsi reposer sans inconvénient sur des points d’appui non contrebutés, sous la réserve que ces points d’appui soient établis en tenant compte de l’action du vent. La couverture est composée d’une série d’éléments transversaux à double courbure pour permettre les libres dilations sous l’action des variations de tempé-

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L'ARCHITECTE Page 15 Text Content rature. Ces éléments, dont l'épaisseur est d'environ deux centimètres, se sont révélés parfaitement étanches. Le grand déploiement des verrières est réalisé au moyen de claustra en béton armé, formées d'éléments moulés d'avance et laissés brutes de décoffrage. Tout l'édifice intérieurement et extérieurement est d'ailleurs en béton apparent, brut de décoffrage, sans aucun revêtement y compris les clôtures du chœur, les balustrades de tribune, les confessionnaux, la chaire, etc., etc. Le choix du béton armé comme matériau quasi unique de l'édifice et l'absence de revêtements ne résultent pas plus que les formes et la structure d'une volonté à priori, d'un goût exclusif pour une matière dont l'apparence est peu agréable et pauvre. Le principe d'économie a déterminé le choix de l'architecte, indépendamment des facilités et de la rapidité de l'exécution, et des qualités de durée. Cet édifice, pourtant monumental, fondé sur un sol excavé par d'anciennes carrières, ayant nécessité l'établissement de puits, qui est chauffé, ventilé mécaniquement, éclairé et décoré de magnifiques verrières, n'a coûté approximativement que 600.000 fr. pour une surface couverte de plus de 1.000 m². Les dimensions dans œuvre sont, en effet 53m, 563 de longueur par 18m, 66 de largeur, la hauteur moyenne des voûtes principales à la clef est d'environ 14m. Il n'est pas exagéré de dire qu'un édifice de mêmes dimensions en pierre de taille et voûtes dites « sans poussées » aurait coûté le triple et demandé plus de deux années pour la construction. Notre-Dame du Raincy a été édifiée en treize mois. Il convient de remarquer que les maîtres Maurice Denis, auteur des cartons des verrières et Bourdelle qui prépare un bas-relief pour le tympan de la porte d'entrée, ont apporté gracieusement leurs concours à la réalisation de cette œuvre. Est-il besoin de dire qu'à ce point de vue, les architectes qui sont en même temps les constructeurs, ont vraiment travaillé pour la seule satisfaction de réaliser une belle œuvre. Les particularités de plans, la déclivité du sol, la surélévation du chœur, l'aménagement du sous-sol avec les sacristies, salle de catéchisme et autres services au niveau du sol extérieur, sont parfaitement Fig. 16. — N.-D. du Raincy. — Coupe transversale.