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L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRASSE - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE --- NOUVELLE SÉRIE 1re ANNÉE N° 3 MARS 1924 --- SOMMAIRE TEXTE L'ENSEIGNEMENT DE L'ARCHITECTURE. P. ABRAHAM. BIBLIOGRAPHIE. — Vers une architecture, par Le Corbusier-Saugnier. PLANCHES Pl. XV à XXI. Hôtel particulier à Bruxelles. J. Hoffmann. Un numéro : France, 12 francs. Étranger, 14 francs L'abonnement annuel : France, 100 fr. Étranger, 120 fr. (partant du 1er janvier) --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS (1er) Tél.: Louvre 33-87. Chèques postaux 6690. R.C. Seine 64-696

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ÉTUDE PRATIQUE DES PLANS DE VILLES par Raymond UNWIN Traduit de l'anglais par W. MOOSER. Traduction revue et mise au point par Léon JAUSSELY Architecte en chef du Gouvernement Tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l'urbanisme connaissent le livre de Raymond Unwin, qui est devenu classique sur ce sujet. Une traduction française de l'ouvrage, indispensable pour l'étude de cette science, nous était réclamée de tous côtés. Cette édition française vient de paraître et constitue un recueil de documents figurés, nombreux et divers, fort bien sélectionnés, d'ensembles et de détails, accompagnés d'un texte abondant et clair, qui initie le technicien par des exemples anciens et modernes, et l'amène à des considérations et des comparaisons fructueuses en le prédisposant à faire une œuvre personnelle pour l'adapter aux circonstances. L'ouvrage forme un volume relié de 366 pages, plus de 300 illustrations et 7 plans de villes en grand format. Prix... 75 francs- Prospectus illustré sur demande. ÉDITIONS ALBERT LÉVY, LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) --- LIVRES D'ART LA LIBRAIRIE A.-Louis DE MEULENEERE 21, rue du Chêne, BRUXELLES signale à la bienveillante attention des lecteurs de « l'Architecte », la nouvelle édition qui vient de paraître : Répertoire Général d'Ouvrages sur les Beaux-Arts Bibliographie récente de 5.000 ouvrages courants, classés par ordre Alphabetique et Analytique, avec tables en vente aux prix marqués et divisées en deux parties. Première partie — Arts appliqués. (Décoratifs, Industriels, Plastiques.) Architecture, Décoration et Ornementation. (Technique, Procédés, Composition). Arts de la Terre, du Feu, du Métal, du Bois, du Tissu, du Verre, classés par ordre alphabétique et analytique. 900 numéros relevés en 105 pages sous couverture ornée. En vente au prix net de 7 fr. 50 Seconde partie — Ouvrages et Périodiques modernes sur les Beaux-Arts, Peinture, Sculpture, Gravure, Beaux ouvrages illustrés. Editions de grand luxe, Monographies et Biographies d'artistes. Grandes collections de Bibliophiles. Publications sur l'Antiquité, l'Archeologie, la Bibliographie, la Genealogie, l'Héraldique. Les Sports, les Sciences, la Technique, avec tables détaillées et classées par ordre alphabétique et analytique. 1.100 numéros relevés et 3.000 titres aux tables en 100 pages. Sous couverture ornée. En vente au prix net de 7 fr. 50 Ces deux répertoires seront envoyés franco (montant joint à la demande) aux lecteurs de « l'Architecte ». Toutefois cette somme sera défalquée du montant de la première commande faite dans l'une des deux parties. --- CHAUFFAGE CENTRAL INDUSTRIEL ET DOMESTIQUE SERVICES D'EAU CHAUDE INSTALLATIONS A FORFAIT PAUL ROUX & Cie, Ingénieurs Maison fondée en 1859 9, rue des Bluets, PARIS (XIe) Téléphone : ROQUETTE 34-42 --- Maison Française fondée en 1905 HYGIÈNE - DÉCORATION - ENTRETIEN FACILE Obtenus par le PARQUET SANS JOINT MAGNÉSIEN CHAUD DOUMENT DOUX NE PAS CONFONDRE AVEC LES DALLAGES MAGNÉSIENS SILICIEUX E. CARLIER, Ing° E. C. P. 77, Boulevard Diderot, 77 - PARIS TÉLÉPHONE : DIDEROT 05-84 LE MEILLEUR, LE MOINS CHER CATALOGUE et DEVIS sur DEMANDE R. C. Seine 222 450

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L'ARCHITECTE L'ENSEIGNEMENT DE L'ARCHITECTURE INTRODUCTION A UNE SÉRIE D'ÉTUDES SUR L'ENSEIGNEMENT EN FRANCE ET À L'ÉTRANGER Le Jeudi, dernier jour de Décembre 1671, François Blondel ouvrait la première séance de l'Académie Royale d'Architecture par un discours où, notamment, il disait : « Néanmoins, comme il est vrai que la connaissance des préceptes de l'architecture ne suffit pas toute seule pour faire un architecte, cette qualité supposant beaucoup d'autres lumières, sa Majesté a voulu que, pendant la seconde heure des leçons de l'académie, l'on enseignât publiquement les autres sciences qui sont absolument nécessaires aux architectes, comme sont celles-cy : la géométrie, l'arithmétique, la mécanique, c'est-à-dire les forces mouvantes, les hydrauliques qui traitent du mouvement des eaux, la gnomonique ou l'art de faire les cadres du soleil, l'architecture militaire des fortifications, la perspective, la coupe des pierres et diverses autres parties des mathématiques $^{(1)}$ ». Cette dualité dans l'enseignement comprenant, d'une part, « les préceptes de l'architecture », (entendons la composition), et, d'autre part, « les autres sciences qui sont absolument nécessaires aux architectes », n'est-il pas la caractéristique essentielle de l'enseignement actuel de l'architecture à l'École des Beaux-Arts ? Les deux ordres d'enseignement sont tellement indépendants qu'un brillant élève en architecture peut parvenir à la plus haute distinction, le grand prix de Rome, sans s'être préoccupé le moins du monde de l'enseignement scientifique et technique de l'école. Nous ne prétendons pas que cela soit absurde $a$ priori, mais alors il faut convenir que, dans l'esprit des maîtres qui dispensent l'enseignement officiel, l'idée de l'indépendance de l'art et de la technique, non seulement ne s'est pas affaiblie depuis le premier Blondel, mais s'est encore singulièrement accentuée. En effet, il suffit de feuilleter les traités d'architecture française, depuis Philibert Delorme jusqu'au second Blondel, pour s'apercevoir que l'art de bâtir y tient une place au moins égale à celle de l'étude de la composition proprement dite et qu'il ne s'en sépare jamais. Du reste, l'énumération des sciences complémentaires dans l'exposé de Blondel, cité ci-dessus, ne comprend pas, en effet, celle de la construction. L'enseignement de la construction, se rattachant désormais, et inévitablement du reste, à l'enseignement scientifique, parvient à ne plus avoir que de lointains rapports avec l'enseignement de la composition architecturale, celui qui est donné dans les ateliers. Aussi les architectes sont-ils devenus furieusement artistes. L'étiquette d'artiste fait, d'ailleurs, assez facilement illusion, auprès du public. Elle décore et justifie le rôle d'intermédiaire un peu vague, que les progrès foudroyants de l'art de bâtir font quelquefois jouer à l'architecte que n'a pas armé une éducation scientifique et technique en rapport avec les nécessités modernes. Cette situation paradoxale qui rend le maître de l'œuvre tributaire de collaborateurs qu'il n'est pas toujours en mesure de diriger effectivement, n'émeut peut-être pas suffisamment les milieux professionnels trop enclins à se croire victimes de critiques injustifiées. L'intérêt bien compris de leurs membres consiste moins, cependant, à se montrer chatouilleux sur le point d'honneur professionnel que, par exemple, à sélectionner le recrutement des nouveaux venus. À cet égard l'enseignement devrait être la plus grave préoccupation des groupements d'architectes. Il est parfaitement oiseux d'insister sur l'importance de la question de l'enseignement dans tous les domaines de l'activité intellectuelle. Mais, ce qu'il faut remarquer, c'est l'importance toute particulière et immédiate de cette question dans la pratique de l'architecture, où l'élève, le « nègre » encore à l'école, ou venant d'en sortir, joue un rôle si considérable dans la conception et l'élaboration des projets auxquels le patron, pris par les multiples obligations des affaires, ne peut apporter tous ses soins. Telle rue de l'Ouest parisien élégant, dont les multiples immeubles, récemment achevés, sont signés du même nom, juxtapose des échantillons de style, (si l'on peut dire), si différents qu'ils ne peuvent vraiment s'expliquer que par le hasard du dessinateur. Et ce n'est pas, bien entendu, un exemple rare. On peut affirmer que si, par impossible, l'orientation de l'enseignement à l'école changeait brusquement, il ne faudrait pas plus de quelques années pour voir se transformer, au moins à Paris, l'esthétique urbaine. L'Académie des Beaux-Arts dirige effectivement l'enseignement officiel. L'école semble organisée uniquement en vue de la sélection et de la formation des artistes appelés à l'honneur de succéder MARS 1924. --- ${ }^{(1)}$ Blondel, Cours d'Architecture, préface p. 2-4.

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L'ARCHITECTE BIBLIOGRAPHIE "VERS UNE ARCHITECTURE" Par Le Corbusier-Saugnier (Fin) LES TRACÉS RÉGULATEURS Nous apprendrons, au cours de ce chapitre, que M. Le Corbusier seul, parmi les architectes contemporains, s'est occupé des tracés régulateurs. Nous apprendrons, de même, qu'il en a magistralement appliqué les principes dans une villa qu'il classe parmi “les très belles choses” et qui “apparaît, au milieu des constructions édifiées sans règles, comme plus monumentale, d'un autre ordre”. Les investigations de M. Le Corbusier n'ont pas dû s'étendre très loin; car il eût appris, entre autres choses, qu'il ne fut guère, à l'Ecole des Beaux-Arts, de candidat au Grand Prix qui ne jouât plus ou moins aux triangles égyptiens et à la diagonale rabattue. La question des tracés régulateurs n'a pas été résolue par les historiens d'art, faute d'une étude d'ensemble qui serait, du reste, difficile à conduire; il faudrait, en effet, non seulement confronter les textes et les monuments, mais encore s'assurer des pratiques réelles de chantier ou de cabinet. La vérification faite sur un monument de l'existence de rapports simples ne permet pas toujours d'en conclure que l'architecte a fait usage de tracés régulateurs; le musicien compose avec le sentiment qu'il a des intervalles musicaux et non pas au moyen des nombres qui les représentent. Regrettons que l'article de M. Le Corbusier n'apporte pas, en dehors, bien entendu, d'affirmationscatégoriques, la moindre contribution à cette passionnante étude. Considérée comme “opération de vérification”, l'application --- Fig. 19. — “Le Lamoricière” (extrait de « Vers une Architecture »).

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L'ARCHITECTE --- des tracés régulateurs à une composition déjà conçue peut être une recherche féconde, un moyen de correction, et de précision. N'oublions pas cependant que, pour un architecte du passé, un tracé régulateur n'était guère autre chose qu'un moyen de vérifier la proportion originale qui lui avait donné naissance. Mesurons par cela même la distance qui sépare cet ancêtre de l'architecte moderne livré à son seul instinct. Avant que ce dernier puisse avoir en main un système de vérification, il lui faut au préalable inventer sa propre architecture. DES YEUX QUI NE VOIENT PAS : I. LES PAQUEBOTS, II. LES AVIONS, III. LES AUTOS. Excellents chapitres par les idées essentielles exposées dans les trois "arguments"; chapitres puissants par l'éloquence des illustrations si intelligemment choisies et rapprochées. Quelles nouveautés nous apportent donc ces illustrations ? Aucune en apparence ; elles nous montrent des objets que chacun a pu voir ou même voit tous les jours : les paquebots, les avions, les autos. Ce qu'elles nous apportent de réellement neuf c'est le sentiment d'une plastique nouvelle, très bien mise en valeur par leur présentation. De la solution des problèmes techniques posés par la construction des paquebots, des avions et des autos, est née une esthétique propre et comme spontanée. Il n'y avait pas, pour l'automobile, par exemple, de lointain passé d'art, mais à mesure que l'automobile se perfectionnait techniquement elle naissait à la beauté. Au contraire, les problèmes de l'habitation n'ont pas reçu, en général, de solutions plastiques vraiment neuves. Dans le domaine de l'architecture le progrès ne paraît pas être de rigueur. Pourquoi? c'est que le problème de l'habitation n'est pas posé, dit l'auteur. "L'avion nous montre qu'un problème bien posé trouve sa solution. Désirer voler comme un oiseau, c'était mal poser le problème...... rechercher un plan sustentateur et une propulsion, c'était bien poser le problème: en moins de dix ans tout le monde pouvait voler ». M. Le Corbusier va donc poser lui-même ce problème de l'habitation qui, jusqu'à présent, ne l'a pas encore été. Quel service M. Le Corbusier va rendre à l'humanité! Ne nous attendons pas cependant à une révolution, car, avant que le problème de l'aviation ne fût, non seulement posé, mais encore résolu, l'homme ne volait pas. Avant que le problème de l'habitation ne fût posé par M. Le Corbusier, l'homme se logeait dans des habitations qui le protégeaient tout de même contre le chaud et le froid en lui laissant cependant de l'air et de la lumière. M. Le Corbusier ne tient pas ses promesses; une nouvelle "position" du problème ne ressort pas de son ingénieux programme. On savait, tout de même, en effet, avant les révélations de l'auteur, qu'une chaise était faite pour s'asseoir et qu'un appartement comprenait autant que possible "une chambre pour cuisiner, une pour manger, une pour se laver, une pour dormir". Le programme de l'auteur comporte, du reste, bien des particularités intéressantes; il est, dans son ensemble, intelligent et pratique, bien que ne tenant aucun compte, comme de coutume, des habitudes d'esprit ou des usages des habitants, qui ne peuvent tout de même pas être tous fait sur le modèle de M. Le Corbusier. Mais, encore une fois, il y a là, bien moins un problème nouveau que l'indication de solutions partielles, d'ailleurs heureuses au point de vue de l'hygiène, de l'économie, de la plastique et qu'il serait à souhaiter de voir appliquer plus fréquemment. Tout ce qu'il y a de vraiment nouveau dans le problème de l'habitation : moyens de chauffage, d'éclairage, de ventilation rationnelle, appareils d'hydrothérapie, d'hygiène, matériaux rationnels, économiques, etc... n'impose-t-il pas suffisamment cette transformation de l'esthétique architecturale sans qu'il soit besoin, en dépassant le but, de fournir un argument aux partisans de la tradition? En effet, après la lecture du " Posons le problème ", de M. Le Corbusier, il est aisé d'insinuer qu'il n'y a rien de si réellement nouveau dans le problème de l'habitation, aucune nouveauté du même ordre, en tous cas, que celle représentée par l'avion et que les améliorations de détail

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L'ARCHITECTE nécessitées par l'habitation moderne sont parfaitement compatibles avec la persistance des anciens errements. Les nombreux exemples et les suffrages du public aidant, la partie est acquise au contradicteur. Ce n'est sans doute pas là ce que cherchait l'auteur qui, avec les idées les plus justes, les points de vue les plus sains et les plus féconds, éprouve l'imperieux besoin d'être constamment un ton audessus. La force de persuasion du livre s'en trouve amoindrie. M. Le Corbusier attire l'attention des architectes sur la nécessité des "standarts". Encore, incontestablement, une idée juste et féconde. L'individualisme forcené dans la production architecturale moderne est un obstacle au progrès; la solution des problèmes vraiment modernes de l'habitation se fera par les standarts; la concurrence entre les standarts crée l'esprit de sélection qui conduit à la perfection, d'où sortira la nouvelle esthétique; "quand le type est créé, dit l'auteur, on est aux portes de la beauté". A ce tournant du livre, l'essentiel a été dit, la leçon a été donnée. M. Le Corbusier a confronté les créations plastiques de la grande industrie et les pauvres errements de l'architecture contemporaine : l'éloquence des rapprochements devrait porter ses fruits. ARCHITECTURE : I. LA LEÇON DE ROME, II. L'ILLUSION DES PLANS, III. LA MODÉNATURE. L'auteur revient à l'architecture en soi, qui est "au delà des choses utilitaires". Le passé architectural italien est condensé en quelques pages synthétiques qui n'ont peut-être pas grand chose à voir avec l'histoire objective de l'architecture, mais qui sont pleines d'aperçus saisissants par leur présentation. MAISONS EN SÉRIE Ardent appel en faveur d'une conception industrielle du bâtiment et aussi en faveur de l'état d'esprit nécessaire pour créer et pour accepter ces maisons en série, pour arriver à la maison "belle de l'esthétique des outils de travail qui accompagnent notre existence". ARCHITECTURE OU RÉVOLUTION "C'est une question de bâtiment qui est à la clé de l'équilibre (social) rompu aujourd'hui : architecture ou révolution". Comme on le voit, l'auteur n'hésite pas sur l'importance sociale de son art. Hélas, depuis l'apparition de "l'esprit nouveau" on a énormément bâti, (à Paris en particulier), et ce n'est cependant qu'exceptionnellement que des conceptions nouvelles encore timides ont pu se faire jour. Les architectes n'ont fait que de faibles efforts pour utiliser à plein

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L'ARCHITECTE rendement les merveilleux outils forgés par la grande industrie, ils n'ont rien ou presque rien fait pour en tirer une plastique enfin d'accord avec la mécanique et l'économie. Le public, sans applaudir, du reste, à leurs errements, les accepte cependant, et contribue quelquefois même au choix des conceptions surannées. Des quartiers entiers, nouvellement construits à Auteuil et ailleurs, témoignent d'une impuissance complète à faire une œuvre plastique expressive sans recourir aux plus absurdes pastiches de styles anciens ou, ce qui est pire, de décoration moderne. Il n'y a évidemment pas "architecture"; il n'y a pas non plus "révolution". Puisse le livre de M. Le Corbusier contribuer à préparer, sinon cette révolution, du moins l'état d'esprit qui obligera enfin les architectes à quitter la tour d'ivoire du faux art pour se mettre à la tâche vivante : créer "la machine à habiter qui soit simplement humaine". Pol Abraham. EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHES XV à XXI. — Hôtel particulier à Bruxelles. — Josef Hoffmann, architecte. L'hôtel de M. Stoclet a été bâti en 1907, à une époque où le modern style titubait déjà, mais où rien de neuf n'avait été conçu; pendant cette période de transition, d'études, de recherches, il était infiniment réconfortant de voir édifier un ensemble aussi complet. Le terrain dont disposait le professeur Hoffmann, magnifique comme situation, avait une forme très découpée, très difficile à utiliser. Comme on peut s'en rendre compte par le plan que nous reproduisons, ce plan est le triomphe des axes; aussi décrochés qu'ils paraissent, les axes règnent partout, donnant à chaque pièce un équilibre, un calme parfaits. L'étude en a été si poussée que tout paraît non seulement normal et logique, mais indispensable. Le Château de Maisons-Laffitte de Mansart peut à ce titre lui être comparé. En retrait sur l'alignement de l'avenue, l'hôtel est précédé d'une galerie couverte couronnée par une Minerve de Powolny (fig. 23). On entre alors dans un vestibule (fig. 28) dallé de marbre, aux parois de marbre, dont la partie haute forme une succession de petites niches éclairées et recevant des vases d'or. Ce vestibule assez intime donne accès au hall, le centre de la construction. Le hall (fig. 25 et pl. XX) s'affirme vers l'avenue en arc de cercle largement éclairé et s'ouvre de l'autre côté sur le jardin par de grandes baies. Toutes ces baies sont divisées par des petits bois sculptés. La partie centrale du hall monte jusqu'au plancher haut du premier étage. Des piliers de marbre s'élancent du sol en marqueterie de bois précieux vers le plafond à caissons concentriques lumineux. Les murs sont recouverts de marbre. Dans la partie circulaire une fontaine de marbre porte une statuette du sculpteur Mine, de Gand. Une partie du hall forme galerie et entre les piliers qui limitent cette galerie sont disposés de grandes vitrines à doubles faces. Un grand escalier de marbre part des travées du hall. Sous cet escalier un coin intime a été réservé avec une cheminée dont la partie haute est une plaque d'onyx. D'une autre travée du hall, des marches descendent vers la salle de musique (fig. 29), vaste pièce allongée, en marbre vert, avec peintures décoratives de Knopf, le regretté peintre belge. Une galerie correspondant Fig. 23. — HÔTEL PARTICULIER À BRUXELLES. — Galerie d'entrée sur l'avenue.

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L'ARCHITECTE au premier palier de l'escalier borde un des côtés de cette salle. Dix fenêtres basses représentent, en vitraux de verre spéciaux blancs, Apollon et les neuf muses. Une scène demi-circulaire limite la salle. Les parois de la scène sont faites des tuyaux de l'orgue placés dans l'axe de la scène vers le fond. La galerie du hall se termine vers le bureau, grande pièce au parquet de chêne noirci, aux murs blancs percés de vitrines. Faisant face à la salle de musique, une baie donne L'office tout en carrelage blanc communique avec la cuisine. De grandes dimensions, la cuisine est entièrement carrelée en blanc, sol, murs, plafond; les fourneaux sont émaillés blancs, toutes les parties métalliques et la batterie de cuisine sont nickelées. Un second escalier conduit au premier étage, avec cage centrale montant à la française autour de quatre piliers de marbre. C'est cet escalier qu'on voit sur la façade, affirmé par une grande baie verticale dans la tour. Au premier étage, une grande chambre entièrement FIG. 24. — HÔTEL PARTICULIER A BRUXELLES. — Plan du Rez-de-Chaussée. accès à la grande salle à manger (pl. XXI). Cette salle en longueur est éclairée au fond par deux baies en pans coupés séparées par une petite fontaine. Ici encore le marbre harmonieusement ordonné enrichit une partie des murs et le sol. Sur chaque grande surface murale sont incrustés des mosaïques du peintre Klimt, mosaïques de marbre, de métaux ouvrés, d'émaux. Deux grands dressoirs de marbre sont encastrés entre les piles des murs, faisant corps avec la construction. Faisant suite à cette pièce se trouve la petite salle à manger. Plus intime le sol est recouvert de tapis noir parsemé de points blancs. Les murs à pans coupés sont revêtus de panneaux de bois sculpté, laqué blanc, jaune et noir représentant des entrelacs de roses géométriques. en bois de palmier, sol, murs et plafond voûté, un boudoir laqué noir et blanc avec armoires, tiroirs, glaces, une salle de bains forment l'appartement principal. La salle de bains est entièrement en marbre (fig. 27), de petits panneaux de mosaïques de pierres du Rhin et d'Auvergne, représentant des poissons très colorés. Dans l'axe de la maison, au centre de l'édifice, est placée une salle de collections. Les parois en bois précieux forment vitrines et tiroirs à estampes. Ensuite, nous trouvons une chambre de jeune fille entièrement en citronnier avec plafond à petits compartiments et bains de marbre noir et blanc; une chambre d'enfants à deux lits. Les parois de cette chambre sont

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L'ARCHITECTE laquées blanc dans la partie basse et tout le haut est traité en frise décorative où le vert domine, exécutée par Cheska; cette frise représente des animaux et la composition pleine d'unité est différente d'un bout à l'autre. Une autre chambre, un office et une salle de bains terminent le bâtiment, une salle de musique pour les enfants est située devant la chambre de jeune fille. L'escalier de la tour, seul, conduit à l'étage supérieur; quatre chambres d'amis entièrement revêtues de bois laqué avec alcôves, armoires, lavabos encastrés, plafonds à caissons, une salle de bains et une salle d'études pour les enfants complètent cette partie de l'habitation. A la suite les chambres de domestiques, bains, lingerie, sont desservis par une galerie. Hoffmann a dessiné toutes les toiles des rideaux et dessus de lits de ces chambres; tous les dessins sont différents. A partir de cet étage, l'escalier de la cour, tout en chêne noirci, monte à travers des barreaux de chêne noirci vers la porte de marbre qui donne accès à la plate-forme de la tour. Tout le bâtiment est en briques, planchers doubles en ciment armé, piliers au ciment armé. Doubles fenêtres partout. Radiateurs dans l'allège des fenêtres. Tous les conduits: fumée, chauffage central, eau chaude, eau froide, descentes, électricité, nettoyage par le vide, téléphone, sont invisibles, aucune gaine ne peut même être soupçonnée. Deux chaudières assurent le chauffage, une servant de secours. Toute cette installation intégralement dissimulée n'a jamais été à revoir depuis 1907: aucune panne, aucune fuite. Le toit était entièrement en cuivre. Les Allemands lors de l'invasion de la Belgique ont volé toute la toiture et toutes les grilles des allèges des fenêtres dissimulant les radiateurs. Un paratonnerre de Melsen isole la construction en cas d'orage. Toutes les menuiseries laquées sont en teck. Extérieurement, les murs ont reçu sur toute la surface de la maison un revêtement de plaques de marbre blanc à joints alignés. Tous les angles sont cernés par un bondin ininterrompu d'acier moulé noir et or d'un très beau dessin géométrique. Là encore aucune fausse coupe, sur les onglets le dessin se continu normalement sans coupure et tous les motifs sont alignés à la même hauteur. Les terrasses sont recouvertes en mosaïque de marbre. Le soubassement est en granit bleu de Belgique d'une taille légèrement striée verticalement. Une barrière en fer forgé limite la propriété vers l'avenue. Un grand garage est accolé à la maison, avec cour de lavage. La façade principale est sur le jardin. Grâce au judicieux tracé adopté, ce jardin de dimensions moyennes donne l'illusion d'un vaste parc. En sortant du hall, on trouve une grande terrasse en par- Fig. 25. — HÔTEL PARTICULIER À BRUXELLES. Partie circulaire du hall. Fig. 26. — HÔTEL PARTICULIER À BRUXELLES. — Plan du premier étage.