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N° 3
MARS
1928
L'AMOUR DE L'ART
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L'ARCHITECTURE DU BÉTON ARMÉ
LES ROMANTIQUES
Toute revue d'art, aujourd'hui, a ouvert une rubrique copieuse à l'Architecture; des publications spécialisées, luxueuses, se consacrent aux productions récentes; les salons accordent une place de choix aux plans et maquettes jadis relégués. Mais si l'architecture intéresse désormais le public autant que la peinture ou la sculpture, il ne s'ensuit pas, cependant, que cet art soit compris, assimilé ou senti au même titre que les autres. A l'aspect extérieur, seulement, le profane apprécie l'architecture; le plan il ne le comprend guère; et la composition le laisse le plus souvent insensible. C'est que cet art hautain n'offre pas, de prime abord, des satisfactions égales à celles des autres arts plastiques. Il est plus sévère et plus fermé; il participe de nécessités qui échappent au spectateur, de difficultés qui ne lui sont pas familières. C'est un langage auquel il est peu accoutumé et dont l'expression lui est parfois impénétrable. Il est donc excusable de ne pas établir de différence notable entre un plan bien composé et un projet insuffisamment étudié; de ne pouvoir découvrir les qualités constructives ni de discerner les mensonges et les non-sens. Par manque de préparation, il ne sait faire le départ entre la sobriété et l'indigence; entre les volumes ordonnancés et les recherches exclusivement pittoresques; entre la décoration tirée des éléments de la construction et l'ornementation rapportée. Ignorant les principes de la construction, le public ne peut en comprendre la logique et en déduire la beauté rationnelle. D'autres éléments d'appréciation lui manquent, par ailleurs: peu accoutumé aux nouvelles façons de construire, il ne sait découvrir les avantages ou inconvénients de telle disposition, ni envisager ce qui aurait pu ou du être fait à la place. D'autre part, si le profane connaît les prodigieux avantages du matériau nouveau, le béton armé, il en ignore la technique; de sorte que l'architecture du béton armé est une forme d'art qui, pour ne pas lui être tout à fait étrangère, lui demeure, en définitive, bien méconnue.
Or, écartant délibérément la grande majorité académique qui enferme les possibilités nouvelles dans des formules périmées, il semble bien que, dans le mouvement d'opinions qui se manifeste actuellement autour de l'architecture, deux doctrines soient en présence: la "puriste" et la "classique". Précisons. Se disent "puristes" ceux qui, répudiant l'expérience du passé, prétendent créer de toutes pièces, avec des moyens nouveaux, selon des idées entièrement neuves et absolues. Nous appellerons "classique" l'élite réduite qui sait adapter les moyens nouveaux aux problèmes d'aujourd'hui dans un esprit classique.
A bien considérer les œuvres que l'on nous donne de part et d'autre, nous constatons un paradoxe singulier: les "puristes" contre toute apparence, sont d'un esprit infiniment moins jeune que ces classiques. Tributaires d'un tempérament doctrinaire et dénués du véritable sens de la construction, ces "constructivistes", malgré leurs théories, ne parviennent qu'à créer une mode, menacée, comme toute mode — et déjà atteinte — de caducité. Les classiques, au contraire, véritables constructeurs, mêlant la clairvoyance et la pondération à leurs audaces, produisent des œuvres qui renouvellent leur art tout en continuant ses traditions les plus avérées.
Mais le besoin de rénovation est actuellement si vif en matière d'architecture, que le pouvoir de séduction des réformateurs puristes, se trouve favorisé. Il nous semble nécessaire de dire combien cette séduction est superficielle et que si la curiosité peut s'en contenter, la raison et le cœur ne sauraient pleinement s'en satisfaire.
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Nous voudrions faire comprendre le danger que les "puristes" font courir à l'opinion publique en l'égarant et le tort, surtout qu'ils font à des vertus françaises telles que le bon sens et le goût. Plus tard, l'avenir se chargera de rectifier le mal et de remettre les gens en leur vraie place.
Donc, la stagnation où l'art de construire s'est trop longtemps complu a amené une telle lassitude que le goût se porte d'instinct vers ces novateurs apparents et tapageurs. C'est assez dire quel terrain propice trouvent ces fantaisistes de l'architecture pour produire leurs manifestations. L'étrangeté de leurs conceptions rallie tout d'abord les snobs, les assoiffés de nouveautés, qui forment un premier contingent d'admirateurs aveugles. C'est un fond négligeable, mais d'une certaine portée publicitaire. Et les naïfs circonvenus viennent ensuite, répétant : "Voici, en effet, une architecture nouvelle ; voici l'architecture moderne !"
Eh bien, non : l'Architecture ne peut se réduire à une question de vogue; c'est un art noble qui ne souffre pas de dérision et dont les lois sont classiques et éternelles. C'est pourquoi il ne saurait y avoir "d'architecture moderne." Ce qu'il y a de "moderne" dans l'Architecture, ce sont les besoins nouveaux auxquels il faut répondre. Mais ce modernisme fut de tous les temps. De tous les temps sont aussi les grandes vertus de l'architecte : l'intelligence du siècle, la logique, la sensibilité, le sens de l'ordonnance et du rythme. Ce qui est également moderne dans l'Architecture, et plus spécialement dans notre siècle, ce sont les nouveaux moyens de réalisation dont l'homme dispose.
L'Architecture semble tenir en une formule assez brève : construire en répondant parfaitement aux conditions de chaque programme particulier; en employant judicieusement les matériaux les plus avantageux ou imposés par les conditions spéciales; en faisant, enfin, de ces éléments un tout indivisible et harmonieux. Avant de satisfaire à ces données, plusieurs solutions s'offrent à l'architecte, dont une seule, en fin de compte, doit être retenue : c'est la composition exprimant la volonté génératrice de la façon la plus précise avec les moindres moyens. Mais encore l'édifice qui sortira de cette étude ne sera pas nécessairement une œuvre d'art. Il aura du caractère s'il répond parfaitement à sa destination, voire du style si son architecture ressort du mode de construction employé ; il n'atteindra à l'art véritable que si l'architecte est capable de sensibilité. Ainsi, l'œuvre exprimera un sentiment.
Ces constatations qui nous sont fournies par les grands édifices de tous les temps nous sont nécessaires, ici, pour souligner ce qui peut séparer l'œuvre de l'ingénieur, notamment, de celle de l'architecte ; l'un réalise une construction utilitaire sans plus, l'autre doit produire une œuvre à la fois utile et belle, une œuvre
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parlant à la raison et au cœur. Mais certains, qui ne sont ingénieurs, prétendent à bâtir et feraient mieux de ne s'en pas mêler; ce sont le décorateur, le plasticien, le doctrinaire.... Si l'ingénieur excelle dans un domaine que, du moins, il connaît et, se limitant à la construction, ne prétend pas à l'Architecture, le doctrinaire, le plasticien, le décorateur, n'ont rien à voir avec l'une ou avec l'autre. Faisant souvent fi des lois immuables de la composition architecturale et méprisant la beauté rythmée des structures, ils recherchent uniquement des effets propres à étonner; se jouent de l'ordre et parfois du bon sens; remplacent la décoration des époques révolues par une aridité volontairement "décorative"; imposent à notre goût et à notre vie leurs théories réformistes.
Les productions de ces mauvais bâtisseurs sont assez nombreuses sur le continent pour qu'une opinion ait pu se faire jour: le béton armé ne permet pas à un style ethnique ou personnel de se manifester. Nous retrouvons effectivement en France, en Allemagne, en Russie, en Hollande, en Belgique ou en Tchécoslovaquie, les mêmes constructions sans expression constructive, sans "style" et souvent même sans simple caractère. Certes, ces bâtisses n'ont aucune caractéristique soit ethnique soit personnelle et ne décèlent aucune volonté architecturale: elles n'expriment pas comment elles sont faites, pourquoi, pour qui, ni par qui elles sont faites: elles ne parlent pas, pour employer l'expression d'Eupalinos; encore moins chantent-elles.
Il est pourtant des constructions en béton armé qui chantent d'une poésie toute personnelle. On ne les peut confondre, elles sont racées. On ne peut s'y méprendre: elles disent pourquoi elles tiennent et à quoi elles sont destinées; elles sont nobles et accueillantes, simples et opulentes à la fois. Tout s'y explique sans explication. Elles satisfont l'esprit et réjouissent l'âme. Nul autre pays que la France par exemple, ne peut revendiquer des œuvres comme le Théâtre des Champs-Elysées et l'Eglise du Raincy ou s'en attribuer l'inspiration.
Ainsi donc, les architectes impersonnels dont nous parlions plus haut — et dont on est en droit de se demander s'ils seraient capables de personnalité —
entendent se servir du béton armé dans un but de réforme architecturale. Ils en poussent, par principe, l'application à l'extrême, non pas tant pour satisfaire aux exigences de leurs programmes que dans le dessein de créer une architecture entièrement inédite, dans l'intention de scandaliser. Romantisme!
Qu'est-ce d'autre, vraiment, que cette frénésie de liberté; que ce fanatisme de la logique : que cette recherche du mouvement et du pittoresque; que ces encorbellements multipliés en gageures inutiles et coûteuses; que cette suppression affectée et injustifiée de la corniche; que cette résolution de dissimuler les éléments de la construction; que cette intervention artificieuse de la peinture ; que ces bizarreries dans la distribution générale; le tout appuyé de proclamations et écrits dogmatiques; qu'est-ce donc, si ce n'est un romantisme renouvelé? A franchement parler, les préoccupations de ce modernisme dont on nous accable sont déjà centenaires. L'analogie, empressons-nous de le dire, n'est réelle que dans les défauts. Car sous le couvert apparent de principes rigoureux et d'une discipline austère, la nouvelle école ne recherche, en fait, que le pittoresque: pittoresque dans la composition, pittoresque dans la distribution; pittoresque dans l'urbanisme. Ce qui se traduit pratiquement par le bouleversement des habitudes raisonnables, l'inconfort et la fatigue. Or, le pittoresque c'est l'accident ; une œuvre ordonnée,
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travaillée, c'est-à-dire composée, ne peut pas être pittoresque. Nos "puristes" veulent être modernes dans le plan; ils ne sont que pittoresques. Au chaos de notre vie actuelle, ils n'apportent qu'un nouveau chaos. Alors que l'architecture est essentiellement du domaine de la statique, les productions de ces romantiques relèvent de la dynamique.
L'honneur des romantiques — les vrais — ce fut d'avoir un cœur ardent; aussi renouvelèrent-ils l'art en l'enrichissant d'une sensibilité nouvelle. Il en va bien différemment sur ce point aujourd'hui. Où est le cœur, où est l'âme, éléments éternels de l'Art, dans cette doctrine froide, agressive, intransigeante, calviniste, où la logique et le calcul deviennent les seuls guides et conseillers de l'individu et de la société? Et les formules se dévident, les dogmes s'amorcellent, les anathèmes pleuvent.... Nietzsche avait bien dit: "Les fanatiques de la logique sont insupportables comme des guêpes."
L'influence de la machine, disent-ils, est prépondérante dans notre existence. Sur ce point, nous ne pouvons mieux dire que M. Jean Porcher: "La machine qu'on propose à notre étude, dont la forme claire nous plaît, cette auto, ce paquebot, cette locomotive, prenons garde qu'elle n'est pas le résultat automatique du calcul de l'ingénieur; la disposition harmonieuse de ses organes, l'excellence de ses proportions, tout cela est le fait de ces artistes que sont les constructeurs, les carrossiers; leur ligne vient de l'art, non de la science. On n'a pas obtenu du premier coup, par le seul jeu de formules mathématiques, ces profils simples et dépouillés; cette vive impression que nous produisons certaines machines modernes, à quoi est-elle due? À la machine elle-même ou plutôt à ce qui lui a été ajouté? Ne confondons pas moteur et carrosserie, c'est tout à fait indépendant. Ce que nous voyons n'est qu'une enveloppe, un décor... Nous sommes loin du plaisir élevé que procure l'architecture et c'est par une singulière confusion, à peine plus excusable, et de même nature, que celle des rapetas-seurs de vieux styles, que certains architectes proposent à notre admiration des monuments en forme d'antennes, de glissières, d'échafaudages; et jusqu'à des espèces de jouets mécaniques. Ils se réclament du mouvement constructiviste, or, rien n'en est plus éloigné que ces copies étranges, produits d'imagination hantées par l'usine...(1)".
Si Hugo et Delacroix furent contraints d'utiliser la même syntaxe que Bossuet ou les mêmes couleurs que Watteau, nos néo-romantiques ont, eux, un matériau nouveau: c'est lui qui les sauve, et ils s'en servent avec honte. Grâce au béton, leurs édifices tiennent, — ce qui, au point de vue constructif, seul leur importe. C'est cette ossature ductile et complaisante qui permet tous leurs excès ostentatoires. Mais la véritable beauté architecturale leur est si étrangère qu'ils dissimulent sans regrets sous des enduits ou des crépis badigeonnés l'un des plus beaux organes de la construction, la partie portante. Du corps humain, qu'ils donnent en exemple, ces logiciens obnubilés n'ont vu que la peau, non la structure, ni le muscle. Ainsi disparaissent les probes matériaux qui sont cependant à l'architecte ce que les couleurs sont au peintre. Dès lors, une surface nue devient, ô dérision, un ornement. Pauvre ornement que guettent les intempéries! La lèpre des suies et de l'humidité, les fissures causées par les différences de dilatation et le tassement surviennent vite, et la dégradation révèle le mensonge.
Dans la composition intérieure, nos esthètes ne font pas mieux; distribution baroque; pièces froides et dépourvues d'intimité; escaliers impraticables; terrasses couvertes ou jardins sous la maison, livrés aux vents et privés de
(1) L'Architecte, Mars 1926: "Architecture et Machine."
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soleil; ameublement hostile de clinique ou cali-ligaresques... Même en s'échappant par la baie, le regard et l'esprit ne retrouvent aucun calme : c'est encore et toujours le désordre de volumes agressifs. Pour "naître, vivre et mourir", dans de telles maisons, il faut devenir un autre soi-même et se conformer aux principes d'existence imposés par nos réformateurs. Ce sont des habitations précaires où la volonté du théoricien règne et sue l'ennui ; d'où la logique "pure" chasse l'homme. Beaux échantillons, en vérité, d'une ville future où le citadin n'a d'aises ni de joie dans la maison comme dans la rue. Ainsi construisent et théorisent les "ténors". Les autres suivent et bâtissent en béton-carton-pâte dans le même esprit d'affectation, dans la même idolâtrie du pittoresque. La mode est lancée; car ce n'est qu'une mode. Elle passera. "Toute affectation est la promesse d'une ride": déjà, la ride est venue et nos "novateurs", enfermés dans leurs formules, commencent à vieillir. En cette matière, l'âge n'est rien; les œuvres des vrais novateurs, celles des grands romans, des grands gothiques, des grands renaissants, des Louis, des Mansart, des Gabriel, des Labrouste, restent éternellement jeunes et éloquentes. Que nos romantiques n'ont-ils été s'enquérir de leur secret de Jouvence?
Heureusement, à ces sectaires s'oppose l'école du bon sens; à ces plasticiens, s'opposent les constructeurs; à ces Goncourt de l'architecture, s'opposent les classiques actuels. Ceux-là, présomptueux, prétendant réformer leur art et la vie; ceux-ci, sagaces, adaptant les enseignements du passé aux acquisitions nouvelles et créant réellement une architecture du béton armé.
Pour ces maîtres, l'Architecture est un tout où l'adaptation, la composition, la construction, le sentiment et la logique marchent de pair dans la réalisation du programme. L'observation attentive des nouvelles conditions de notre existence les inspire et, à la profonde connaissance de leur métier, s'ajoute une sensibilité délicate. Dans leurs œuvres, tout est clarté, simplicité, probité, économie, raison; ils y font montre d'audace, jamais d'outrance; l'intimité du foyer est respectée, la gaieté et la santé répandues, le repos recherché. À la préoccupation de répondre parfaitement à la destination s'ajoute une sollicitude affectueuse pour les hommes qui vivront sous ces toits. Ils ne sont pas de ceux qui exigent la création d'une société nouvelle, bien qu'ils aient, en maintes circonstances, fait preuve de grandes vues d'avenir sur l'évolution sociale.
L'esthétique de ces grands architectes n'est pas moins rationnelle, ressortant des éléments même de la construction. Une parfaite composition assurant le calme et l'équilibre, le sens des belles ordonnances, des justes proportions, des lignes nobles, du rythme, en constituent les principes; à quoi il convient d'ajouter l'amour du matériau laissé le plus souvent visible. Témoignant de clairvoyance et de courage, ils se sont fiés au béton armé en son tout premier âge. Dans leurs travaux d'alors, démonstratifs et péremptoires, ils s'appliquèrent à rechercher, sans esclandre ni ostentation, une esthétique particulière à ce matériau. Les voies qui les y conduisirent, soulignons-le, sont de pure tradition classique; l'admiration compréhensive des maîtres du passé, la science de leur art, la franchise et le goût. Par ces vertus françaises ils s'apparentent aux grands constructeurs de notre histoire moderne, et plus haut encore, aux gothiques et à Cluny. Ce sont eux qui, en définitive, auront été les pionniers de l'architecture du béton armé que les romantiques dénaturent.
C'est en face de ces vrais Architectes que les apôtres de l'Etonnant se guident et palabrent. Qu'ilsamusent, pour l'heure, les snobs et les naïfs: leur temps est compté. La mode qu'ils ont lancée ne durera pas plus que leurs mauvais crépis; et la pensée de Gide ne tardera pas à prendre toute sa valeur prophétique: "Ce qui paraîtra bientôt le plus vieux, c'est ce qui, d'abord, aura paru le plus moderne."
MARCEL MAYER.
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TÊTE DITE DE LABORDE. — MARBRE GREC DU V° SIÈCLE.
(Acquisition du Musée du Louvre).
Voir aux chroniques.
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LES NOYERS.
LOTIRON
Je suis frappé en voyant un lieu quelconque. Tout en cherchant l'imitation consciencieuse, je ne perds pas un seul instant l'émotion qui m'a saisi. Le réel est une partie de l'Art; le sentiment complète.
Sur la nature, cherchez d'abord la forme, après, les valeurs ou rapports de tons, la couleur et l'exécution, et tout soumis au sentiment que vous avez éprouvé. Ce que nous éprouvons est bien réel. Devant tel site, tel objet, nous sommes émus par une certaine grâce élégante. N'abandonnons jamais cela et, en cherchant la vérité et l'exactitude, n'oublions jamais de lui donner cette enveloppe qui nous a frappés. N'importe quel site, quel objet, soumettons-nous à l'impression première. Si nous avons été réellement touchés, la sincérité de notre émotion passera chez les autres.
COROT.
Parmi les nombreux jeunes peintres venus à la conception objective du tableau, Lotiron fut des premiers qui retinrent notre attention. La simplicité, presque voisine de la naïveté, avec laquelle il a inscrit sur de petites surfaces des paysages réduits à une contexture très sobre et revêtus d'une couleur substantielle, révélait en même temps un état d'esprit de plus en plus généralisé dans la peinture moderne. Au cérébralisme de la génération précédente a succédé, en effet, un art plus sensible et plus vrai.
Ce qui distingue Lotiron, c'est une expression sincère de la nature : une vision sans artifice qui n'exclut pourtant point le raffinement. Ce subtil Parisien promène un regard frais sur les spectacles du monde extérieur. Plus ces spectacles lui sont familiers, tels les paysages de Paris et de sa banlieue, les rives de la Seine avec leur vie et leur parure, plus il met de chaleur à les traduire. Il peint avec non moins de souplesse les ciels et la lumière du Midi. Il rend avec le même bonheur les aspects de Majorque et leurs architectures enveloppées qui rappellent souvent les merveilles des Corot d'Italie.
Lotiron excelle à évoquer les horizons familiers de l'Ile-de-France et les exalte comme un héritier des maîtres impressionnistes. Néanmoins, sa peinture, empreinte d'un modernisme aigu, témoigne de beaucoup d'ingénuité et se manifeste avec la franchise d'un primitif.
Doué d'un lyrisme des plus aisés et qui ne renonce jamais à se contrôler, Lotiron use d'une facture très libre, exempte de complications et de maniériste ; il a une palette économe réduite à quelques couleurs essentielles harmonieusement fondues, juste assez pour exprimer l'atmosphère et des formes toujours nettes, solidement établies. C'est avec l'âme candide d'un poète que Lotiron se plaît à simplifier et à réduire les lignes de ses paysages, à en déformer les aspects avec une charmante simplesse, et à en interpréter le sentiment profond. Les ciels, les arbres, les terrains, les eaux limpides, s'affirment toujours par une écriture soigneuse et qui n'a rien d'affecté. Notre étonnement devant ses tableaux provient de ce que tant de fermeté linéaire s'allie à la tendresse d'un coloris qui reten-tit dans l'espace comme un chant. Le paysage s'or-donne sans nulle contrainte ; son rythme a de la spontanéité.
Lotiron a simplifié sa technique. Il peut ainsi tendre
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LA CLÉMENTERIE.
LE CHASSEUR.
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PALMA.
LA ROUTE.