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N° 4
AVRIL
1928
L'AMOUR DE L'ART
MOSAIQUE CHRÉTIENNE D'AQUILÉE. (IVe SIÈCLE).
( Photo Alinari.)
Notes sur la Mosaïque
La première fois qu'un homme se divertit, sur la terre ou le sable, à disposer des cailloux, des coquillages, des noyaux de fruits, en suivant un ordre préconçu, la mosaïque naquit.
Les Romains furent les premiers à tirer de ce jeu un art décoratif. Ils se contentaient pourtant de cubes de marbres colorés, et n'usaient guère de cubes de verre que pour orner des fontaines ; témoin ces deux, trouvées à Pompéi, dont l'eau courante avivait l'accord de rouges, d'azurs, et d'ors.
On connaît ces étonnantes natures mortes, la corbeille avec les colombes, les étalages de poissons, enfin ce grand tableau d'histoire, la Bataille d'Issus. Plutôt que ces œuvres fameuses, j'ai préféré reproduire un curieux bas-relief paré de mosaïque, si "décoratif", et dont l'exemple n'a malheureusement pas été suivi. A ce que je sache, c'est la seule fois où l'on a tenté de rehausser le relief au moyen de cubes colorés. Il est vrai que dans un ouvrage qui vient de paraître, La Mosaïque, M. Blanchet cite des chapiteaux à Lons (Basses-Pyrénées), qui sont, nous dit-il, ornés de cubes de pierre et de verre.
Parmi les mosaïques que nous ont léguées les
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MERCURE, BAS-RELIEF ET MOSAIQUE. MUSÉE DE NAPLES.
(Photo Brogi).
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(Photo Alinari).
Romains, il faut compter celles qui ont rapport au théâtre ; non pas seulement à cause de l'intérêt documentaire qui s'y attache, mais surtout parce qu'esthétiquement, elles sont fort réussies. L'une, qui représente une scène comique, nous montre que la peinture antique était arrivée à un haut degré technique. Il y a, dans les parties ombrées d'un personnage qui joue d'un tambourin, un jeu de reflets digne de Rubens ou de Fragonard. Et, malgré les contraintes dans lesquelles l'enserrait la technique, l'artiste n'a rien sacrifié d'essentiel. Il n'a pas cru, parce qu'il se servait de cubes, devoir singer le primitif ; excellente leçon, et bonne à méditer.
Une autre mosaïque, qui est reproduite ici, représente les coulisses d'un théâtre, où les acteurs se préparent pour la représentation. On en notera la composition équilibrée, le dessin cursif et expressif, l'art avec lequel le mosaïste a compris ses modelés, posé, si je puis dire, ses rehauts lumineux.
On ne manquera pas de noter également un détail qui prouve combien souvent l'artiste moderne, croyant innover, ne fait que reprendre des traditions perdues. Les Néo-impressionnistes ont, dans leurs toiles ou dans leurs écrits, insisté sur le fait suivant : la partie d'un objet qui se trouve dans l'ombre fait paraître plus claire la partie du fond sur laquelle cet objet se détache. Ceci a été mis en valeur, quelquefois avec un excès de rigueur, dans de nombreuses toiles de Seurat et de Signac ; et j'ajouterai aussi, de Cézanne. Or, le mosaïste romain n'ignorait pas cette loi optique. Regardez plutôt comment il éclaircit le ton des colonnes du fond, aux endroits où ce ton rejoint les parties sombres de deux personnages, le joueur de flûte couronné de feuillages, et le gamin au torse nu, qui aide son camarade à passer une sorte de peau de bête.
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L'ÉGLISE PAYENNE. MOSAIQUE DU V° SIÈCLE. (S. SABINE, ROME).
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Les Romains avaient d'ailleurs la passion de la mosaïque, décor somptueux et durable, qui prenait si bien sa place dans leurs thermes et dans leurs atriums.
Les sujets de ces mosaïques étaient fort variés. C'était tantôt des thèmes de la mythologie et de la fable ; tantôt des portraits de gladiateurs, de pugilistes, de cochers, l'équivalent de nos affiches de music-halls et de nos "gros plans" de vedettes de cinémas. On trouve aussi des paysages, traités de manière décorative, dans l'esprit des trumeaux du XVIIIe siècle, et des papiers peints du Ier Empire et de la Restauration. Ces paysages sont souvent empruntés à l'Egypte, pour les Romains contrée exotique, et qui représentait à leurs yeux ce que l'Orient représente aux nôtres.
Enfin, les sujets purement ornementaux, natures mortes, bouquets de fleurs, guirlandes de feuillages et de fruits, abondent.
Les renseignements sur la mosaïque et les mosaïstes, bien qu'assez nombreux, ne sont pas aussi explicites qu'on les souhaiterait. Nous pouvons toutefois citer Suétone, qui nous dit que César emportait des mosaïques dans ses bagages, et en ornait les parois de sa tente.
S. THADDÉE ET S. GERVAIS.
MOSAIQUE DU VIe SIÈCLE. (S. VITAL, RAVENNE).
Pour les Byzantins, épris plus encore que les Romains du faste et de la richesse, les cubes de marbres de couleurs ne donnaient pas une palette assez éclatante. Ils les abandonnèrent pour les cubes de verre, auxquels ils ajoutèrent des cubes d'or, composés d'une feuille d'or incluse dans un cube de verre. Dans certains cas, même, comme dans les fameuses mosaïques de Ravenne qui représentaient Justinien et Théodora entourés de leurs courtisans, les mosaïstes ont découpé dans la nacre des carrés et des cercles, et en ont fait les bijoux impériaux.
Grâce aux cubes de verre, les Byzantins, auxquels l'Orient avait enseigné les grandes lois de la couleur, ont obtenu dans l'art de la mosaïque des effets étonnants. Ils s'étaient rendus compte qu'avec une matière aussi riche, les combinaisons décoratives les plus simples donnaient des effets remarquables.
Voyez comment, dans ce fragment d'une mosaïque du Ve Siècle, qui représente l'Eglise payenne, une inscription en majuscules et une bordure d'un dessin très simple, suffisent pour mettre en valeur la figure. Le chatoiement des cubes et l'absence de rigueur du dessin, produisent dans la mosaïque les mêmes
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résultats que le jeu de la lumière sur les laines dans les tapis d'Orient. Ici et là, un motif décoratif qui, peint par à-plats par exemple, serait froid et ennuyeux, satisfait complètement nos yeux.
Les Byzantins, développant ce qu'avaient mis en œuvre les peintres et les mosaïstes romains, avaient compris l'importance des rapports de tons. Grande leçon, que plus tard les Vénitiens réapprirent des Orientaux, dont on retrouve les traces dans les tapisseries des XVIIe et XVIIIe et chez Chardin, et qui, découverte à nouveau par Delacroix, montra dans son plein épanouissement chez Cézanne.
Alors qu'un peintre florentin ou romain de la Renaissance colorie un dessin conçu en noir, en blanc, un mosaïste byzantin voit, non des modelés privés de couleur, mais des tons, dont le rapport évoque l'ombre et la lumière. Cela est si vrai, que, dans certaines mosaïques byzantines, on trouve des chairs roses aux ombres vertes, des draperies bleues dont les parties sombres sont violettes.
Si l'on veut connaître à fond la mosaïque, c'est à Ravenne, plus encore qu'à Rome ou à Venise, qu'il faut aller. Là, dans cette petite ville morose, silencieuse, endormie, on découvre quelques monuments de brique rousse, dont l'extérieur dépouillé n'a rien pour attirer le regard. Mais, dès qu'on y pénètre, on est
UN SAINT.
MOSAIQUE DU XVIIe SIÈCLE. (BASILIQUE VATICANE, ROME).
ébloui par l'éclat des mosaïques qui couvrent les murs. Dans l'abside de Saint Vital, on découvre Théodora et Justinien; l'imperatrice, accablée de perles, dont le visage févreux obsède, et l'empereur inquiet, autour duquel se pressent les prêtres, les ennuques, les soldats. La civilisation byzantine, fastueuse et raffinée, la voilà ressuscitée, vivante.
Auprès de ces images, d'autres surgissent, thèmes bibliques et symboliques, portraits d'évêques et de diacres. Tout cela encadré d'archanges, d'arabesques, de trophées, éléments d'un art coloré et savant, auquel on n'a pas encore assez rendu justice. Enfin, n'oublions pas le tombeau de Galla Placidia, ce petit monument surpassé, cette sorte de coffret, dont l'intérieur ne scintille que d'azur et d'or.
A la Renaissance, le procédé de la mosaïque parut trop grossier pour traduire les conceptions des artistes de l'époque, habitués maintenant aux dégradés subtils que permettait le métier de la peinture à l'huile.
Il subsista pourtant des mosaïstes qui, oubliés ou dédaignés, se transmirent les traditions et les lois de leur art. Dans quelques églises de Palerme, on découvre, auprès d'anciennes mosaïques byzantines, d'autres mosaïques, celles-là du XVIIe et du XVIIIe siècles. Sans renier la technique de son art, l'artisan s'est efforcé de traduire un carton contemporain, et
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s'est garé de l'archaïsme.
La tête de saint reproduite ici prouve qu'il en était de même à Rome.
Jusqu'au milieu du xixe siècle, l'art de la mosaïque semble mort, du moins pour les artistes.
Seuls demeuraient les ateliers du Vatican, qui, au moyen de cubes minuscules de verre coloré, donnaient des grandes toiles de la Basilique Vaticane des copies scrupuleuses, et d'une conservation indéfinie. On s'en formera une idée d'après ces petites mosaïques qui ornent les bijoux Louis-Philippe. Elles reproduisent le tombeau de Cecilia Metella, la Pyramide de Cestius, la vue du Vésuve et la baie de Naples, et alternent souvent avec des camées-coquilles ou des camées sur lave.
Sous le règne de Napoléon III, Garnier, qui aimait le faste architectural, fit quelques tentatives de mosaïque dans les voûtes de l'avant-foyer de l'Opéra. Un atelier s'ouvrit à Paris ; on lui doit, entr'autres, l'exécution des mosaïques du tombeau de Pasteur par Luc-Olivier Merson, du Panthéon par Hébert, de l'escalier du Louvre par Lenepveu. Ces ensembles, auxquels il faut ajouter les mosaïques de Lameire à la basilique de Fourvière, sont d'excellents exemples, qu'on ne saurait négliger, de la façon dont il ne faut pas travailler en mosaïque. En plus de leurs défauts habituels — mollesse et conventionnel du dessin, sottise de la composition, niaiserie de la conception, — ces artistes nous ont montré à quel point ils ignoraient la technique qu'ils employaient. Au lieu d'user de rapports de tons, ils ont imaginé un dessin colorié ; et quel dessin, et quelle couleur !
Avant d'énumérer quelques œuvres récentes, il n'est pas mauvais, peut-être, de rappeler brièvement comment s'exécute une mosaïque.
Le verre, coloré par des oxydes, est coulé sur une table, débité ensuite en cubes, rangé par gammes. Une fois le carton mis au point par l'artiste, le mosaïste découpe ce carton par morceaux. Sur ces fragments posés à plat, il colle les cubes de verre, entraînant aussi fidèlement que possible les intentions de l'artiste. Une fois tout le carton recouvert de mosaïque, chaque morceau est appliqué contre le mur enduit de ciment frais. Dès que le ciment est pris, on enlève le carton du mur, avec une brosse et de l'eau.
Comme on le voit, le carton doit être exécuté à rebours, ainsi que la planche d'une gravure, afin de se trouver à l'endroit sur le mur.
Je n'ai pas la prétention de passer en revue tous les travaux en mosaïque de ces dernières années qui méritent l'attention, mais d'en signaler quelques-uns.
Le peintre et décorateur suisse Alexandre Cingria, qui déjà fut le premier à utiliser dans le vitrail les verres dits "du commerce", verres striés, gaufrés, etc., s'est préoccupé depuis plusieurs années, de la mosaïque. Le petit Saint-Matthieu reproduit ici, montre comme il a bien compris quelles étaient les exigences et possibilités du métier.
En France, Maurice Denis et Louis Bouquet ont donné dans ce domaine, des œuvres intéressantes. Denis a pu réaliser à Saint-Paul de Genève et dans la cathédrale de Quimper d'importantes mosaïques. A Saint-Paul, il a, pour les fonts baptimaux de l'église, représenté le Baptême du Christ. A Quimper, il devait glorifier les prêtres du diocèse morts au champ
ALEXANDRE CINGRIA. S. MATTHIEU.
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d'honneur. On retrouve dans la mosaïque qu'il a conçue, ses qualités de coloriste, de décorateur, et ce don, assez rare aujourd'hui, de fournir d'une idée abstraite un équivalent plastique.
Les travaux de Bouquet sont de dimensions plus modestes; ils font regretter qu'on n'ait pas plus souvent mis à contribution sa technique sûre et son sens de la décoration.
En Suède, le jeune peintre Einar Forseth vient de terminer en mosaïque la décoration de la Salle Dorée de l'Hôtel de Ville de Stockholm. Dans ce vaste vaisseau, de 45 m. de long, de 13 m. de haut, et de 15 m. de large, l'artiste a réalisé un ensemble décoratif des plus réussis, auquel on peut reprocher des réminiscences archaïques trop prononcées (1).
Il faut insister sur cet archaïsme, virus malaisant que la mosaïque doit éliminer entièrement.
(1) Ces mosaïques ont été exécutées par les Vereinigte werkstatten für Mosaik und Glasmalerei (Puhl et Wagner, Gottfried Heinersdorff, Treptow-Berlin) qui depuis longtemps se sont, avec beaucoup de courage et d'abnégation, consacrés à cette technique.
Par une fâcheuse paresse de l'esprit, le grand public, et souvent, hélas ! bien des artistes avec lui, a l'habitude d'associer certaines techniques avec l'époque où elles eurent leur plus magnifique développement. De là vient que l'on imagine que la mosaïque doit être "byzantine", comme le pastel doit être "dix-huitième". De là vient que trop de passionnés de la fresque démarrant Giotto ou Benozzo Gozzoli, que trop de fabricants de vitraux s'inspirent de Chartres et de Bourges.
Il ne faut pas craindre de le répéter: rien n'est plus absurde, et plus opposé à la vraie tradition. Il n'y a pas de technique artistique qui ne soit parfaitement indépendante d'un style ou d'une époque.
Pour moi, je souhaite vivement que l'on fasse davantage appel aux mosaïstes modernes. Mais, après avoir attentivement écouté les leçons des admirables maîtres romains et byzantins, il faut qu'ils excluent de leurs ouvrages tout rappel direct d'un art ancien.
La quasi-indifférence du public à l'égard de la mosaïque est, d'ailleurs, assez déconcertante; car cette technique, durable et éclatante, conviendrait
MAURICE DENIS. MOSAIQUE DES FONTS BAPTISMAUX A S. PAUL DE GENÈVE.
(Photo Ant. Jacquet).
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fort bien à certains décorateurs modernes. Beaucoup de leurs compositions, d'un dessin volontairement schématique, d'un coloris réduit à quelques rapports de tons, ont besoin d'une matière qui contienne en elle-même sa propre richesse. Elles gagneraient à être traduites en mosaïque, de même qu'elles gagnent à être traduites, par le moyen du jeu des laines, en tapis. La peinture à l'huile, art qui ne rend pas, ou peu, lorsqu'il est traité avec une extrême pénurie de ressources techniques, n'est pas faite pour ces œuvres dépouillées et raffinées. Je vois fort bien, dans un intérieur moderne, de grandes mosaïques décoratives de Braque, de Lurcat ; et je regrette de ne les voir que par l'imagination.
Si, d'ailleurs, l'on examine d'un peu plus près les possibilités de la mosaïque, ce qu'elle pourrait donner entre les mains d'architectes et d'artistes doués d'imagination, on s'étonne qu'un moyen aussi riche ait été jusqu'ici à peu près négligé. Qu'y avait-il comme mosaïques à l'Exposition de 1925 ? Pas grand'chose. La mosaïque, aux yeux de bien des gens, paraît un art suranné, et dont il ne faut pas troubler la léthargie.
En veut-on la preuve ? Il a paru, tout récemment, un ouvrage, La Mosaïque, par M. Adrien Blanchet, membre de l'Institut. Le dernier chapitre énumère les travaux exécutés au XIXe siècle, et ne connaît, comme œuvres contemporaines que les mosaïques de Mague et de Merson au Sacré-Cœur. On ne pouvait espérer davantage d'un membre de l'Institut.
Le livre se termine par ces réflexions désabusées : "Quel sera l'avenir de la mosaïque ? Il faut avouer que, sauf de rares exceptions, les grandes compositions modernes, exécutées en mosaïque, ne sont guère satisfaisantes.
Je n'irai pas jusqu'à dire, avec le Président de Brosses, admirant seulement les décors de "broderies et d'arabesques" du plafond de la sacristie de Saint-Marc, que "c'est le seul genre où la mosaïque soit propre". Mais j'ai bien le sentiment que c'est la voie de l'avenir, car notre temps ne s'accommode guère des procédés trop lents et trop dispendieux, et l'on peut croire que les siècles futurs ne feront qu'affirmer cette tendance."
Pour moi, je ne partage nullement le pessimisme de M. Adrien Blanchet. Bien au contraire, la mosaïque me paraît un art tout à fait indiqué, pour rehausser les lignes sévères, les grands nus de l'architecture moderne, pour parer à l'absence de beauté sensible du ciment armé.
Pourquoi ne pas l'utiliser dans les bâtiments de sport, piscines, "courts" de tennis, garages, autodromes et vélo-dromes? La mosaïque possède deux qualités que l'on exige particulièrement à notre époque : elle est résistante, — c'est la seule "peinture" qui supporte sans dommage les intempéries de notre climat — et elle est hygiénique, parce que aisément nettoyée.
LOUIS BOUQUET. - CALVAIRE.
LOUIS BOUQUET. - PÉGASE.
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EINAR FORSETH. - LA REINE MALAR.
Mosaïque dans la Salle Dorée de l'Hôtel de Ville de Stockholm.
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Pourquoi ne l'em- ploierait-on pas éga- lement pour la publi- cité ? Des maisons importantes, au lieu d'utiliser des affiches en papier, ou ces hor- ribles et gigantesques agrandissements de toile peinte, pourraient faire exécuter sur des murs, sur les parois du métro, des panneaux en mosaïque qu'ils n'auraient à remplacer à chaque instant.
Les affiches des grandes gares, qui pendant de longues années encore, seront noircies par les fumées des locomotives, ga- gneraient à être exé- cutées en mosaïque, et pourraient facilement être lavées à la lance.
Je ne fais qu'indi- quer quelques hypo- thèses, mais on en trouverait aisément bien d'autres. Le lecteur n'a qu'à mettre en branle son imagi- nation.
Mais peut-être quelques personnes objecteront que l'éclat du coloris de la mo- saïque, son "bariolage", ne convient pas à l'art de notre époque, qui dédaigne la polychromie exas- péree des décorateurs d'avant-guerre, influencés par les spectacles des Ballets Russes, et préfère des har- monies plus sourdes, des rapports de tons plus atténués.
A cette objection, je répondrai que l'art de la mo- saïque ne comporte pas nécessairement la vivacité de la couleur. Les Romains, qui ont tiré un si admirable parti de la mosaïque, n'ont employé, comme je l'ai montré tout à l'heure, que les tons modérés, les bei- ges, les marrons, les roux, les blancs, que leur don- naient les cubes de marbre.
Nous pouvons faire de même. Pourquoi ne pas transposer en mosaï- que le procédé du camaïeu en trois ou quatre tons, si admi- rablement utilisé par les graveurs italiens de la Renaissance, Ugo da Carpi et ses élèves, et que plu- sieurs graveurs mo- dernes, au premier rang desquels il faut placer Jacques Bel- trand, ont si bien res- suscité ?
Je verrai fort bien des mosaïques exécu- tées d'après cette mé- thode, et dont les au- teurs seraient choisis parmi la magnifique pléiade des xylogra- phes modernes, Si- méon, Galanis, Cons- tant Le Breton, Paul Vera, bien d'autres encore...
Il est encore une autre objection que l'on fait à la mosaï- que : c'est c'est qu'elle a quelque chose de froid, par suite de sa matière vitreuse. De là vient que, dans un intérieur, elle semble plus propre à décorer la salle de bains que le salon ou la chambre à coucher.
L'objection porte, il est vrai. Mais rien n'empêche de réserver la mosaïque pour des emplacements où sa froideur n'est pas génante. Elle peut être placée dans des vestibules, dans des pavillons de jardin, dans des escaliers ou dans des halls.
Enfin, n'oublions pas des pays, qui de plus en plus, seront habités par des Européens : je veux parler de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc.
Dans ces climats chauds, la mosaïque me semble un décor tout à fait indiqué. Elle a, sur les arts pro- prement orientaux, l'avantage d'être plus conforme à notre civilisation.
LÉON DORDORÉ.
EINAR FORSETH. - TÊTE DE LA REINE MALAR.
Mosaïque dans la Salle Dorée de l'Hôtel de Ville de Stockholm.