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L'Architecture et l'Art décoratif modernes en Tchécoslovaquie I. Historique du Mouvement moderne par Otakar Novotny, Président de la Société Manès Aux yeux du monde les Tchécoslovaques ne passent pas encore pour une nation qui possède un art vraiment national. L'ancienne Autriche, ne laissait franchir les frontières qu'à des fragments accidentels et choisis au hasard. L'art tchèque était donc bien forcé de conserver son anonymat chaque fois qu'il pouvait se manifester à l'étranger. Même chez nous, les beaux-arts souffraient au profit de Vienne et c'était l'architecture qui souffrait le plus. On ne se souciait pas de Prague et des pays tchèques; quant aux constructions, il n'en était pas besoin et il n'y avait pas d'argent; si pourtant il devenait nécessaire de construire un bâtiment, officiel le plus souvent, on réglait tout directement de Vienne selon la routine viennoise bien connue, absolument étrangère au milieu et au sentiment de la population. L'art créateur des architectes et des artistes tchèques se dépensait dans des concours peu importants et intéressant seulement une petite partie du pays; et encore, à cause de la défaveur gouvernementale et du manque d'argent, la plupart des projets ne se réalisaient-ils pas. Sauf l'aptitude et l'enthousiasme spontané pour les grands projets d'avenir on ne trouve donc pas en ce temps-là, en Tchécoslovaquie, une seule condition favorable à l'expression de l'architecture indigène, de l'art décoratif et des arts appliqués. Mais ce désir du travail, c'est-à-dire l'intelligence innée de l'artiste tchèque, élargie par des rapports personnels fréquents avec l'étranger, a fait que l'architecte et le décorateur se sont efforcés de se tenir au même niveau que le monde entier, tout en conservant leurs nuances nationales. On peut alors, en dépit de tous les obstacles, trouver dans l'architecture thécoslovaque une ligne purement tchèque. Notre article tâchera de le démontrer. Jusqu'à l'époque de l'empire et jusqu'à la période romantique, qui suit, le développement de l'architecture thécoslovaque est analogue à celui des autres pays; l'ère des styles néo-historiques reflète en Bohême le même chaos de styles que dans toute l'Europe au milieu du xixe siècle. On ne trouve pas le même accord dans les manières de comprendre la renaissance "tchèque", c'est-à-dire les travaux des artistes italiens des xv^e et xvi^e siècles, établis chez nous, et sur lesquels, la tradition gothique indigène et l'art populaire, très riche en Tchécoslovaquie, exerçaient une forte influence. Mais comme des principes seuls étaient impuissants à constituer un style, il n'y a pas à regretter que cette phase n'ait été qu'un épisode auquel a mis fin le premier choc des nouveaux efforts renaissants, qui se sont manifestés en Europe vers la fin du xixe siècle. C'était le temps où toutes les architectures commençaient à soigner d'une manière dangereuse le décor extérieur. L'esthétique de l'architecte viennois O. Wagner est, dans le mouvement moderne de toute l'Europe, la première organisée et la plus concrète. Sa thèse est une vivification de l'esthétique de Semper: en partant du OTAKAR NOVOTNY, ARCH. - MAISON DE RAPPORT A PRAGUE.

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L'AMOUR DE L'ART but on arrive, par la construction, à la forme. Dans ce temps-là, la proximité de Vienne était un avantage pour l'architecture tchécoslovaque. Wagner trouve parmi les architectes tchèques beaucoup d'élèves plus ou moins proches de ses idées et qui, de bon cœur, partagent ses principes. Il est vrai que l'utilité et la construction portent une marque d'honnêteté, mais dans l'architecture et l'art décoratif, étroitement unis, elles ne sont qu'une anomalie isolée, comme l'histoire le prouve ; ces deux arts ne furent jamais rattachés à leur origine et leur but, au contraire était considéré comme une bonne occasion de faire un travail artiste. Pourtant, comprendre le devoir d'une manière raisonnable, c'était, dans les commencements du mouvement moderne, le salut, apparu à temps et tirant l'art de la perplexité. Le mouvement renaissant commence en Tchécoslovaquie tout d'un coup par l'arrivée du premier élève de Wagner à Prague. Malgré la résistance des officiels obstinés, celui-ci réussit à trouver une sphère d'action parmi des amis sincères et parmi ses élèves. Ses premiers travaux semblent renier Wagner et incliner vers le style décoratif léger qui régnait alors chez nous. Tel est principalement l'intérieur, fait à l'école des Arts et Métiers de Prague, où il est professeur, et qui figurait à l'Exposition Universelle de Paris en 1900. Mais cet épisode n'a qu'une courte durée; l'ornement naturaliste viennois est remplacé par des éléments, tirés de l'art populaire tchécoslovaque ; l'intérieur, fait à la même école et exposé à Saint-Louis en 1904, marque le point culminant des tendances, délivrant Prague de l'ascendant de Vienne. Les rôles changent : Vienne, avertie des richesses ethnographiques tchèques, en profite, tandis que les travaux tchèques perdent leur style décoratif futile et acquièrent des formes plus dures et des couleurs plus fermes. Cette phase finit par le culte d'une forme purement constructive, qui conserve pourtant une expression heureuse, la différenciant de l'Ecole Viennoise. L'impressionnisme ne vit pas longtemps dans l'art tchécoslovaque, il ne fait que l'effleurer. L'art "moderne" (au sens ironique du mot "moderne") est remplacé par un art nouveau vers 1910. Le temps du développement se ralentit et la discipline va l'emporter. Le premier mouvement, dirigé par l'invention instructive de la main et accompagné très peu par la spéculation spirituelle, s'arrête. Le vouloir n'est pas devancé et surpris, comme auparavant, par la main, créant avec fertilité, mais il la rejoint travaillant sans surveillance et — il n'est pas toujours d'accord. La main cesse d'être infaillible et consulte la théorie. Il ne s'agit pas de nouvelles valeurs, mais il s'agit de les bien apprécier — c'est un pas en avant. C'est le temps des constructions d'ingénieurs, exécutées en simples formes stéréométriques, cube, prisme, cylindre, faits avec les matériaux, découverts quelquefois d'une manière dangereuse, renonçant volontairement aux ornements de n'importe quelle sorte, touchant souvent à la pauvreté. On oublie que l'architecte s'occupe avant tout de la forme et non du matériau. On oublie que le poids, le but, le matériau furent souvent les points de départ pour la critique de l'architecture ; il a été démontré qu'ils n'ont pas la valeur de stimulants qu'on leur attribuait ; on trouve même que l'architecte tâche de vaincre tous les obstacles qu'ils suscitent. Quand on eut établi cela, quand on eut montré à l'esprit créateur des architectes tchécoslovaques la possibilité, même la nécessité d'un nouveau combat, on fit encore un pas de plus. C'est l'égalisation de la forme architectonique avec l'espace et l'amplitude plutôt qu'avec la superficie. Pour bien comprendre les ouvrages de ces années, pour lesquels on ne trouve presque pas d'analogie à l'étranger, il est nécessaire de donner un peu d'explications théoriques. Si notre œil est le principal point de départ pour les travaux formateurs, il en découle un ouvrage qui, réduit à la conception de superficie, devient l'image, le relief, l'architecture de superficie, de façade. Au contraire il naît des ouvrages vraiment plastiques, dans l'architecture le bâtiment a trois dimensions, si notre sens formateur ne se contente pas de l'appréciation visuelle et s'il demande des connaissances sur l'ouvrage observé de tous les côtés. La première manière de voir est subjective, la seconde objective. La première a tous les signes de l'art purement décoratif, la seconde examine à fond le devoir F. KYSÉLA, ARCH. - DÉCORATION MURALE.

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L'AMOUR DE L'ART architectonique désirant dominer la matière. La seconde manière de voir, qui finit dans l'histoire avec le baroque, a apporté la connaissance de ses principes et soigne la forme architectonique plastique vivante de tout le bâtiment, dans chaque cas au moins une de ces faces (par exemple : maison de rapport) ; on ne forme plus une seule solution de l'aspect, en bâtissant on emploie plusieurs thèmes qui se pénètrent et la quantité d'éléments donne à l'ouvrage du mouvement et de l'attrait. Plus même que de l'attrait ; elle admet la richesse des pensées et dégage la fantaisie créatrice. Dans ce temps-là l'architecture tchécoslovaque n'est pas trop éloignée, au fond, des principes de la sculpture et elle a la chance d'être soutenue par les travaux des sculpteurs qui peuvent rivaliser avec les artistes renommés du monde entier. Le contact étroit de ces deux éléments ne reste pas sans influence sur la valeur des travaux du peintre soit dans l'arrangement des formes, soit dans l'ornementation ; cette ornementation a, certes, son origine dans l'idée de l'architecte, mais une fois traitée par le peintre, elle acquiert une certaine indépendance et se fait remarquer d'une manière éclatante. Si l'architecte pénètre son ouvrage, il s'oppose vivement aux éléments qui ne sont pas constructifs, à la diminution de la valeur et même à l'individualisme. Son œuvre devient un produit artistique et pur, dégagé de toutes les causes qui ont présidé à sa naissance. L'architecture tchécoslovaque de ce temps n'exprime pas l'état d'esprit instantané de l'architecte, elle n'est pas passive, mais il n'y a rien non plus dans la OTAKAR NOVOTNY. ARCH. - GYMNASSE.

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L'AMOUR DE L'ART forme qui montre des éléments gonflés d'énergie. Elle est indépendante des besoins du jour et de la facilité constructive, sa forme plastique se dégage de la lumière variable. Elle renonce hardiment au motif d'ordinaire si apprécié - le motif de l'ombre projetée et le remplace par les ombres voulues par l'architecte. Elle se rapproche par là des grandes périodes où les peintres faisaient naître leurs travaux dans la lumière imaginaire ; car c'est seulement dans la décadence qu'ils firent du soleil une source de lumière. L'architecte repousse les nuances intimes, soigneusement accordées, qui n'étaient faites que pour éveiller une certaine disposition. Alors ces trois éléments se succèdent : la forme plastique et vivante, les ombres, imaginées par l'auteur lui-même, la couleur vive et impersonnelle. Dans la création architectonique entre ainsi un caractère dramatique, qualité caractéristique pour le temps des révolutions dans le style. Le mouvement de la matière est une maxime séduisante qui renverse les principes architectoniques d'aujourd'hui; il ne connaît pas de lois de pesanteur, il ne fait pas de différence entre l'élément portant et porté, il remplace des colonnes et des poutres par un mélange de cristaux en forme de prismes, de pyramides, de cylindres, de cônes, de boules. Cette force élémentaire se moque de la symétrie. Des efforts ont même été faits pour supprimer le rythme, cet élément essentiel de l'architecture et de la musique. Mais au moment de tenter cet essai l'architecte voit le danger de l'anarchie des formes, il comprend qu'il ne peut concilier l'effort avec la possibilité et son esprit pratique pressent le danger de la voie nouvelle; il revient à la tectonique naturelle qui se trouve désormais enrichie par la beauté des formes aux variations illimitées. L'absence des grands travaux d'architecture en Tchécoslovaquie est un avantage pour nous. Car tous ces "processus", s'essayent sur les petits ouvrages : les intérieurs et les arts appliqués. Dans les petits ouvrages, les essais ne courent pas un si grand danger de dilettantisme que dans des grands bâtiments qui exigent de vastes connaissances de la construction technique. C'est pourquoi les architectes s'efforçant de former une bonne architecture, s'intéressent vivement aux arts appliqués, car ils y trouvent une belle occasion de réaliser leurs desseins artistes. Le premier intérieur tchécoslovaque, vraiment moderne, se rattachant à la tradition Biedermeier d'un logement bourgeois, est plein de formes simples dégagées. On y trouve le sentiment de la propreté et ce rythme simple, formé par les surfaces verticales, horizontales, obliques et les lignes simples qui, une fois choisi, domine par symétrie et analogie tous les objets de l'intérieur. Cette logique modeste permet de sortir de l'état d'incertitude où se trouvait l'architecture à la fin du xixe siècle, mais elle-même devient bientôt stérile. Il existe encore une autre tendance qui demande à être modifiée : c'est celle qui accuse le caractère spatial de l'architecture. Elle veut voir dans le caractère de surface du meuble des caisses qui prennent de l'air à l'espace. N'importe quelle forme artistique, dépassant le but nécessaire, nous contente plus qu'une manifestation dépouillée d'ornements, si parfaitement adaptée au but soit-elle; elle évoque en nous un sentiment frais et libre, car en échange de l'air qu'elle absorbe dans la pièce, elle reflète par sa surface vivifiée l'espace lui-même. FEUERSTEIN ET SKALA, ARCH. - PROJET DE CRÉMATOIRE. L'Architecte d'intérieur tchécoslovaque comprend ce sentiment tout de suite ; en supprimant l'importance du matériau, sa magnificence, sa splendeur, son coloris, il renonce de bon cœur à ces éléments décoratifs, qu'il ne devrait pas autrement renier, et s'efforce d'arranger des pièces compactes avec des matériaux simples et indigènes : hêtre, noyer, mélèze. La conséquence de ces efforts, la voici : auparavant l'habitant se trouvait hors de l'ensemble des objets l'environnant, à présent il est le centre de l'espace compact ; auparavant il était observateur, à présent il est coopérateur ; auparavant sa participation était passive, à présent il est dans une situation très active. Pour mieux faire valoir cette différence, on pourrait la comparer au contraste entre la concavité et la convexité dans l'optique, ou bien à la différence entre la répulsion et l'enchaînement dans la psychologie. Le désir de créer un intérieur compact donne une grande attention à la forme et néglige les éléments constructifs. L'espace semble devenir l'ensemble des cristaux, tous les objets y sont vraiment matériels, ils sont des espaces stéréométriques ; ce n'est plus l'ensemble des volumes invitant l'artiste à les décorer et n'ayant pas assez de possibilités et de valeurs plastiques. En même temps l'intérieur tchécoslovaque est dominé par cette pensée empruntée à l'architecture de construction : la résistance à la disposition personnelle est passagère. A ce moment, la manifestation formatrice serait devenue trop vague et les produits des arts appliqués tchécoslovaques auraient perdu leur caractère national, si le mot "disposition" n'avait été remplacé à temps par le mot "poésie". La différence de ces deux mots ne touche pas le

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L'AMOUR DE L'ART fonds des beaux-arts, mais leurs manifestations. Pour l'architecture et les arts appliqués ce sont deux mots ayant le même sens, mais à un degré différent. La poésie signifie ici une disposition multipliée et généralisée. L'architecte médite sur son travail et cherche pour ses rêves fugitifs une expression éternelle; l'esprit et la main, la capacité et l'instinct travaillent ensemble en se corrigeant et en se complétant. La différence entre les deux éléments — le but d'une part, l'art de construction et la poésie d'autre part — grandit et il en résulte un effort créateur qui ne change rien à la substance et à la vérité des beaux-arts, mais renverse les barrières qui sépa- JOSEPH GOCAR, ARCH. - DÉTAIL D'UNE MAISON DE COMMERCE A PRAGUE. rent l'architecture moderne de toutes les architectures historiques. Il ne s'agit plus de la forme, mais du caractère; les principes de but, de matériau et de construction sont repoussés et soumis de plus en plus à la tendance artiste. L'architecture et les arts appliqués ne servent plus seulement à éclairer le but et la construction, mais ils se mettent au même rang que les autres beaux-arts. La poésie, ayant atteint ainsi sa signification autorisée, vainc et repousse la pseudo-poésie qui a déformé les bâtiments par différents masques, fleurs, emblèmes. La beauté architectonique devient une beauté, ne provenant que de la composition OTAKAR NOVOTNY, ARCH. - MAISON DE LA COMPAGNIE D'ASSURANCES DE PRAGUE.

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L'AMOUR DE L'ART SYRISTE, ARCH. - ENTRÉE DU STADE DE LA SOCIÉTÉ DE GYMNASTIQUE Orel, A BRNO. des matériaux; on trouve qu'elle réside dans l'équilibre dramatisé et dans le rythme des matériaux. Ce n'est que dans ce temps-là que la formation architectonique en Tchécoslovaquie touche de près sa substance et ses racines et qu'elle commence à traiter les vrais problèmes de la formation d'espace. Il ne suffit plus comme auparavant, qu'un bâtiment et un intérieur soient réduits à quelques simples corps géométriques, dont les surfaces puissent être décorées; la forme purement plastique repousse la forme de surface qui — comme élément étranger à l'architecture — pouvait la conduire à l'impasse de l'art exclusivement décoratif. C'était aux menus travaux architectoniques (maisons bourgeoises, bâtiments profanes, intérieurs) et aux arts appliqués de réaliser cette évolution en Tchécoslovaquie. Car, comme les sources riches des pays tchèques servaient en Autriche à soutenir les pays pauvres et passifs des Alpes, les architectes tchèques trouvaient dans le menu art décoratif la seule possibilité de faire valoir leurs idées : en 1913 naît à Prague une association qui se propose de soutenir les arts appliqués modernes et tout d'un coup elle développe la culture plastique en organisant toutes les tendances et toutes les forces déjà engagées et en y ajoutant des efforts nouveaux. L'origine immédiate de l'association, il faut la chercher dans les préparatifs pour l'exposition du Werkhand allemand qui a eu lieu en 1914 à Cologne; les arts appliqués tchèques y étaient encadrés par l'art autrichien, mais par leur caractère ils se sont distingués de sorte qu'ils ont attiré l'attention des visiteurs. Hâtons-nous de citer ce que les journaux allemands ont écrit à ce propos : « L'unité formelle des produits des arts appliqués autrichiens nous apparaît non comme le style ou bien le résultat d'un effort artistique, consolidé par la tradition, mais comme un symptôme de maturité précoce et dénaturée, causée par l'absence de fortes personnalités. Un certain renouveau sera possible lorsque les nations slaves auront mis leurs forces au service des arts appliqués autrichiens. Et l'exposition agressive de l'Association de l'œuvre thécoslovaque montre que c'est justement là qu'il commence à se manifester ». A notre avis, l'étranger apprend pour la première fois à connaître la force créatrice de la race thécoslovaque dans le domaine des arts plastiques, et les Allemands eux-mêmes avouent volontiers qu'ils veulent en profiter. Cependant, il faut dire que les arts appliqués modernes et les tendances, s'efforçant de les élever, n'ont pas pris leur origine en Tchécoslovaquie. Certes Ruskin a entamé cette question, mais sa doctrine, apparaît bientôt comme un principe anachronique. Aussi est-ce Roger Marx qui, le premier, nous dépeint dans son ouvrage l'Art social le développement historique qui va de l'art appliqué jusqu'à l'art industriel. Et Anatole France, dans la préface de ce livre, parle de l'hégé- JIRI KROHA, ARCH. - ÉGLISE DE VILLAGE (MAQUETTE).

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L'AMOUR DE L'ART monie incompétente de l'art majeur sur l'art mineur. La seconde période est formée par les efforts allemands pour introduire dans les arts appliqués les machines et pour systématiser leur emploi. Mais ainsi on paralyse la capacité artistique de l'ouvrier pour lui substituer l'industrialisme. C'était un nouveau danger, celui de Ruskin une fois écarté. En outre les Allemands, ne pouvant pas puiser aux sources riches de la culture et du travail populaire — car ils n'en ont que très peu — désirent avidement, comme nous l'avons montré, se féconder par la race slave ; alors, au même moment, la race slave devient un élément important dans l'évolution qui suit. En effet l'Allemagne se perd dans l'ornementation frivole, dans l'art décoratif exotique ou bien dans des formes figées. Mais les arts appliqués tchécoslovaques évoluent. Ils sont soutenus très efficacement par les tendances du nouveau décor de la scène, qui permet aux artistes, au moins dans une direction, de faire valoir leurs talents. N'oublions pas que c'est pendant les années où il n'y avait pas de travaux de construction qui fussent grands et monumentaux, que les architectes s'emparent de la draperie, de l'étoffe et du bois pour évoquer, au moyen de matériaux éphémères, leurs songes qui attendaient d'être réalisés. La révolution politique de 1918 n'atteint pas trop l'architecture et les arts appliqués en Tchécoslovaquie, car ces deux branches avaient déjà achevé leur petite révolution. Mais pourtant la tâche de l'architecte est un peu changée et il faut qu'il s'y conforme. A l'horizon JOSEPH GOCAR, ARCH. - MAISON DE BANQUE A PRAGUE. apparaissent certes de grands travaux, dictés par les besoins de l'Etat naissant ; mais pour commencer il faut rattraper ce que les années de guerre ont négligé dans l'architecture profane. Le perfectionnement de l'habitation et de la vie physique se trouve un peu retardé en comparaison avec les autres phénomènes de la vie. Les causes en sont diverses. D'ailleurs la population tchécoslovaque s'est si mal préparée qu'au moment politique heureux où il faut bâtir des colonies et des maisons pour satisfaire les grands besoins d'habitation, de graves obstacles surgissent. Dans les classes opulentes c'est le luxe extérieur, pompeux, sans joie, sans fondement; dans les classes moyennes, l'indolence ou bien même l'absurdité ! On ne connaît presque pas le système des maisons de famille, placées dans les jardins, et un individu moyen se sent parfaitement content en habitant une maison de rapport ; à vrai dire ces maisons sont bien aménagées quant à l'hygiène. Mais enfin, tout cela n'a de valeur pour l'architecture que comme une base solide, comme une garantie de la conception réelle des grands travaux qu'on attend et comme une préparation technique à l'œuvre qui, viendra. Par bonheur, ces belles tendances sont parfaitement soutenues par les écoles spéciales, principalement par l'école des Arts Décoratifs de Prague, qui participe au travail de culture d'une manière excellente en confiant à des maîtres parfaits la forma- C. VORECH, ARCH. MONUMENT DU GÉNÉRAL STEFANIK MIJAVA, EN SLOVAQUIE.

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L'AMOUR DE L'ART tion des artistes futurs. Mais on peut dire, dès aujourd'hui, que l'architecture et les arts appliqués tchécoslovaques ont atteint un degré de développement qui leur permettra, non plus de se mettre à l'unisson des styles modernes, mais d'exercer à leur tour une influence incontestable sur l'art à l'étranger. Ainsi les architectes tchécoslovaques ont la satisfaction de voir que cet art auquel on a reproché des manières étrangères, cet art qu'on combattait avec toutes les armes usitées dans les luttes politiques, a créé des formes caractéristiques qui exercent une forte influence sur les pays voisins. Pourtant on ne peut encore parler aujourd'hui de l'architecture et des arts appliqués modernes tchécoslovaques dans toute la force du terme. Il n'y a que des groupes d'architectes créant d'après les tendances modernes, il n'y a que quelques artistes et quelques revues qui portent de l'intérêt à l'architecture; il manque un large courant artistique, soutenu par la tradition, il manque la compréhension de l'ouvrage d'architecte. Quelques architectes modernes ont un développement précis dans leur œuvre. Ces conditions n'ont pas encore permis à l'architecture tchécoslovaque de trouver un point de départ pour créer une moyenne homogène et élevée; seules quelques individualités enrichissent, par leur œuvre nationale de conception, l'architecture et les arts appliqués modernes en Europe. OTAKAR NOVOINY. J. KREJCAR, ARCH. - PROJET DE HALLES CENTRALES.

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Y. ZRZAVY. - CÉRAMIQUE. II. Les Efforts collectifs par EMMANUEL SIBLIK Après l'étude de l'évolution des idées touchant l'architecture et les arts décoratifs tchèques modernes et dénotant une profonde connaissance professionnelle des problèmes d'esthétique architectonique, je crois être en droit de penser qu'il n'est pas sans intérêt de donner quelques indications précises montrant, soit comment certaines personnalités individuelles réagirent sous l'influence des mouvements venus de l'extérieur et de la tradition populaire nationale dont il a été parlé, soit comment leurs efforts se sont trouvés secondés chez nous par l'habileté professionnelle des artisans de toutes les catégories. Ce qui caractérise principalement la décadence des arts décoratifs français au XIXe siècle, le divorce entre l'artiste et le producteur, a été aussi une des causes principales, avec d'autres purement locales, de l'industrialisation des arts décoratifs tchécoslovaques remplaçant de plus en plus le travail individuel par le travail en série. Le mauvais goût de ce genre de fabrication gagna de plus en plus de terrain, et cela naturellement au préjudice du sentiment esthétique populaire qui se manifestait sous une forme artistique très particulière. Les classes bourgeoises continuèrent à vivre dans ces intérieurs soi-disant historiques, de moins en moins imprégnés d'atmosphère au fur et à mesure qu'ils se renouvelaient; le besoin de bibelots décoratifs était satisfait, dans les cas les plus favorables par les antiquités transmises de génération en génération, mais le plus souvent par la pacotille commerciale, faite sans goût, parfois même sans habileté professionnelle, avec une matière première inférieure. A l'encontre des pays occidentaux, le machinisme n'est pas arrivé cependant jusqu'à faire YAR BENDA. - PLAT EN VERRE TAILLÉ AU REVÊTEMENT BLEU.

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L'AMOUR DE L'ART LADISLAV MACHON, ARCH. - CHAMBRE DE JEUNE FILLE. tarir les sources toujours vives de l'art tchécoslovaque. Les cas individuels de réaction moderne contre cet état de choses étaient impuissants, ils n'obtinrent de signification réelle qu'en se groupant. Ceci se produisit au début même du siècle nouveau, en 1908, lorsque de jeunes artistes, venant de l'Ecole des hautes études techniques, de l'Ecole des arts décoratifs ou des instituts professionnels concurent l'idée de renouveler les arts décoratifs tchèques. Ils ne disposaient intellectuellement et matériellement d'aucun appui, mais tous étaient mus par cette conviction naturelle que la naissance de formes nouvelles était nécessaire. D'où leur lutte logique contre l'imitation pseudo-historique, ainsi que leur aversion pour les formes par trop souples et mièvres de la Sécession internationale alors à la mode. Ce syndicat d'artistes, à la tête duquel nous trouvons entre autres les architectes Gocar et Janak, les peintres Benda et Kysela, le sculpteur Hereje, tous aujourd'hui professeurs à l'Ecole nationale des arts décoratifs, n'avait pas de moyens suffisants pour résoudre les grands problèmes d'architecture ou même de décoration d'intérieurs : il concentra son attention sur les formes diverses de l'art domestique : boîtes, coffrets, ornements en perles de verre ; il aborda plus tard la céramique, le verre utile ou de luxe, les bijoux en métaux précieux ou ordinaires, etc. Ils apportèrent à la conception de ces objets une émotion créatrice nouvelle, soutenue par des principes artistiques nouveaux, tendant à la simplicité de l'expression, celle-ci étant dépouillée de tous détails inutiles et sans raison d'être; on leur reproche par contre leur abstraction sèche, des formes vulgaires, une rudesse peu luxueuse ; certains de ces novateurs prirent conscience d'une relation entre leurs nouvelles formes et les obliques aux arêtes vives du gothique hussite populaire ou même les formes primitives des poteries et des constructions des anciens Slaves. Leurs points communs avec l'art populaire n'entraînaient d'ailleurs pas une relation absolue ; il cherchaient plutôt à se rapprocher des formes rudimentaires de cet art qu'à en appliquer simplement les motifs de décoration extérieure ; la ressemblance résidait plutôt dans l'aspect, puissant, à lignes droites. Ils ne voulaient en aucun cas une imitation servile, recherchant seulement la forme disciplinée, simplement synthétique, moderne. Il ne s'agissait pas seulement pour ces artistes enthousiastes d'expérimenter leurs capacités dans l'industrie des menus objets artistiques sur la base d'une simplification des lignes architectoniques ; ils comprenaient la portée sociale des arts décoratifs dans tout leur domaine. D'où la transformation, en 1920, du syndicat de 43 membres dont 30 artistes, en une FR. KRUPKA, ARCH. - MEUBLE EN BOIS TENDRE PEINT. (ÉD. PAR LA SOCIÉTÉ DES INDUSTRIES D'ART S. U. P. A BRATISLAVA).

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L'AMOUR DE L'ART 673 société par actions qui sur 100 membres compte une soixantaine d’artistes. Les sociétaires externes sont des artisans spécialistes toujours prêts à collaborer avec les artistes. Le nouveau caractère commercial de la société “Artel” garantit le placement de ses œuvres; elle s’occupe des commandes, a des représentants dans le pays et joue de la sorte le rôle de chef d’entreprise. Elle a aujourd’hui à sa tête l’architecte Stockar, secrétaire général de l’“Association de l’Œuvre Tchécoslovaque”. De divers côtés se manifestaient d’ailleurs des tentatives dignes d’attention, notamment dans la Société “Manès”, où l’architecte Kotéra, élève de Wagner et chef de cette génération qui est à cheval sur les deux derniers siècles, défendait dans les “Volné Sméry”, la forme architecturale pure. L’influence de ce fondateur et organisateur, des arts appliqués tchèques s’accrut encore lorsqu’il fut appelé, en 1910, à l’Académie des Beaux-Arts, comme professeur d’architecture cédant après douze ans de féconde activité sa place à l’Ecole des Arts décoratifs à l’architecte Plecnik. Les élèves de Kotéra notamment Novotny et Gocar ont déjà à partir de 1907 au sein de la Manès leur propre organe dans le “Style” sous l’excellente direction de l’architecte Novotny. La lutte pour une nouvelle expression artistique amena en 1911 dans la Société “Manès” une scission des jeunes qui formèrent alors le “Groupement des Artistes”, (Skupina vytvarnych umelcu), et publièrent la “Revue mensuelle des Arts”, (Umělecky měsicnik), remarquablement dirigée ; l’architecte Janak s’y employa notamment à régler son compte à la doctrine stéréométrique de Wagner afin de proclamer l’union de l’art avec les lois naturelles de la création abstraite et de faire surgir ainsi de nouveaux ensembles organiques vivant d’une vie propre. Mais les jeunes architectes ne s’en tenaient pas aux théories, ils essayaient de les rendre vivantes en fondant les “Ateliers artistiques de Prague”, (Prazské umělecké dilny), premier établissement modèle de production artis-