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CHARLES KUNSTLER Jane POUPELET Illustré de 32 reproductions en héliogravure Collection • LES ARTISTES NOUVEAUX • Les EDITIONS G. CRÈS et CIE, PARIS VI°
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CHARLES KUNSTLER Jane POUPELET Illustré de 32 reproductions en héliogravure Collection • LES ARTISTES NOUVEAUX • Les EDITIONS G. CRÈS et CIE, PARIS VI°
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Docteur LE MEME CHARLES KUNSTLER JANE POUPELET --- LES ÉDITIONS G. CRÈS & Cie, 11, Rue de Sèvres — PARIS VI
Collection "LES ARTISTES NOUVEAUX" publiée sous la direction de GEORGE BESSON par les Editions G. CRÈS & C¹ᵉ Copyright by les Editions G. CRÈS & C¹ᵉ 1930 Photographies E. Toupillier : 1, 10, 11, 12, 14, 16, 18, 19, 21, 26, 27, 28, 31 ; Salaün : 6 ; Bernès-Marouteau et C¹ᵉ : 8, 9. HÉLIOGRAVURE ET TYPOGRAPHIE DE SADAG DE FRANCE PARIS ET BELLEGARDE (AIN)
A VEZ-VOUS vu, au Musée du Luxembourg, ce buste de marbre que Lucien Schnegg fit de Jane Poupelet alors qu’elle était une toute jeune fille ? Trente ans ont passé depuis lors. Loin des intrigues, loin du bruit de la grande ville, dans le calme d’un petit atelier de Montparnasse, Jane Poupelet continue paisiblement son œuvre, déjà considérable. Sur son fin visage, on retrouve les traits du visage de marbre sculpté jadis par Schnegg. Les années n’en ont point altéré la jeunesse. Elles n’ont rien ôté à cette physionomie douce, volontaire, méditative ; elles n’ont point diminué la vivacité de son clair regard, pénétrant et profond comme celui de la sage Athena, dont Jane a le pur profil. Jane Poupelet est née à Saint-Paul-Lizonne, dans le Périgord. Nulle vocation ne fut plus précoce et plus impérieuse que la sienne. Dès l’âge de trois ans, elle manifesta son désir de reproduire, avec la terre glaise, les formes et les attitudes des habitants de la basse-cour et de l’étable, et, aussi celles des habitants de son village. Quelques années plus tard, elle entre dans un pensionnat religieux de Bordeaux, et prend des leçons de dessin avec une vieille demoiselle qui lui fait copier des yeux et des nez de profil… Aux yeux et aux nez de profil, un nouveau maître, — 5 —
plus savant, fait succéder un moulage du Lion accroupi de Barye. Au bout d'une année de séjour à « l'Ecole », Jane quitte Bordeaux. Après avoir modelé pendant deux ans, à Paris, dans l'atelier de Schnegg, où Rodin vient souvent, elle travaille seule. Intéressé par ses recherches, Rodin l'encourage et lui ouvre les portes de diverses sociétés d'artistes très fermées. En 1900, elle avait envoyé à l'Exposition Universelle une Fontaine décorative qui lui avait valu une médaille. Quatre ans plus tard, à la Nationale des Beaux-Arts, elle expose des bustes et un Enterrement dans le Périgord, qui lui vaut une bourse de voyage. Un séjour prolongé en Italie, puis en Algérie, puis en Espagne, lui révèle un univers nouveau. Avec son groupe de Baigneuses et la Vache qui marche, exposées au Salon de 1906, avec la Femme à sa toilette, le petit Anon et d'autres animaux exposés l'année suivante, elle est parvenue à la maîtrise. Ses facultés d'observation lui permettent de rendre avec bonheur les physionomies et les attitudes les plus naturelles de l'homme et de l'animal. De 1906 à 1914, les belles œuvres se succèdent. Après la Femme assise, aux bras coupés (1908), elle modèle la Femme qui lève les bras devant la vague, la Baigneuse descendant dans l'eau, des Mascarons décoratifs, et nombre d'animaux. La guerre interrompt les travaux de Jane Poupelet. Après avoir, pendant plus de trois ans, façonné des appareils de prothèse pour les mutilés de la face, l'artiste reprend son œuvre interrompue. Ses sculptures les plus connues appartiennent à divers musées. Le Luxembourg possède sa Femme à sa toilette et sa Vache marchant; le Musée de Bussang possède sa Baigneuse qui descend, celui d'Alger, celui d'Oran, plusieurs bronzes et plusieurs dessins. Le Musée de Brooklyn, le Musée Métro- — 6 —
politain de New-York, celui de Détroit, celui de Chicago ont donné une place d'honneur à la Femme assise, à la Femme à sa toilette, à la Baigneuse et à divers autres chefs-d'œuvre. * « En matière d’art, déclare Théophile Silvestre, quiconque ne sent pas profondément la vie, le mouvement et le caractère de la nature, sera toujours un aveugle-né ». Ce reproche ne saurait être adressé à Jane Poupelet; car nulle intelligence n’est plus lucide que la sienne. Comme les grands maîtres, elle voit les choses « promptement et d’ensemble ». De là, lorsqu’elle dessine, la vivacité de sa main, la sûreté et l’aisance souveraine de son trait. Pas de littérature dans sa sculpture ou ses dessins. Pas de sujet, ou, plutôt, le sujet, pour elle, c’est la vie; c’est la nature. Elle excelle à traduire toutes les formes, toutes les attitudes, celles du mouvement et celles du repos. Elle excelle à rendre le caractère de ses modèles, leurs silhouettes et leurs expressions les plus frappantes; tout cela sans exagération ni petitesse. Si humbles que soient ces modèles, elle leur confère toujours une noblesse qui les apparente à ceux dont les grands réalistes égyptiens et grecs nous ont laissé des images d’un si beau style. De ses mains magiciennes, elle métamorphose tout ce qu’elle touche. Devant certains de ses dessins au brou de noix, devant certains nus de femmes, par exemple, on songe à Rembrandt. Comme ce maître, comme Delacroix et Géricault, Jane Poupelet construit ses figures « par noyaux, par masses proportionnelles, qui, réunies, forment le modelé ». Si ferme, si robuste que soit ce modelé, si énergique ce relief, jamais rien de violent ne vient troubler la sérénité des êtres qu’elle crée. — 7 —
De la vie qu'elle prend sur le fait, elle choisit les attitudes calmes et paisibles. Et cependant, nulle œuvre n'est plus diverse que la sienne. C'est que, pour qui sait voir, il y a des rythmes innombrables et d'infinies nuances dans le calme et la sérénité. Vérité et poésie! Son œuvre, — tout comme les mémoires du poète —, pourrait s'intituler ainsi. Car, si l'artiste transfigure la réalité, elle n'en conserve pas moins à ses impressions leur force et leur saveur naïve. Egalement éloigné de la rudesse et de la mièvrerie, fait d'un heureux équilibre entre l'instinct et la raison, son art est un art classique, à la fois traditionnel et neuf. Le charme si puissant et si redoutable de ce génie tourmenté que fut Rodin ne l'a point fascinée. Par contre, elle a subi la bienfaisante influence de Schnegg, qui préconisait, dit Henri Martinie, «le retour aux cadences architecturales». Ce qu'Adophe Basler a écrit au sujet d'un des plus grands sculpteurs de notre temps, on peut le répéter à propos de Jane Poupelet : «Les proportions, tout en restant normales s'idéalissent; la forme, tout vibrante de passion, se simplifie; un style d'affirme». Ce style, Poupelet l'extrait de la nature. C'est la poésie mystérieuse, c'est la grâce secrète et profonde des choses qu'elle fait passer dans ses dessins et dans ses bronzes avec toute l'ardeur et toute la sincérité d'un amour ingénu. Mais si son cœur garde à ses émotions toute leur pureté, son esprit rigoureux n'oublie point de chercher la plénitude des formes, les belles proportions, le balancement des lignes, l'eurythmie. De là l'unité d'impression de ses œuvres. C'est la lumière, qu'elle répand avec tant de bonheur sur un torse de femme ou sur les flancs d'un animal qui les modèle si harmonieusement, si largement aussi. Non point que Jane Poupelet néglige les détails. Mais ceux-ci, toujours subordonnés à — 8 —
l'effet de l'ensemble ne comptent pour les yeux que selon l'importance qu'ils ont dans l'économie des êtres figurés par l'artiste. Cherchant, avant tout, le caractère, elle ne supprime point les détails, mais les situe à leurs plans respectifs; et la lumière n'éclaire vivement que ce qui doit être aperçu de loin et à première vue. Pourtant, rien d'oublié. Pour Jane Poupelet, une œuvre d'art doit être belle non seulement de loin, mais belle aussi de près. C'est cette hiérarchie des lignes et des plans qui donne à ses bronzes leur richesse, leur évite la monotonie et procure au spectateur le plaisir d'y découvrir toujours de nouveaux charmes. Elle possède un prodigieux « instinct des anatomies » humaine et animale. Mais c'est au prix d'incessantes interrogations de la vie, aux prix de multiples analyses qu'elle est parvenue à ces affirmations, à ces simplifications, à ces synthèses, qui font, comme on l'a dit, de ses sculptures des « pièces de musée ». Sa maîtrise se manifeste également et dans ses animaux et dans ses figures féminines. Dans son œuvre, comme dans celle de Barye, dont elle a la forte concision, la beauté des femmes « rivalise avec celle des bêtes ». A l'amour du vrai, Jane Poupelet joint la passion impérieuse de la perfection. Mais cette perfection n'ôte rien à l'ardeur secrète qui l'anime. Si dans ses sculptures et ses dessins, la raison discipline sa fougue créatrice, il n'en est point de même en ses croquis, où se trahit cet impatient besoin de révéler ce qu'elle a senti. Toujours insatisfaite, elle s'impose toute une suite de travaux lorsqu'elle sculpte. Son esquisse achevée et moulée, elle compare la figure de plâtre à son modèle, la corrige sans cesse en la regardant. C'est alors qu'elle cherche les emmanchements, les passages subtils du modelé et qu'elle met les détails à leur plan. Elle se préoccupe aussi des jeux de la — 9 —

Cet ouvrage présente la vie et l'œuvre de la sculptrice Jane Poupelet. Il détaille sa vocation précoce, sa formation artistique à Paris et ses voyages en Italie, Algérie et Espagne. L'auteur décrit ses œuvres majeures, notamment ses sculptures d'animaux et de figures humaines, ainsi que son travail pendant la Première Guerre mondiale.