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EXPOSITION ANTOINE BOURDELLE A LA GALERIE VIGNON: 17, RUE VIGNON
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EXPOSITION ANTOINE BOURDELLE A LA GALERIE VIGNON: 17, RUE VIGNON
EXPOSITION ANTOINE BOURDELLE
LE TIRAGE DE CE CATALOGUE A ÉTÉ LIMITÉ À 20 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DES MANUFACTURES IMPÉRIALES DU JAPON, NUMÉROTÉS DE 1 À 20; 50 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE VAN GELDER, NUMÉROTÉS DE 21 À 70, 430 EXEMPLAIRES SUR PAPIER D'ARCHES, NUMÉROTÉS DE 71 À 500. IL A ÉTÉ TIRÉ EN OUTRE 20 EXEMPLAIRES HORS COMMERCE DONT 10 SUR PAPIER DU JAPON, NUMÉROTÉS DE I À X ET 10 SUR PAPIER DE HOLLANDE, NUMÉROTÉS DE XI À XX. EXEMPLAIRE N°X pour Monsieur Gabriel Cognacq
APHRODITE MARINE dessin en couleurs pour illustrer "Cinquante Épigrammes Grecques"
EXPOSITION ANTOINE BOURDELLE PRÉSENTÉE PAR ANDRÉ SUARÈS ET MICHEL DUFET JUIN 1930 A LA GALERIE VIGNON : 17, RUE VIGNON
HUMANITÉ ET GÉNIE DE BOURDELLE PAR ANDRÉ SUARÈS QUEL HOMME était Bourdelle, on ne me croira peut-être pas si je dis qu'il fut unique en son temps et seul de son espèce. Il y avait de ses vertus en beaucoup d'autres, sans doute ; mais il était seul à les posséder toutes, et au degré supérieur où elles sont héroïques. La bonté ne faisait en lui aucun tort au génie ; et le génie de l'artiste n'a rien ôté à la bonté de l'homme. Il n'a pas eu à choisir : l'équilibre s'est fait avec le temps : l'esprit, le cœur et la main se sont compensés dans un ordre admirable. Artiste et homme, Bourdelle s'est élevé sans cesse ; et l'on doit dire de lui ce qui n'est vrai de presque personne : il s'est accompli.
Pour parler de lui, il faut que je m'oublie. Ou je ne pourrais faire entendre qu'un chant funèbre. Il m'était cher entre tous ceux qui vivent : il ne vivait que pour la grandeur, sans y faire jamais le sacrifice de l'humaine bonté. Nul n'était plus humain que lui. Par là, il était plus grec et plus français qu'un autre. Il ne s'est pas mutilé pour grandir. Il n'a jamais rendu le mal qu'il a souffert; et pourtant il en avait la mémoire. Qu'on ne s'imagine pas qu'il fût dédaigneux ou indifférent : mais il était sans rancune. Sa hauteur morale lui permettait le pardon, non l'ignorance. D'ailleurs, toujours au travail, il n'était pas de loisir pour ces luttes mesquines et ces minces contre-temps. Il a subi une longue injustice ; il l'éprouve encore : elle n'a pas mêlé une goutte de fiel au flot pur de son imagination, au fleuve de son œuvre : elle n'en a pas altéré le cours puissant et magnifique. Comme il avait la force et la passion de l'excellence, la grandeur lui était naturelle. Elle semblait aussi simple que sa vie sans apparat, aussi noble que ses soucis. Son éloquence était la voix d'une âme ardente; sa parole, toujours sincère, avait un accent religieux. Son discours, parfois mystérieux, enveloppait de gravité les vérités élémentaires, qui sont les plus fécondes et les plus méconnues. Il était simple, même en rendant des oracles. Le don suprême de poésie lui avait été fait, dès l'origine. La grandeur de Bourdelle est celle de tous les artistes destinés à survivre : avant tout, Bourdelle était poète ; et nul héros de l'art, en son temps, ne l'a été plus que lui. Qu'on songe à Rodin, charnel jusque dans ses rêveries
d'architecte, ambitieux de penser et toujours en vain, au point qu'il finit par consacrer un art prodigieux à modeler un doigt, une main, un tronc sans tête et qu'il l'eût aussi bien nommé Archimède ou Dieu. Tout est fragment dans Rodin et, si l'on veut, ses morceaux sont les plus palpitants de chair qu'un sculpteur ait jamais fait vivre dans la pierre. Tout est monument dans Bourdelle, même un débris, parce que tout est pensée. D'ailleurs, il était en confidence continuelle avec la nature. On sentait chez lui l'homme de la terre, et non celui de la grande ville. Quand il disait la belle légende de ses parents, le pâtre et le paysan, on retrouvait en lui le petit gardeur de chèvres. Jeune homme, il a eu l'air et le visage du chevrier : un de ses portraits, le front sec, les joues maigres, la ronde et noire chevelure bouclée, il semble chercher sa flûte de Sicile, don de Théocrite. Non pas comme on joue un rôle, mais sans effort et sans calcul, il a mis l'art au-dessus de tout. Nulle vocation plus certaine. La beauté n'a pas eu de serviteur plus fidèle. Il ne la voulait pas pour lui seul : il aspirait à la rendre présente dans la cité humaine : ce vœu me semble l'instant divin de l'architecte et du sculpteur. Pour la faire régner parmi les hommes, il avait à la fois du grand-prêtre et de l'enfant de chœur. Né pour l'œuvre qui rassemble les vivants dans la même église, il ne séparait pas la beauté de la puissance. Entre tous les statuaires, depuis Michel Ange et Puget, il a été le plus viril. Il m'a dit comprendre mon culte de la grâce, que j'adore ; mais elle lui était un peu suspecte : La Victoire sans Ailes est fixée :

Ce catalogue documente une exposition consacrée à l'artiste Antoine Bourdelle, présentée à la Galerie Vignon en juin 1930. Il inclut des textes de présentation par André Suarès et Michel Dufet. L'ouvrage détaille également les différentes éditions et tirages du catalogue.