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ANDRE ARBUS par WALDEMAR GEORGE ART ET INDUSTRIE
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ANDRE ARBUS par WALDEMAR GEORGE ART ET INDUSTRIE
ANDRE ARBUS PAR WALDEMAR GEORGE ART ET INDUSTRIE

André Arbus André Arbus est né, à Toulouse, le 17 Novembre 1903, d'une famille d'ébénistes. Lorsqu'il était enfant, son grand-père lui faisait le récit du Tour France des compagnons qu'il effectua avant de s'établir. Son père, avait gardé le culte du beau travail. L'esprit des vieilles corporations survivait dans ses œuvres. Tout en suivant les cours du Lycée de Toulouse, puis en préparant l'École Militaire de Saint-Cyr et en faisant sa licence de droit, André Arbus demeure ce que furent ses ancêtres : un ouvrier manuel capable de manier la gouge et le rabot. Ses années d'enfance se déroulent dans les ateliers paternels. Il y mène l'existence d'un apprenti studieux. Contraint de renoncer pour raisons de santé à la carrière des armes, il entre à l'École des Beaux-Arts de Toulouse. Il y rencontre le statuaire Parayre qui devient son ami et son guide. Il vante aujourd'hui encore son enseignement, fondé sur le respect, d'un art classique selon l'esprit. Ses études artistiques une fois terminées, il succède à son père. Sa tâche sera toutefois plus malaisée que celle de ses aïeux. Il ne pourra se borner à traduire et à interpréter en les perfectionnant et en les amendant les modèles légués par le passé. Il sera contraint d'inventer de toutes pièces un répertoire de formes. Il est parfaitement conscient de sa mission. Il en connaît toutes les difficultés. Il sait que, depuis près d'un siècle aucun style mobilier collectif ne peut prendre corps et se développer. Il sait que les meubles construits sous le règne de Napoléon et de Louis-Philippe attestent une rupture consciente ou inconsciente avec une tradition qui était un état de perpétuel devenir. Il admet que la copie d'ancien constitue un aveu d'impuissance. Il ne sous-estime pas l'apport des précurseurs qui, depuis 1900,
s'efforcent de jeter les bases d'un art décoratif. Il admire les pionniers de l'École de Nancy, dont le dessin et l'ornementation rejoignent dans le temps le Gothique flamboyant et le Baroque tardif. Il n'ignore ni l'œuvre de Sue et Mare, qui tentèrent les premiers de retourner aux sources, ni celle, plus subtile, de Ruhlmann. Quand il se manifeste pour la première fois vers 1925, et quand, quelques années plus tard, ayant quitté Toulouse, il s'installe à Paris, la tendance qui domine en France et hors de France est le fonctionnalisme. Arbus prend position en face de ce mouvement. Nous ne discuterons point les conceptions d'un groupe de constructeurs qui préconisent l'esthétique machiniste. Elles font suite aux conceptions desuètes des novateurs qui se sont contentés de camoufler les formes traditionnelles, en les amplifiant, en les parodiant ou en les stylisant. Les armoires-coffres-forts et les sièges-chars-d'assaut font place aux meubles qui sont des armatures et des échafaudages. Ces squelettes en métal se détachent sur des fonds de murs nus, passés au ripolin. Nettoyées par le vide, réduites à l'état de boîtes juxtaposées, les demeures à la mode évoquent les salles d'opération, les cabines des croiseurs-cuirassés et les prisons modèles. Arbus réagit contre cet état de choses. Mais sa réaction n'a pas le caractère d'une défense paresseuse du passé. Le but qu'il poursuit d'une manière continue et ininterrompue depuis qu'il a tracé le schéma d'un fauteuil, traité comme un parfait contenant du corps humain, est de conférer à la demeure française ce charme, cette dignité et cette urbanité qui ne lui font que trop souvent défaut. Son œuvre d'architecte sera l'aboutissement final de ses recherches. Bâtisseur d'un Phare en Méditerranée et d'un mas agricole dans la Crau, il part de l'homme envisagé comme un principe premier. Ses meubles, au même titre que ses grands et ses petits édifices, sont des architectures. André Arbus refuse de dissocier les notions d'esthétique et d'éthique. Le souci de créer par des moyens factices un climat et une ambiance modernes lui est, croyons-nous, totalement étranger. Il se contente de mettre à la disposition de ses contemporains des cadres de vie harmonieux et logiques. L'intérieur tel que le voit Arbus, n'est pas un provisoire abri dressé pour ce nomade qu'est l'habitant des villes. C'est un refuge et un lieu de repos. L'architecte-décorateur s'efforce de l'embellir et de l'humaniser. Toutes les fois qu'il le peut, il rétablit les panneaux de boisserie, qui servent à scander les parois murales et à donner l'échelle, les stucs et les corniches qui couronnent les cloisons et qui constituent, non point des ornements inutiles, mais des membres d'un organisme vivant. Parfois des bas-reliefs
placés au-dessus des cheminées et des statues de niche confèrent au logis un caractère empreint d'une noblesse palladienne. Arbus estime que la maison française ne doit pas être un miroir fidèle du siècle de fer et de ciment armé. Elle doit agir comme une compensation. S'il est essentiel qu'elle assure le confort matériel de celui qui l'anime, elle doit satisfaire également ses besoins moraux. Par les dimensions des pièces qui la composent, par leur plan général, et par le coloris des plafonds, des murs et des tentures, elle peut contribuer à engendrer la paix et le bonheur. Une maison d'Arbus est le foyer d'une vie sédentaire, chargée d'humanité. Les métiers d'art, trop souvent délaissés, y retrouvent progressivement leur place. Tapis, tapisseries, passementeries, gypseries, fers forgés, bronzes d'ameublement, en sont les parures ordinaires. Ces éléments de la décoration
concourent à un effet d'ensemble. Ces chefs-d’œuvre d’un art artisanal sont-ils des résidus d’une époque abolie ? Non pas. Ils attestent d’une façon pertinente la résistance de l’homme à la machine. Ils échappent à l’emprise d’une production massive et nivelée par le bas. Ils perpétuent une civilisation qui est, non seulement une notion juridique, mais une manière de vivre. On a dit que la France, pays dévasté par la guerre, avait devant elle des tâches plus urgentes que l’élaboration d’un style orienté vers l’avenir, mais conforme à sa ligne générale. Or, la France ne peut se développer et imposer sa loi qu’en conservant intacte son originalité en et défendant contre la marée montante d’une barbarie d’apparence scientifique, un type d’existence et un mode de pensée. La France, pays de la libre découverte, du travail patiemment accompli et de la qualité, affirme sa primauté dans la mesure exacte où elle parvient à se soustraire à la loi du nombre. Si luxe, veut dire : excès de somptuosité, André Arbus le fuit. Il cherche, non point l’éclat trompeur, mais cette perfection dans les moindres détails, qui est l’attribut de l’esprit de finesse. Il traite d’ailleurs avec le même amour les ensembles mobiliers destinés aux Palais Nationaux, aux Ambassades de France à l’Etranger et aux fastueux salons des Ministères du Faubourg Saint-Germain, ces hôtels seigneuriaux transformés en Administrations, que les demeures rurales. Il estime que l’excellence du goût n’est pas l’apanage d’une aristocratie. Des milliers de maisons dispersées sur toute l’étendue du territoire français, les meubles et les accessoires de vie que confectionnaient les artistes populaires : maçons, charpentiers, potiers, ferronniers des villages illustrent ce point de vue. L’art façonné par la cour royale avait pour corollaire un art bourgeois et paysan. Les recueils des modèles, largement répandus, pénétraient dans les provinces les plus éloignées. Les prototypes établis par les maîtres de l’ébénisterie n’étaient point copiés avec servilité. Ceux qui les étudiaient en empruntaient les formes. Mais ils utilisaient pour leur fabrication les bois de la région. Ils les appropriaient aux besoins locaux. Ils puisaient la plupart des ornements dans le folklore de leur propre terroir. Au XVIIIe siècle, l’ouvrier de campagne n’est pas le parent pauvre; il est le frère puiné de l’ébéniste des Fermiers Généraux. Le principe d’harmonie de la France réside dans cette union intime entre les classes sociales. Avant d’être consacrée par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, elle se manifeste dans le domaine des arts. Le hanap en étain, dont se sert le vigneron tourangeau est galbé comme une pièce d’argenterie portant le poinçon d’un orfèvre qui travaille pour les grands de ce monde.
Arbus a compris cette règle d'unité intérieure d'un peuple dont les couches successives communiquent étroitement entre elles. Son œuvre est une géométrie essentiellement sensible. Œuvre d'intelligence, elle n'a jamais le caractère froid, cérébral et abstrait que revêtent notamment les meubles des architectes de l'époque impériale, ces théoriciens doublés d'archéologues, qui mettaient à profit les fouilles d'Herculanum, mais qui perdaient contact avec la vie. L'Empire, ce chant du cygne de la dernière Europe, celle de Napoléon et de M. de Goethe, de Winckelmann et de Jacques-Louis David, est une prestigieuse construction de l'esprit ; mais c'est un style voué à la stérilité. Fait de main d'homme, un meuble d'André Arbus tient et adhère au sol. Alors même qu'il est exécuté dans un bois précieux, il garde une vigueur et une franchise d'accent qui en expriment la vraie identité. Ce morceau de maîtrise n'est pas une simple épure. Arbus veille à sa finition avec l'autorité d'un artisan qui connaît son métier. Primus inter pares, ce menuisier en meubles met la main à l'ouvrage. Le rôle d'André Arbus dans l'histoire de l'art contemporain s'avère prépondérant. Il ne recule devant aucune audace. Il prend le contre-pied du formalisme moderne. Dès ses débuts il confectionne des meubles sculptés,

Cet ouvrage présente l'œuvre d'André Arbus, ébéniste et architecte né en 1903. Il explore ses origines familiales dans l'artisanat du bois et son parcours artistique, de l'École des Beaux-Arts de Toulouse à son installation à Paris. Le livre analyse sa réaction au fonctionnalisme dominant et sa démarche visant à redonner à l'habitat français charme, dignité et urbanité.