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FORMES ÉDITION FRANÇAISE JUILLET MCMXXX PARIS ÉDITIONS DES QUATRE CHEMINS

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QUATRE CHEMINS ÉDITIONS - LIBRAIRIE - GALERIE 18, RUE GODOT-DE-MAUROY — PARIS (IX°) --- EXPOSITION D'ÉTÉ DESSINS - GRAVURES LITHOGRAPHIES DE HENRI MATISSE, LAURENCIN, PICASSO, MODIGLIANI, R. DUFY, MAX JACOB, MAILLOL, ROUAULT, MARQUET, G. CHIRICO, ETC... --- LIVRES D'ART LIVRES DE LUXE

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FORMES RÉDACTION 42, rue Pasquier, Paris VIIIe Tél. Europe 37-70 et la suite Adresse télégraphique: Formes Romausding Paris ADMINISTRATION 18, Rue Godot-de-Mauroy Paris IXe Tél. Richelieu 99-50 Chèque postal 713-87 Revue Internationale des Arts Plastiques Paraisant dix fois par an en deux éditions française et anglaise Directeur S. Fukushima Directeur Artistique Waldemar George Secrétaire de la rédaction Marcel Zahar N° 7 — Juillet 1930 Formes est une tribune où s'affrontent librement toutes les doctrines vivantes. SOMMAIRE Florent Fels. — In memoriam Pascin Waldemar George. — Fernand Léger Marcel Zahar. — Fautrier J.-E. Blanche. — Talent ou génie ? Lionello Venturi. — La collection d'Art moderne de M. Gualino Henri Clouzot. — Le paradoxe romantique de l'Art pour l'Art W. G. — M. Maucclair contre l'Art français Leo Frobenius. — L'âge de bronze en Afrique du Sud Dr A. Martin de Wild. — L'examen scientifique des tableaux Chroniques par : Germain Bazin, Louis Delaporte, E. Foundoukidis, W. G., M. Z. CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER H. Tietze. — Lettre d'Autriche J. Mauny. — Lettre des États-Unis Wilenski. — Lettre de Londres Margherita Sarfatti. — Lettre de Rome W. G. — Lettre de Venise Le prochain numéro de FORMES paraîtra en Octobre. ÉDITIONS DES QUATRE CHEMINS 18, Rue Godot-de-Mauroy Paris IXe FRANCE Prix du numéro : 20 frs Abonnement pour 10 numéros : 175 frs ÉTRANGER Prix du numéro : 25 frs Abonnement pour 10 numéros : 220 frs

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F. LÉGER TABLE DES ILLUSTRATIONS Planche en couleurs. — Composition 1929. Collection Paul Rosenberg. Fig. 1. — Coquille, feuille et compas. 1929. Peinture à l’huile sur toile, $0,92 \times 0,65$ . Collection Paul Rosenberg. Fond orange, feuille verte. Fig. 2. — Contrastes d’objets dans l’espace. 1930. Peinture à l’huile sur toile, $0,97 \times 1,30$ . Collection Paul Rosenberg. Colorations locales, orange et bleu ; fonds liés en jaune et gris. Fig. 3. — Composition aux deux danseuses. 1929. Peinture à l’huile sur toile, $0,73 \times 0,92$ . Collection Paul Rosenberg. Vase bleu, forme marron et danseuses grises sur fond jaune. Fig. 4. — Etude d’objets. Feuille de papier froissée. 1929. Dessin mine de plomb. Fig. 5. — Etude d’objets. Chiffon de flanelle. 1929. Dessin mine de plomb. Collection Paul Rosenberg. Fig. 6. — Le Coquillage. 1929. Peinture à l’huile sur toile. Harmonie en vert jaune et noir. --- COMPOSITION DE LA PALETTE Outremer foncé. Garance. Vert Veronèse. Vert émeraude. Cadmium citron. Cadmium orange. Terre de Sienne brûlée. Noir d’ivoire. Blanc d’argent. --- NOTICE BIOGRAPHIQUE Fils d’un éleveur, Léger est né à Argentan dans l’Orne, en 1881. Il a passé trois ans comme élève libre à l’École des Beaux-Arts. Jamais il n’a été reçu au concours d’admission. Il a travaillé comme dessinateur et architecte industriel. Il a commencé à peindre à 23 ans, après son retour du régiment. Il a créé un film : Le Ballet mécanique, exécuté des décors de théâtre et illustré un certain nombre de livres. Des expositions d’ensemble d’œuvres de Fernand Léger ont eu lieu en 1928 à la Galerie de l’Effort Moderne à Paris, et à la Galerie Flechtheim à Berlin en 1929. Les tableaux de Léger figurent dans les collections privées Alphonse Kann, Dutilleul, Rolf de Maré, Kelekian, Laroche, etc., ainsi que dans les Galeries Paul Rosenberg, Simon, Percier, « L’Effort Moderne ». --- FAUTRIER TABLE DES ILLUSTRATIONS Fig. 1. — Nu. 1928. Peinture à l’huile sur toile ( $1 \text{ m.} \times 0,65$ ). Collection Jeanne Castel. Harmonie de bleu, ocre, jaune, gris. Fig. 2. — Peaux de lapins. 1927. Peinture à l’huile sur toile ( $1,45 \times 1,14$ ). Collection particulière. Fond noir. Peaux : gris, ocre et terre. Fig. 3. — Personnages. 1930. Peinture à l’huile sur toile ( $1,16 \times 0,73$ ). Collection particulière. Fond gris et ocre avec lueurs vertes. Fig. 4. — Nature morte. 1929. Peinture à l’huile sur toile ( $1,16 \times 0,89$ ). Collection Paul Guillaume. Fond blanc, feuillage vert, quelques fruits jaunes, raisins noirs. --- NOTICE BIOGRAPHIQUE Fautrier est né en 1897 dans les Basses-Pyrénées. Après avoir accompli ses études en Angleterre, il se fixa à Paris et s’adonna à la peinture. Les tableaux de Fautrier figurent dans les collections de MM. Charles Pacquement, Jean-Arthur Fontaine, La Roche, Albert Sarraut, Goodyear, le comte Duranti, et dans les Galeries Jeanne Castel, Paul Guillaume, Georges Bernheim, La Renaissance, Zborowski, Fabre. Photos : Giraudon, Allié, etc. $\mathcal{R} \text{aut}^{\circ} \text{ries}$

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Les deux amies. PASCIN (Coll. Bernheim Jeune). The two friends. Paskin

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Aquarelle. PASCIN (Coll Pierre) Watercolour.

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IN MEMORIAM PASCIN DERRIÈRE UN CHAR par FLORENT FELS Les fleurs de la saison étaient encore aux couleurs du printemps. Laques des pois de senteur, bleus tendres des azalées, jaunes des roses rares, tombaient en pluie du char que nous suivions. Par ces boulevards de Montmartre où tant de nous avions attendu Pascin au Rendez-vous des Omnibus ou aux Pierrots, nous refaisions le chemin derrière le char qui portait les nuances mêmes de ses tableaux. Pascin s'entourait de trop de symboles pour prendre part à la vie. Il croyait en l'amitié, et doutait de ses amis. Il était devenu un prodigieux peintre, et ne croyait pas à la peinture. Il ne croyait plus à la vie depuis longtemps et nous ne croyions à sa réalité que par l'animation et la bonté qu'il semblait susciter par sa présence. Il animait les soirées du jeu de ses modèles préférés et n'y éprouvait que peu de joie. Il était comme ces arcs-en-ciel dont on aperçoit les écharpes tendres et dont les lumières nées des éléments des larmes et du soleil, ne sont que reflets. Je connais peu de mots de peintres plus émouvants que certains que je rapportai dans mes Propos d'artistes : > « Le tempérament d'un homme compte plus que son œuvre. Je ne serais pas désagréablement surpris de voir les œuvres traitées en matières périssables et disparaître à la mort de l'artiste. » Un tel dédain d'une entreprise aussi considérable que représentent seuls, entre autres, les dessins de Pascin, ne va pas sans une connaissance infinie des thèmes exploités et ce qu'ils représentent d'éléments capturés à la vie. Pascin n'aimait pas Charlot. Il en possédait cependant le sourire désabusé et maints autres tics que je ne signalerai pas, puisque certaines gens considèrent le plus grand acteur du cinéma comme un personnage bouffon. Comme Charlot, il avait un peu essayé de tout. Pascin noctambule, Pascin homme du monde, Pascin forçat de la vie, Pascin s'évade, Pascin et mille journées de plaisir qui finissent en débâcle, Pascin en proie aux Américains qui l'assimilent et le réprouvent, Pascin passant à travers le cerceau lunaire coiffé du petit chapeau légendaire qui fut d'or un soir de Montparnasse, ne trouva son plaisir momentané que dans la peinture. Il était né le 31 mars 1885 à Widdin (Bulgarie), d'un père juif espagnol et d'une mère d'origine italienne, née en Serbie. Comme l'a crié Salmon en un ultime salut, Pascin était un homme libre. Pour des raison fort compréhensibles de quiétude physique et morale, il se fit naturaliser américain. Il avait mieux à faire que de servir pour ou contre la France, puisque servir c'était pour lui dessiner interminablement. Une de ses plus éblouissantes périodes s'accomplit pendant la guerre et pendant un séjour à La Havane. Les aquarelles de cette époque forment un carrefour entre l'habile dessinateur du Simplicissimus (lequel était déjà un grand artiste, comme en témoignent les illustrations de Monsieur Schnabelwobski, de Henri Heine) et le peintre éperdu de nuances qu'il devait devenir aux environs de 1923. Si quelqu'un se montra totalement indifférent à l'esthétique et aux boniments psycho-artistiques de notre époque, c'est bien Pascin, pour lequel la peinture n'était pas une fin en soi, mais un moyen satisfaisant pour exprimer la sensation amusée ou satisfaite qu'il avait éprouvée devant Mac Orlan jouant de l'accordéon, devant une fée nègre béate et tendre, ou en considérant les jeux de petites femelles roulant comme des chat-tonnes sur les tapis et les divans. On a beaucoup parlé des soirées fameuses que Pascin suscitait comme un enchanteur oriental. Il n'y prenait guère part autrement que pour convier à boire ses amis et encourager à la joie les néophytes. Lorsque le plaisir faisait tourner l'atelier ou le bar en boutiques fantasques, il captait quelques copains à l'écart et c'est alors le seul moment où il parlât peinture, ses admirations rares et son mépris étant exprimés sans considération de personnes, ni ménagements. Et ses jugements étaient inspirés par un suprême goût pour la qualité. On écrit que l'érotisme animait presque toute l'œuvre de Pascin. C'est bien plus toute féminité qui l'émouvait. Il était respectueux de ceux qu'il aimait et n'avilissait jamais celles qui donnèrent une valeur sentimentale à sa vie jusqu'à les représenter moins que décentes. S'il lui arriva de montrer des individus, hommes et filles, un peu

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plus que nus, c'est avec cet abandon des plages et des nuits qui peuvent être tropicales jusqu'en un studio de Montmartre. D'ailleurs moins d'érotisme que de voluptueux chez ce félin, qui aux derniers temps de sa vie semblait paraphraser Wilde « Every man kills the thing he loves » et se faire tendre aux seuls étrangers, en faire même ses confidentes, et réserver ses traits pour ceux que son cœur aimait tant... et pour lui-même. On prétendra nous présenter un Pascin dont le seul génie soit en la beauté de ses dessins. Ses amis doivent veiller à ce qu'il soit admis parmi les peintres authentiques de notre temps. Certes il n'a jamais sacrifié au goût de la couleur en pâte : ce que certains prennent pour du beau métier. Il avait su capter les tons nacrés de la mer. Aventurier de la poésie, avide de paroxysme, et sans cesse en exode, Pascin était un grand international, connaissant l'absolu succès de son vivant. Si elle laisse à ses amis, à ses admirateurs, la sensation de l'immense perte que vient de faire l'art d'aujourd'hui, sa disparition n'ajoutera rien à sa légende ni à sa gloire. GRANDEURS ET MISÈRES D'UNE VICTOIRE FERNAND LÉGER par WALDEMAR GEORGE L'art de Fernand Léger représente la conscience, l'image fidèle du siècle. Cet art n'est pas une découverte gratuite, un vain jeu de l'esprit ou une spéculation. C'est un symptôme, une expression directe d'un état de culture et d'une mentalité. Sans doute Fernand Léger transgresse-t-il les limites du style qui triomphait au temps de sa jeunesse. Sans doute passe-t-il pour un théoricien, quand il réagit, cinq ans avant la guerre, contre une vision subjective, relative. Par son adhésion aux dominantes de l'époque (à ces dominantes qui passent inaperçues), par son intelligence des lois économiques qui régissent l'être humain, qui impriment une cadence définie aux mouvements de son âme, qui modèlent son cerveau, Léger s'affirme comme un initiateur et comme un précurseur. L'œuvre brutale, agressive de ce peintre qui joue le rôle d'un rouleau compresseur a été une anticipation. Son apport ? Un métier qui procède de la technologie, qui exclut les approximations, qui permet à l'artiste de traduire sa pensée, de l'extérioriser, de la rendre perceptible. Un dessin qui frappe l'œil, la mémoire visuelle, qui s'impose au spectateur-médium, qui l'hypnotise, qui fixe son attention. Des phrases d'acier, des formes élémentaires qu'animent des couleurs crues. A travers ses manières successives, Léger a eu la force et la constance de rester dans son plan, de ne jamais dévier, de ne pas perdre de vue son but, son idéal. Ce révolutionnaire épris de l'archétype, du canon, de la norme, ce peintre anti-baroque et anti-romantique, reprend à sa base le problème de la peinture. C'est un primitif qui consciemment repousse l'héritage du passé. Qu'il nie l'objet, qu'il attaque le volume ou qu'il le recompose, qu'il bâtisse ses tableaux comme des architectures ou qu'il distribue librement ses motifs, sans souci apparent de rythme, de symétrie, de cohésion logique entre les parties composantes de la toile, il tend vers la clarté. L'esprit géométrique a le pas dans son œuvre sur l'esprit de finesse. Si les toiles de Léger étaient des confessions, je dirais qu'il met son cœur à nu. Comme elles restent étrangères à la vie affective, je me bornerai à dire qu'elles illustrent des problèmes constructifs posés et résolus. L'œuvre d'art, telle que la conçoivent la plupart des peintres contemporains, est une « compensation ». L'artiste réalise ses désirs refoulés. Fernand Léger ignore le sentiment obscur de révolte contre l'ordre établi. Non seulement il adopte les données d'une civilisation vouée au matérialisme, d'une civilisation dont le seul commandement est la loi de Taylor, mais il les magnifie. Le principe de sa force et de son optimisme réside dans l'agrément qu'il donne à l'esprit de l'époque, dont son œuvre est le symbole vivant. Léger accepte la mort de l'individu qui agit et qui pense en marge de la ligne générale. Voit-il clair ? Il ne cherche ni refuge, ni retraite. Il tire ses conséquences fatales de la « matière première » que lui livre son ambiance. Après avoir été le premier peintre vivant qui eut la prescience du « style de notre temps », ce style standardisé et rationalisé, dont le public niait la raison d'être et l'actualité, Léger vit son rêve prendre corps. Le tableau plus concret que l'objet, le tableau, organisme autonome qui absorbe les motifs et qui les restitue dotés d'une vie nouvelle, d'une vie irréaliste, le tableau où s'accordent les thèmes figuratifs soulignés, amplifiés, projetés en gros plan et les fonds abstraits, géométriques, correspond désormais à une nécessité. Ce tableau fait tache d'huile.

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