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FORMES ÉDITION FRANÇAISE IV AVRIL MCMXXX --- PARIS ÉDITIONS DES QUATRE CHEMINS

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ÉDITIONS DES QUATRE CHEMINS 18, RUE GODOT-DE-MAUROY — PARIS (IXe) TÉLÉPHONE : RICHELIEU 99-50 --- COLLECTION DE L'ART CONTEMPORAIN PICASSO SOIXANTE QUATRE DESSINS INÉDITS REPRODUITS EN FAC-SIMILE UN BEAU VOLUME IN 4° CARRÉ TEXTE DE WALDEMAR GEORGE 100 EXEMPLAIRES AVEC UNE LITHOGRAPHIE ORIGINALE . . . . . . ÉPUISÉ 1000 EXEMPLAIRES SUR VELIN ...

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GALERIE DE FRANCE 2 bis, rue de l'Abbaye - Paris Tél.: Danton 72-24 Métro: St-Germain-des-Prés --- TABLEAUX DE MAITRES MODERNES EXPOSITION JEAN CROTTI DU 5 AU 18 AVRIL VERNISSAGE LE 2 AVRIL A 21 HEURES

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PICASSO TABLE DES ILLUSTRATIONS 1. Les adolescents, 1905. Peinture à l'huile sur toile, $1,57 \times 1,20$ . Collection Paul Guillaume. Harmonie d'ocres roses. 2. Nu à la draperie, cerca 1920. Peinture à l'huile sur toile, $1,54 \times 0,95$ . Collection Paul Guillaume. Harmonie de roses et de blanc. 3. Figure, 1923. Peinture à l'huile sur toile. Atelier de l'artiste. 4. Maternité, 1922. Peinture à l'huile sur toile, $0,65 \times 0,45$ . Collection particulière, à Paris. Harmonie de gris, roses, blanc. 5. Maternité, 1922. Peinture à l'huile sur toile, $1 \times 0,80$ . Collection particulière, Paris. Mer outre-mer foncé, ciel outre-mer clair. Harmonie de blanc, chair rosé et terre de sienne. 6. Buste de femme, 1922. Peinture à l'huile sur toile, $0,60 \times 0,50$ . Collection Galerie de France. Fond : gamme de gris. Buste : gamme de bruns. 7. Le chapeau rouge, circa 1920. Pastel, $0,64 \times 0,50$ . Collection particulière, Paris. Chapeau rouge, ruban gris et noir. Cheveux bruns. Robe gris clair. Fond outre-mer clair. 8. Baigneurs, 1921. Peinture à l'huile sur toile, $0,38 \times 0,46$ . Collection particulière, San Francisco. 9. Composition, 1929. Peinture à l'huile sur toile, $0,33 \times 0,41$ . Collection Paul Rosenberg. Harmonie de roses, rouges et noirs. 10. Composition, 1929. Peinture à l'huile sur toile, $0,95 \times 0,73$ . Collection Paul Rosenberg. Motif aux surfaces blanches et vertes s'enlevant sur dossier traversé de bandes alternées rouges et grises. 11. Composition, 1919. Peinture à l'huile sur toile, $0,73 \times 0,60$ . Collection Paul Rosenberg. Motif blanc à reflets roses s'enlevant sur ciel bleu clair. 12. Figure, 1929. Peinture à l'huile sur toile, $0,73 \times 0,50$ . Collection Paul Rosenberg. Fond brun rouge d'un côté, blanc de l'autre. Cadre jaune. Deux bandes vert pâle. BIBLIOGRAPHIE Livres de : Raynal (Ed. Pipper, Crès) ; Cocteau (Stock); Level (Crès); Uhde (Quatre-Chemins) ; Waldemar George (Quatre-Chemins ; Valori Plastici) ; Zervos (Cahiers d’Art), etc. NOTICE BIOGRAPHIQUE Picasso est né en 1881, à Malaga. Son père, Ruiz Blasco, était professeur de dessin. Picasso est le nom de sa mère. A 14 ans, il arrive à Barcelone, où il achève ses études classiques commencées à Malaga et passe son baccalauréat. Il se consacre ensuite entièrement à la peinture et, à l’âge de 16 ans, entre à l’Ecole des beaux -arts à Madrid. Il arrive à Paris en 1900 et vend à Mlle Weil le premier tableau qui lui est acheté en France. La première exposition de ses œuvres a lieu à la Galerie Vollard en 1901. Parmi ses marchands du début, il faut citer Sagot et surtout Henri Kahnweiler (d’après Picasso, par Level). Les œuvres de Picasso figurent à la Galerie Paul Rosenberg, dans la plupart des Musées d’Art Moderne et des grandes collections privées d’Europe et des Etats-Unis (Gertrude Stein, Gourgaud, Fukushima à Paris ; Rehber, à Lausanne ; Horther, Barnes, Lewison aux Etats-Unis, etc.). $\text{P}^{\prime}\text{c} \rightarrow 10$ --- MAILLOL TABLE DES ILLUSTRATIONS 1. L’Ile de France. Plâtre original. 2. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 3. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 4. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 5. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 6. Buste (atelier de l’artiste). 7. Torse. (atelier de l’artiste). 8. Monument Debussy (en cours d’exécution). 9. Monument Debussy (en cours d’exécution). Détail. 10. Motif pour pendule. Détail. Plâtre original. Atelier de l’artiste. 11. Monument Cézanne (Pierre de Lorraine). Jardin des Tuileries. NOTICE BIOGRAPHIQUE Aristide Maillol est né en 1861, à Banyuls-sur-Mer, en Roussillon. Après avoir achevé ses études classiques à Perpignan, il vient à Paris et entre à l’atelier Cabanel. Il compose quelques cartons de tapisserie remarquables, puis s’adonne à la sculpture où il atteint immédiatement la maîtrise. Le comte Kessler encourage ses essais et lui confie d’importants travaux. Après la guerre, trois communes de sa province d’origine, Elne, Cérét, Port-Vendres, lui commandent l’exécution d’un monument aux morts. Les monuments de Maillol peuvent être admirés, d’autre part, au Jardin des Tuileries (Monument Cézanne), à Darmstadt ; à Vienne, etc. Photographies : Illustrations, Paul Guillaume, Paul Rosenberg, etc.

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G. SPURAT, 1882-1883 (COLL. METTLER)

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PICASSO TABLE DES ILLUSTRATIONS 1. Les adolescents, 1905. Peinture à l’huile sur toile, $1,57 \times 1,20$ . Collection Paul Guillaume. Harmonie d’ocres roses. 2. Nu à la draperie, cerca 1920. Peinture à l’huile sur toile, $1,54 \times 0,95$ . Collection Paul Guillaume. Harmonie de roses et de blanc. 3. Figure, 1923. Peinture à l’huile sur toile. Atelier de l’artiste. 4. Maternité, 1922. Peinture à l’huile sur toile, $0,65 \times 0,45$ . Collection particulière, à Paris. Harmonie de gris, roses, blanc. 5. Maternité, 1922. Peinture à l’huile sur toile, $1 \times 0,80$ . Collection particulière, Paris. Mer outre-mer foncé, ciel outre-mer clair. Harmonie de blanc, chair rosé et terre de sienne. 6. Buste de femme, 1922. Peinture à l’huile sur toile, $0,60 \times 0,50$ . Collection Galerie de France. Fond : gamme de gris. Buste : gamme de bruns. 7. Le chapeau rouge, circa 1920. Pastel, $0,64 \times 0,50$ . Collection particulière, Paris. Chapeau rouge, ruban gris et noir. Cheveux bruns. Robe gris clair. Fond outre-mer clair. 8. Baigneurs, 1921. Peinture à l’huile sur toile, $0,38 \times 0,46$ . Collection particulière, San Francisco. 9. Composition, 1929. Peinture à l’huile sur toile, $0,33 \times 0,41$ . Collection Paul Rosenberg. Harmonie de roses, rouges et noirs. 10. Composition, 1929. Peinture à l’huile sur toile, $0,95 \times 0,73$ . Collection Paul Rosenberg. Motif aux surfaces blanches et vertes s’enlevant sur dossier traversé de bandes alternées rouges et grises. 11. Composition, 1919. Peinture à l’huile sur toile, $0,73 \times 0,60$ . Collection Paul Rosenberg. Motif blanc à reflets roses s’enlevant sur ciel bleu clair. 12. Figure, 1929. Peinture à l’huile sur toile, $0,73 \times 0,50$ . Collection Paul Rosenberg. Fond brun rouge d’un côté, blanc de l’autre. Cadre jaune. Deux bandes vert pâle. BIBLIOGRAPHIE Livres de : Raynal (Ed. Pipper, Crès) ; Cocteau (Stock); Level (Crès); Uhde (Quatre-Chemins) ; Waldemar George (Quatre-Chemins ; Valori Plastici) ; Zervos (Cahiers d’Art), etc. NOTICE BIOGRAPHIQUE Picasso est né en 1881, à Malaga. Son père, Ruiz Blasco, était professeur de dessin. Picasso est le nom de sa mère. A 14 ans, il arrive à Barcelone, où il achève ses études classiques commencées à Malaga et passe son baccalauréat. Il se consacre ensuite entièrement à la peinture et, à l’âge de 16 ans, entre à l’Ecole des beaux -arts à Madrid. Il arrive à Paris en 1900 et vend à Mlle Weil le premier tableau qui lui est acheté en France. La première exposition de ses œuvres a lieu à la Galerie Vollard en 1901. Parmi ses marchands du début, il faut citer Sagot et surtout Henri Kahnweiler (d’après Picasso, par Level). Les œuvres de Picasso figurent à la Galerie Paul Rosenberg, dans la plupart des Musées d’Art Moderne et des grandes collections privées d’Europe et des Etats-Unis (Gertrude Stein, Gourgaud, Fukushima à Paris ; Rehber, à Lausanne ; Horther, Barnes, Lewison aux Etats-Unis, etc.). --- MAILLOL TABLE DES ILLUSTRATIONS 1. L’Ile de France. Plâtre original. 2. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 3. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 4. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 5. L’Ile de France. Plâtre original. Détail. 6. Buste (atelier de l’artiste). 7. Torse. (atelier de l’artiste). 8. Monument Debussy (en cours d’exécution). 9. Monument Debussy (en cours d’exécution). Détail. 10. Motif pour pendule. Détail. Plâtre original. Atelier de l’artiste. 11. Monument Cézanne (Pierre de Lorraine). Jardin des Tuileries. NOTICE BIOGRAPHIQUE Aristide Maillol est né en 1861, à Banyuls-sur-Mer, en Roussillon. Après avoir achevé ses études classiques à Perpignan, il vient à Paris et entre à l’atelier Cabanel. Il compose quelques cartons de tapisserie remarquables, puis s’adonne à la sculpture où il atteint immédiatement la maîtrise. Le comte Kessler encourage ses essais et lui confie d’importants travaux. Après la guerre, trois communes de sa province d’origine, Elne, Céret, Port-Vendres, lui commandent l’exécution d’un monument aux morts. Les monuments de Maillol peuvent être admirés, d’autre part, au Jardin des Tuileries (Monument Cézanne), à Darmstadt ; à Vienne, etc. Photographies : Illustrations, Paul Guillaume, Paul Rosenberg, etc.

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G. SEURAT, 1882-1883 (COLL. METTLER)

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FORMES RÉDACTION 42, RUE PASQUIER, PARIS VIIIᵉ TÉL. EUROPE 37-70 ET LA SUITE ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE FORMES ROMAUSDING PARIS ADMINISTRATION 18, RUE GODOT-DE-MAUROY PARIS IXᵉ TÉL. RICHELIEU 99-50 CHÈQUE POSTAL 713-07 REVUE INTERNATIONALE DES ARTS PLASTIQUES PARAISSANT DIX FOIS PAR AN EN DEUX ÉDITIONS FRANÇAISE ET ANGLAISE DIRECTEUR S. FUKUSHIMA DIRECTEUR ARTISTIQUE WALDEMAR GEORGE SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION MARCEL ZAHAR N° 4 — AVRIL 1930 Formes est une tribune où s'affrontent librement toutes les doctrines vivantes. SOMMAIRE Rudolf Grossmann. — Matisse et l'Allemagne Jules Romains. — Aristide Maillol Waldemar George. — La Passion de Picasso Jiujiro Nakaya. — L'Age de Pierre au Japon M. Anissimov. — La Peinture d'Icones en Russie Hans Tietze. — L'Exposition d'Art Flamand à Vienne Kurt Glaser. — L'Exposition Rembrandt à Berlin Rudolf Grossmann. — Liebermann comme Collectionneur Wilhelm Uhde. — Lettre ouverte Chroniques par : Germain Bazin, G. Charensol, Louis Delaporte Foundoukidis, Waldemar George, Marcel Zahar. --- ÉDITIONS DES QUATRE CHEMINS FRANCE Prix du numéro : 20 frs Abonnement pour 10 numéros : 175 frs ÉTRANGER Prix du numéro : 25 frs Abonnement pour 10 numéros : 220 frs

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MATISSE ET L'ALLEMAGNE PAR R. GROSSMANN Henri-Matisse a fêté récemment son soixantième anniversaire. A cette occasion, la galerie Tannhauser présente une grande exposition de 265 tableaux, dessins et sculptures d'époques différentes. Une place spéciale est faite à la production des dernières années. Grâce à l'initiative de la galerieTannhauser, nous assistons à la première exposition d'ensemble des œuvres de Matisse en Allemagne. Car l'exposition qui avait eu lieu, il y a vingt ans, par les soins du peintre Purrmann n'avait eu aucun succès. Le peintre Purrmann, originaire du Palatinat, avait des affinités avec la culture française. Il comprit Matisse de bonne heure, et, dès le début de sa carrière, Matisse trouva en cet artiste délicat, un ami et un défenseur décidé. Malheureusement, une partie seulement des œuvres qui avaient été expédiées en Allemagne figurèrent à l'exposition. L'on croyait, comme le raconte Purrmann, à un véritable danger pour l'avenir de l'art allemand. A cette même époque, Purrmann fit un voyage à Berlin avec Matisse. L'accueil fut froid. Matisse ne se sentait pas à l'aise. Le séjour des deux amis à Berlin inspira à Matisse un certain nombre de réflexions. Il est curieux de constater l'influence qu'a exercée sur ce Latin une ville aussi austère et renfermée. Dans les quartiers de l'ouest, Matisse demeure un jour interdit devant une boucherie : l'on était en train de charger des quartiers de porc sur une voiture rayée de noir. A quelques pas de là, il vit un établissement de pompes funèbres, comme il y en a tant dans notre ville, avec des cercueils en réclame et cette inscription en toutes lettres : Réductions pour les officiers et les fonctionnaires. Au four crématoire, Matisse assiste pour un mark à la crémation d'un cercueil, au milieu des fleurs et au son de la musique. On faisait de la publicité pour l'incinération. On n'avait jamais rien vu de tel dans un pays catholique. Matisse reconnut là un mode de funérailles véritablement barbare et il s'enfuit avec horreur. Le style Guillaume II des rues de la ville l'étouffait, et dans les cabinets d'aisance, il constatait une profusion de marbre qu'il jugeait superflue. Dès le départ des deux amis pour Paris, on décrocha les tableaux. Depuis ce temps-là, nous avons appris à connaître et à aimer Matisse. Les peintres allemands seront les premiers à en bénéficier. La gloire de Matisse est facile à expliquer. Notre mentalité s'est transformée au point que nous avons grand'peine aujourd'hui à nous expliquer la révolte et le parti pris qui ont accueilli en Allemagne les premières productions de Matisse. Au contraire, ces œuvres se détachent maintenant du chaos et de la confusion où se débat l'art contemporain et elles apparaissent à nos yeux comme des modèles d'ordre et d'harmonie. Les jeunes peintres allemands qui vivaient à Paris il y a une vingtaine d'années et qui fréquentaient le Café du Dôme, désormais historique, ont assisté aux débuts de Matisse; ils ont vu grandir l'influence de ce peintre parisien, qui est maintenant hors de pair. Son enseignement connaissait alors un grand succès. Lui à Montparnasse, Picasso à Montmartre, tenaient en haleine tout le Paris artistique. Matisse logeait dans une maison du quai Saint-Michel. Chaque semaine, trépidant et fébrile, il exposait ses œuvres pour un petit cercle d'amis. A ce cercle appartenait un Américain, M. Leo Stein, qui commençait à collectionner ses œuvres et celles de Picasso. C'étaient presque toujours des tableaux achevés ; pourtant il montrait de temps en temps des schémas, des «formules», pour reprendre sa propre expression. Il y a quelque temps, j'ai rendu visite à Henri Matisse. «L'art d'aujourd'hui, dit le peintre, est bien différent de l'art d'hier. On ne saurait s'arrêter au stade révolutionnaire et négatif. Une révolution ne peut durer. Elle aboutit nécessairement à un nouveau classicisme ». Matisse ne peut arriver à comprendre pourquoi, parmi les peintres français, l'un tombe dans l'oubli, tandis que l'autre est soudain porté aux nues. «Les jeunes, dit-il, ont abandonné Cézanne et Renoir est leur dieu. Et Bonnard renaît de ses cendres». (Traduit de l'allemand.)

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MAILLOL PAR JULES ROMAINS Si l'on s'en tient aux dates de naissance, Maillol n'est séparé de Rodin que par l'intervalle d'une génération à peine. Mais leur intervalle historique est beaucoup plus grand. Jusqu'à quarante ans, Maillol s'est cru peintre ou décorateur. Il a cherché sa voie un peu au hasard. Élève de Cabanel, admirateur de Puvis, mal encouragé, il abandonne la peinture pour des essais de tapisserie, et c'est à quarante ans seulement qu'il est sûr de sa vocation de sculpteur. Cette particularité explique bien des choses. S'il eût débuté à l'âge ordinaire, c'est-à-dire vers 1880 ou 1885, ce n'est certes pas contre Rodin, contesté, à demi obscur, qu'il eût songé à réagir. Et même si, par la suite, il eût été amené à combattre, ou à vouloir corriger l'influence de Rodin devenu glorieux, sa réaction n'eût pas été aussi franche et n'eût pas fourni à l'histoire de l'art un exemple d'opposition qu'il est rare de rencontrer à ce degré de précision et de plénitude. Mais un sculpteur débutant en 1900, trouvait aussitôt devant lui le problème Rodin, ou pour mieux dire tous les problèmes attachés au nom de Rodin et que son œuvre avait posés et résolus d'une certaine façon. Il éprouvait l'oppression énorme et exclusive du génie de Rodin sur un art entier. S'il avait personnellement des dons et de la force, il était contraint de penser : « On ne peut même pas composer avec son influence, en prendre et en laisser. Il faut ou se taire ou contredire (pas dans le sens mesquin du mot, bien entendu). » Telle avait été, à peu près, à l'égard de Wagner, la position de Debussy débutant. Telle est peut-être, à l'égard de Cézanne, la position d'un peintre de génie, né vers 1890 ou 1900, qui ne s'est pas révélé encore ou que la sottise de notre temps — chaque temps a la sienne — nous empêche d'apercevoir et de saluer. Je n'ai pas de goût pour les parallèles ni pour les antithèses. Certains excès de symétrie ne sont qu'un moyen de rhétorique. Quand il s'agissait de découvrir Maillol, ou plus tard de le suivre à chaque moment de son effort, il était sage de considérer surtout l'art de Maillol en lui-même, d'expliquer Maillol par Maillol, et de laisser de côté les rapprochements. Aujourd'hui je n'ai pas l'intention d'expliquer Maillol par Rodin. Mais quelle que soit la verdeur de l'homme, et la durée à venir de sa production, Maillol, sculpteur, commence à entrer dans l'histoire. Nous le disons comme un hommage. Nous avons donc le droit d'essayer ce que l'histoire ne manquera pas de faire : définir la position respective de ces deux grands sculpteurs français et sans amoindrir en rien l'originalité du plus jeune, montrer qu'elle a trouvé en quelque sorte son excitant dans la nécessité historique de répondre à Rodin. Les reproductions qui accompagnent cet article se rapportent pour la plupart aux années récentes. Certaines concernent même des œuvres inachevées (comme le Monument à Debussy). Mais Maillol a peu varié dans son développement. Ce que nous dirons de lui, en pensant à la totalité de son œuvre, n'est pas démenti par sa production actuelle. Ni davantage, je tiens à le souligner, par la conscience que l'artiste a prise de son effort, par ce qu'il y a mis de volonté réfléchie et de délibération. L'antithèse Maillol-Rodin n'est pas un artifice de notre part. Elle n'a cessé de hanter Maillol lui-même (1). Et si, dans l'histoire de la sculpture, Maillol est appelé à représenter l'anti-Rodin, bien plus que Bourdelle ou que Despiau, il le doit, certes, au fait de n'avoir pas été comme eux le collaborateur et l'ami du maître, mais plus encore au ferme dessein qu'il forma d'abord de s'opposer à lui. Par quels traits se marque cette opposition? Il nous suffira de les relever sommairement. Nous (1) Comme on peut s'en convaincre en lisant, par exemple, les propos que rapporte Alfred Kuhn dans son excellent ouvrage. Aristide Maillol, Landschaft, Werke, Gespräche, Leipzig, 1925.