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CIMAISE ISSN 0009-6830 art et architecture actuels 31e année  N° 168 janv.-fév. 1984  present day art and architecture 50 F. 1983 Lygno II

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STOCKHOLM ART FAIR 4-9 AVRIL 1984 Organisation – Siège Social : Leif Ståhle MÄSSBOLAGEN AB Box 174 S-191 23 Sollentuna Suède Tél. 08/96 00 60 Voyages spéciaux organisés pour la visite de l'exposition : TRANSGLOBE 57, rue du Fg Montmartre 75009 Paris - France Tél. (1) 281 31 13 Lic. 356 --- galeries d’art international paris – chicago 12 rue jean ferrandi – 75006 paris téléphone 548-84-28 mémorable septembre I - 1983 - 70 x 50 cm - acrylique sur papier photo studio littré. --- koji furudoï œuvres récentes 22 février – 25 mars 1984

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GALERIA PUNTO Baron de Carcer 37 - Valencia - España --- DALI gouaches - dibujos - tapices esculturas - cerámicas joyas y grabados --- CIMAISE 8, rue Récamier 75007 Paris Tél. 544.04.82 --- BULLETIN D'ABONNEMENT --- Spécimen sur demande Souscrit un abonnement pour 6 numéros (1 an) à partir du n°........... et verse la somme de 240 F. (France), 320 F. (étranger), par chèque ci-joint, mandat ou virement au c.c.p. Paris 55 42 39. Nom : Adresse :

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paris art center 36 rue falguière - tél. 322.39.47 perilli : je suis pittura - 1976 - 130 x 162 cm. perilli 6 mars – 5 mai tous les jours de 13 h à 19 h sauf dimanche et lundi --- NANE STERN 25, avenue de Tourville - 75007 Paris Tél. 705 08 46 Renata Boero : couleurs végétales sur toile - 1983 - 90 x 90 cm. Nane Stern est heureuse de présenter les plus récentes peintures de RENATO BOERO du 7 février au 10 mars prochaine exposition BJARNE RÖTTERUD 13 mars - 14 avril du mardi au vendredi 15 h - 20 h 30 le samedi 10 h - 12 h et 15 h - 20 h 30

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CIMAISE ART ET ARCHITECTURE ACTUELS PRESENT DAY ART AND ARCHITECTURE 31e année N° 168 Janvier-Février 1984 --- Directeur-Rédacteur en Chef: Jean-Robert Arnaud Conseillers: John Franklin Koenig, Ante Glibota Secrétaire général: René Barzilay Secrétaire de rédaction: Luis Lemos Adjoint à la rédaction pour le CANADA: Henri Barras Distributeur pour le Canada: Leo Bonneville “Séquences” 4005 rue de Bellechasse - Montreal H1X 1J6 Téléphone: (514) 288-3764 Administration-Rédaction: 8, rue Récamier, Paris 7e. Tél. 544.04.82 Impression: Société Mondiale d’Impression, 3, rue Maurice Loewy, Paris 14e. Tél. 327.15.40 --- Prix Le numéro: France: 50 F. Étranger: 60 F. --- Abonnement Abonnement 6 numéros: France: 240 F. Étranger: 320 F. --- Couverture Ung-No Lee --- Jean-Robert Arnaud --- Voyage en IsraëlNotes from a Voyage to Israel --- Visites d’Ateliers Gilles Plazy --- Ung-No Lee --- Gérard Xuriguéra --- Olivier Brice --- Jean-Jacques Lévêque --- Saïkali --- Gilles Plazy --- Kivijärvi --- Architecture | Michel Ragon | Le post-modernisme en questionPost Modernism in Question | 69 | --- Actualité Jean-Robert Arnaud --- Week-end en Andorra --- Claude Bouyeure --- L’actualité à Paris --- Les traductions en anglais sont de Jérôme Reese

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Mishkenot Sha'ananim NOTES D'UN VOYAGE EN ISRAEL Jean-Robert Arnaud DIMANCHE L’arrivée en cet aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, en compagnie de Luis Lemos, secrétaire de la revue, avait été un peu brutale. La nuit déjà était noire. Après une fouille minutieuse, un interrogatoire qui peut paraître tracassier, si l’on oublie le contexte, on débouche sur une place anonyme ou grouille une foule bruyante, agitée d’embrassades. Point d’accueil promis, le désarroi nous guette, trouver enfin le taxi collectif qui, après une heure d’attente, nous amène à Jerusalem, à 50 kms de là. Arrivons à Mishkenot Sha’ananim, la fameuse résidence pour hôtes étrangers, écrivains, musiciens, artistes. L’accueil est aimable, il est 23 h 45; la jeune réceptionniste nous indique, à une longueur de taxi, un restaurant ouvert la nuit, “The Pie House”, sorte de véranda vitrée, bondée de jeunes vraisemblablement écrivains ou artistes. Tout le monde parle hébreu, très souvent anglais, plus rarement français. Retour à notre résidence où notre grand appartement nous attend. LUNDI : Au réveil, le vrai dépaysement commence. Le bâtiment, magnifique architecture qu’on pourrait croire ancienne, a tout juste cent ans. Il est dû à un mécène anglais qui l’avait fait construire pour y loger des artisans. Tous en enfilage, les appartements donnent sur une terrasse couverte qui donne elle-même sur un jardin qui domine, à son tour, la vallée du Cédron où l’on voit la “tombe d’Absalon” et la “Pyramide de Zaccharie”. En face de nous, sur l’autre versant, les remparts de la vieille ville aux pierres d’un jaune paille et la tour de David sur notre gauche. Il est 8 heures du matin, le ciel est d’un bleu pâle, la lumière est plate, dans des tons pastels, il fait doux et les senteurs du romarin montent du jardin et de la vallée. Le téléphone sonne, Madame Aviva Briskman, Chargée des Questions Culturelles au Ministère des Affaires Étrangères me souhaite la bienvenue et me propose un rendez-vous matinal pour me soumettre un programme pour la semaine, ce qu’elle fait à peine arrivée. Nous voilà partis pour l’atelier du peintre Pinchas Cohen-Gan. Je ne me souviens plus s’il est grand, il est en tout cas massif. Dans l’atelier un grand désordre. Des œuvres au mur, ce sont des collages-découpages en relief, bariolés, ou se noient quelques silhouettes humaines. D’autres peintures par terre, entassées les unes sur les autres, il les fait défiler sous nos yeux à toute vitesse; au bout d’un moment, pour aller plus vite il n’en montre plus qu’une sur deux, sur trois, puis il s’arrête --- NOTES FROM A VOYAGE TO ISRAEL SUNDAY The arrival, with Luis Lemos, secretary of Cimaise, at Ben-Gourion airport near Tel-Aviv had been a little brutal. The night was already pitch-black. After having been searched at length and been submitted to a long interrogation which would have been quite aggravating if one forgot the context, we arrived at an anonymous square where a noisy crowd awaited passengers. The promised welcome party was not there, we were at a loss. We finally found the collective taxi which, after an hour’s wait, took us to Jerusalem, fifty kilometers away. Arrival at Mishkenot Sha’ananim, the famous residence for foreign guests, writers, musicians, and artists. We were warmly received, it was 11:45 p.m.; the young receptionist indicated a restaurant open all night, “The Pie House”, a cab ride away. It is a glassed-in veranda full of young people – very likely writers or artists. Everyone is speaking Hebrew, often English, rarely French. Return to the residence where a large apartment awaits us. MONDAY Upon waking the real disorientation begins. The building, a magnificent and quite ancient-looking architecture, is barely 100 years old. It is the work of an English patron who had it built to house artists. All in a row, the apartments open onto a covered terrace which itself opens onto a garden dominating the Cedron Valley where the “Absalon Tomb” and “Zaccharia’s Pyramid” are to be found. Facing us, on the other slope, are the ramparts of the old city with its yellow stones, and David’s Tower on our left. It is 8 a.m., the sky is light-blue, the light in pastel tones, the weather mild, and the scent of rosemary wafts up from the garden and from the valley. The telephone rings, Madame Aviva Briskman, in charge of Cultural Affairs at the Ministry of Foreign Affairs, welcomes me and proposes a morning rendez-vous to give me the program for the week, which she does the moment she arrives. We are on our way to the atelier of the painter Pinchas Cohen-Gan. I don’t remember if he is tall, but in any case he is massive. The atelier is in great disorder. Colorful collages in relief with human silhouettes hang from the walls. Other paintings lie piled up on the floor – he shows them to us in rapid succession; after a bit to go faster he only shows every second or third one, then stops as if there is nothing left to show us.

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...les remparts de la vieille ville...(photo L. Lemos) comme s'il n'y avait plus rien à voir. Promenade dans l'atelier... Dans un coin, des sous-verres retournés, je les feuillette, j'en sors quelques uns, les retourne, les étale. Trois aspects dans son œuvre des dernières années. Une première série sur un même thème : en évidence, souvent au centre du tableau, une petite composition abstraite, géométrique, harmonieuse et équilibrée dans ses apports de formes et de couleurs, “là tout n’est qu’ordre et beauté”, à côté, seulement juxtaposé ou happé vers cet ordre comme par un tourbillon, un homme marche, court ou se débat dans un environnement informel et coloré, le fond est neutre. Une seconde série sur de grandes feuilles de papier (150 sur 100 cm) peintes à l’acrylique. Sur la moitié de la feuille une composition abstraite, violemment expressionniste, avec parfois, sous-jacente une silhouette humaine, sur l’autre moitié, un autre silhouette d’homme déambule ou tombe. Troisième série : de grands collages (300 x 200 cm) en reliefs bariolés, aux silhouettes d’hommes intégrées dans la composition, morcelées, découpées, parfois presque méconnaissables. Ces hommes partout présents, ce ne sont pas des hommes sexe-masculin, mais des idées d’homme, des identités d’homme, l’espèce humaine dans sa fragilité, son désarroi, sa peur. Les compositions géométriques des œuvres les plus anciennes, c’est le vert paradis des amours enfantines ; les collages-reliefs c’est notre chaos présent, prison. Nous arrivons au Musée d’Israël où nous sommes reçus par Judith Spitzer, Assistante, qui nous fait visiter le musée. Musée privé, il fut fondé en 1965 et a atteint, malgré son jeune âge, une réputation internationale. Conçu à partir d’un module fixe, multipliable, par les architectes Alfred Mansfeld et Dora Gad, il est susceptible de futurs développements. Il est flanqué d’un parc de sculptures contemporaines, “The Billy Rose Sculpture Garden”, qui s’étend en terrasses semi-circulaires, en paliers, qui dominent la ville. Splendide collection qui va de Rodin, Maillol, Archipenko, Zadkine, à Marini, Arman, Caro, en passant par Lipchitz, Freundlich, Picasso, Moore ainsi que des sculpteurs israéliens tels que Tumarkin, Kadishman, Ezra Orion, Yehiel Shemi, Michael Gross. Promenade in the atelier... In a corner lie several glass mounts upside down; I look at them, take some out and spread them. Three aspects of his work in recent years. A first series on a single theme: quite evident, and often in the middle, is a little abstract composition, the relationship of forms and colors balanced and harmonious. There, “everything is order and beauty”. Next to the composition, and juxtaposed against this order like a whirlwind, a man walks, runs or fights against an informal and colored environment; the background is neutral. A second series painted with acrylic on large sheets of paper (150 cm x 100 cm). Half of the paper is a violently expressionistic abstract composition, with, sometimes subjacent, a human silhouette; on the other half another silhouette of a man wandering or falling. Third series: large colorful collages in relief (300 cm x 200 cm), with human silhouettes integrated into the composition through cut-up or in shreds, and sometimes almost unrecognizable. These men are present everywhere, they are not men of the masculine sex but ideas of men, identities of men, the human race in all its fragility, its fear. The geometric compositions of the older works is the green paradise of our childhood loves; the collages in relief is our present chaos, prison. We arrive at the Museum of Israel where we are received by Judith Spitzer, Assistant, who is our guide. A private museum, it was founded in 1965 and has attained, inspite of its young age, an international reputation. Built after a fixed and multipliable module by the architects Alfred Mansfeld and Dora Gad, it can easily be expanded upon. On one side is a contemporary sculpture garden, “The Billy Rose Sculpture Garden”, which is laid out in semi-circular layered terraces looking out over the city. A splendid collection: Rodin, Lipchitz, Freundlich, Maillol, Archipenko, Picasso, Zadkine, Marini, Arman, Caro, and Moore, as well as works by Israeli sculptors such as Tumarkin, Kadishman, Ezra Orion, Yehiel Shemi, Michael Gross.

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Dans le Pavillon Billy Rose, consacré à des expositions d’art d’avant-garde temporaires, une exposition Merz qui fut conçu sur place. Un peu plus loin le Pavillon Lipchitz. Le musée comprend une des plus importantes collections d’art juif religieux, d’ethnographie et aussi d’archéologie israélienne de la préhistoire à l’époque des Croisés ; sans oublier une prestigieuse collection d’art primitif, nègre et océanien ; enfin l’art actuel américain à partir du pop art : Jasper Johns, Jime Dine, Rauchenberg, Lichtenstein, Wahrol. Parmi les artistes israéliens je retiens surtout Michael Gross dont je devais voir encore d’autres œuvres l’après-midi dans les réserves et plus encore, quelques jours plus tard à la Dvir Gallery à Tel-Aviv, et aussi les “sculptures environnements” de Dani Karavan, ainsi : un cylindre, à côté une demi-sphère fendue en son axe, les deux éléments posés côte à côte, séparés par un interstice, sur le socle / sol, un double cercle gravé entoure la demi-sphère ; à côté encore, un arc de cercle se développe dans l’espace. La fente intervient souvent dans son œuvre, elle permet au regard une échappée dans l’espace au-delà des éléments présents. Ces compositions répondent magnifiquement aux “Structures Astronomiques” de Jaipur en Index (cf Cimaise n° 130, 1977 – Koenig : Réflexions sur l’Inde). Par ailleurs, Dany Karavan a réalisé pour Cergy-Pontoise près de Paris, un “axe central” en relation avec le grand axe “Tuileries - l’Étoile - La Défense”. Il a conçu également un “rayon vert” partant du sommet de la Tour Eiffel à Paris – dans le même In the Billy Rose Pavilion for temporary avant-garde exhibitions is a Merz exhibition prepared by the Museum. A little further is the Lipchitz Pavilion. The Museum has one of the most important collections of Jewish religious art, and of Israeli ethnology and archeology from pre-history up to the Crusades; a prestigious collection of Negro and Polynesian primitive art; contemporary American art from Pop Art on: Jasper Johns, Jim Dine, Rauschenberg, Lichtenstein, Warhol. Of the Israeli artists in the Museum I remember Michael Gross in particular; I saw other works of his in the afternoon in the Museum reserves, and more several days later in the Dvir Gallery in Tel-Aviv. I also liked Dani Karavan’s “sculpture environments”, such as a cylinder next to a half-sphere, the two elements posed on the socle with an interstice between them, a double circle carved around the half-sphere; next to that a circular arc develops in space. Fissures appear often in Karavan’s work. They allow the viewer an escape into the space beyond the presented elements. These compositions are a magnificent response to the astronomical structures in Jaipur, India (see Cimaise no. 130, 1977, Koenig: Reflections on India). Dani Karavan also designed the “central axis” in Cergy-Pontoise near Paris in reference to the grand Paris axis “Tuileries-Étoile-La Défense”. He also conceived a green ray Dani Karavan: Jerusalem, City of Peace, 1976, Collection Giuliano Gori, Prato

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esprit que le rayon laser du Belvédère de Florence en 1978 – dans le cadre de l’exposition “Electra”, en décembre 1983, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. (1) Mais n’oublions pas les peintures de Kadishman. L’oeuvre est violente dans son expression, ses rapports de couleurs outrés, puissants et sûrs. Un curieux motif obsessionnel traverse toute l’oeuvre: le mouton. Simple prétexte à des compositions quasi-abstraites, très plastiques, motif répétitif qui n’intervient que par sa silhouette; ou encore, tête de mouton antropomorphe, visages aux yeux tristes, aux oreilles tombantes, accablés des malheurs de tous les temps. Déjeuner à la cafétéria en compagnie d’Izika Gaon, “Chief Curator”, disert et plein d’entrain. Puis visite des réserves, et rencontre avec le peintre Liliane Klapisch, parisienne de naissance, israélienne de cœur. Le contact est aisé, le discours similaire. Elle nous emmène visiter la ville. Le “Mont des Oliviers”, un jardin, quelques oliviers, des tombes, une vue impressionnante sur le désert environnant, un chameau pour les touristes. (1) Il vient d’être nommé professeur à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts à Paris. beaming from the top of the Eiffel Tower, in the spirit of the Belvedere laser beam in Florence in 1978, for the December 1983 “Elektra” exhibition at the Paris Museum of Modern Art. But let us not forget Kadishman’s paintings. The work’s expression is violent, the relationship between the colors strong and sure. A curious obsessional motif is found throughout his work: sheep. Pretext for quasi-abstract and very plastic compositions, this repetitive motif is present only in silhouette; or as a sheeptropomorphous head: faces with sad eyes and droopy ears, carrying all the world’s misery on their backs. Lunch in the Museum cafeteria with Izika Gaon, Chief Curator, lively and spirited. Then we visit the reserves, and meet the painter Liliane Klapisch, Parisian by birth, Israeli in spirit. Contact is easy, the discussion also. She takes us on a visit to the city. The Mount of Olives: a garden, several olive trees, an impressive view of the surrounding desert, a camel for tourists. Pinchas Cohen-Gan, dessin, 1982, 100 x 70 cm.

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Gabi Klasmer, “TA”, 1983, 240 x 110 cm. Nous repartons pour aller voir un jeune peintre Saül Shatz. En dehors de la ville, à flan de colline, dans un coin assez désert, il a retapé une ruine qu’il agrandit peu à peu. De l’atelier, une vue sur la vallée qui s’empourpre au soleil couchant. Sur ses toiles, la même lumière, en plus dense encore, un peu surchargées, on a l’impression d’œuvres trop travaillées, trop reprises, ce qui leur donne une certaine raideur. Des dessins très beaux, des paysages, les mêmes, mais presque abstraits, plein d’aisance et sûrs d’eux-mêmes. Des estampes de la même veine. La nuit tombe, nous rentrons à Mishkenot. La directrice, Madame Frischlander, très hospitalière nous invite à un concert, ce soir au théâtre de Jérusalem : Brahms, concerto et symphonie. Un bâtiment massif construit en 1971 par les architectes Shulamit Nadler, Michael Nadler et Shmuel Bikson, de style pesant mi blokaus mi forteresse, non dépourvue d’emphase et qui se veut grandiose. Les sculptures abstraites de Yehiel Shemi qui ornent la façade et animent l’environnement, sont conçues dans le même esprit. La salle est pleine. Le public mêlé, comme à Paris, blues jeans et smokings se côtoient, robes du soir et jupes sports. Beaucoup d’hommes portent la petite calotte sur le sommet du crâne fixée par une épingle à cheveux. Au piano Zimerman, plein de fougue, de technique mais non dépourvu de tendresse ni de lyrisme. Au pupitre le chef d’orchestre Bertini, élégant, fougueux, racé. L’orchestre le suit. Au retour réception brillante à Mishkenot Sha’ananim. MARDI Michael Levin, Conseiller Artistique de la Municipalité, vient nous chercher le matin pour nous montrer les sculptures à travers la ville. Toujours un temps radieux pour cette promenade à travers ce qui est un véritable parc de sculptures. Une quarantaine d’œuvres, presque toutes abstraites, parsèment la ville ; tantôt intégrées dans le paysage ou l’environnement, tantôt en avance sur le site à venir, posées parfois sur un terrain vague sans que l’on sache encore ce qui poussera autour. L’œuvre d’Ezra Orion, sorte d’escalier sans fin, rappelle la colonne de Brancusi du moins dans son esprit, mais la sculpture de Brancusi était à la verticale et celle-là à l’oblique : cette marche d’escalier répétitive, monotone, toujours identique à elle-même, fascine par son côté sériel, atonal. Différente dans son concept, la sculpture de Michael Gross, sorte d’arc de cercle dressé, porté à son extrémité par une colonne, est proche de celle d’Ezra Orion par sa tension métaphysique. We leave to visit the young painter Saul Shatz. Outside the city on the side of a hill in a rather deserted area he has rebuilt a ruin which he slowly makes additions to. From the atelier a view of the valley turning purple in the sunset. There is the same light in his paintings, even more dense; a little too busy – one has the impression that he overworks, which gives the paintings a certain stiffness. Very beautiful drawings, the same landscapes but treated almost abstractly, very sure and facile. Prints in the same vein. Nightfall, we return to Mishkenot. Very hospitable, the director, Madame Frischlander, invites us to a concert at the Jerusalem Theater: Brahms, a concerto and a symphony. A massive building constructed in 1971 by the architects Shulamit Nadler, Michael Nadler, and Samuel Bikson in a heavy-handed style half-blockhouse half-fortress, bombastic and attempting to be grandiose. The abstract sculptures by Yehiel Shemi which decorate the facade and animate the environment, are in the same vein. The theater is full. The public, like in Paris, a mix of bluejeans and tuxedos, skirts and nightgowns. Many men wear the little skullcap. The pianist Zimmerman is full of energy and technique, but lacks tenderness and lyricism. Bertini, the conductor, is elegant, ardent, distinctive. The orchestra follows him. TUESDAY Michael Levin, City Advisor for the Arts, picks us up to take us on a tour of the sculptures in the city. The weather is radiant for this promenade through what is a veritable sculpture park. Forty works, almost all abstract, are scattered throughout the city; some integrated into the landscape or environment, some placed on empty lots with no indication of what will be built around them. A work by Ezra Orion, a sort of endless staircase, reminds one of Brancusi’s column in spirit, although Brancusi’s was vertical and this one is oblique; this repetitive and monotonous staircase, always identical, is fascinating for its atonal, serial aspect. Different in its concept, Michael Gross’ sculpture, a sort of circular arc supported by a column, is close to Ezra Orion’s work in its metaphysical tension.

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Le “Golem” de Niki de Saint-Phalle, qui se veut monstre gen- til, aux entrailles ouvertes par un tobogan, fait la joie des enfants sans trop, semble-t-il, consterner les adultes par son insignifiance. S’adressant aussi aux enfants, mais sans démagogie cette fois, la sculpture de Scho comporte un élément mobile monté sur rails qui, poussé à la main, se déplace lentement. Un stable de Calder, formé d’arches s’entrecoupant domine la ville du sommet d’une de ses collines. Cette promenade matinale, prend par sa profusion d’œuvres d’art, un côté irréel que Michael Levin, je crois, est le premier à ressentir, et j’en aurais bien encore continuer la visite, mais les ateliers d’artistes nous attendent et nous revenons à ce bâtiment sans grâce, anonyme, où nous étions déjà venus hier. En enfilade – nous allons les faire les uns après les autres – des ateliers d’artistes. Le mot est peut-être un peu pompeux, je vois plutôt des sorte de garages, tristement ali- gnés, sans lumière et sans joie. Mais nul n’a l’air d’en souffrir. Une fois de plus, je suis étonné de l’indifférence que la plupart des artistes manifestent envers leur environnement. Nous commençons notre visite en compagnie de Madame Briskman et Monsieur Zalmona, Conservateur au Musée d’Israël. Miriam Neiger, quand nous l’avons visitée, préparait une exposition – environnement. Sur les murs, par terre, une œuvre continue, mélange de papiers froissés, de tissus com- pressés, sorte de magma en relief, mouvementé, dense et parfois confus, agressif et très coloré. Cabi Klasmer : une terre de désolation ; de grands espaces sidéraux et désertiques aux couleurs blafardes. Espaces ani- més de lettres, des lettres qui disent des mots pour ceux qui les entendent, des lettres qui disent des formes pour ceux qui n’en voient pas le sens. C’est l’angoisse, ce vide de vie que l’on ne peut même pas peupler de ses propres fantasmes. Zvi Goldstein, c’est si l’on peut dire, l’anti-Cohen-Gan. Cohen-Gan c’est le désanchement angoissé de l’homme tombé du paradis de la géométrie pure dans le chaos en fusion et bouillonnant de notre vie terrestre. Zvi Goldstein, venu de l’art conceptuel, passe aujourd’hui de la ratio du texte à Niki de Saint-Phalle’s “Golem”, which is supposed to be a nice monster with its innards opened by a toboggan, is loved by children and doesn’t seem to bother adults with its insignificance. Scho’s sculpture is also for children, but without demagoguery; composed of a mobile element mounted on rails which, when pushed, moves slowly. A Calder stabile made up of crisscrossing arcs dominates the city from the top of one of the hills. With such a profusion of artwork this morning promenade through the city takes on a dream-like aspect which, Michael Levin, I think, is the first to notice, and I would have continued the visit, but artists’ ateliers await us, and we return to the graceless building we had visited yesterday. We visit them in order one after the others. The word atelier is a little pompous, I see garages instead, sadly lined up, without light or joy. But no one seems to suffer. Once again I am surprised at the indifference most artists show towards their environment. We begin our visit in the company of Madame Briskman and Mr. Zalmona, Curator of the Israel Museum. When we visited her, Miriam Neiger was preparing an exhibition- environment. On the walls, on the ground, a continuous and busy work in relief, dense and sometimes confusing, aggressive and very colorful. Gabi Klasmer: desolate lands; great sidereal and deserted spaces in pallid colors. Animated spaces of letters, letters which say words for those who can hear them, letters which say forms for those who don’t see the meaning. This is anguish, this empty life that one cannot even people with one’s own fantasies. Zevi Goldstein, if it may be said, is the anti-Cohen-Gan. Cohen-Gan is the anguished disenchantment of man fallen from the paradise of pure geometry into the chaos and fusion of our earthly life. Zevi Goldstein, having come from conceptual art, has gone today from the ratio of the text to the David Gerstein: peinture