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3e Année. — Numéro 7 1er Avril 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • AVANT L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS Les chantiers de l'esplanade des Invalides, du Cours la Reine et des berges de la Seine sont en pleine et grouillante activité. Déjà les visites offi- plus fort et le plus aigrement à l'heure actuelle) tous ceux que l'installation des chantiers et le bouleversement fatal des voies de communication Cl. G. L. Manuel frères BRANDT, ANDRÉ VENTRE, et FAVIER. Porte monumentale. D'après un dessin d'André Ventre. cielles des ministres intéressés, M. Raynaldy pour le Commerce et M. François Albert pour l'instruction publique et les Beaux-Arts, préludent aux inaugurations solennelles que l'on annonce pour la fin d'avril. Déjà les bouchons de champagne sautent et les discours célèbrent l'œuvre pacifique de la France et l'union féconde des artistes, des industriels et des ouvriers. Sera-t-on prêt à temps ? L'effort considérable qui s'accomplit sera-t-il couronné de succès ? Les formules nouvelles d'architecture et de décor s'imposeront-elles ? Telles sont les questions que l'on entend de toutes parts. Il est encore un peu tôt pour y répondre. En bien ou en mal, on ne se fait pas faute cependant, de ci et de là, de lancer des réponses prématurées et partiales, suivant l'humeur et les intérêts de chacun. Il y a d'abord (et ce sont eux qui parlent le parisiennes dérangent dans leurs habitudes ou leur activité quotidienne. On a pourtant réduit au minimum les fermetures des rues et des quais; mais les étranglements et les suppressions apportent une gêne indéniable dans des quartiers où la vie de Paris, sans être la plus intense, a certainement beaucoup plus d'activité qu'il y a vingt-cinq ans. Il y a les « amoureux » de Paris et de ses perspectives classiques qui supportent avec humeur l'encombrement de l'esplanade des Invalides et des quais par ces bâtisses incongrues et qui proclament qu'on déshonore le dôme de Mansart et la place de Gabriel par des voisinages compromettants, quoique transitoires. Ils s'attendront pour un peu sur la silhouette du Trocadéro et même sur celle de la Tour Eiffel, qu'ils ont — eux ou leurs pères — honnies en 1878 et 1889. Il y a les gens au jugement précipité qui

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BEAUX-ARTS jugent du style d'une construction sur ses écha- faudages et de sa couleur sur les blancheurs plâ- treuses du staff qui n'est pas encore habillé... Il est certain qu'il eût mieux valu, à bien des points de vue, que l'exposition fut un peu plus Cl. G. L. Manuel frères PLUMET. Galerie supérieure d'une des tours. éloignée du centre du Paris : circulation, juxta- positions blessantes et jugement hâtif du spec- tateur qui assiste, rideau levé, à la plantation du décor de la féerie. A Bagatelle, au Jardin d'Ac- climatation, voire sur les fortifications, on eût amené le public devant un décor neuf, mais com- plet, et il aurait gardé plus de sang-froid, plus de liberté d'esprit dans ses appréciations; surtout on aurait peut-être été moins gêné par l'étroitesse du cadre affecté au déploiement de ce décor aux éléments fatalement disparates (car, ce que l'on peut dire, d'abord et sans esprit de dénigrement, des recherches du style ou des styles d'aujour- d'hui, c'est qu'elles manquent de cohésion). Le coude à coude d'une exposition bariolée, les appels bruyants et quelque peu forains de certains dé- cors vont nuire évidemment à mainte tentative sé- rieuse ou librement fantaisiste qui, dans un cadre plus large d'air et de verdure, se fût fait accepter et même approuver sans réserve. De plus les tentatives de création d'ensembles monumentaux comme ceux qui s'offraient, pour une fois, à des architectes comme M. Plumet, par exemple, confinés jusqu'ici dans l'étude de morceaux de construc- tion domestique ou d'habitations courantes, vou- laient plus de calme et moins d'encombrement pour donner toute leur mesure. Le dernier coup de balai avant l'inauguration fera, il est vrai, tom- ber bien des palissades et des constructions ad- ventices qui nous gênent à l'heure actuelle; mais il est à craindre que les concessions de la der- nière heure ne laissent s'insinuer aussi dans les espaces libres bien des kiosques et des édicules qui nuiront au plan général. On voit dès mainte- nant les constructions se bousculer, se glisser en- tre les quinconces, s'écraser pour tenir entre deux arbres et, ailleurs, le long des galeries sobres dé- corées de marbres précieux qui ne devraient en- cadrer que pelouses et jardins, se dresser des bât- isses massives qui se seraient peut-être fait par- donner ailleurs leur solidité géométrique et qui tombent un peu là comme des pavés au milieu d'un bassin de mosaïque. Il eût été si bon aussi, ailleurs, de fuir le sou- venir de l'exposition de 1900 et de la réaction classique qui nous valut, après l'effort d'origi- nalité du Trocadéro de Daviouid et Bourdais et les architectures métalliques de 1889, les palais des Champs-Elysées et les pylônes du pont Alexandre. On ne pouvait ni supprimer, ni camoufler com- plètement ceux-ci (on y avait pensé un moment). Il eût mieux valu s'en éloigner et ne pas con- trister en même temps leurs admirateurs. Mais ne nous attardons pas en regrets superflus : nous savons quelles longues recherches et quelles difficultés ont précédé l'exposition qui va s'ouvrir; soyons bon public, admettons que le rideau est encore baissé et contentons-nous des promesses du programme; notons aussi que la féerie provi- soire, dont les préparatifs s'achèvent, aura d'au- tant plus de succès réel et matériel, une fois com- mencée... qu'elle sera plus à portée des foules, dans un cadre familier et facilement abordable, dont les habitants du VIIe arrondissement retrou- veront, quelques mois après, la libre jouissance. S'il y a un peu de compression et même de tohu- bohu, ne nous en plaignons pas trop. Il ne s'agit pas d'une manifestation académique et les entre- Cl. G. L. Manuel frères LETROSNE. Escalier intérieur du Grand Palais. prises modernes, quelles qu'elles soient, ne parti- cipent plus guère de l'eurythmie et de l'austère simplicité (qui n'existent peut-être jamais que dans nos imaginations) des temps antiques. Soyons sûrs aussi que dans le tumulte même des idées

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BEAUX-ARTS MAURICE DUFRÈNE. Décoration du Pont Alexandre. Cl. G. L. Manuel frères neuves et hardies, des réalisations intéressantes se feront jour et que les vrais artistes, se jouant de tous les impedimenta, sauront se faire apprécier. Faisons-leur crédit et regardons du moins sur leurs dessins, dont nous publions quelques-uns ici, ce qu'ils ont voulu ou rêvé, en attendant de voir ce que les moyens mis à leur disposition et qui n'ont pas toujours correspondu à leurs ambitions, leur permettront de réaliser. Telle cette porte monumentale majestueuse, avec ses pylônes échelonnés, reliés par des grilles de fer forgé conçues par Edgar Brandt, que représente le dessin puissant et évocateur d'André Ventre. Tel ce grand escalier monumental dû à l'architecte Letrosne, qui sera une des surprises de l'aménagement intérieur du Grand-Palais, ou ce curieux décor de boutiques enjambant l'arche du pont Alexandre comme un pont du Moyen-âge, mais qui ne sera complet qu'auréolé de la lumineuse parure des rampes et des projecteurs électriques, que doit régler Maurice Dufrène. Paul Vitry. NOUVELLES Nomination. M. Formery, directeur adjoint du budget et du contrôle financier au Ministère des Finances, est nommé directeur des Monnaies et Médailles, en remplacement de M. Bouvier, décédé. Concours pour l'emploi d'architecte en chef des Monuments historiques. La Direction des Beaux-Arts fait connaître qu'un concours pour l'attribution de huit places d'architecte en chef des Monuments historiques s'ouvrira au mois de juin prochain. Inauguration du Musée de la Légion d'Honneur. Le 25 mars a été inauguré, dans l'aile nouvellement édifiée du Palais de la Légion d'Honneur, un musée consacré aux œuvres d'art se rattachant à notre ordre national et aux principaux ordres étrangers. Inauguration des nouvelles salles du Musée Carnavalet. L'inauguration des nouvelles salles du musée Carnavalet, dont nous annoncions dans notre dernier numéro l'ouverture prochaine, a eu lieu le 28 mars en présence de M. le Président de la République. Fermeture temporaire du Petit-Palais. En raison des travaux causés par l'organisation de l'exposition du « Paysage français de Poussin à Corot », qui s'ouvrira en mai, le musée du Petit-Palais sera fermé à partir du 1er avril. Cette mesure ne s'applique pas à la collection Dutuit. Une exposition orientale à la Bibliothèque nationale. Le 19 mai s'ouvrira à la Bibliothèque nationale une exposition qui réunira les divers documents orientaux et extrême orientaux que conservent ses quatre départements. On y verra notamment une superbe collection de manuscrits arabes et persans et une série remarquable d'estampes japonaises. Société des Artistes décorateurs. Le Comité de la Société des Artistes décorateurs a procédé au renouvellement de son bureau pour 1925. Ont été nommés : Président : M. Maurice Bokanowski ; vice-présidents : M. Maurice Dufrène, M. Charles Hairon, M. Henri Rapin ; trésorier : M. René Kieffer ; secrétaires : M. Raymond Subes, M. Raoul Lachenal. Le Salon des Médecins. Le 14 mars a été inauguré au Cercle de la Librairie, par M. Justin Godart, ministre du Travail et de l'Hygiène, le 5e salon des médecins. Le 7e centenaire de la mort de Saint-François. À l'occasion de ce centenaire, la Revue d'Histoire franciscaine, a l'intention d'organiser pour le printemps de 1926, une exposition d'œuvres d'art inspirées par le mouvement franciscain. A l'Exposition de Grenoble. Dans l'enceinte de l'Exposition internationale de la Houille blanche et du Tourisme qui aura lieu cette année à Grenoble, un pavillon sera consacré aux beaux-arts. Une sélection sera faite parmi les sujets : en peinture, ne seront admises que les œuvres représentant des aspects de la montagne et en sculpture, celles inspirées par la vie sportive. Une exposition régionale à Munster. La ville de Munster organise pour cet été une exposition industrielle, commerciale et agricole. Cependant, un pa-

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BEAUX-ARTS villon sera spécialement réservé aux beaux-arts et aux arts appliqués et montrera des produits de l'activité artistique alsacienne. Une exposition artistique bourbonnaise. — Le Syndicat d'initiative de Moulins, avec le concours de la Société d'éumulation du Bourbonnais, vient d'organiser en cette ville, une exposition réservée aux seules œuvres bourbonnaises, par leur sujet ou par leur auteur. Elle comprend une section rétrospective où se remarquent les œuvres de Desboutin. A la section contemporaine exposent les représentants de tous les arts, ainsi que les artisans du bois, du métal et du verre. L'exposition groupe environ 2.000 pièces, œuvres de plus de 300 artistes. Un monument à Albert Samain. — La Commission départementale des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise a pris l'initiative d'élever, à Magny-les-Hameaux, un monument à la mémoire d'Albert Samain, qui y mourut en 1900. Ce monument sera l'œuvre de Marc Yvonne Serruys, femme de l'écrivain Pierre Mille. Une plaque, en céramique de Sèvres, sera apposée sur la façade de la maison où s'éteignit le poète. Une exposition d'Art graphique polonais à Cologne. — Dernièrement a été inaugurée au Musée des Arts décoratifs de Cologne, une exposition d'art graphique, organisée par des artistes polonais. C'était la première fois, depuis la guerre, que la ville de Cologne donnait l'hospitalité à une manifestation d'art étranger. L'Art français à Berlin. — La société artistique berlinoise de la Sécession vient de manifester son désir de renouer les relations avec les artistes français. C'est ainsi qu'un certain nombre d'entre eux ont répondu à son invitation et seront représentés à l'exposition, qui aura lieu, à Berlin, à l'automne prochain. Les peintires Signac et Adrion ont accepté d'être les représentants à Paris de la Sécession. Découverte archéologique en Egypte. — Une statue de Zoser, assis sur un trône, d'un type très ancien a été trouvée récemment au cours des fouilles, que M. Cecil Firth exécute à Sakkarà, pour le compte du Département égyptien des Antiquités. Cette statue, qui constitue un exemplaire unique parmi la sculpture égyptienne, date de 2.900 ans environ avant l'ère chrétienne. Deux œuvres nouvellement attribuées à Domenico Veneziano. — Deux tableaux du Fitzwilliam Museum à Cambridge, qui passaient pour des œuvres de Ghirlandajo, viennent d'être restituées à leur véritable auteur. Le mérite de la découverte en revient au professeur Yashiro, de Tokio, qui reconnut dans les peintures en question qui représentent l'Annonciation et le Miracle de Saint-Zénobie, deux fragments d'une prédelle, par Domenico Veneziano, qui décorait autrefois l'autel de l'église de Santa Lucia de Bardi, à Florence. L'éminent historien de l'art italien, M. Berenson, auquel des photographies avaient été communiquées, parvenait à des conclusions identiques. Ainsi, les cinq panneaux, qui constituaient la prédelle de Florence, sont aujourd'hui connus puisque l'un d'eux est conservé à la galerie des Offices et les deux autres au « musée Frédéric » de Berlin. ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 13 mars M. Adrien Blanchet donne lecture de son rapport au nom de la commission de la fondation Pellechet, rapport tendant à attribuer pour la réfection des églises : de Bailloud-sur-Gallardon (Eure-et-Loir), 12.000 fr.; de Compeix (Creuse), 8.000 fr.; de Nailly (Yonne), 10.000 fr., et de la Queue-en-Brie (Seine-et-Marne), 3.500 fr. M. Loth fait une communication sur une inscription latine du deuxième siècle après J.-C. trouvée dans la région d'Orléans, où les habitants de Cassiciate déclarent offrir, entre autres objets, un cheval de bronze au dieu Rudiobos, que M. Loth identifie avec Mars Rudiamos. Séance du 20 mars M. Pelliot parle des trouvailles faites récemment par le colonel Kozlov dans d'anciennes tombes du premier au dixième siècles de notre ère, en Mongolie (bronzes, étoffes, tapis et tapisseries). Un comité scientifique mongol, fondé à Ourga, projette de dresser l'inventaire des anciens tombeaux de Mongolie et espère retrouver le tombeau de Gengis-Khan. M. René Dussaud lit un rapport de M. Maurice Du-vand sur les sondages archéologiques que ce dernier a effectués au temple d'Eshmoun, près de Saïda, pour le compte des Antiquités de Syrie. Le plan des murs de soutènement a été précisé, des marbres sculptés ont été découverts, ainsi qu'une belle mosaïque à décor géométrique. M. F. de Mély fait une communication sur un grand orfèvre parisien, Guillaume Boucher, que Rubriquis, envoyé de saint Louis en ambassade vers le grand Khan des Mongols, rencontra à Karakoroum, en 1252. Il avait été fait prisonnier à Belgrade, par les Mongols, en 1241, et emmené avec sa femme dans le centre de l'Asie. Il avait été pris en amitié par le Khan. Il appartenait à une famille d'orfèvres parisiens établis sur le Grand Pont, à Paris et continuait d'exercer son art en Extrême-Orient. Rubriquis décrit plusieurs très belles pièces d'orfèvrerie qu'il avait exécutées pour le Khan et pour l'évêque de Belgrade, qui était également prisonnier avec lui. Il mourut en 1254. On peut ainsi s'expliquer les influences françaises qu'on retrouve dans certains monuments asiatiques de cette époque. Société nationale des Antiquaires de France Séance du 25 février M. Merlin lit l'éloge de Mgr Duchesne, son prédécesseur au fauteuil de la Société. M. Puig y Catafalch communique des observations sur l'Eglise Saint-Philibert de Tournus, qu'il rapproche de plusieurs édifices soit italiens, soit catalans. Séance du 4 mars M. Demaison communique des exemples du mot « pastoureau » employé au XVIIe siècle, pour désigner les carreaux vernissés. M. Dimier signale un portrait de Marguerite, fille de

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BEAUX-ARTS François Ier, duchesse de Savoie, provenant de la collection Gaignières, qui devrait s'être retrouvé dans les collections royales et qui a passé à Chantilly, par les collections Lenoir et Sutherland. M. Mayeux revient sur la question des hypocaustes, soulevée par M. Lefebvre des Noëttes ; il les juge préférables à nos calorifères. Séance du 11 mars M. le Comte de Loisne communique les photographies de plusieurs panneaux d'albâtre qu'il compare aux panneaux de retable, issus des ateliers de Nottingham au xve siècle. Ceux-ci sont du xvie et paraissent provenir des Pays-Bas. Un mémoire de M. l'Abbé Plat, lu par M. Entart, signale une chapelle des Templiers de Ste Catherine de l'Epinay-en-Berry où une inscription à la main transmet le nom d'un moine qui fut maître de l'Œuvre. M. Deshoulières communique des remarques sur les chapiteaux relevés dans plusieurs églises d'Auvergne du xive siècle. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 6 mars Mademoiselle Duportal étudie une marine signée J. Vernet, (Joseph Vernet, ou peut-être son frère Jean), tableau récemment légué au musée de Toulouse. M. Bouvet fait connaître plusieurs dessins de J.-B. Isabey et de Gabriel de Saint-Aubin, appartenant au musée de l'Opéra et représentant des déors ou des scènes de ballets et de pièces lyriques. M. Brière identifie un tableau du musée de Versailles, représentant Louis XIV tenant le sceau et un tableau du Louvre, jusqu'à présent catalogué comme une Assemblée d'ecclésiastiques, par G. Terborgh (1653) en réalité l'Assemblée de la Sorbonne réunie pour interjeter appel de la Bulle Unigenitus, (mars 1717), œuvre d'un inconnu. Finistère. — La petite ville de Locronan, qui, dès le xime siècle, fut le lieu d'un pèlerinage fréquenté, a été gratifiée de tout temps par les dues de Bretagne de privilèges nombreux qui se perpétuèrent pour le plus grand avantage de ses habitants. Principal centre de la fabrication de la toile à voiles au xvme siècle, la ville traversa à cette époque une ère particulière de prospérité et de richesse qui permit la construction des intéressantes maisons qui entourent la place de l'église. Avec leur appareil en pierres de taille, leurs hautes fenêtres, leurs corniches sculptées, leurs lucarnes aux frontons cintrés, elles forment au bel édifice du xve siècle qu'est l'église un cadre sévère, mais d'une sobriété de bon aloi et d'une grande tenue architecturale. La municipalité, qui a le souci de conserver à la ville tous ses aspects intéressants, a demandé à l'Administration des Beaux-Arts de sauvegarder cet ensemble. C'est pour répondre à ce vœu que viennent d'être classées la plupart des maisons de la place, le sol même de cette place (ce qui interdira toute modification de son tracé), et le puits banal situé en son milieu. Bresse. — Nous ne saurions négliger de signaler le classement récent parmi les monuments historiques de quelques-unes de ces très curieuses cheminées dites « sarrasines » dont il subsiste encore un assez grand nombre dans la Bresse, entre Macon et Bourg au Sud, Tournus et Louhans au Nord. Sur la demande de l'Académie de Macon et de la Société des Amis des Arts de Tournus, M. Gabriel Jeanton a entrepris une enquête détaillée sur ce type de construction très particulière au pays et a consigné le résultat de son travail dans une brochure dont nous extrayons les détails qui vont suivre (1). (1) Gabriel JEANTON. Les Cheminées sarrasines, étude d'ethnographie et d'archéologie bresane. Macon, Protat, 1923, in-8°, pl.

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BEAUX-ARTS Après avoir déterminé, ainsi que nous venons de l'indiquer, la contrée où se trouvent ces cheminées, M. Jeanton indique que leurs dispositions essentielles consistent, dans l'intérieur de la maison trois étages avec coupole intérieure comme celles de la ferme de la Bourlière, à Chevroux, de Marsonnas, de Saint-Etienne-sur-Reyssouze (Ain), celles à souches carrées ou rectangulaires surmontées d'une pyramide à quatre pans, comme à Saint-Trivier-de-Courtes (Ain) ou Romenay (Saône-et-Loire). Construites en briques, elles sont ajourées de petites baies qui laissent passer la fumée et la lumière. On en rencontre quelques-unes qui affectent la forme d'un reliquaire recouvert d'un petit toit en bâtière, comme à Boz ou au Mont, commune de Chevroux (Ain), ou la forme d'un dôme à Montrevel ou Saint-Trivier. Sans pouvoir déterminer avec beaucoup de précision l'époque à laquelle ont été élevées ces cheminées, on peut croire que la plupart ne remontent pas à une date antérieure au xvie siècle. Cependant, il est possible que certaines, comme celles de la Bourlière, à Chevroux, soient du xve siècle. M. Jeanton a dressé en annexe à sa brochure une nomenclature de toutes les cheminées de ces divers types subsistant encore en Bresse. Il en compte quatre-vingts environ. C'est pour sauver son, en un vaste manteau quadrangulaire, placé au milieu de la pièce, en forme d'entonnoir renversé; à l'extérieur en une mitre élevée, variant de forme, couverte d'un chapeau aigu lui-même surmonté d'une croix, ce qui donne à la construction l'aspect d'un clocheton de chapelle rurale. La dénomination de «sarrasines» appliquée à ces cheminées, terme que l'on retrouve dans les auteurs bressans du xviiie et du début du xixe siècles, n'a pas cours dans le langage populaire où on les appelle soit grandes cheminées, soit cheminées chauffant à large, ce qui indique clairement que les habitants de la maison peuvent tourner autour du foyer. Ce n'est pas davantage, semble-t-il, pour rappeler une origine arabe que l'on a adopté ce terme, mais c'est plutôt une épithète comme celle de style gothique qui sert à désigner l'architecture française entre le xue et le xvie siècles. Ne vaudrait-il pas mieux, ainsi que le propose, timidement d'ailleurs, M. Jeanton, les dénommer cheminées bressanes, puisqu'elles semblent localisées dans le pays de Bresse? Si l'on essaie de classer les différents types de ces mitres de cheminées, on voit qu'elles peuvent se rattacher presque toutes à deux groupes principaux: celles de forme polygonale à une, deux ou même trois étages avec coupole intérieure comme celles de la ferme de la Bourlière, à Chevroux, de Marsonnas, de Saint-Etienne-sur-Reyssouze (Ain), celles à souches carrées ou rectangulaires surmontées d'une pyramide à quatre pans, comme à Saint-Trivier-de-Courtes (Ain) ou Romenay (Saône-et-Loire). Construites en briques, elles sont ajourées de petites baies qui laissent passer la fumée et la lumière. On en rencontre quelques-unes qui affectent la forme d'un reliquaire recouvert d'un petit toit en bâtière, comme à Boz ou au Mont, commune de Chevroux (Ain), ou la forme d'un dôme à Montrevel ou Saint-Trivier. Sans pouvoir déterminer avec beaucoup de précision l'époque à laquelle ont été élevées ces cheminées, on peut croire que la plupart ne remontent pas à une date antérieure au xviiie siècle. Cependant, il est possible que certaines, comme celles de la Bourlière, à Chevroux, soient du xve siècle. M. Jeanton a dressé en annexe à sa brochure une nomenclature de toutes les cheminées de ces divers types subsistant encore en Bresse. Il en compte quatre-vingts environ. C'est pour sauver les plus curieuses d'entre elles que l'administration des Beaux-Arts les a classées, répondant ainsi au vœu des sociétés archéologiques locales. Jean VERRIER.

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[33] 1es AVRIL 1925 103 BULLETIN DES MUSÉES UNE STATUETTE SUMÉRIENNE au Musée du Louvre Le Musée du Louvre vient d’acquérir une admirable statuette sumérienne, malheureusement décapitée. Dans son état actuel elle mesure 0 m. 46 de hauteur. Elle provient de Tello, où les Arabes ont fait, depuis un an, de remarquables trouvailles, et représente le fils du célèbre Goudéa, Our-Ningirsou. Elle est en albâtre gypseux, moucheté et de couleur brune. Les artistes sumériens utilisaient volontiers, pour les sculptures de petite dimension, des matières tendres et faciles à travailler, telles que la stéatite ou l’albâtre. Our-Ningirsou, fils de Goudéa, est certainement distinct du personnage du même nom qui était grand-prêtre de la déesse Ninà sous le roi d’Our, Shoulgi. Le grand-prêtre de Ninà vivait encore au temps d’Ibi-Sin, le dernier roi d’Our, ainsi que l’atteste l’inscription gravée sur une statue récemment découverte à Tello et encore inédite. Or, Goudéa et son fils Our-Ningirsou ont certainement régné avant le début de la dynastie d’Our; ils se placent sans doute vers le milieu ou dans la première moitié du troisième millénaire. La statuette d’Our-Ningirsou est dédiée au dieu Nin-Gizzida qui était le patron de la famille de Goudéa et était étroitement associé à Tammouz, le dieu qui mourait et renaissait chaque année. La légende rapportait que l’ancien sage Adapa, ayant eu le privilège de monter au ciel, vit à la porte de la demeure céleste les dieux Tammouz et (Nin-)Gizzida qui lui demandèrent pour qui il était vêtu d’un vêtement de deuil: «Dans le pays deux dieux ont péri; c’est pourquoi je suis vêtu d’un vêtement de deuil». — «Qui sont les deux dieux qui dans le pays ont péri?». — «Tammouz et (Nin-)Gizzida!» Une statuette de Goudéa, tout récemment découverte à Tello, est dédiée à la déesse Geshtin-Ana «l’épouse chérie de Nin-Gizzida». Or, cette déesse est bien connue par les lamentations sur la mort de Tammouz, qui la désignent comme la sœur de ce dieu. L’inscription gravée sur la statuette de Goudéa le qualifie de «constructeur du temple de Nin-Gizzida et du temple de Geshtin-Ana». Ces deux temples étaient probablement voisins et c’est sans doute sur leur emplacement que les deux statuettes ont été découvertes. La base de la statuette d’Our-Ningirsou est ornée d’un bas-relief représentant deux files de quatre porteurs de corbeille, agenouillés. Ces petites figures offrent des particularités inédites de coiffure et de costume. Il s’agit certainement d’étrangers. L’artiste a voulu perpétuer le souvenir d’une ambassade venue de quelque pays lointain. Les huit figures en ronde bosse qui ornent un socle de Statuette d’Our-Ningirsou. Art sumérien. Troisième millénaire avant J.-C. (Musée du Louvre) statuette autrefois découvert à Tello par Ernest de Sarzee et reproduit dans les Découvertes en Chaldée, pl. 21, fig. 5, sont une variante de la même idée décorative. Ces petits personnages sont représentés assis autour de la base à laquelle ils s’adossent. Ils tiennent des objets sur leurs genoux et présentent, dans la coiffure et la coupe de la barbe, des particularités que M. Heuzey a notées avec surprise et sans pouvoir en donner l’explication. La statuette d’Our-Ningirsou est une pièce de

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tout premier ordre. Elle aura une place d'honneur dans une collection qui est déjà la plus riche du monde. F. T.-D. LE DON DE MADAME HÉBERT Au Musée du Louvre Voici trois ans, Mme Hébert, guidée par une pieuse pensée, avait ouvert l'hôtel qu'elle allait quitter. On avait pu revoir l'atelier garni des œuvres qu'Hébert y avait laissées, au terme d'une existence exceptionnellement longue et d'une carrière bien remplie. D'autres œuvres, que Mme Hébert avait pu racheter, étaient revenues prendre leur place dans cet atelier. Mme Hébert n'a pas voulu qu'un ensemble, dont elle avait assuré la conservation, pût être entièrement dispersé. Par un acte notarié du 11 juillet 1924, elle a fait donation au Musée du Louvre des principaux tableaux et dessins qui se trouvaient en sa possession et dont certains étaient particulièrement chers à leur créateur. On peut les voir réunis depuis peu dans la grande salle du pavillon Denon. Les tableaux appartiennent à des époques successives. Comme complément aux quatre toiles que possède déjà le Musée, ils permettent de suivre l'artiste aux différentes étapes de sa carrière. Voici le tout premier début, la Demoiselle au piano (1836) : le jeune artiste, — il a dix-huit ans, — a pris pour modèles son père et une amie de Grenoble, Mlle Buscoz. Ensuite, de 1850, l'année de la Malaria, de la période des premiers succès, datent un portrait de sa mère et son propre portrait par lui-même. Les autres compositions sont inspirées par l'Italie, ou plutôt par ce coin de la Sabine dont le type féminin a arrêté l'artiste une fois pour toutes : le type des filles de Saracinesco derrière Tivoli, descendantes de Sarrasins, à en juger par le nom de leur village et leur type ethnique. Dans les Fienaroles, (1855), nous les voyons, à l'heure de midi, autour des meules de foin, dans un coin de la plaine insalubre, mal abritées du soleil ardent par une toile tenue devant la façade d'un bastion ruiné. L'une de ces belles contadine, Hébert la revêt de magnifiques habits, dans une chaude harmonie rouge, et il transforme en Sultane Giovannina qui, précédemment, avait posé la Vierge de la Délivrance ; pour une autre, il la déshabille et nous offre le fruit sauvage de sa chair mate (La Fille aux Jones). Ces deux peintures marquent la période autour de 1870. C'est l'époque à laquelle Hébert remplit pour la première fois la charge de directeur de l'Académie de France à Rome, et qui vit naître aussi le Petit violoneux endormi, la Monelluccia, la gamine qui avait posé l'Enfant Jésus de la Vierge de la Délivrance, et un paysage marin, près de Nettuno. Le dernier tableau est bien postérieur ; il date de 1895. Hébert était revenu une seconde fois à Rome comme directeur de l'Académie. Dans son Sommeil de l'Enfant Jésus, il oppose à une Vierge qu'incarne encore une fille de Saracinesco, Adélaidé, un ange anglo-saxon posé par Miss Stillman, la propre fille du correspondant du Times, à Rome. Toutes ces Sabines, Giovannina, Rosa nera, la petite Crescenza, les Cervaroles, les Fienaroles, et aussi des Giocciari et jusqu'à des brigands se re-

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BULLETIN DES MUSÉES trouvent dans une série de dessins donnés au Louvre. Hébert nous a laissé aussi des souvenirs de ses voyages dans le Sud de l'Italie et en Sicile, souvenirs fixés dans de belles aquarelles. Une autre suite de dessins offre un intérêt, non seulement artistique, mais aussi iconographique, car ils font revivre la société du Second Empire. Ce sont des études pour des portraits de Napoléon III, du Prince et de la Princesse Napoléon, de la Princesse Bonaparte, et de nombreux familiers des Tuileries, la princesse de Metternich, la marquise de l'Aigle, Mme de Pourtalès, etc., ou encore de célébrités de l'époque, comme Mme Miolan-Carvalho ou Laurent Pichat. Les historiens et les érudits trouveront leur compte également dans cet ensemble de documents avec de fidèles relevés de fresques et de mosaïques, principalement des églises de Rome et de celles de Ravenne. Comme on le voit par ces quelques lignes, le Louvre doit un enrichissement notable à la dévotion de Mme Hébert pour la mémoire d'un artiste qui fut illustre et qui, parmi les peintres français du xixe siècle, a apporté sa note personnelle. Gabriel Roucues. AU MUSÉE DES ARTS DECORATIFS L'exposition d'art décoratif moderne que nous avions annoncée dans notre no du 1er mars vient de se fermer. On annonce, pour lui succéder, à partir du 4 avril, une présentation dans la grande nef du Pavillon de Marsan, d'un ensemble de peintures religieuses de M. Desvallières, destiné à la décoration d'une chapelle privée en mémoire du sacrifice de la guerre, ensemble qu'accompagnent, dans les salles, diverses peintures du même artiste. Ce sera ensuite du 2 au 12 mai, une Exposition philatélique internationale préparée par l'union des sociétés d'amateurs de timbres; enfin, pour cet été, on prévoit une importante exposition de peinture moderne, de 1875 à 1925. *** Nous aurons à revenir bi ntôt sur les questions que souleva l'exposition qui vient de finir et qui fut un des préambules très légitimes de la grande manifestation de l'art décoratif moderne à la veille de se réaliser. Elle contenait — à côté d'une présentation luxueuse, de goût un peu trop américain peut-être, de jolies étoffes exécutées par une maison d'outre-atlantique (Cheney brothers de New-York) mêlées à des ferronneries d'Edgar Brandt, desquelles elles s'inspirent, paraît-il, — une revision de l'œuvre, déjà accompli ou rêvée, par le jeune et brillant architecte lyonnais, Tony Garnier, apôtre du béton armé, réalisateur d'énormes architectures utilitaires comme les Abattoirs ou le Stade lyonnais, évocateur ambitieux d'architectures irréelles, non moins massives, chez qui, une imagination à la Piranèse s'allie à un sens pratique et constructif singulier. Elle contenait surtout les trois rétrospectives si honorables et significatives des efforts, qui furent hardis et neufs en leur temps, de Brateau, de Robert, et de Rivaud. Techniciens consommés, tous trois, en des métaux divers, ont œuvré avec une conscience robuste, une patience acharnée. L'étain, le fer forgé, les métaux précieux leur doivent un magnifique renouveau de vigueur expressive. Le premier et le plus ancien, Brateau a peut-être été le plus entravé dans ses recherches modernes par le culte savant du style Renaissance; Robert s'était jeté à corps perdu dans l'exubérante floraison naturaliste et sa virtuosité se dépensait en créations un peu compliquées pour le goût de ses successeurs; mais il leur a prêché d'exemple le culte du beau métier et des saines méthodes et il restera comme l'initiateur du grand développement de la ferronnerie moderne. Eugène Gaillard qui s'est enfermé lui-même, vivant, dans un passé où son œuvre comptera certainement aussi comme une des plus variées et des plus fécondes, fut des collaborateurs de l'Art nouveau de Bing dès la fin du dernier siècle. Ses meubles connurent aussi les exubérances du moment et la recherche passionnée de la nouveauté qui entraîna parfois ces « pionniers » loin du droit chemin et surtout de la ligne droite. Mais un souci d'élégance nerveuse, un sens logique de la construction, un goût raffiné des belles matières, un soin et une étude acharnés donneront à ses productions une valeur et, on peut le dire, un style bien à lui et qu'on aurait grand tort de dédaigner. AU MUSEE GUIMET Continuant l'accueil hospitalier qu'il accorde aux résultats des missions françaises en Orient et en Extrême-Orient, le Musée Guimet vient d'installer, dans une salle de ses galeries, les documents rapportés par M. et Mme André Godard de leur récente expédition en Afghanistan. Nous y reviendrons, du reste, prochainement. D'autre part, il nous présente tout un ensemble de documents sur l'art chinois, qui sont le fruit des missions de M. O. Siren et du commandant Lartigue et qui continuent la série de ceux qui provenaient des travaux des regrettés Chavannes et Ségalen.

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MUSÉE DE LA LÉGION D'HONNEUR Le Musée de la Légion d'honneur vient d'être inauguré. Son architecte, M. de la Marinerie, s'est efforcé, avec une modestie rare et louable, de l'édifier dans le style général de l'hôtel de Salm et d'utiliser minutieusement d'anciens projets de Peyre. De très généreuses donations, entre autres celles d'un américain M. W.-N. Cromwell (sans parler d'un don considérable et dont l'auteur veut garder l'anonymat) ont été grossies encore par une souscription des légionnaires. Le général Dubail, Grand Chancelier, assisté d'un comité d'organisation présidé par M. Frantz Jourdain, a réalisé ce musée à travers de nombreuses difficultés. Le Louvre prête deux très belles toiles du xve siècle, l'une de Van Loo, représentant l'institution du St-Esprit, l'autre, de Troy montre Henri IV tenant son premier chapitre du même ordre. M. David Weill, le comte du Chaffault et de nombreux donateurs apportèrent au musée des œuvres évocatrices de la Légion d'honneur et de ses prestiges. A citer un Charlet, très curieux, représentant Napoléon la veille de Montmirail (tableau donné par le comte du Chaffault), un tableau d'Yvon, d'après l'esquisse de Gros, représentant Napoléon distribuant des croix aux artistes. Le Musée est riche en bibelots pittoresques, en images populaires, en brevets militaires curieusement manuscrits et enluminés. Une salle contient des insignes et des autographes provenant des grands «soldats» et des grands «civils» du xive siècle. Une autre est consacrée à des souvenirs de la guerre de l'Indépendance américaine et, au premier étage, on peut voir une série de pastels de Burand représentant des types de soldats français et alliés pendant la guerre de 1914-1918. Le goût et l'ordre, qui présiderent à l'agencement du nouveau Musée, font beaucoup d'honneur à son conservateur, M. Torre. MUSÉE DE BOULOGNE-SUR-MER La collection Camille Enlart M. Camille Enlart, dont nous annoncions récemment l'élection à l'Institut, vient de faire don à sa ville natale d'un ensemble de documents recueillis par lui au cours de ses remarquables travaux archéologiques, qui constituera dans le Musée de Boulogne un souvenir durable d'un des savants qui, après les Mariette et les Hamy, auront le plus honoré la petite patrie boulonnaise. Cette collection comprend surtout des antiquités et des pièces archéologiques diverses recueillies dans la région, pierres et bois, chapiteaux et statues, carrelages provenant de fouilles faites à Thérouanne auxquelles M. Enlart s'est intéressé particulièrement, mais on y trouve aussi la trace des expéditions plus lointaines, accomplies par lui à la recherche des témoignages de l'expansion de l'art français du Moyen-âge, notamment toute une série de poteries provenant de l'île de Chypre. Faisant preuve en cela d'un esprit scientifique et méthodique qui n'étonnera personne, M. Enlart n'a pas exigé pour l'installation de sa collection un cadre particulier et une salle spéciale : les objets pourront en être joints aux séries qu'ils enrichiront le plus utilement. Il est à espérer que les travaux en cours pour la réinstallation du Musée de Boulogne si éprouvé par la guerre, travaux dont nous avons parlé récemment, permettront bientôt au public et aux archéologues locaux et étrangers de profiter de la libéralité de M. Enlart. UNE SOCIÉTÉ D'AMIS DU MUSÉE DE DIJON Le Musée de Dijon, dont on sait l'importance parmi nos galeries provinciales, et la belle installation dans l'ancien palais des Etats de Bourgogne, qui s'enrichit régulièrement par des acquisitions judicieuses et des dons généreux, manquait encore jusqu'ici d'une Société d'amis destinée à faciliter la tâche des autorités municipales et des zélés conservateurs qui veillent sur lui. C'est chose faite aujourd'hui. La société est constituée et se préoccupe déjà de provoquer des libéralités ou des prêts gratuits en vue de développer les collections, d'organiser des conférences, des expositions temporaires, etc. Elle a comme présidents d'honneur M. Stéphen Liègeard, ancien député, et M. Albert Joliet, conservateur du Musée, qui doit tant à ses soins et à sa générosité personnelle. Le président du comité est M. Edouard Estaunié, de l'Académie française, et le secrétaire, notre collaborateur, M. Fernand Mercier, conservateur adjoint du Musée. Cent cinquante membres sont déjà inscrits, sans qu'aucun appel ait été adressé, et l'on peut être sûr de l'avenir et de l'activité du nouveau groupement. AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS DE LYON On sait qu'un musée d'arts décoratifs est actuellement en voie d'organisation à Lyon. Pour contribuer à l'enrichissement des collections, M. Roche de la Rigodièr, vice-président de la commission du musée, vient d'offrir à la Chambre de commerce de Lyon un ensemble important d'armes orientales et occidentales, qui s'ajoute ainsi à la remarquable donation de meubles anciens léguée au futur musée par le regretté Joseph Gillet.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER AUTRICHE Une exposition de tableaux français à Vienne L'Autriche se remet lentement, très lentement, depuis la guerre mondiale; les affaires attendront longtemps encore, avant de retrouver un marché sain et normal; le mouvement de la curiosité sera long aussi à s'y rétablir complètement: ce fut pendant cet hiver une stagnation presque générale. On n'achète presque rien d'important dans nos ventes. On semble avoir perdu à peu près le goût de l'art. Nos expositions restaient même presque abandonnées. Cependant un sentiment d'intérêt et de curiosité générale se manifeste en faveur de la nouvelle exposition des tableaux français amicalement exposés à Vienne, tableaux dont plusieurs sont connus de nos amateurs qui les avaient étudiés à Paris, avant la guerre, et l'on est particulièrement reconnaissant à la Société des Amis du Musée national de Vienne pour l'initiative qu'elle a prise de cette Exposition si importante, qui réunit toute une série de tableaux célèbres de maîtres français du xixe siècle. Les chefs-d'œuvre, qu'elle renferme, ont été obtenus grâce à l'obligante intervention d'un comité d'honneur dont le président à Paris est M. Herriot et qui comprend les Directeurs des Beaux-Arts et des Musées nationaux, MM. Paul Léon et d'Estournelles de Constans, les conservateurs Jean Guiffrey et Léonce Bénédite, MM. Théodore Reinach, Henri Lapauze, etc. Quelques collectionneurs privés de France et d'Autriche ont eu également l'amabilité de nous prêter des œuvres de grande valeur de David, Gérard, Gros, Rousseau, Daubigny, etc., etc. Ces œuvres sont actuellement groupées à la « Sécession » viennoise, grâce à l'activité du peintre Carl Moll, connu partout comme artiste, comme connaisseur et comme organisateur des premières expositions de notre « Sécession ». L'exposition actuelle est consacrée à l'art français du xixe siècle. Un premier joyau de la main de Jacques-Louis David, le portrait de Mlle Tallard (Louvre) nous rappelle encore par le costume et par le style, l'art du xvime siècle (no 27 de l'exposition), tandis qu'un autre morceau de David, un portrait de dame signé et daté de l'an 1825, appartient à la dernière période de la vie de l'artiste, à sa manière la plus solide et la plus puissante (no 28, provenant de la collection H. Brame). C'est une peinture très saine, bien conservée, aux craquelures très modérées. Le magnifique portrait de Caroline Murat par Gérard (no 26, collection baron Asta-Lanna), est une toile lisse exécutée à l'aide d'une pâte très grasse et n'offre pas encore de craquelure apparente. La célèbre Bai-gneuse d'Ingres, exécutée en 1808 à Rome, est également très bien conservée. On admire aussi l'éclatant Général Bonaparte de Gros (Louvre) et une Folle de Géricault (collection Hermann Eissler). Non loin de là on voit, dans la première salle, un Clair de Lune par Théodore Rousseau (collection H. Brame) qui mérite une estime exceptionnelle entre les paysages exposés. Un spécimen de la peinture de Daubigny et plusieurs Corot (entre autres le Moulin du Louvre) nous intéressent infiniment à Vienne. Un portrait de François Millet (no 5, galerie Barbazanges-Hodebert) nous montre combien cet artiste, à côté de ses autres dons, savait comprendre et pénétrer l'individualité d'un personnage. La seconde salle nous introduit dans un art assez différent. Nous pénétrons dans l'atmosphère impressionniste avec d'admirables exemples de l'art des Manet, Monet, Toulouse-Lautrec. Le Balcon de Manet, la toile bien connue du Luxembourg, n'est pas dans un état de conservation excellent. On y remarque d'innombrables gerçures dans plusieurs couches de couleurs. La peinture de Puvis de Chavannes (no 33) est un peu mieux conservée que le grand Manet, mais elle est aussi très craquelée. GÉRARD. Portrait de Caroline Murat. Collection Asta-Lanna (Vienne).