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3e Année. — Numéro 5
1er Mars 1925
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
LES ARCHIVES NOTARIALES
Il est bon de signaler dès maintenant un projet de loi relatif aux minutes anciennes des notaires qu'ont déposé sur le bureau de la Chambre les ministres de l'Instruction Publique et de la Justice.
En effet, il n'est pas besoin de souligner ici l'intérêt que présentent les minutes des notaires pour l'histoire de l'art français. Au xvie siècle, en particulier, elles sont presque la seule source authentique de renseignements que nous possédions; pour ne citer qu'eux, les travaux de M. Roy, qui renouvellent la biographie de tant d'artistes de cette époque, sont fondés sur l'étude des testaments ou des contrats de toute espèce qu'il a retrouvés en divers minutiers. Et pour le xvime siècle même, les historiens ont chez les notaires une incomparable source de renseignements. Sur Lancret, sur Gillot, sur Fragonard, sur Aved, c'est grâce aux archives notariales que j'ai pu parvenir aux précisions les plus utiles.
Les minutes des actes passés chez un notaire restent sa propriété et celle de ses successeurs dans son étude. Que de chances de destruction évoquées en cette phrase! Des accidents divers et, parfois, la négligence détruisent peu à peu un grand nombre de documents importants. Certes, la plupart des notaires conservent leurs archives avec beaucoup de soin et les communiquent avec une parfaite bonne grâce: je dois trop à leur amabilité pour en douter. Mais, malgré leur bonne volonté, ils ne peuvent se transformer en archivistes.
Après quarante années de vœux émis de tous côtés, une proposition de loi autorisant les notaires à déposer leurs minutes antérieures à 1790 aux archives départementales avait été présentée au Sénat en 1901. Elle y fut adoptée en 1905, modifiée par la Chambre en 1906, ré-adaptée après nouvelles modifications par le Sénat en 1908 et renvoyée au Palais-Bourbon où elle dormit pendant sept ans. En 1915, enfin, un rapport était élaboré sur ce sujet: il ne fut jamais mis à l'ordre du jour...
La question en était là au moment où les deux ministres la reprirent. Dans l'intervalle, beaucoup de notaires et même de Chambres de notaires s'étaient crus autorisés à déposer aux Archives départementales les parties les plus anciennes de leurs minutes: les dépôts départementaux conservent actuellement près de 200.000 registres, cartons ou liasses de documents provenant de ces dépôts volontaires. Le mouvement s'accentuant, certains Conseils généraux avaient voté les crédits nécessaires au logement de fonds anciens importants que leurs propriétaires étaient prêts à déposer, quand la Chancellerie, interrogée, en 1923, sur le point de savoir s'il était permis à un notaire d'opérer de tels dépôts, dut répondre que, tant qu'une loi nouvelle n'interviendrait pas, les notaires seraient tenus par les lois de conserver leurs minutes.
Cette réponse, qui mit en désarroi quelques bonnes volontés, suscita de nouveaux vœux des corps élus, des sociétés savantes. Les ministres intéressés ont compris que la situation ne pouvait s'éterniser.
Leur projet supprime pour les notaires l'obligation de conserver les minutes ayant plus de 125 ans de date et autorise les officiers ministériels ou leurs Chambres à les déposer aux Archives Nationales ou aux Archives départementales. Les minutes et documents ainsi déposés pourront être librement communiqués par les notaires ou les archivistes, les expéditions en seront délivrées par les notaires ou les Chambres déposantes. Les héritiers directs des parties intéressées dans les actes déposés gardent le droit d'en empêcher la communication.
Ce projet de loi, extrêmement modéré, sera des plus utiles à la science. Peut-être, pourtant, pourrait-il être précisé sur deux points: tout d'abord, il conviendrait qu'en même temps que les minutes, les notaires déposent les répertoires qui indiquent les noms des parties et la nature des actes passés, dans l'ordre chronologique, et cela pour toutes les minutes, pour celles même qui ont disparu. Ces
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répertoires sont le contrôle et la clef indispensables des minutiers. De plus, la loi devrait bien spécifier que les notaires ne sont libérés de l'obligation de conserver leurs minutes anciennes qu'à la condition de les déposer aux Archives. Cela va sans dire, mais, comme le disait Talleyrand, cela ira encore mieux en le disant.
Georges WILDENSTEIN.
NOUVELLES
Inspection générale des monuments historiques. — Par décret en date du 6 février 1925, M. Ruprich-Robert (Gabriel), architecte en chef des monuments historiques, adjoint à l'inspection générale, est nommé, à dater du 1er mars 1925, inspecteur général des monuments historiques, en remplacement de M. Louzier, admis à la retraite et nommé inspecteur général honoraire des monuments historiques.
Société des Amis du Louvre. — Le vendredi 27 février, a eu lieu au Pavillon de Marsan l'assemblée générale de la Société des Amis du Louvre, sous la présidence de M. Raymond Koechlin. Après une allocution du président et le rapport du secrétaire général, M. Henraux, sur l'activité de la Société et sur les libéralités dont le Musée a bénéficié pendant l'année, M. Louis Hauteceur a donné lecture d'une substantielle étude sur l'Histoire de la collection des peintures italiennes du Louvre.
L'Institut d'art et d'archéologie. — On sait que la marquise Arconati-Visconti avait, avant la guerre, mis à la disposition de l'Université de Paris, une somme de 2 millions, destinée à la construction d'un Institut d'Art et d'Archéologie. Un concours avait été institué entre architectes pour l'établissement des plans du futur édifice. La guerre survint et après elle la dévalorisation de l'argent. La marquise Arconati-Visconti, avant de mourir, porta sa donation à 3 millions, mais, même ainsi augmentée, cette somme restait insuffisante pour la réalisation du projet dont l'exécution aujourd'hui coûterait 6 millions. Pour sortir de cette situation, des pourparlers ont été engagés entre l'Etat et la ville de Paris et ont abouti à un accord. Les legs Arconati-Visconti fournira 3.350.000 francs, les intérêts compris. L'Etat donnera le terrain et une somme de 400.000 francs. La Ville de Paris apportera le surplus de la dépense, soit 1.350.000 francs et sera autorisée à se servir des salles de conférences du futur édifice pour son Institut d'études urbaines. Les travaux commenceront dès que le Conseil municipal aura approuvé les conclusions du rapport déposé par M. Deville.
Un cours sur Delacroix. — Depuis le 27 février, en l'hôtel de la Société de Géographie, notre collaborateur, M. Louis Gillet, a entrepris, sous les auspices de la Société des Conférences, une série de leçons sur Eugène Delacroix.
Le Château de Vizille. — Le château et le domaine de Vizille, menacés de vente et de lotissement, ont été acquis l'an passé par l'Etat qui se propose d'y organiser un musée, ainsi que nous l'avons annoncé à nos lecteurs dans le No du 15 décembre 1923 de Beaux-Arts. Le château vient d'être ouvert au public. L'entrée sera gratuite le jeudi et le dimanche. Un droit d'entrée de 1 franc sera perçu les autres jours.
Les Fouilles de Vaison-la-Romaine. — On sait avec quel zèle M. l'abbé Sautel poursuit la recherche de tous les vestiges qui peuvent témoigner de la grandeur passée de la petite cité provençale de Vaison. Les fouilles, qu'il dirige, ont été particulièrement fructueuses en ces derniers mois. La maison romaine de Puymin avec son atrium, ses appartements et ses mosaïques a été déblayée ; la rue du Théâtre, dont les bornes et le trottoir sont encore visibles, a été dégagée, enfin une importante trouvaille a été faite, celle d'un buste en argent lamellé qui a été détendu dans la partie centrale de l'ancienne cité et qui remonte vraisemblablement au second siècle de notre ère.
La Cathédrale de New-York. — On se propose de construire à New-York une cathédrale digne de la cité des gratte-ciel. La somme prévue pour l'achèvement de cet édifice serait de 15 millions de dollars. Pour sa part, M. Rockefeller junior vient de faire une donation de 500.000 dollars. Cette cathédrale, qui dominera la ville de New-York, serait la troisième du monde par ses dimensions.
Une mission archéologique américaine. — Une mission, composée d'archéologues américains et dirigée par le professeur F. W. Kelsey, vient d'arriver en France par le paquebot « George-Washington ». Accompagnée de savants français, elle se propose de visiter l'Afrique du Nord. Elle parcourra la Tunisie et le Hoggar sous la conduite du R. P. Delattre.
L'Exposition de Pittsburg. — La XIVe exposition internationale de peinture aura lieu cette année à l'Institut Carnegie de Pittsburg. Contrairement aux années précédentes, l'inauguration se fera non plus au printemps mais à l'automne de manière à permettre, au cours de l'hiver, le transport ultérieur des œuvres d'art à New-York, Philadelphie et Saint-Louis.
NECROLOGIE
Dernièrement est mort Georges Hugo. Né à Bruxelles, le 16 août 1868, il était le petit-fils de Victor Hugo. Il tenait de son illustre aïeul un goût très vif pour le dessin lavé d'encre de Chine. Ami des moyens très simples, il réussissait souvent à donner de sa vision aiguë des choses une expression particulièrement intense. Il fit après la guerre, au Pavillon de Marsan, une exposition de dessins et d'aquarelles dont un grand nombre avait été exécuté dans les tranchées.
Le 14 février dernier, mourait dans sa 80e année, Paul BORDEAUX. Numismate et archéologue, il était président honoraire de la Société de numismatique.
Ernest LESSIEUX est décédé le 4 janvier, à Menton, à l'âge de 77 ans. Aquarelliste de talent, il s'était consacré à l'interprétation des jardins fleuris du Midi.
Le 21 décembre, à l'âge de 79 ans, est décédé André RIXENS. Dans la première partie de sa carrière, il se consacrera à la peinture d'histoire. Il collabora à la décoration de l'Hôtel-de-Ville et de la Sorbonne.
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Plus tard, il devait s'adonner presqu'exclusivement au portrait. Il avait été, en 1889, l'un des fondateurs de la Société nationale.
Les obsèques de Pierre VIGNAL ont eu lieu le 25 février. Artiste délicat, il comptait parmi nos aquarel-listes les plus distingués.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 6 février
L'Académie procède à l'élection d'un membre ordinaire, en remplacement de M. Alfred Morel-Fatio décédé. M. Enlart est élu.
M. Montet donne lecture de son rapport sur les dernières fouilles de Byblos. Les travaux effectués dans la nécropole royale ont amené la découverte de quatre tombeaux, qui avaient été pillés dans l'antiquité, mais où l'on a pu cependant recueillir quelques objets de valeur. Les noms de deux nouveaux rois de Byblos contemporains de la xiiie dynastie égyptienne ont pu être déchiffrés sur des fragments de vases. M. Montet a encore exploré une nécropole très archaïque et des tombaux de particuliers. Il a découvert des vestiges d'un temple au bord de la mer et retiré quelques objets des décombres du temple de la Dame de Byblos.
M. Edmond Pottier lit une note de M. Picard, directeur de l'école d'Athènes, sur les fouilles de Mallia, en Crète, exécutées par MM. Charbonneaux et Chapouthier, membres de l'école.
Séance du 13 février
M. René Dussaud explique et commente un texte phénicien du dixième siècle avant notre ère, gravé sur le buste d'une belle statue d'Osorkon Ier (22e dynastie égyptienne), relatant que le roi de Byblos, Elibaal, a consacré cette statue dans le temple de la déesse de Byblos. C'était une statue vivante et parlante, puisqu'elle prononçait la formule liturgique : « Que la déesse prolonge les jours d'Elibaal et ses années de règne sur Byblos. » Cette statue, que nous avons publiée dans notre précédent numéro, vient d'être acquise par le musée du Louvre. Elle est connue depuis 1881, date à laquelle elle appartenait à un banquier de Naples, mais le texte alphabétique avait été suspecté ou tenu pour carien, si bien qu'il était resté inédit. La lecture en est devenue possible grâce aux découvertes épigraphiques faites à Byblos par M. Montet, au cours des fouilles qui lui ont été confiées par l'Académie des inscriptions. L'Académie à la suite de cette communication, a voté une motion tendant à ce que « par la suite des travaux, le gouvernement du Grand-Liban procède à l'expropriation des terrains qui recouvrent l'ancien temple (de Byblos) et qui doivent livrer non seulement de riches dépôts rituels, mais aussi toute une collection d'effigies pharaoniques ».
Académie des Beaux-Arts
Séance du 7 février
M. Fenaille offre à l'Académie une collection de dessins et de croquis d'Horace Vernet (portraits de membres de l'Institut), datés de 1840. Cette collection sera déposée à la Bibliothèque de l'Institut.
Société nationale des Antiquaires de France
Séance du 4 Février
M. Serbat communique des exemples d'influences exercées par les ouvrages de l'Ile de France sur quelques églises de Basse-Normandie, entre autres celles de Caqueville, près de Cherbourg, de Fontenay, près Valognes.
M. Mirot, revenant sur une communication récente da M. Dimier, expose l'histoire de Dine Raponde, marchand et banquier de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, dont la statue qui se voyait dans la sainte chapelle de Dijon et non à Champmol, n'était pas une figure funéraire, mais une figure à genoux, élevée par le prince à la mémoire de son serviteur dont la sépulture était à Saint-Donat de Bruges. La statue dijonnaise a été détruite à la Révolution, mais il en reste un dessin conservé dans un manuscrit de l'Arsenal.
Séance du 11 Février
M. Marcel Aubert, communique des observations de M. Deneux, architecte de la cathédrale de Reims sur des « marques de tâcherons » rencontrées en diverses parties de la cathédrale de Reims, dont la plupart sont relatives à la place des pierres et dont quelques unes attestent des changements survenus dans la distribution des statues des portails.
Le Dr Guelliot présente quelques bronzes gallo-romains trouvés à Sainte-Marie-sous-Bourcq, près Vouziers.
M. Merlin transmet une communication de MM. Poinsot et Lantier, directeurs des Antiquités de Tunisie, sur un brûle parfums trouvé à Carthage et d'origine punique.
Société d'Histoire de l'Art Français
Séance du 7 février
M. Lemonnier, étudie les neuf tableaux qui figurent au musée de Chantilly sous le nom de Poussin, dont les principales sources d'inspiration ont été le poète Marino et la littérature antique.
M. Guey, après avoir rappelé comment se constituèrent les collections municipales de Rouen sous la Révolution, démontre qu'un des premiers tableaux entrés dans ce musée, un Saint Denis, attribué à Poussin, est plutôt une œuvre de Sébastien Bourdon.
M. Soulange-Bodin, retrace l'histoire du château de Sucy-en-Brie que le Président Lambert de Thorigny se fit construire par l'architecte Le Vau, en même temps que le célèbre hôtel de l'Ile Saint-Louis.
Visite du 12 Février
Le 12 février, M. le Curé de Saint-Gervais avait bien voulu autoriser les membres de la Société et leurs familles à visiter cette église sous la conduite de M. Marcel Aubert.
Leur confrère, M. Brunold, organiste de la paroisse, a joué, sur l'orgue illustré par les Couperin, plusieurs œuvres de Louis Couperin et de Couperin le Grand, avec le concours de Mlle Merlangé pour le violon et de Mme Cuignard pour le chant.
L'ART RUSTIQUE ITALIEN
Les Tissus Calabrais
Une des raisons qui faussent, à notre avis, notre compréhension de l'Italie, c'est le peu de connaissance que nous avons de son art régional. Lorsque nous pensons à l'Italie, formes et formules de la
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Renaissance hantent notre esprit. Les Primitifs sont des « précurseurs » et la « décadence » commence au xvie siècle... Nous ignorons tout un substrat antérieur et postérieur à la Renaissance, toujours actuel, et dont la caractéristique traditionnelle semble être la sobriété.
Tissu calabrais. Coussin. Aigle à deux têtes.
Cette ignorance de l'art rustique amène nécessairement le critique d'art à des contre-sens, le psychologue à des contradictions. Il y a dans l'art « aulique, curial » de l'Italie (pour employer des termes chers à Dante) une habitude de redondance en vertu de laquelle l'étranger hostile se croit autorisé à parler du « mauvais goût italien ». Il y a, dans l'art spontané du peuple une tradition de sobriété presque schématique, de renonciation presque ascétique, de simplicité, de dignité noble illustrant peut-être mieux que toute autre chose cet instinct d'élégance de l'Italien pour lequel tant d'artistes se sont épris de l'Italie. Pour comprendre le génie esthétique de ce pays, dans sa pureté et dans sa profondeur, peut-être est-il aussi utile de remonter à ces sources limpides, qu'il l'eût été de faire lire Dante à nos grandes dames et non « le chevalier Marin ». Si différents qu'ils soient en apparence, l'art régional de la Calabre, celui de la Sardaigne, celui de la Toscanne et celui de l'Ombrie, présentent des concordances singulières et nous livrent peut-être la clef des caractéristiques non plus régionales, mais universelles de l'art italien dans ce qu'il a de plus profond et de plus élevé.
Nous dirons aujourd'hui quelques mots des tissus calabrais. Mais le choix des thèmes et les procédés d'exécution mis à part, nous parlerions des tapis sardes, des cuivres toscans ou des poteries ombriennes, que nous retrouverions la même schématisation, la même élégance précise, volontairement sèche, la même intensité, sinon le même éclat.
Chacune des trois provinces de la Calabre (Cosenza, Reggio, Catanzaro) comprend une ou deux zones où les femmes tissent des étoffes de couleurs vives et de dessins variés. Belle, noble, opulente, lourde et traditionaliste, la Calabraise apprend à tisser dès l'enfance. Elle tisse des couvertures de lit, des tapis, des étoffes de laine, de coton, de bourrette de soie et de « jinostra », c'est-à-dire de fibre de genêt. Elle a filé elle-même la matière textile ; elle l'a teinte elle-même avec des ingrédients traditionnels, inconnus des teinturiers. Elle tisse sur le vieux métier à main qu'employaient sa mère et la mère de sa mère, et dont elle meut la pédale par le mouvement presque insensible d'un pied nu, de forme classique.
Cet art si traditionnel est pourtant vivant. Les thèmes sont toujours les mêmes, mais ce n'est point là archaïsme conscient (cette simple idée fait sourire lorsqu'on a vu les ouvrières). Ces thèmes restent les mêmes parce qu'ils sont les thèmes d'une foi, d'un cœur, d'un commerce qui restent à peu près les mêmes : Saint Athanase, les Calices, la Sphère, la Trirème, les Chameaux, l'Aigle, les Coraux, la Rose de Spezzano, la Jarre, le Lis. Ils n'enchaînent pas, d'ailleurs, l'imagination inventive de l'ouvrière. C'est en toute liberté que la Calabraise fait sa composition, la divise en compartiments fantaisistes, parfois asymétriques, et, parmi les thèmes traditionnels, introduit des motifs nouveaux.
Le parallélisme de ses fils horizontaux oblige l'ouvrière à une seule chose : de la netteté, de la géométrie dans le dessin; ils ne l'empêchent aucunement de se livrer à une décoration capricieuse et toute spontanée. Cette décoration n'est point une juxtaposition, une superfétation. Idéalement et matériellement, elle est concomitante au tissage du fond. De temps en temps, tout en tissant son fond, la paysanne-artiste a une idée. Elle
Tissu calabrais. Coussin. Fantaisie.
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prend dans sa corbeille un brin de laine pourpre, habituellement la fibre rêche des genêts calabrais, un brin de laine vert; elle le sème; elle le tisse le pourpre intense de certaines laines, et l'on ne en bouclettes, en fleurettes toujours nettes et tou jours fantaisistes.
Cerzeto, petit bourg situé non loin de Cosenza, près de l'ancienne Sybaris, est remarquable par
Juliette BERTRAND.
MONUMENTS HISTORIQUES
Jura. — La ville de Dôle doit à son rôle d'ancienne capitale de la Franche-Comté d'avoir conservé plus d'un monument important dont l'Hôtel-Dieu est un des plus intéressants. Construit de 1614 à 1686, sur les plans de l'architecte J. Boyvin, il est constitué par trois corps de bâtiments qui entourent une cour centrale et qui comportent deux étages de galeries formant cloître, d'une excellente tenue architecturale. La façade sur le canal, la plus intéressante de toutes, porte la date de 1661 gravée dans un cartouche de l'élégante tourelle en encorbellement située à un des angles. Un vaste balcon de pierre à balustres carrés, soutenu par des doubles consoles, court au niveau de cet étage du monument. De larges baies rectangulaires d'une bonne proportion éclairent l'intérieur où subsistent encore les deux pièces de la pharmacie, garnies de leurs boiseries du xvie et du xviiie siècles, où s'alignent sur les rayons de curieux pots de faïence. C'est ce bel exemple de l'architecture de la première moitié du xviiie siècle qui vient d'être classé sur la demande de la commission administrative de l'hospice.
Tissu calabrais. Couvre-lit. Coqs et chameaux.
l'évolution continuelle (toujours dans le sens traditionnel, d'ailleurs) de ses tissus. L'inspiration en reste nettement orientale, spontanément, nécessairement orientale, puisque la population de l'en droit, depuis le xve siècle, est plus qu'à moitié albanaise. Les couvre-lits «nuptiaux» de Terravecchia, plus ornés, plus riches, plus compliqués, plus élégants peut-être, sont d'une tradition plus figée.
L'exposition d'Art décoratif de Monza rassemble et encourage toutes ces productions régionales, à côté des créations libres et ce rapprochement des régions et des temps nous semble appelé à donner aux artistes, aux esthéticiens, voire aux simples «esthètes», une conscience plus claire des caractéristiques trop peu remarquées, extrêmement nobles et profondes de l'art italien, qui sont beaucoup moins effacées, beaucoup moins déguisées dans l'art rustique que partout ailleurs, et transparaissent nettement sous le caprice des variations régionales.
La photographie ne nous permet pas, malheureusement, d'offrir à nos lecteurs l'or qui teint
Dôle. Hôtel-Dieu.
Haute-Loire. — La tour de l'ancien château de la famille de Mercœur, à Blesle, élève au milieu de l'agglomération de cette petite ville de montagne la curieuse silhouette de ses huit hauts contreforts qui l'a fait appeler la tour aux douze an-
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gles. Bien que modifiée à diverses reprises au cours des siècles, c'est encore un beau vestige de construction militaire du xime siècle, sans doute, qui, sans être aussi intéressante que la tour voisine de Saugues, méritait le classement.
Blesle. Tour de Mercœur.
Tarn-et-Garonne. — Beaucoup de villes de ce département ont pu conserver jusqu'à nos jours des maisons du moyen âge dont l'administration des Beaux-Arts poursuit sans cesse, vu leur rareté, la protection. A Caussade, Viollet-le-Duc avait remarqué une curieuse maison à trois étages du xime siècle qu'il a choisie comme exemple de construction de cette époque pour son dictionnaire d'architecture. Entièrement construite en briques, sauf les colonnettes des baies du deuxième étage et les sommiers des arcs, elle a subi quelques modifications au xve siècle, notamment aux fenêtres du premier étage; elle n'en valait pas moins le classement qui vient d'être prononcé et qui en assurera désormais la sauvegarde.
Marne. — On a signalé, d'autre part, la réunion récemment tenue par la Société des Amis de la Cathédrale de Reims, à la suite de laquelle son nouveau président, M. Emile Charbonneaux a fait part à ses confrères de l'œuvre déjà accomplie par la Société et des travaux qui pourront être entrepris grâce aux subsides réunis par elle.
Déjà on a pu, sur ces fonds, acquérir le mobilier nécessaire à la célébration du culte dans le bras du transept qui a été remis à la disposition des fidèles et du clergé. D'autre part, la Société a donné une large contribution pour l'installation du musée lapidaire où ont été réunis les très nombreux fragments sculptés recueillis dans les décombres par les soins de M. Deneux, l'architecte de la cathédrale, et du sculpteur attaché depuis de longues années à l'édifice, M. Ayau.
Mais la Société va pouvoir maintenant contribuer d'une manière plus efficace encore à la remise en état de la cathédrale. Ayant déjà réuni, grâce à l'activité du trésorier, M. Antony Thouret, la plus grande partie de la somme nécessaire, elle va en faire remise à l'administration des Beaux-Arts pour permettre la réfection des vitraux de la grande rose et de la galerie des Rois sur la façade occidentale. Restaurées avant guerre par les soins du peintre verrier Paul Simon, ces verrières, bien que ne datant pas de l'époque gothique, avaient été conçues dans des couleurs extrêmement heureuses qui s'harmonisaient fort bien avec l'admirable réseau de pierre qu'elles décoraient. C'est M. Jacques Simon, lui-même peintre verrier, comme son père et ses ancêtres, qui va être chargé, sous la direction de M. Deneux et de la Commission des Monuments historiques, d'exécuter pour ces baies les vitraux destinés à remplacer ceux qui ont été détruits et de rendre ainsi à cette partie de la cathédrale le décor coloré qu'exige son architecture. Si l'on considère que, d'autre part, M. Deneux a pu reconstituer et remettre en place, grâce aux fragments très nombreux qui en subsistaient, les verrières des deux grandes fenêtres proches du transept, que d'autres encore seront restaurées petit à petit, on peut entrevoir le moment où Notre-Dame de Reims retrouvera en partie l'éclat incomparable de ses verrières. La Société des Amis de la Cathédrale, en
Cl. Mon. historiques
Caussade. Façade de maison, xiii° siècle.
joignant ses efforts à ceux de l'Etat lui-même et du généreux donateur américain, M. Rockefeller, aura droit à la reconnaissance de tous ceux qui veulent voir revivre ce grand chef-d'œuvre de notre art du moyen-âge.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et Dessins
A partir du 4 mars, seront exposés dans les salles consacrées habituellement à ces manifestations, sur la rue de Rivoli, un ensemble de dessins et d’aquarelles de Barge, Delacroix et Géricault, offerts par Léon Bonnat, de son vivant, au Musée de Bayonne.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
Dans le cours de ces derniers mois le Musée des Arts Décoratifs s’est enrichi de dons et de legs importants.
Le nom de M. David Weill doit être inscrit auprès de ceux des plus grands donateurs du Musée. Après avoir donné cette magnifique série d’émaux cloisonnés de la Chine, dont il a été parlé ici même, il vient encore plusieurs fois de montrer sa générosité.
Il a offert au Musée deux tableaux d’Ingres, signés et datés de 1845, représentant, l’un La Reine Marie-Amélie et l’autre La Duchesse d’Orléans, figurées de profil en imitation de bronze sur fond d’or. Ces curieux portraits sont très probablement des décorations; ils ornaient peut-être quelque dessus de porte du château de Neuilly ou du château d’Eu.
A la restrospective du Siège organisée à l’occasion du concours David Weill, on a pu remarquer deux chaises qui venaient d’être données au Musée par le collectionneur: une chaise Restauration en citronnier, au large dossier sculpté formant draperie, intéressante à rapprocher de certaines œuvres modernes, et une autre, d’une époque plus tardive (vers 1835), portant, avec la marque de Jacob Desmalter, celle du château de Neuilly. Ce dernier siège, en acajou garni de cuir est un des plus élégants types Louis-Philippe que nous connaissons; n’est-il pas rare aussi de rencontrer cet encadrement de rais de cœur en cuivre autour du dossier et du coussin?
Avec le modèle d’une poignée d’épée finement ciselée au chiffre de Louis XVIII, fabriquée par Cahier et Manceaux, d’un type qui devait servir à quelque officier de la Maison du Roi, M. David Weill a encore donné quelques beaux bronzes d’amiablement Louis XV et des passants de crémone Louis XVI, ainsi qu’un album de Dugourc qui sera conservé à la bibliothèque.
J.-Ch. Dugourc (1749-1825), quoique son nom ne soit pas aussi familier au public que ceux de Delafosse ou de Prieur, est un des artistes décorateurs les plus importants de la fin du xviie siècle et du début du xixe. Il a travaillé régulièrement pour le comte de Provence; beaucoup de belles étoffes tissées par la maison de Pernon de Lyon
Cl. Giraudon
Chaise de Jacob Desmalter (1835).
(Musée des Arts Décoratifs)
(aujourd’hui Tassinari et Châtel) sont de son invention. Pendant la Révolution il se mit au service du roi d’Espagne; sous la Restauration il a donné le dessin d’un grand nombre des tapisseries de Beauvais et des tentures exécutées pour Louis XVIII. L’album, qui vient d’entrer aux Arts Décoratifs, est un recueil de mobiliers destinés à Madame Elisabeth et au futur Louis XVIII, datant de 1790: on y remarquera spécialement un salon où des personnages de vases grecs, rouges sur fond noir ornent les dossiers des fauteuils et la frise qui couronne le mur. Ce recueil, qui renferme aussi des dessins de Grognard et de Meunier, avait été formé par Sir Richard Wallace.
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On vient de placer dans le salon de la chinoise-
rie au xviiie siècle, sous les lâques à fond rouge
de l'hôtel du Châtelet et auprès de la commode
de Migeon, un très beau fauteuil signé J.-B. Cres-
Cl. Giraudon
son, donné par M. P.-H. Rémon. Le bois en est
peint de deux tons de vert qui sont en harmonie
avec la tapisserie qui le recouvre, tapisserie au
point à décor chinois dans le goût de Pillement.
Il y a eu plusieurs ébénistes du nom de Cresson,
De Jean-Baptiste Cresson on ne connaît guère que
des sièges; il travaillait au milieu du xviie siècle
et était installé rue de Cléry.
Le legs de Mlle Reubell se compose principale-
ment de faïences du Midi à décor de fleurs sur
fond jaune qui remplissent toute une vitrine de
la grande salle du xviie siècle, au premier étage.
On a fait de ces faïences à Montpellier, mais
aussi un peu partout dans le Midi de la France et,
comme elles ne portent en général pas de marque,
il est difficile de distinguer les différentes fabri-
ques. Cependant celles de Marseille sont d'une
peinture plus délicate et d'un coloris plus varié;
plusieurs pièces de la série en proviennent vrai-
semblablement: une petite tasse à décor chinois
sur fond très clair est signée de Jean Borelli;
l'aiguière, que nous reproduisons, peut être attri-
buée à Fauchier.
Nous signalerons encore dans ce legs des porte-
perruques en Nevers, un grand plat et son cou-
vre-plat en Savone à décor bleu et vert de style
chinois, un canapé en bois peint de la fin du
xviiie siècle, du nord de l'Italie, une barbe en
point d'Angleterre et enfin une collection de fixés
sur verre français ou étrangers. Comme ces fixés
reproduisent souvent des gravures connues et qui
ont circulé partout, on a de la peine à définir
leur provenance; notons seulement que cet art
était très répandu en Allemagne, en Suisse et
dans l'Italie du nord.
La collection de porcelaines tendres de Saint-
Cloud du Musée est une des plus complètes qui
soient. Cependant les deux tasses à décor de qua-
drillages de deux tons de vert séparés par des
fleurons, que M. Adolphe Lion vient d'offrir, n'a-
vaient pas leur équivalent dans les vitrines. Ce
sont des spécimens extrêmement rares. M. Lion
a donné en même temps une théière en Vincen-
nes, blanche avec des branches de pommier en
relief.
On doit à M. Chevalier toute une série de bi-
joux de Wiese, exécutés de 1897 à 1923, inspirés
de l'antique et de la Renaissance; à Mlle Cérrette
Meyer différents objets du xvie au xviiie siècle.
Celle-ci a, en outre, déposé au Musée une impor-
tante collection de bagues datant du xvie au xixe
siècle.
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La très riche collection de bijoux du xixe siècle donnée par M. Vever fera l'objet d'une note spéciale.
Marcel Weber.
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Le 26 février, s'est ouverte au Musée l'Exposition annuelle d'art décoratif moderne qui comprend cette fois, outre l'exposition rétrospective du ferronnier Emile Robert, dont nous avons déjà parlé, une réunion d'ensemble des œuvres du ciseleur Brateau, de l'orfèvre Rivaud et du décorateur Eugène Gaillard, plus une exposition d'aquarelles et de compositions diverses de l'architecte Tony Garnier, ainsi que des soieries d'Henry Créange, éditées par Cheney Brothers (U. S. A.) d'après les ferronneries d'Edgar Branlt.
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
MM. Paul et Franck Haviland et M. Ch. Vignier viennent d'offrir au Cabinet des Estampes une très belle épreuve du premier état du Crépuscule au bord de la mer, de Choki.
Cette estampe, représentant une jeune femme qui contemple de son jardin un magnifique coucher de soleil dans la mer, est une des plus intéressantes de l'artiste. Dans cette gravure, l'élève de Sekiyen et d'Outamaro nous apparaît complètement libéré des influences de ses deux maîtres; nous retrouvons le type de femme à l'expression pensée et comme lassée qui lui est cher; nous remarquons aussi ce coloris sombre et profond qui ajoute tant de poésie à certaines de ses planches et font du maître des Lucioles un des peintres les plus séduisants du Japon.
M. Charles Vignier a également donné à la Bibliothèque quatre belles estampes d'Outamaro, dont La femme aux iris, et une très belle estampe de Kiyonaga. Ces dons, qui viennent s'ajouter au très important legs de M. G. Marteau, sont un précieux enrichissement pour le fond d'estampes japonaises du Cabinet des Estampes.
P.-A. L.
MUSEE LAPIDAIRE DE BORDEAUX (1)
Le Musée lapidaire de Bordeaux est installé, depuis 1893, au rez-de-chaussée de la bibliothèque municipale. A dire vrai, c'est le seul musée ancien qui soit convenablement aménagé. Les autres col-
(1) Nous avons annoncé, dans le n° du 17 février (p. 35), que M. D. Astruc avait été récemment nommé administrateur des Beaux-Arts de la ville de Bordeaux et conservateur du Musée d'Art ancien. Renseignements pris, cette information est de tous points inexacte. Le conservateur des Musées archéologiques et d'art ancien de la ville de Bordeaux est notre collaborateur M. Paul Courteault, professeur à la Faculté des Lettres.
lections, actuellement dispersées aux quatre coins de la ville, attendent qu'on les loge dans le bel hôtel du xvme siècle, qui doit les recevoir.
On sait que le Musée lapidaire de Bordeaux contient une collection gallo-romaine remarquable. C'est, à cet égard, l'un des plus beaux de France. Cette collection s'est enrichie, depuis deux ans, de pierres extraites du mur d'enceinte romain à l'occasion des travaux d'agrandissement de la Bourse. Des fragments de corniche sculptés et décorés de masques humains ont été disposés sur un portique formé d'éléments antiques.
Tout récemment, le Musée a acquis trois monuments funéraires et une belle tête en marbre blanc qui provient de la célèbre collection formée au xve siècle, par le conseiller au Parlement de Bordeaux, Florimond de Racmond, et qui a été retrouvée dans le sol au hasard d'une fouille. D'autre part, la collection médiévale a acquis un écuscson aux armes de la ville, de l'époque anglaise (xive siècle), et, tout récemment, une charmante tête de statue de femme, en pierre, du xme siècle, provenant de l'église du premier couvent des Jacobins, dont des débris du cloitre gothique ont été aussi mis au jour à l'occasion de la plantation d'arbres aux allées de Tourny.
MUSEE ARCHÉOLOGIQUE DE NIMES
La Conservation des Musées archéologiques de Nimes signale à l'attention des amateurs et conservateurs de musées le vol récent, après forcement d'une vitrine, de deux objets antiques. L'un est une pierre d'apparence gnostique, figurant, de façon très grossière, un personnage barbu, accompagné de la légende Belenos, en caractères grecs. Cette pierre est sortie dans une lame d'argent dont les bords repliés sont découpés en dents de scie. L'autre objet est une chaîne-ceinture de bronze, trouvée à Nages et figurée par Déchelette à la page 999 de la troisième partie de son Manuel, consacrée au second âge du fer ou époque de La Tène. La conservation des Musées de Nimes serait heureuse d'être avisée de toute offre de vente qui pourrait être faite de ces objets.
SOCIÉTÉ DES AMIS DES MUSÉES DE LA VILLE DE STRASBOURG
La Société, dont nous avions annoncé la fondation l'an dernier, a organisé cet hiver plusieurs conférences au Musée alsacien, au Musée des arts décoratifs, au Musée historique, par MM. Ad. Riff, Hans Haug, et Th. Ungerer, et elle envisage pour les mois d'avril et de mai des excursions artistiques et archéologiques à Rosheim, Molsheim, Avolsheim, Sélestat, Colmar, etc.
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LE MUSÉE DE BAGNÈRES-DE-BIGORRE
Autrefois, livres et tableaux se trouvaient installés à l'établissement thermal; mais un beau jour l'administration ayant eu besoin de s'étendre, expulsa le musée. Celui-ci s'en fut chercher asile, à deux pas de là, dans la villa Théas qui s'adosse au pied de la montagne; il y occupe trois salles bien éclairées, auxquelles conduisent de rustiques escaliers de pierre grimpant parmi des jardins. Toutefois, comme ce n'est là qu'une situation d'attente, on a utilisé au mieux la surface libre des murs sans trop s'occuper d'un classement méthodique. De cette disposition résulte, on s'en doute, un certain pittoresque dont on prendrait assez facilement son parti si l'on pouvait du moins espérer prochaine une installation définitive.
Le musée, qui s'est enrichi depuis lors des envois de l'Etat, fut constitué au milieu du xixe siècle par Achille Jubinal, professeur de lettres à l'université de Montpellier, qui a laissé une bonne édition de Rutebeuf. L'école italienne est représentée par quelques peintures tirées en grande partie du fonds Campana. En premier lieu viennent les primitifs, un Saint de l'ordre de Saint-François, que l'on donne à Masolino da Panicale, et un beau Saint Eloi de Taddeo Gaddi, d'une piquante naiveté, qui a conservé le flamboiement de ses ors et l'éclat de ses tonalités. Des Vénitiens, voici d'abord une Vierge avec l'Enfant Jésus du Schia-vone, puis un Mariage de Sainte Catherine, malheureusement accroché en mauvaise place, du Tin-toret et une Descente de Croix attribuée à Titien.
Annibal Carrache nous apparaît avec une Madeleine au désert et une Education de l'Amour d'après le Corrège. Auprès d'Annibal Carrache s'était formé l'Albane dont ce musée possède l'Enlèvement d'Europe et Thétis fendant les ondes. A côté des images gracieuses de ce maître nous retrouvons la force du précédent dans le Saint Paul du Guerchin. Citons aussi la Mort de Penthésilée par Salvator Rosa, Saint Romuald d'Andrea Sacchi et l'Union du Tibre et de l'Abondance de Luca Giordano.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le musée ne possède que des copies ou des anonymes de l'école espagnole; il est mieux pourvu d'œuvres hollandaises ou flamandes: les plus dignes d'être notées sont une Vue de Hollande de de Vries et de Jordans un Bambino, puis de Téniers un Intérieur d'Aubergz, de Van der Neer un Clair de lune, de Wouwerman La Halte.
L'art français, enfin, compte ici quelques bonnes pièces. Notre attention va d'abord aux portraits où se reflètent à la fois la physionomie des individus et celle des époques. Philippe de Champagne vient en tête avec Charles Patu, curé de Saint-Martial de Paris; la toile n'est pas en bon état, mais par bonheur le visage est intact. Deux œuvres de Pierre Mignard représentent, l'une, un inconnu, l'autre Madame de Graffigny, puis ce sont deux pastels d'hommes généreusement donnés à La Tour, mais sur l'authenticité desquels il y a lieu de faire des réserves.
Avant de quitter le xvime siècle, considérons une Etude d'homme attribuée à Watteau, provenant de la collection La Caze et un tableauin de Joseph Vernet: Port de mer au soleil couchant; puis entrons dans le xixe avec Théophile Fragonard (Angelo, tyran de Padoue) et Horace Vernet (Un café à Constantine). Parmi les autres toiles, assez nombreuses, signalons de Chassériau une étude pour une de ses peintures murales de Saint-Philippe-du-Roule: Saint François-Xavier baptisant les Indiens, puis: Schnetz (Jeune fille d'Albano), Verdier (Mademoiselle de Sombreuil), Dehodenecq (La Justice du pacha), J.-A. Breton (Le Ruisseau), et surtout Jongkind (Vue des Tuileries et du Pont-Royal et La Fabrique, effet de clair de lune).
Des dessins, gravures, lithographies et quelques objets d'art complètent cette galerie qui dans sa modestie même, continue de maintenir en une ville éloignée des grands centres le culte de la beauté et le sens de la vie. Et, assurément, est-ce dans cette pensée qu'Achille Jubinal la légua à ses compatriotes, sans se douter qu'un jour il aurait droit également à la reconnaissance des étudiants étrangers, en général assez friands d'art, qui viennent, chaque année plus nombreux, suivre les cours de vacances créés à Bagnères par l'Université de Toulouse; c'est en vue de ceux-ci, en particulier, qu'il serait utile et convenable que la municipalité de Bagnères fit l'effort nécessaire pour enrichir son musée de pièces représentatives, voire de reproductions instructives et pour classer au mieux celles qu'elle possède déjà.
René GOBILLLOT.
UN MUSÉE D'ART DÉCORATIF A CALAIS
En dehors du Musée de la place d'Armes, on compte installer prochainement à Calais, dans une partie des locaux occupés par l'Ecole des Arts Décoratifs, des collections d'art appliqué et principalement de dentelles, ainsi que le commandent les préoccupations de l'industrie locale. L'Union centrale des Arts Décoratifs a promis de déposer au nouveau Musée quelques séries de pièces qu'elle possède en double et on ne doute pas que les libéralités particulières ne contribuent à son enrichissement rapide.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
BELGIQUE
Acquisitions récentes du Musée d'Anvers
Le Maître de la légende de Marie-Madeleine Rik Wouters, Evenepoel
Dans l'école de Bruxelles entre la mort de Roger Van der Weyden et les premières œuvres de Bernard Van Orley, se placent quelques maîtres intéressants pour l'histoire de l'art; parmi ceux-ci l'on compte le maître de la légende de Marie-Madeleine.
Il fut ainsi dénommé par Friedländer, qui avait dressé une première liste des œuvres pouvant, d'après des rapports techniques, être attribuées à un même artiste travaillant dans la région de Bruxelles, à l'extrême fin du xve siècle ou dans le premier tiers du xvie; ces œuvres se groupaient autour de peintures où figurait la sainte avant ou après son repentir.
Le Musée d'Anvers a reçu tout dernièrement comme don de la société Artibus Patriae un panneau (1) qui vient fort heureusement s'ajouter au catalogue des productions qui pouvaient, jusqu'à ce jour être attribuées au maître de la légende de Marie-Madeleine et qui se montaient au nombre d'une quarantaine.
C'est une Sainte-Famille réunie dans un intérieur qui dérive visiblement des compositions du maître de Flemalle et de Roger Van der Weyden dans sa jeunesse. Nous avons là une particularité de notre peintre dont le petit triptyque du Musée de Bruxelles (Triptyque du Quesnoy no 555) reproduit presque fidèlement le groupement, la chambre et l'aménagement de l'Annonciation de Van der Weyden au Louvre (no 2.202). Cette persistante influence des maîtres primitifs de l'école de Bruxelles jusque bien avant dans le xvie siècle méritait d'être signalée une fois de plus.
On ne cherchera pas dans le tableau d'Anvers une perfection de dessin et une originalité qui dépasseraient les facultés de l'artiste, mais on reconnaîtra à ce dernier un don certain pour rendre l'intimité et le charme. Du même maître nous connaissons en Belgique, en dehors des deux tableaux cités une Vierge entre deux Saintes dans la collection Mayer van den Bergh d'Anvers (2) et quelques scènes de la légende de Saint Rombaut à la cathédrale de Malines, exécutées en collaboration avec le maître du retable d'Orsoy.
(1). Chêne h. $0^{m}63 \times 1$ . $0^{m}58$ , acquis de M. Streus en novembre 1924.
(2). Voir Gaz. des Beaux-Arts, Juillet-Août 1924.
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Le nouveau panneau d'Anvers complète nos connaissances sur le développement de l'Ecole Bruxelloise dans le premier tiers du xvie siècle (1).
Ajoutons que l'Art moderne Belge n'est pas négligé au Musée d'Anvers; parmi les nouvelles acquisitions il faut tout particulièrement citer La Repasseuse de Rik Wouters qui date, croyons-nous,
de 1912 et représente un des derniers efforts et un des derniers résultats de l'Impressionnisme déjà tout prêt à disparaître. C'est une page lumineuse et gaie, d'une couleur toute ensoleillée obtenue par l'extrême division de tons clairs, roses, jaunes et bleus. Aussi d'Henri Evenepoel une esquisse pour Le Dimanche au Bois de Boulogne qui montre une fois de plus par ses qualités picturales et ses masses solides combien le jeune peintre (mort en 1899) était en avance sur son époque.
Le Musée d'Anvers, déjà célèbre par ses précieux chefs-d'œuvre de peinture ancienne, devient peu à peu l'un des centres les plus importants
(1) Sur le Maître et la Légende de Marie-Madeleine, voir entre autres : Friedländer. Repert. für Kunstwiss. t. 23 (1900) p. 256 et t. 26 (1903) p. 165.
Hulin de Loo. Catal. crit. Bruges 1902 nos 174, 282, 283.
S. Reinach. Repert. de peint. t. IV p. 484 et t. VI, p. 85 et 184.