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2e Année. — Numéro 2
15 Janvier 1924
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
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A PROPOS DES SALONS DE 1924
Nous voici à quelques mois de l’ouverture des Salons de printemps, et les tiraillements qui s’étaient produits l’an passé entre les artistes ne paraissent guère calmés. L’administration des Beaux-Arts, sollicitée de divers côtés, garde une expectative prudente et se réserve sans doute encore pour les décisions de la dernière heure.
Les Indépendants, qui devraient être prêts les premiers, sont en rumeur au sujet de la division des salles du Grand Palais entre artistes français et artistes étrangers, qui fut projetée par le Comité et qui paraît d’ailleurs assez raisonnable, si le partage est fait avec l’équité et la courtoisie nécessaires. Mais des bruits de démission et même de scission ont couru et les discussions vont leur train.
Les dissidents du Salon des Tuileries ne semblent pas avoir fait amende honorable. Le « Salon unique » qu’ils nous avaient promis et qui ne fut qu’un Salon de printemps supplémentaire, où les éléments du Salon d’automne dominaient, sera certainement encore cette année une chimère, malgré l’adhésion promise, parait-il, de quelques transfuges notoires du classique Salon des Artistes Français. La grosse question qui se pose pour ce groupement nouveau est celle du local. Les engagements formels pris contre le renouvellement de l’en-vahissement des Tuileries tiendront-ils devant l’attaque de ces errants dont les uns sont illustres et officiels, les autres ardents et combatifs ?
La logique voudrait que l’Etat dit aux artistes: « Vous n’êtes pas plus nombreux que les années précédentes, vous êtes autrement groupés; partagez-vous ou laissez-moi vous partager les seuls locaux dont je dispose, en l’espèce le Grand Palais. » Mais les beati possidentes, Artistes Français et Nationale, ennemis aujourd’hui coalisés, sans accord bien profond du reste, sinon contre l’en-vahisseur du dehors, ne se laisseront pas faire aisément.
Ils ont vu d’assez mauvais œil l’introduction officielle, comme un coin entre leurs deux Salons, de celui des Artistes Décorateurs, qui réussit l’an passé à se glisser au Grand Palais, dans des locaux médiocres et sacrifiés, sans entrée convenable et accueillante au public. Vaille que vaille, et avec de gros sacrifices d’argent, les Décorateurs tirèrent parti de ces boyaux obscurs et disloqués. Ils se sentent le vent en poupe; l’avenir presque immédiat de 1925 leur appartient. Ils doivent se maintenir au Grand Palais et y « aménager » plus convenablement leurs positions; tout le monde, aussi bien au ministère que dans les milieux industriels et syndicaux, que dans le public même, est prêt à leur donner raison. La porte d’angle de l’avenue Nicolas et des Champs-Elysées, qui est d’un faible secours aux Artistes français, leur est nécessaire et une superficie convenable doit être donnée à leur exposition préparatoire à la grande manifestation de 1925. Si l’administration reprend (et elle en a le droit) les salles éclairées sur le Cours la Reine, des salles équivalentes sur les Champs-Elysées devraient faire compensation et arrondir le domaine des Décorateurs, qui s’en trouvera un peu amélioré. Ils représentent aujourd’hui un ensemble homogène d’efforts et d’esprits cohérents, en pleine activité : la vieille Société des Artistes français, qui a toujours été si peu sympathique aux tendances dont ils se réclament, serait mal venue à vouloir élargir aujourd’hui son cadre pour les absorber à la dernière heure.
Seules les deux anciennes Sociétés qui se défendent sur leurs positions ont donc l’esprit tranquille, du moins pour cette année. La Nationale même, saignée à blanc par les départs de l’an dernier, a reconstitué son bureau et fait bonne contenance. Mais le souci de l’exposition des Arts Décoratifs, qui accaparera le Grand Palais tout entier pendant un an, commence à les préoccuper. Où se feront les salons de 1925 ? Le plus simple serait peut-être de n’en pas faire. Mais les comités se sont déjà prémunis contre cette hypothèse, sui-
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vant eux, désastreuse; des crédits ont été promis sur le budget de l'Exposition, l'on se demande encore si celle-ci acceptera toutefois, en une annexe un peu lourde, la collaboration de tous ces décorateurs improvisés, avec leurs tableaux et leurs statues, leurs aquarelles et leurs miniatures, ou si elle les laissera aller camper quelque part sur les fortifications, à Neuilly ou à Boulogne.
NOUVELLES
- Cartes d'entrée dans les Musées. — La validité des cartes délivrées pour l'année 1923 sera prolongée pour 1924, par une mention spéciale qui y sera apposée. Les détenteurs peuvent passer à la Direction des Beaux-Arts tous les jours de janvier, de 10 h à midi. S'ils font partie d'une société ou d'un groupement quelconque, les directeurs ou présidents doivent centraliser ces demandes de renouvellement.
- Société française d'archéologie. — Le Conseil d'administration de la Société a désigné pour succéder à M. Eugène Lefèvre-Pontalis comme directeur de la Société, notre collaborateur M. Marcel Aubert, conservateur adjoint au Musée du Louvre.
- Au Musée de l'Armée. — Le général de brigade Mariaux, de la section de réserve, commandant l'institution nationale des Invalides, a été nommé directeur du Musée de l'Armée, en remplacement du général de brigade Malleterre, décédé.
- Exposition Degas. — Une importante exposition de peintures et dessins de Degas est annoncée pour ce printemps à la Galerie Georges Petit, au bénéfice d'une œuvre charitable. Les organisateurs principaux sont MM. Marcel Guérin, P.-A. Lemoisne et Rouart.
- Une Exposition française à Copenhague. — Sous le patronage de la Direction des Beaux-Arts et du gouvernement danois, une exposition d'art français contemporain est projetée pour le mois d'octobre prochain, à Copenhague. C'est le sculpteur Lamourdiedieu qui a reçu la mission de réunir les œuvres d'art qui seront envoyées, à cette occasion, en Danemark.
- Une exposition d'art américain-latin au Musée Galliéra. — Les sections de L'Académie internationale des Beaux-Arts et de la Maison de l'Amérique Latine se sont réunies en assemblée plénière, le 13 décembre dernier, sous la présidence de MM. Pedro Osorio et Francis Casadesus, pour préparer la réalisation de l'Exposition officielle d'art américain-latin et des concerts, qui auront lieu au Musée Galliéra, du 14 mars au 15 avril 1924, sous les auspices de la municipalité de Paris.
- Les « Prix du Salon » à Strasbourg. — Une intéressante exposition organisée par l'Association des Prix du Salon et des Boursiers de voyage s'est ouverte à Strasbourg, le jeudi 30 décembre, au Palais du Rhin, qui devient de plus en plus un Palais d'art et de démonstrations artistiques. D'ailleurs l'Institut d'Histoire de l'art, et la nouvelle Ecole d'architecture régionale sont installés dans une partie du premier étage. L'autre partie est réservée pour les expositions, et chaque fois aménagée et appropriée, par des cloisons improvisées à ce qu'elle doit encadrer. On sait le goût sûr de M. Danis, pour ces mises au point.
Cette nouvelle exposition, la septième en moins de quatre ans, a été mise en valeur aussi heureusement que les précédentes. Inaugurée par M. Alapetite, M. Charlety, M. Raymond Kocchlin, M. Paul Boeswillwald, accompagnés de M. Roger-Bloche, vice-président de l'Association, de M. Many Benner, qui organisa l'expedition des envois, de M. Danis, directeur des Beaux-Arts en Alsace, et de M. Patriarche, architecte du Palais, l'exposition charma les nombreux invités, pour la plupart desquels les œuvres exposées étaient nouvelles. Il fut intéressant de voir là rassemblées des toiles ou des sculptures dues à des artistes aussi différents que Cormon, Rochegrosse, Guinier, Morisset, Bergès, Mlle Chaplin, Mlle Delasalle et tant d'autres, Fouqueray et Friant, Deully et Desch, Muenier, Selmy, Zo, Mlle Thil, etc., pour la peinture; et, en sculpture, Gardet, Max Blondat, Eugène Bourgoin, Jeanne Itasse, André Lenoir, Raymond Sudre, (ces deux derniers fort remarqués) etc. L'exposition sera ouverte jusqu'en février.
S. R.
- Fouilles archéologiques en Bourgogne. — Un instituteur de Pont-les-Champêtres (Côte-d'Or), a fait au Pré-Bouley, des fouilles, dont il a communiqué récemment les résultats à la Commission des antiquités de la Côte-d'Or. Sous les vestiges d'une villa gallo romaine avec des murs en pisé et une toiture de tuiles, il a retrouvé à l'étage inférieur des restes de cabanes gauloises, notamment celle d'un forgeron avec divers outils, vases et ornements.
NÉCROLOGIE
- Le 3 janvier, Ernest Babelon a succombé à l'âge de 69 ans.
Cette mort est une perte considérable pour l'archéologie et la numismatique, en particulier. Membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, professeur au Collège de France, conservateur du Cabinet des Médailles, associé de nombreuses académies étrangères, ERNEST BABELOn avait acquis dans le domaine de ses études une autorité incontestée.
L'œuvre qu'il laisse est des plus vastes. Sans parler des multiples articles qu'il donna aux revues savantes et des communications qu'il faisait fréquemment à l'Institut, nous noterons son Traité des monnaies grecques et romaines, son livre sur les Origines de la monnaie, son remarquable Guide au Cabinet des Médailles et Antiques, ses ouvrages de vulgarisation comme la Gravure en pierres fines et son Manuel d'Archéologie orientale. Enfin, nous mentionnerons sa part de collaboration à la Description de l'Afrique du Nord et au Recueil général des monnaies de l'Asie Mineure.
Comme conservateur du Cabinet des Médailles, il avait eu la joie d'inaugurer, pendant la guerre, les nouvelles salles de la Bibliothèque nationale où ces magnifiques collections, qu'il avait si passionnément étudiées, trouvaient le cadre somptueux qui leur convenait.
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Peintre, graveur, mais, avant tout, dessinateur incomparable, PAUL RENOUARD est mort le 2 janvier, dans sa 79e année. Élève de Pils, puis son collaborateur pour le plafond de l'Opéra, il avait bientôt délaissé la peinture pour n'y revenir qu'occasionnellement. Observateur attentif de la vie contemporaine, il en notait, avec une virtuosité exceptionnelle, les divers aspects en des dessins que reproduisirent le Graphic, puis l'Illustration.
Ses croquis du procès de Rennes (1899), ses albums sur l'Exposition de Paris en 1900, sur celle de Liège en 1905, son recueil de planches sur la guerre de 1914-1918 dominent sa production innombrable.
M. LÉON HORNECKER, artiste peintre, président de la section des « Alsaciens-Lorrains au Salon d'hiver », médaillé de la « Société des Artistes Français », a succombé, le 8 janvier, dans sa soixantième année, à Paris.
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ACADÈMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Séance du 21 décembre.
M. Sénart continue sa lecture sur les antiquités de Djelalabad.
M. Cl. Huart communique deux notes, l'une sur des monuments berbères du Maroc, dessinés par le Dr André Paris, l'autre sur une statue de la Vierge à l'Enfant, jouant avec un oiseau, qui se trouve à l'église de Saint-Augustin, à Mayence.
Une lettre de M. Montet sur les fouilles de Byblos, annonce qu'en procédant à l'ouverture de la tombe no 4, il a constaté avec une désagréable surprise que cette tombe a été violée à une époque récente. Les voleurs, qui ont emporté tout ce que contenait le sanctuaire, ont laissé, comme carte de visite, des fragments de papier d'emballage et d'un numéro d'un journal anglais portant la date de 1851. Il reste quelques débris d'un vase brisé. M. Montet pense qu'il n'y aurait rien d'impossible à ce que l'on retrouvât une partie des objets volés dans quelque musée d'Angleterre.
Séance du 28 décembre.
Une nouvelle lettre de M. Montet, sur les fouilles de Byblos, et notamment sur la tombe no 5, où une très ancienne inscription phénicienne a été relevée sur les parois du puits d'accès.
Séance du 4 janvier
M. Delaborde prend place au fauteuil présidentiel, assisté de M. Langlois, vice-président.
La correspondance apporte une lettre de M. Montet, directeur des fouilles de Byblos, qui annonce qu'il a pénétré dans la tombe no 5 récemment découverte. Il y a trouvé un sarcophage, qui fut violé anciennement, mais qui garde encore des détails fort précieux, notamment une inscription très nette et très lisible, en caractères phéniciens du style de celle qui fut recueillie sur la stèle de Mésa, mais de quatre siècles au moins plus ancienne. Des sculptures, des peintures très bien conservées ornent la salle funèbre.
Séance du 11 janvier
Lecture est donnée d'une lettre de M. Montet qui annonce avoir trouvé un troisième sarcophage dans le caveau qu'il a récemment mis au jour à Byblos et qui donne de nouveaux détails sur l'inscription d'une dédicace funéraire en caractères araméens et non phéniciens dont il avait été question précédemment.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 29 décembre.
M. Widor lit un rapport sur la Casa Velasquez de Madrid. Dotée maintenant de 3.500.000 francs par le Parlement, de 400.000 francs provenant de l'État, de la rente de 10.000 francs que le maréchal Lyautey lui a fait attribuer sur le budget marocain, ainsi qu'un pavillon à Fez, enfin de 700.000 francs offerts par divers souscripteurs, la villa Velasquez est en voie d'achèvement sur le terrain que donna naguère le roi d'Espagne. C'est l'architecte français Chiffiot qui en dirige les travaux.
Société Nationale des Antiquaires de France
Séance du 19 décembre
M. Mayeux présente trois petits monuments funéraires appelés : Oradours, existant encore à Bassignac-le-Haut, Darnetz et Ligneirac, en Corrèze, et datant de 1450.
M. Jean Babelon, au nom de M. Duquenoy, de la commission historique du Pas-de-Calais, entretient la Société de neuf médailles d'or, découvertes à Beaurains, près Arras, en 1922, et dont la plus remarquable commémore l'entrée de Constance Chlore à Londres, en 206 de notre ère.
M. le chanoine Clément fait connaître un triptyque peint en 1605, pour une famille très importante de Moulins, la famille Aubry et conservé dans la cathédrale de cette ville.
M. Michon montre la photographie d'une tête de diadumène, provenant de l'abbaye de Vauluisant (Yonne), récemment légué au musée du Louvre par le docteur Lorne.
Séance du 26 décembre
M. Max Prinet présente un pyxide eucharistique en laiton à inscription paraissant dater du xixe siècle.
M. Enlart, à propos d'une publication récente, donne des renseignements sur treize cloches découvertes à Bethléem, d'origine européenne et apportées vraisemblablement en Terre Sainte sous Innocent IV.
M. Martroye étudie l'organisation des collèges chargés au Bas-Empire de services charitables et qui, fournis à l'Eglise par les corporations urbaines, étaient rangés parmi les clercs dont ils avaient le privilège.
Monseigneur Batifol signale à ce sujet une inscription du vii siècle de l'église d'Ephèse.
M. Dimier montre que Mathieu Beaubrun, ancêtre des peintres de ce nom n'était pas peintre comme on l'a cru.
Séance du 9 janvier
M. Marquet de Vasselot, président sortant, lit le discours d'usage. M. le comte de Loisne, président élu, donne ensuite lecture des paroles qu'il a prononcées, au nom de la Société, aux funérailles de M. Ernest Babelon, membre honoraire. La séance est levée en signe de deuil.
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Société de l'Histoire de l'Art français
Séance du 4 janvier
M. Réau reconstitue l'histoire du Faune au chevreau de Saly (1750) dont on a perdu les traces, puis signale, dans une collection particulière, un buste de femme, dû à Houdon, inconnu jusqu'ici, la Comtesse du Moutier II précise la date et le lieu de naissance du peintre Hilair, né en 1753, à Audun-le-Tiche, près Metz.
M. Vitry étudie un buste de Voltaire, par Corbet, conservé dans la collection Delacre, à Gand, puis présente et commente un album de croquis dus au sculpteur Chaudet, album récemment acquis par le Louvre.
M. Dimier montre Percier et Fontaine utilisant pour la salle des Cariatides du Louvre, des fragments de sculpture Renaissance provenant de l'ancien hôtel d'O. M. Dimier signale trois peintures de l'époque Henri IV, dues à Voltigeant et à d'Hoey; il démontre enfin qu'un Bacchus et Ariane, récemment vendu, œuvre de Simon Vouet, a fait partie de la décoration du château de Chilly (1631).
LE CENTENAIRE DE GÉRICAULT A ROUEN
Le Comité, qui s'était constitué à Rouen pour commémorer dignement le centenaire de Géricault, se trouve, pour des raisons purement matérielles, obligé d'ajourner l'exposition projetée et les manifestations qui devaient en marquer l'inauguration.
Les aménagements nouveaux, qui avaient été prévus, ainsi que les travaux nécessités par une meilleure et définitive présentation de la totalité des œuvres du maître appartenant à la Ville, ne pourraient pas être prêts à la date primitivement fixée au 26 janvier, jour précis de l'anniversaire.
L'idée, cependant, demeure entière, et sa réalisation se poursuivra le plus rapidement possible. L'intérêt en sera grand, puisqu'elle permettra de voir dans un jour favorable, groupées par ordre chronologique — autant que possible — toutes les lithographies de Géricault; un nombre considérable de dessins, enfin un ensemble de peintures, qui n'ont jamais, jusqu'ici, fait l'objet d'études approfondies.
Nous n'en voulons d'autre exemple parmi les œuvres picturales, que celui donné par une petite toile acquise par le Musée en 1901 (Cat. du Musée de Rouen, no 1365), qui jusqu'ici était connue sous cette simple dénomination: Tête d'Homme (étude); attentivement examinée, elle nous a paru être le portrait de l'artiste par lui-même.
Parmi les dessins d'un caractère si expressif, on pourra faire aussi, et en combien plus grande quantité ! d'intéressantes confrontations; c'est ainsi que le très beau dessin à la plume qualifié jusqu'ici les Océanides (M.R. no 1395), deviendra une étude pour une Scène du Déluge. On sait que Géricault a traité cette composition en peinture. Les Hommes au bord de la Mer seront reconnus comme appartenant à la suite des dessins du Musée de Lille, etc...
Portrait présumé de GÉRICAULT, par lui-même.
(Musée de Rouen)
Le scieur de bois
Lithographie de GÉRICAULT (épreuve unique).
(Musée de Rouen)
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A ces pièces, appartenant à la Ville, se joindront, par la suite, celles que de nombreux amateurs se proposent de prêter aux collections rouennaises. Une plaquette, ornée de nombreux documents inédits, apportera à la suite de cette exposition une très importante contribution à l'étude de l'œuvre de Géricault, dont la portée se fait sentir plus vivante que jamais dans les milieux les plus intéressants de notre jeune école de peinture française.
F. GUEY.
UN SARCOPHAGE DU MUSÉE DE JÉRUSALEM
Nous empruntons à notre confrère, le Weekly Times (n° du 22 novembre 1923), la reproduction d'une des deux faces d'un grand sarcophage en marbre, trouvé récemment près de Césarée de Palestine, et transféré au Musée de Jérusalem. (La petite face représente des griffons affrontés). Dans le premier enthousiasme de la découverte, on a comparé ce monument au fameux sarcophage dit d'Alexandre, au Musée de Constantinople. Il faut en rabattre. Le sarcophage de Césarée ne paraît pas antérieur à l'époque romaine, et ce combat de Grecs et d'Amazones, avec sa composition encombrée et ses motifs trop souvent répétés, reste fort inférieur à celui qui décore les faces principales du sarcophage Fugger à Vienne. Ce n'en est pas moins une œuvre intéressante, d'une conservation remarquable, et qui vient prendre place — une place d'honneur — dans la série déjà si abondante des reliefs de sarcophages consacrés à ce sujet. On comparera notamment le sarcophage de Sidon (Robert, II, 45. — Sal. Reinach, Répertoire des reliefs, II, 458) et celui du Vatican (Robert, II, 34; Reinach, III, 351). Remarquez que sur notre sarcophage, toutes les Amazones (sauf celle qui combat à pied) sont armées de lances et non, suivant l'usage, de haches.
T. R.
MONUMENTS HISTORIQUES
Parmi les nombreux objets d'art, dont la section spéciale de la Commission des Monuments historique a décidé le classement, au cours de ses dernières séances, nous signalerons les suivants, comme plus particulièrement dignes d'attirer l'attention des curieux :
Finistère. — Eglise de Botsohrel : Saint Georges terrassant le dragon, groupe de bois sculpté et peint, xvie siècle; Saint Brandan, bois sculpté et peint, xvie siècle; Vierge de Pitié, groupe de bois sculpté et peint, fin xvie siècle.
Chapelle Saint-Tugen, à Primelin : Saint Tugen, bois sculpté et peint, xviiie siècle; retable de l'autel de la Vierge, bois sculpté et peint, xviiie siècle.
Eglise de Dirinon : une châsse-reliquaire en argent, en forme d'église, du début du xvie siècle, avec son écrin en cuir gaufré orné d'un semis de fleurs de lys; une croix processionnelle, en argent, du xviiie siècle.
Chapelle Saint-Guénolé, à Ergné-Gabéric : statue de saint Guénolé, en bois peint, du xvie siècle.
Eglise de Moëlan : sept magnifiques confessionnaux, du xviiie siècle.
Morbihan. — Eglise de Billio : deux croix processionnelles, en argent et en cuivre argenté, du xviiie siècle; deux calices en argent, l'un du xviiie siècle, l'autre du xviiie siècle.
Chapelle de Locmarech, à Crach : sarcophage en pierre portant une inscription et attribué au vie siècle.
Eglise de Grandchamp : croix processionnelle, encensoir et navette en argent, datés de 1763.
Eglise de Langonnet : un très curieux chapiteau roman, représentant la Crucifixion, avec l'inscription en relief : JESUS NAZARENUS REX JUDEORUM.
Eglise de Montertelot : un Christ en cuivre repoussé, datant sans doute du xve siècle.
Eglise de Saint-Aignan : un arbre de Jessé, en bois sculpté et peint, du xviiie siècle, formant retable.
Chapelle de Saint-Avé-d'en-Bas : un retable en pierre sculpté, du xvie siècle, représentant la Crucifixion, le couronnement de la Vierge, sainte Catherine, la Madeleine et sainte Marguerite.
Eglise de Séné : croix en fer forgé du xviiie siècle, servant d'exposition pour les reliques, attribuée au ferronnier Roussin, qui travailla à Joselin.
Chapelle Saint-Fiacre, Faouët : un duc de Bretagne en prière, statue en bois, du xve siècle; une cu-
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rieuse statue couchée de sainte Madeleine, en pierre peinte et dorée, du xvie siècle.
Eglise de Guer : reliquaire, en argent repoussé sur âme de bois, du xive siècle, portant sur des banderoles les noms des saints dont les reliques étaient conservées.
Eglise de Guer. — Reliquaire du xive siècle.
Chapelle Saint-Gobrien, à Saint-Servant : une clôture de tombeau en bois sculpté, du xve siècle; deux curieux retables en bois, avec armatures de fer, du xvie siècle, contenant des statues de saints; un chef reliquaire de saint Gobrien, en bois doré.
Hôpital mixte de Vannes : collection de 64 pots de pharmacie en porcelaine, de style empire, et quelques potiches de Delft.
Orne. — Hôtel-Dieu, à Alençon : une console en bois sculpté, Louis XV; un petit bureau de dame en bois de rose, Louis XVI; une fort belle commode en bois de rose et de violette, Louis XVI; sept fauteuils en bois sculpté, recouverts de tapisserie au point, Louis XV.
Hôtel-de-Ville d'Alençon : boiseries du xvime siècle du cabinet du président du tribunal.
Eglise Saint-Germain, à Argentan : une grande console en bois sculpté, Louis XV.
Ille-et-Villaine. — Palais de justice de Rennes : une console en bois doré, Louis XVI; deux pendules dans le style de Boule, incrustées de cuivre sur écaille, du xvime siècle; un fort beau cartel en bronze ciselé et doré, du xvime siècle; une bibliothèque en bois sculpté peint et doré, du début du xvime siècle; et un très curieux glaive de justice à poignée recouverte de cuivre et ornée de fleurs de lys, avec son fourreau en cuir.
Deux-Sèvres. — Eglise Saint-Pierre, à Parthenay : Vierge à l'Enfant en bois polychromé, du xve siècle.
Charente-Inférieure. — Hôpital mixte de Saint-Martin-de-Ré : 115 vases pharmaceutiques, 103 vases à bec, 12 pots cylindriques en faïence de Moutiers, Nevers, Rouen, etc., garnissant «l’apo-thicairerie» fondée en 1777.
Calvados. — Eglise de Meuraines : statues de saint Maurian, évêque de Bayeux, et de saint Léonard, entre deux captifs, pierre, xve siècle; bas-relief très fruste, en pierre, du xve siècle, représentant la Cène.
Eglise de Moutiers-Habert : maître-autel en bois peint, du xvime siècle, entouré des figures des douze apôtres; un arc triomphal à baldaquins sculptés, de la fin du xve siècle, avec une série de bas-reliefs, ensemble décoratif fort curieux.
Sarthe. — Hôtel-de-Ville du Mans : une commode Louis XV à marqueterie ornée de bronzes dorés; une très belle bibliothèque en bois de rose, Louis XV; Ariane dans l’île de Naxos, toile de Coypel (1628-1707), dans un cadre sculpté et doré.
Cathédrale du Mans : Vierge portant l’Enfant, debout sur ces genoux, statuette, bois sculpté, du xive siècle.
Cette liste n’est d’ailleurs qu’un extrait typique de celles qui, à chacune des séances de la section
Cathédrale du Mans. — Vierge du xive siècle.
spéciale de la Commission des Monuments historiques, viennent compléter la liste générale des richesses d’art classées, qui appartiennent généralement, on le voit, à des établissements publics, mais peuvent aussi, parfois, être prises dans le domaine privé.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
Cl. Serv. phot. B.-A.
SWEBACH DESFONTAINES. — Arrivée au Louvre des chefs-d’œuvre d’Italie.
DEUX DESSINS INTÉRESSANT L’HISTOIRE DU LOUVRE
La collection Masson, récemment vendue, comprenait deux dessins intéressants pour l’histoire du Louvre et qui figurent aujourd’hui dans nos collections nationales. Le premier, que le Musée doit à la générosité inépuisable et délicate de M. David Weill, est l’œuvre de Swebach Desfontaines et représente l’arrivée au Louvre des chefs-d’œuvre italiens.
Il est assez facile de dater la scène : on aperçoit, parmi les statues, l’Amour et Psyché et les Chevaux de Venise. Or, ces œuvres arrivèrent à Paris, en l’an VI. Les 9 et 10 Thermidor, furent organisées, à cette occasion, des fêtes dont on trouvera la description dans le livre de M. Ch. Saunier sur les Conquêtes artistiques de la Révolution et de l’Empire.
Le dessin de Swebach Desfontaines ne saurait être contemporain de cette scène : le buste colossal de l’Empereur orne, en effet, le linteau de la porte sur laquelle on lit « Musée Napoléon ». L’anachronisme est évident. D’autre part, le dessin ne saurait être postérieur à l’Empire. Un détail est assez curieux : derrière les Chevaux de Venise — qui sont au nombre de trois seulement — on remarque un char où se dresse une victoire. En 1808, lorsque l’arc du Carrousel fut achevé par Percier et Fontaine, et que les Chevaux de Venise y furent placés, Napoléon refusa d’y laisser mettre sa statue, et le Rapport de 1808 sur l’Etat des Arts nous dit que le « char attend le triomphateur ». Peut-être Swebach a-t-il rétrospectivement imaginé ce char derrière les chevaux et a-t-il cru y avoir vu une Victoire. Ce n’est là qu’une hypothèse. Le temps nous a manqué pour chercher à identifier plus exactement cette statue ailée.
Swebach nous a laissé là une image précieuse de cette partie du Louvre : au fond, on aperçoit l’aile de Lescot telle qu’elle se présentait en sa sévère nudité avant les remaniements de Le-fuel ; à droite, s’érite le bâtiment construit par Levau en 1655, ainsi que nous l’apprend un autre marché découvert récemment par nous. Une sanguine d’Israël Silvestre, conservée au Louvre, et les plans anciens, nous montrent que la porte n’existait pas : une fenêtre s’ouvrait à sa place et éclairait la Rotonde de Mars, qui était alors un des salons de l’appartement d’Anne d’Autriche.
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La porte fut ouverte pour permettre l'entrée au Muséum, aménagé par l'architecte Raymond. Un tableau de Hubert Robert, reproduit dans le livre de M. H. Verne sur le Louvre, indique l'aspect avant que le buste de Napoléon Ier n'ait été mis en place. Swebach Desfontaines a très fidèlement dessiné les détails de l'architecture : on aperçoit, aux archivoltes des fenêtres, les masques qui, d'après les Mémoires inédits, seraient l'œuvre de Thibaut Poissant.
La composition de Swebach Desfontaines, habilement mise à l'effet, représentera honorablement cet artiste, dont le Musée ne possédait aucun dessin.
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Sur le revers du portrait d'un père théatin, Vincent (1746-1816) avait jeté deux croquis, l'un représentant une partie de la Chambre du Roi au Louvre, l'autre la cheminée de cette même chambre.
VINCENT. — Croquis d'après la cheminée de la Chambre du Roi au Louvre.
Vincent avait songé à peindre l'histoire de Henri IV ; homme du XVIIIe siècle, pouvait-il ne pas aimer ce roi alors si populaire ? protestant, comment aurait-il refusé son admiration à l'auteur de l'édit de Nantes ? Au Salon de 1785, il exposa Sully blessé, rencontré par Henri IV.
Ce fut sans doute pour se documenter sur le décor où avait vécu Henri IV que Vincent exécuta des dessins au Louvre. Comme ses contemporains, comme Clarac lui-même, Vincent croyait que la décoration de cette chambre était l'œuvre du bon roi. Il n'en est rien : Guillet de Saint-Georges, dans les Mémoires inédits, nous révélait que le plafond et la cheminée avaient été exécutés par Gilles Guérin. Le marché, que nous venons de retrouver et que nous publierons un jour, nous fournit la date : 23 juin 1654. Gilles Guérin s'engageait à « faire et posés dans la face de la cheminée de la dite chambre un groupe de trois enfants avecq ornemens dépendans dudit groupe avecq plastre mouillé suivant les modelles qui en seront arrestez ». Les Mémoires inédits nous apprennent en effet que Guérin « fit un bas relief de cinq pieds en carré posé au-dessus de la cheminée, et sous trois figures d'enfants il representa avec des attributs convenables la Fidélité, l'Autorité et la Justice ». Le texte n'est pas très net : Guérin fit-il un bas-relief, et, de plus, trois figures d'enfants? ou bien un bas-relief où se trouvaient trois figures d'enfants? Le dessin de Vincent nous montre bien trois figures sur le bas-relief, mais le croquis est trop sommaire pour que nous puissions conclure avec certitude. Nous avions pensé que le bas-relief pouvait représenter la fermeture du temple de Janus après la paix de Wesphalie et après la fin de la Fronde. En tout cas, une inscription de Vincent nous dit que le fond était blanc, les draperies d'or parsemées de fleurs de lys dorées et que les détails de la colonne étaient rehaussés d'or.
A la partie supérieure de la feuille de croquis de Vincent, on voit un fragment du plafond : deux esclaves sont enchâinés à des trophées. Nous savons par les Mémoires inédits qu'ils étaient l'œuvre de Girardon et Regnaudin. Dans l'angle, des amours ont été sculptés par Gilles Guérin.
L. HAUTECOEUR.
MUSÉE DU LOUVRE
Antiquités grecques et romaines. — Le département a reçu en don, des héritiers du Dr Lorne, une importante tête antique de Diadumène en marbre blanc, qui avait été trouvée à Vauluisant (Yonne). Une étude sera consacrée prochainement par M. Michon à cette pièce nouvelle.
Peintures et dessins. — Un don de Sir Joseph Duveen a fait entrer au Musée un tableau de PATINIR, représentant Saint Jérôme dans un grand paysage, sur lequel nous reviendrons bientôt.
MUSÉE DE SAUMUR
Les Collections du Comte Lair
En 1919, le comte Lair, né à Saumur, léguait, en mourant, à sa ville natale, la majeure partie des importantes collections qu'il avait réunies dans le cours de sa vie.
Ces collections se sont ajoutées à celles que possédait déjà le Musée municipal, et occupent toute la partie est du château, restaurée tout exprès
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BULLETIN DES MUSÉES
pour les recevoir. Elles peuvent se classer ainsi : les meubles, la céramique, les objets religieux, les étoffes, les reliures, les ex-libris.
Les meubles et objets d'ameublement : armoires à deux corps, tables, consoles, commodes, sièges
nombreux, pendules, glaces, etc., sont de styles très différents, depuis la Renaissance jusqu'à l'Empire. Ils sont répartis, ainsi que quelques tableaux, dans les différentes salles, auxquelles ils prêtent un peu l'aspect d'appartements privés.
La collection de céramique, qui renferme plus de douze cents pièces, dont huit cents pour les faïences, est de beaucoup la plus importante.
Elle comprend d'abord quelques pièces hispano-moresques, des plats et des vases en faïence d'Urbino, et des assiettes de l'Asie-Mineure. Viennent ensuite des poteries de la suite de Palissy : plats, vases, statuettes. Plusieurs pièces de cette série proviennent de la vente Papillon.
La faïence de Delft est représentée par d'assez nombreux vases en camaieu bleu, et, surtout, par de très beaux plats signés Pynacker, au décor japonais si vif, bleu, rouge et or.
Mais les recherches du comte Lair se portèrent particulièrement sur les faïences des principaux centres de fabrication française. Les poteries de Rouen, au nombre de près de deux cents, occupent deux grandes vitrines; tous les décors rouennais y sont largement représentés. On remarquera surtout quatre grands vases de Masséot Abaquesne, dont deux avec le monogramme du potier, des pièces à décor chinois, de Guillibaud, des plats avec décor à fond jaune ocré sur lequel se détachent de charmantes arabesques en bleu foncé ou en noir, une série d'objets à fond bleu lapis décorés en blanc fixe, et enfin quelques assiettes de Levavasseur, imitation de Marseille.
Les faïences de Nevers ne sont ni moins nombreuses, ni moins intéressantes. Citons des plats signés de Conrade, en camaieu bleu, une très importante série de pièces à fond gros bleu, avec décor en blanc fixe, et des vases décorés en blanc fixe, rehaussé de bleu sur fond jaune. Moustiers, Strasbourg, Marseille figurent aussi dans la collection avec un très grand nombre de pièces et tous leurs décors successifs. Les centres secondaires, français et étrangers, n'ont pas non plus été oubliés.
Les recherches du comte Lair furent encore très heureuses en ce qui concerne les porcelaines tendres. Voici d'abord un très beau pot en porcelaine tendre de Rouen, au décor bleu, avec signature; puis toute une vitrine de pâtes tendres de Menecy, qui fait l'admiration des amateurs, et où s'étagent brûle-parfums, pots à crème, tabatières, assiettes et magots chinois. Deux autres vitrines sont remplies de très importantes séries de pâtes tendres de Saint-Cloud, Vincennes, Chantilly et Tournay.
Après la céramique, ce furent les objets religieux qui attirèrent le plus l'attention du comte Lair.
Il a réuni de très nombreuses sculptures : vierges, saints et saintes en bois ou en pierre, croix processionnelles, crucifix, reliquaires, etc., forment
un ensemble fort intéressant pour l'histoire de l'art chrétien du xii^e au xviii^e siècle.
Une statuette de la Vierge, en ivoire, appartient au xi^e siècle, et deux autres statuettes en bois, du xive siècle, représentent la Vierge assise, avec
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BEAUX-ARTS
l'Enfant sur les genoux; on remarque aussi une belle croix en émail champ-levé du xime siècle.
Les étoffes proviennent aussi, pour la plupart, d'ornements d'église : étoles, chasubles et chapes, ornées de riches orfrois. Ces ornements sont presque tous italiens ou espagnols et appartiennent aux xvie ou xviiie siècles.
Deux ornements espagnols complets, l'un du xvie, l'autre du xviiie siècle, méritent d'attirer tout spécialement l'attention. Le premier, destiné aux céré-
monies mortuaires, est en velours noir et orné d'emblèmes funèbres (1); l'autre, non moins beau, est en velours rouge, sur fond jaune, avec orfrois en broderie, à personnages. A ces ornements s'ajoutent un bel habit de cour, beaucoup d'autres étoffes, italiennes pour la plupart, des aumônières armoriées, et quantité de travaux en broderie de soie.
Le comte Lair a laissé, par ailleurs, environ trois cents volumes acquis, soit à cause de leurs belles reliures avec armoiries, soit que certains ouvrages aient appartenu à des personnages illustres.
(1) Il a été publié dans la Gazette des Beaux-Arts, 1878, 2e partie, t. XVIII, p. 410.
Enfin, très versé dans la science du blason, il a réuni une très importante collection d'ex-libris. Plus de six mille vignettes ont été classées avec soin, par ordre alphabétique, et forment ainsi un véritable répertoire de l'armorial de France. Indiquons que le comte Lair avait lui-même son ex-libris : le dessin d'un de ses beaux plats de Rouen, avec cette devise : esse quam videri.
Toutes ces collections, inaugurées en 1922, constituent un don magnifique qui attire déjà au Musée de nombreux visiteurs, et la ville de Saumur gardera à la mémoire du comte Lair un souvenir reconnaissant.
T. VALOTAIRE.
MUSÉE DE BREST
La société des « Amis des Arts » de Brest vient de prendre une intéressante initiative. Par ses soins vient de s'ouvrir, au musée de la ville, une exposition des arts de l'Extrême-Orient.
Cette idée était heureuse; car Brest, ville maritime et coloniale, compte de nombreux amateurs des arts de la Chine et du Japon, qui ont bien voulu prêter quelques-unes des plus belles pièces de leurs collections. Cet effort est d'autant plus remarquable que, si les arts d'Extrême-Orient commencent à être bien représentés dans les musées parisiens, on doit en déplorer l'absence presque totale dans les villes de Province.
MUSÉE D'ARLES
M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, a inauguré récemment l'installation, dans l'ancien archevêché d'Arles, des collections municipales arlésiennes, notamment du Musée de peinture et du Musée d'histoire naturelle, qui occupent le second étage, La Bibliothèque municipale, qui compte plus de 60 000 volumes et nombre de manuscrits précieux, parmi lesquels la célèbre bible de Montmajour, s'est augmentée récemment de l'ensemble, légué à la ville par M. Amédée Richot.
L'édifice lui-même, qui a été récemment classé comme monument historique, est attenant à l'église Saint-Trophime. Il date en majeure partie du xviiie siècle, mais contient des restes du Moyen âge et de l'antiquité. Il avait été question un moment de le démolir et de le remplacer par une banque. Il faut se féliciter de ce que l'affectation, qu'il vient de recevoir, préserve le bel ensemble formé sur cette place par la façade de Saint-Trophime, celle de l'Eglise Sainte-Anne, où est installé le Musée lapidaire, l'obélisque romain, l'hôtel de ville et l'ancien archevêché.
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BEAUX-ARIS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
SUÈDE
Deux bustes de J.-B. Lemoyne
Dans sa constante préoccupation d'embellir la Légation de France à Stockholm — un somptueux hôtel qu'il a fait acquérir par l'État, qu'il a meublé et orné avec goût, — M. Delavaud, durant son séjour en Suède, avait eu l'heureuse idée de faire prendre au Musée National de Stockholm le moulage de deux bustes français du XVIIIe siècle, peu connus chez nous et qu'admirèrent tous les visiteurs de la capitale suédoise. L'un, en marbre, est celui de la comtesse de Brionne (Julie-Constance de Rohan-Montauban, née en 1727, mariée à Charles-Louis de Lorraine, comte de Brionne, morte en 1807) ; l'autre, en plâtre patiné, représente la comtesse d'Egmont (Septimanie du Plessis de Richelieu, fille du célèbre maréchal, née le 1er mars 1740, mariée au comte d'Egmont-Pignatelli en 1756, morte le 14 octobre 1773).
Les effigies de ces deux patriciennes de grande beauté et de fière allure, intelligentes et spirituelles, méritent que l'on évoque les souvenirs charmants qu'elles ont laissés en Suède. On sait, par l'étude que la comtesse d'Armaillé a consacrée à la comtesse d'Egmont (1890) et le livre de Geffroy sur Gustave III et la Cour de France (1867), ouvrages français auxquels il faut joindre quelques livres suédois comme Gustave III de Kuylenstierna (1921), et Grevinnan d'Egmont och Gustaf III, de Beth Henning (Helsingfors 1921), l'étroite amitié qui unit ce prince aux deux Françaises depuis qu'il les eut rencontrées à Paris, en 1771; la correspondance fréquente qu'il échangea avec elles, et la réelle influence qu'elles ont réussi à exercer sur le monarque du Nord, surtout la comtesse d'Egmont, qui, aussi sage que jolie, a provoqué tant de passions sans jamais aliéner son cœur et sa vertu.
La comtesse de Brionne envoya son buste au roi en 1781; quant à celui de la comtesse d'Egmont, — dont il n'a survécu qu'une épreuve en plâtre, — c'est son mari, déjà veuf, qui en fit à Gustave III l'hommage mélancolique. Parmi les autres œuvres d'art, où nous sourit Mme d'Egmont, il convient de signaler l'admirable miniature commencée par Hall, en 1771, et qu'elle avait adressée au roi quelques mois avant sa mort, miniature qui, après de multiples vicissitudes, se trouve au Musée de Stockholm et que l'on voit gravée dans tous les ouvrages ayant trait à la comtesse d'Egmont; puis un excellent portrait, dû à l'illustre artiste suédois Roslin (1763), dont l'original figure au château