Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

Numéro 21 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE LES RÉGIONS LIBÉRÉES, SOURCE D'INSPIRATION ARTISTIQUE L'Œuvre du peintre Gilbert Bellan Plus d'un artiste a été inspiré par l'âpre poésie des «Régions libérées». Dès 1916, en une magnifique série de dessins qu'on n'a pas oubliés, M. André Ventre avait montré le chemin. Mais, jusqu'à présent, nul n'avait tiré de ces malheureuses provinces une œuvre comparable à celle que vient d'exposer, au Cercle de l'Union Interalliée, M. Gilbert Bellan, et qui comprend près de 300 morceaux. Tous ces tableaux ont été exécutés en plein air et d'après nature, et là est, pour une grande part, le secret de l'émotion profonde qui s'en dégage. Chargé, en 1920, d'une mission du Directeur des Beaux-Arts, M. Gilbert Bellan est parti dans une modeste camionnette mise à sa disposition par l'administration. Affrontant les routes défoncées et boueuses, indifférent aux caprices de la température comme aux difficultés du ravitaillement et du logement, il a parcouru l'ancien front, depuis Dunkerque jusqu'à Mulhouse, mettant au service de son vigoureux talent une volonté de fer, une foi robuste et juvénile, qui ont triomphé de tous les obstacles. Loin de paraître monotones, ces vues tragiques de champs désolés, de cités bouleversées, de maisons détruites, de monuments ravagés par le fer et par le feu, offrent, de l'une à l'autre, tant de diversité, que chacune a son intérêt, comme elle a son individualité propre, sa physionomie particulière, son caractère original. Gilbert Bellan a pénétré dans l'intimité des territoires martyrisés pendant quatre années de guerre. Il a abordé ces ruines avec un respect profond et une tendresse infinie, le cœur rempli de pitié, disons le mot, — car Bellan est un sentimental, — les larmes aux yeux La sincérité de son émotion se traduit dans son œuvre par un accent de vérité intense. Cependant, l'artiste aime trop le mouvement et la vie pour se confiner dans ces paysages navrants. Etiam periere ruinae, disait Lucain en parlant de Troie. Les ruines même périsent, et Bellan assiste, en effet, à une nouvelle lutte, à l'effort 15 Décembre 1923

Page 2

BEAUX-ARTS gigantesque de tout un peuple en travail pour effacer les traces de la mort et recréer de la vie. A côté de la « France dévastée », il a su voir la « France renaissante », les usines, les gares, les ponts qui se reconstruisent, les blés qui recommencent à pousser, les prairies à reverdir, et il a noté, avec une joyeuse ardeur, cette résurrection générale. Les moyens qu'il emploie sont des plus simples. Il peint sur papier, à l'aquarelle rehaussée de gouache, la couleur laissant percer, par endroits, les larges traits d'une fougueuse esquisse au fusain. D'un avis unanime, l'œuvre de Gilbert Bellan forme un ensemble qu'il serait dommage de laisser se disperser, et dont la place est marquée au Musée de la Guerre, à Vincennes. Jean LOCQUIN. --- NOUVELLES - Le Louvre et ses visiteurs. — Nous avons indiqué, dans un de nos derniers numéros, les résultats financiers produits par l'institution d'un droit d'entrée dans les musées nationaux. Il est intéressant de se placer aujourd'hui à un autre point de vue et de confronter le nombre des entrées payantes avec celui des entrées gratuites. Voici les chiffres enregistrés au Louvre pendant une période d'un an. Pour 364.000 visiteurs payants, on compte approximativement 530.000 visiteurs qui ont profité de l'entrée gratuite les dimanches, jeudis et jours fériés. C'est donc un total de 894.000 personnes environ qui ont défilé, en un an, dans les salles du Louvre. Un tel chiffre est éloquent et on serait malvenu aujourd'hui de prétendre que la réforme réalisée depuis 1922 a écarté le grand public de nos trésors nationaux. - Nominations. — A la suite du concours, dont les épreuves se sont espacées sur les derniers mois, pour un certain nombre de places d'architectes en chef des monuments historiques, le jury a proposé au Ministre les noms des candidats suivants : MM. Huignard, Hallay, Polti, Kaehrling et Bray. - Mission Foucher. — La Société française des Fouilles archéologiques, a décidé de contribuer, pour une somme de 20.000 francs, aux travaux de la mission archéologique, organisée en Afghanistan par M. A. Foucher, ancien directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient. - A la Commission du Vieux-Paris. — Dans une de ses récentes séances, M. de Fossa a lu une étude très documentée sur le château de Vincennes. La commission a émis le vœu que le donjon occupé par l'autorité militaire soit désaffecté; que quelques constructions parasitaires disparaissent; enfin, que divers travaux soient entrepris pour rendre à ce monument son caractère primitif. - Inaugurations. — Parmi les dernières inaugurations de monuments élevés à la mémoire des morts de la guerre, nous relevons celle d'un bas-relief: Sacrifice à la Patrie, par le sculpteur Félix Benneteau, qui a été inauguré récemment à la Faculté des Sciences de Paris. — A Compiègne, vient d'être élevée une statue en l'honneur du capitaine Guynemer. Le monument est l'œuvre du sculpteur Navarre. — On a récemment inauguré, dans la cathédrale d'Angers, un monument élevé en mémoire de Mgr Freppel. L'œuvre est due au sculpteur Léon Morice. - Le centenaire de Bréguet. — Si le grand horloger fit presque toute sa carrière en France, la ville de Neuchâtel n'a pas oublié qu'elle eut la gloire de lui donner le jour. Aussi a-t-elle tenu à prendre part à la célébration du centenaire de Bréguet, en organisant une exposition d'horlogerie qui comprend notamment des pièces prêtées par les ateliers français de Blois, Lyon, Châteaudun et Grenoble. On a groupé également des montres de Nuremberg en cuivre doré, de curieux spécimens de l'horlogerie genevoise, enfin des montres en or émaillé du dix-huitième siècle. - Exposition biennale de Rome. — Le roi d'Italie vient d'inaugurer, à Rome, la seconde exposition biennale qui restera ouverte jusqu'au 30 avril. Cette importante manifestation artistique est internationale. L'art français est représenté par Besnard, Blanche, Matisse, Picasso, Metzinger, etc. La série des sculptures de Degas est également exposée et présentée pour la première fois au public italien. Parmi les noms des exposants étrangers, nous relevons ceux de Brangwyn, Lavery, William Caster, Russel, Sargent qui représentent l'Angleterre. La Belgique a envoyé des œuvres de Laermans, Permeke, Rousseau, Wouters Le Hongrois Lazlo expose un portrait de M. Mussolini. L'Espagne a délégué Zuloaga et Santiago Rusinol. Chez les peintres italiens, Mancini, Ferrazzi, Montanari, Cosomati, Sartorio et Innocenti sont parmi les exposants les plus remarqués. A la section de sculpture, une œuvre, qui retient particulièrement l'attention, est une statue colossale de Rome, due à Zenelli et destinée à l'autel de la Patrie. --- NECROLOGIE - Le statuaire VERLET, membre de l'Académie des Beaux-Arts, vient de mourir à l'âge de soixante-six ans. Élève de Cavelier et de Barrias, il avait exécuté un grand nombre de bustes et de monuments, entre autres celui de Maupassant, élevé au parc Monceau. - Le peintre GUSTAVE COURTOIS, qui vient de disparaître également, était né en 1855; élève de Gérôme, il exposait au Salon de la Société des Artistes français, après avoir, quelque temps, fait partie de la Société nationale des Beaux-Arts. - Ces jours derniers est mort ROGER PEYRE, professeur honoraire de l'Université. Collaborateur du Journal des Débats, il avait donné quelques ouvrages appréciés consacrés à des villes d'art de France et d'Italie, une étude sur Téniers, un manuel et un répertoire d'histoire de l'art, etc. - Nous apprenons la mort du Dr GARSONNIN, conservateur du musée historique d'Orléans. Il laisse des travaux archéologiques estimés sur l'Orléanais.

Page 3

BEAUX-ARTS ENSEIGNEMENT Cours de l'année scolaire 1923-1924 Les cours publics d'enseignement supérieur ont repris dans la première quinzaine de décembre. Parmi les cours annoncés pour l'année scolaire, nous noterons les suivants qui intéressent directement l'histoire de l'art. Collège de France M. PELLIOT : Etude des grottes de Touen Houang. — M. BABELON : Les Monnaies des rois de Macédoine et des royaumes issus du démembrément de l'empire d'Alexandre le Grand. — M. CAGNAT : Les Monuments funéraires à Rome et dans les différentes provinces de l'Empire romain. — Dr CAPITAN : Les dernières recherches en archéoogie mexicaine; l'art péruvien antique. L'ouverture du cours de M. ANDRÉ MICHEL a été remise à une date ultérieure. Sorbonne M. BASCH : Le Comique. — M. FOUGÈRES : L'art hellénistique et gréco-romain. — M. SCHNEIDER : Léonard de Vinci, d'après l'édition récente. — M. A. PIRRO : La musique à Venise, de Cavalli à Vivaldi. M. MALE, qui vient de partir pour prendre la direction de l'Ecole de Rome, est mis en congé. Son suppléant n'est pas encore désigné. La Sorbonne a fait, d'autre part, ces temps-ci, suivant sa libérale coutume, accueil à un certain nombre de conférenciers et de professeurs étrangers. En novembre, une série de conférences a eu lieu sous le patronage du comité France-Hollande, sur les tendances de l'art hollandais contemporain; elle comportait notamment une magistrale leçon de M. BERLAGE, l'architecte de la Bourse d'Amsterdam, sur le renouveau architectural et décoratif, de la Hollande de nos jours. Le 7 décembre, s'est ouverte la suite des cinq leçons que M. KINGSLEY PORTER, professeur à l'Université de Harvard, doit donner sur l'art roman des Pouilles; l'éminent architecte et archéologue dont les beaux travaux sur notre art roman français ont été si remarqués, s'est transporté cette fois en Apulie, et c'est encore une riche moisson de documents et de faits qu'il nous apporte, complétant ceux que le regretté Emile Bertaux avait déjà recueillis jadis dans cette région. Ecole du Louvre M. HENRI HUBERT : Civilisation des Celtes et des Germains. — M. GEORGES BÉNÉDITE : Etude des collections du département des antiquités égyptiennes. — M. MERLIN : Origines de la céramique grecque d'après les vases du Louvre. — M. RENÉ DUSSAUD : Civilisation phénicienne. — M. MICHON : Histoire de la collection des Antiques. — M. PAUL VITRY : Sculpture du XVIIIe siècle en France et en Belgique. — M. MARCEL AUBERT : Les Arts industriels à l'époque de la Renaissance, particulièrement en France. — M. BRIÈRE : Histoire de la peinture dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, particulièrement en France. — M. HAUTECOEUR : L'Œuvre de Jules Hardouin-Mansart et l'architecture française de 1670 à 1710. — M. LÉONCE BÉNÉDITE : Gustave Moreau. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 23 novembre Lecture est faite de deux lettres, l'une de M. Cumont, sur les fouilles de Saliyeh, annonçant la découverte de trois nouveaux parchemins et de peintures; l'autre, de M. Montet, sur les fouilles de Byblos, où des bracelets, des vases, un pectoral et diverses pièces de poterie ont été mis au jour. M. Blanchet fait une communication sur deux recueils de projets de médailles appartenant à l'Institut. Le premier recueil est formé, en majeure partie, d'esquisses plus ou moins poussées, exécutées par le peintre Louis II Boulogne, de 1726 à 1733. Le second est composé de projets de jetons dessinés au crayon de sanguine, de 1744 à 1762, par le sculpteur Edme Bouchardon. Séance du 30 novembre Communication est faite d'une lettre de M. Montet, qui annonce qu'il vient de découvrir, à Byblos, deux tombes inviolées de la dynastie d'Amenemhat, contenant un mobilier funéraire très précieux dont plusieurs pièces ont déjà été exhumées. M. Edmond Pottier a signalé de nouvelles découvertes faites en Crète par M. Renaudin, de l'Ecole française d'Athènes. Académie des Beaux-Arts Séance du 17 novembre L'Académie est saisie d'un projet de réforme du règlement des concours de Rome et des concours Roux. Les artistes mobilisés pendant la guerre continueront à bénéficier d'une limite d'âge de faveur, et les non-mobilisés concourront : en 1924, pour Rome, jusqu'à 29 ans et jusqu'à 31 ans pour les prix Roux; en 1925, pour Rome jusqu'à 28 ans et pour les prix Roux jusqu'à 30; en 1926, jusqu'à 27 ans pour les prix de Rome et jusqu'à 29 pour les prix Roux. Séance publique annuelle du 24 novembre Exécution des scènes lyriques qui ont remporté le premier grand prix et le deuxième premier grand prix de composition musicale et dont les auteurs sont Mlle Jeanne Leleu et M. Francis Bousquet. Après le discours du président, M. Victor Laloux, M. Widor prononce l'éloge du maître Bonnat. À l'issue de la séance, le statuaire espagnol Benlliure, conservateur du musée du Prado, membre associé étranger, a fait remise à l'Académie d'un buste de Bonnat qu'il a exécuté. Séance du 1er décembre L'Académie a reçu l'hommage de deux ouvrages: les Tapisseries des Gobelins au dix-septième siècle, par M. Fenaille, membre de la Compagnie, et Ernest Reyer, sa vie et ses œuvres, par M. Henri de Curzon.

Page 4

Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 7 novembre. M. Chénon rend compte de fouilles exécutées à Château-Meillant (Cher), l’ancien Mediolanum, et étudie les objets trouvés dans les neuf puits explorés depuis 1898. M. Toutain relève les analogies de ces puits avec ceux d’Alésia et apporte des renseignements sur l’alimentation en eau des cités gallo-romaines. Séance du 14 novembre. M. le comte de Loisne entretient la société d’un cimetière gallo-romain découvert en 1913 à Grenay, commune de Lens (Pas-de-Calais). M. Mayeux présente des photographies des parties nouvellement découvertes du portail de l’église de Collonges (Corrèze). Séance du 21 novembre. M. Stein apporte des renseignements sur un artiste italien du xvie siècle, Anchisio da Bologna, qui travailla à Lyon et à Narbonne. M. Mirot entretient la société de documents relatifs à la famille de Nicolas Houel, apothicaire et collectionneur parisien du xvie siècle, fondateur de la maison de charité chrétienne. M. Mayeux présente des photographies du tympan et du portail de l’église de St-Chamand (Corrèze). --- UNE EXPOSITION de dessins des XVe, XVIe et XVIIe siècles Une exposition vraiment représentative de dessins des xve, xvie et xviie siècles, où ne figureraient que des œuvres certaines des plus grands artistes, ne pourrait plus être organisée à Paris qu’avec une difficulté extrême, aujourd’hui que les trésors de la collection Bonnat ont pris le chemin de Bayonne. Les organisateurs de l’exposition de la galerie Balzac ont été moins ambitieux. Plutôt que d’exposer de faux Raphaël, des copies d’après Titien, des Léonard douteux ou des Velazquez presque authentiques, M. Max Bine et son érudit préfacier, M. Charles Oulmont, ont préféré nous montrer des œuvres certaines de maîtres moins illustres. Ils ont groupé, dans trois salles bien éclairées et décorées avec goût, un ensemble de trois cents dessins, choisis avec un réel sens décoratif, et dont le moins qu’on puisse dire c’est que devant aucun d’eux, notre sensibilité ne reste indifférente. Deux ou trois amateurs, notamment l’abbé Thuélin, fin connaisseur des petits maîtres italiens de la Renaissance, et un M. B…, modeste, mais enthousiaste admirateur des œuvres plus anciennes, ont fourni à eux seuls le gros de l’exposition. Quelques miniatures de manuscrits, une Vierge, notamment, que le catalogue attribue sans trop d’in vraisemblance à Fouquet, accompagnée, dans la même vitrine, d’une tête de Christ, voisine de Quentin Matsys, et d’un saint debout, précieux des- sin français sur parchemin du début du xve siècle, représentent, avec cinq ou six dessins flamands et allemands, l’art médiéval des pays septentrionaux. Deux têtes florentines, à la pointe d’argent sur papier rosé, et plusieurs œuvres fort estimables des élèves de Raphaël, font bonne figure autour d’une prestigieuse aquarelle sur parchemin, un chat guettant une souris, ornée du monogramme de Durer, avec la date de 1522. Quelques crayons peu importants de l’école des Clouet nous amènent à Lagneau, dont les œuvres, ici, sont aussi nombreuses que brillantes. Sait-on que cet implacable scrutateur des laideurs séniles a eu, vers 1700, à Bergame, un émule, Fra Vittore Ghislandi, dit aussi Fra Galgario, dont certains crayons, comme ceux recueillis avant la guerre par Alfred Strolin, rappellent à tel point des Lagneau, que des connaisseurs éminents s’y sont trompés ? N’oublions pas la riche série des dessins de Guerchin, aux noirs si profonds, le charmant croqueton à la sanguine par Van der Meulen, le petit Callot à la plume, d’une distinction si raffinée, le solide paysage de Grimaldi, les singulières Lagneau. Portrait d’homme âgé. bambochades coloriées de Denis Durand, artiste français de l’époque de Henri IV. Le catalogue forme un joli volume bien illustré, rédigé à la fois avec sobriété et avec une érudition de bon aloi. SEYMOUR DE RICCI.

Page 5

BEAUX-ARTS MONUMENTS HISTORIQUES Collection Millon. — L'article 37 de la loi du 31 décembre 1921 fut voté pour permettre à l'Etat d'interdire la sortie de France des objets d'art et de collection, en lui donnant un droit de préemption sur toute vente publique d'objets d'art, droit par lequel il se trouve subrogé à l'adjudicataire. Cette heureuse disposition de la loi vient de recevoir pour la première fois son application en ce qui concerne la vente après décès de la collection réunie à Dijon par le président Millon. Le Conseil de la Caisse des Monuments historiques, à qui avait été signalé l'intérêt considérable de ces objets, vient de décider en effet de mettre à la disposition du Ministre des Beaux-Arts, la somme de 30.000 fr. nécessaire pour le droit de préemption, et d'acquérir la collection au profit du Musée de Saint-Germain. On reviendra plus tard dans le Bulletin des Musées sur le détail des objets qui la composent; rappelons simplement qu'elle était en grande partie formée des découvertes faites lors des fouilles pratiquées dans le tumulus de la Motte-Saint-Valentin à Courcelles-en-Montagne (Haute-Marne), et qu'elle contenait notamment, trouvés dans des sépultures celtiques, un grand vase grec en bronze du type dit « stamnos » et un canthare d'argile peint à décor de feuilles imbriquées de fabrique attique du ve siècle, dont M. Salomon Reinach avait signalé dès longtemps la rareté et l'intérêt pour notre histoire nationale. Isère. — La grande presse s'est fait l'écho des craintes qu'inspirait pour la conservation du château de Lesdiguières, à Vizille, la vente du domaine composant la propriété. On a rappelé que c'est là que se tinrent les premières réunions des grands révolutionnaires Barnave, Mounier etc., avant la convocation des Etats généraux. Mais on a insuffisamment fait remarquer que le château de Vizille et sa porte d'entrée étant classés depuis 1862, il ne pouvait être porté atteinte à l'immeuble lui-même. Cependant un inspecteur des Monuments historiques s'est rendu sur place pour examiner, d'accord avec le vendeur, dans quelles conditions serait sauvegardé l'entourage du château et notamment la grande pièce d'eau qui lui forme un cadre dont il ne peut être privé. Charente-Inférieure. — Nous avons signalé précédemment (Beaux-Arts, n° 9, p. 134) le classement de la belle maison du début du xve siècle, située au n° 8 de la rue des Merciers, à La Rochelle. Ce n'est pas la seule maison intéressante de ce pittoresque quartier de la vieille ville. Aussi vient-on d'appliquer la même mesure aux immeubles sis aux nos 3, 5 et 17 de la rue des Merciers, à celui qui forme l'angle de cette rue et de la rue des Mariettes, et à celui situé au coin de la rue du Temple et de la rue de la Grosse-Horloge. On conservera ainsi à La Rochelle tout un ensemble de demeures qui représentent bien le type des habitations des riches négociants et armateurs du temps de Louis XIII. Deux, surtout, méritent d'être signalées : celle du n° 5 de la rue des Merciers, qui a appartenu au célèbre maire de La Rochelle, Jean Guiton, qui défendit les libertés de la ville contre Richelieu, en 1628 ; celle de la rue du Temple, dont la porte d'angle richement décorée, actuellement bouchée, s'ouvrait jadis sur l'encorbellement d'une tourelle aujourd'hui démolie, et dont les hautes fenêtres du premier étage sont encadrées de gaines à bustes humains formant cariatides, d'une exécution remarquable. Nièvre. — L'église d'Alligny, quoique très simple, méritait de figurer sur la liste des édifices classés pour deux raisons : construite d'un seul jet à la fin du xve siècle, elle représente un type de l'architecture flamboyante dans la région ; l'architecte-maître constructeur très avisé, a su prévoir, par une combinaison appropriée des corniches et des contreforts, et la taille judicieuse des pierres, un écoulement parfait des eaux pluviales, qui a préservé tous les extérieurs de l'édifice des intempéries et leur a permis de nous parvenir dans un état de conservation surprenant. L'intérieur de l'église ne comprend que quatre travées et un seul bas-côté. Les grandes arcades, les doubleaux et les ogives reposent sur des piliers à moulures toriques qui prolongent les arcs sans l'intermédiaire de chapiteaux ; une grande lierne longitudinale souligne la voûte de la nef.

Page 6

BEAUX-ARTS Aude. — L'incendie qui dévasta en août 1910 le chœur de l'église Saint-Just et Saint-Pasteur de Narbonne avait fortement endommagé les grandes orgues, fort heureusement, le mécanisme seul avait surtout souffert et les admirables boiseries du Narbonne. Hôtel de Rolland. Cheminées buffet, datées de 1739, étaient à peu près indemnes. Il n'avait pas été possible toutefois d'entreprendre la restauration de ce bel instrument, la dépense étant trop importante. La générosité d'un riche amateur narbonnais, justement ému de cette situation, va bientôt permettre de réparer les dégâts causés par le feu et le temps. Usant des dispositions de la loi sur la Caisse des Monuments historiques, il a légué par testament une somme de 60.000 fr. à cette caisse, pour être employée uniquement et intégralement à la restauration des grandes orgues de la basilique Saint-Just et Saint-Pasteur de Narbonne. Le Conseil d'administration de la Caisse des Monuments historiques a aussitôt décidé d'accepter ce legs et y a été autorisé par décret en Conseil d'Etat du 14 novembre dernier. C'est à ses remparts, exemple unique de l'architecture militaire du Moyen âge, que Carcassonne doit sa réputation mondiale. Cette vieille cité conserve cependant bien d'autres souvenirs d'art des siècles passés. C'est ainsi que l'hôtel de Rolland, 38 rue de la Mairie, mérite plus que tout autre le classement dont il vient d'être l'objet. Cette belle demeure du xviie siècle n'offre à l'extérieur qu'une ordonnance régulière aux hautes fenêtres décorées à leur sommet de têtes de femmes ou d'hommes casqués, avec de riches balcons de fer forgé. La cour intérieure comprend un pavillon central et deux ailes en retour, d'une grande tenue architecturale. Le rez-de-chaussée ne comporte que des logements de service, mais on accède au premier étage par deux escaliers dont l'un surtout est remarquable par son ampleur et possède une magnifique rampe en fer forgé. Les grands appartements ont conservé intactes leur décoration et leurs cheminées du xviiie siècle; ils comprennent la salle à manger, la bibliothèque, le cabinet de travail, le grand salon avec sa riche ordonnance de pilastres cannelés, le petit salon, la chambre à coucher à décor Louis XVI et derrière ces pièces une grande galerie s'ouvrant par trois baies sur la cour intérieure. La ville de Carcassonne aurait l'intention d'acquérir cet immeuble pour y installer la bibliothèque et les appartements de réception de l'Hôtel-de-Ville. Il serait infiniment souhaitable que ce Narbonne. Hôtel de Rolland. Escalier projet aboutit. Il permettrait assurément que cette belle demeure, qui a conservé toute la splendeur de sa richesse fanée, fût plus connue des amateurs et des touristes. Jean VERRIER.

Page 7

[133] 15 DÉCEMBRE 1923 327 BULLETIN DES MUSÉES DONS EN SOUVENIR DE M. OLIVIER SAINSÈRE Mme Olivier Sainsère et ses enfants ont tenu à perpétuer, dans les musées dont il s'était occupé avec passion, comme de tous les établissements artistiques de notre pays, le souvenir de l'homme délicat et charmant qui fut membre du Conseil des Musées nationaux et président de la Société des Amis du Luxembourg. Une intéressante Tête de Christ de l'école flamande du xvie siècle a été offerte par eux au Musée du Louvre, tandis qu'un précieux tableau de Bonnard, représentant un Intérieur: une jeune femme vue de dos près d'une fenêtre donnant sur un paysage d'hiver, ira compléter les séries les plus modernes du Luxembourg. MUSÉE DU LOUVRE Peintures et dessins. — Le Musée a reçu en don, de M. Bouasse-Lebel, un portrait au crayon de Daubigny, par Chaplin. Le Musée a fait l'acquisition, à la vente Gadala, d'un album de dessins du sculpteur CHAUDET, où figurent des projets pour quelques-unes de ses grandes sculptures de la période impériale et diverses curieuses feuilles d'études ou de croquis. Objets d'art. — Un legs de M. Louis Hugot, accepté par le Conseil des Musées dans sa dernière séance, va enrichir surtout les séries de faïences françaises récemment réinstallées. Il comprend également quelques autres objets, meuble, tapisserie, ivoires, sur lesquels nous reviendrons prochainement. Ce legs a paru assez important pour que le nom de M. Hugot fût inscrit sur la plaque des grands donateurs. Le département a reçu, d'autre part, en souvenir de Maurice Pézard, attaché au Musée du Louvre, dont nous annoncions récemment la mort prématurée, divers objets recueillis par lui au cours de ses campagnes en Orient, un bol persan archaïque, un fragment de vase fatimite et trois étoiles de revêtement d'art persan. MUSÉE DU LUXEMBOURG Un groupe anonyme d'amateurs anglais amis de la France — nous croyons savoir que ce sont particulièrement des dames — a tenu à prouver ses sentiments à l'égard de notre pays, et, en même temps, à étendre chez nous un hommage bien mérité à un des hommes dont s'honore le plus la pensée anglaise contemporaine, Sir James Frazer, que la Sorbonne accueillait naguère avec les égards qu'il mérite: il a offert en don au Musée du Luxembourg une épreuve en bronze du buste du grand philosophe et sociologue par le sculpteur Bourdelle. Cette effigie vigoureuse, d'un style magnifique, est une des dernières qui soient sorties des mains de l'artiste et elle contribuera à le représenter de façon très intéressante dans nos collections publiques, où il n'eut pas pendant longtemps la place qui lui revenait. Bourdelle. Buste de Sir James Frazer. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS La collection d'émaux cloisonnés de la Chine donnés par M. David Weill La belle collection d'objets de l'Extrême-Orient que possède le Musée des Arts décoratifs ne contenait jusqu'à présent que très peu d'émaux cloisonnés; seuls, deux grands brûle-parfums, pro-

Page 8

BEAUX-ARTS venant du legs Richard, d'époque Ming, méritaient d'être particulièrement signalés. Grâce à la générosité de M. David Weill, à qui nos Musées sont redevables de tant de dons précieux, on pourra voir désormais au Pavillon de Marsan un ensemble de cloisonnés très important, tel qu'on n'en trouve dans aucun Musée parisien et dont peu de collections étrangères offrent l'équivalent. Avec l'appoint de plusieurs objets qui ornaient l'hôtel de la baronne Salomon de Rothschild, et que l'Etat a bien voulu déposer aux Arts décoratifs, il a été possible de constituer une très grande vitrine et deux plus petites, d'une variété remarquable. Les historiens de l'art, s'ils discutent sur l'origine du mot par lequel les Chinois désignent les émaux, sont d'accord pour dire que ces émaux, originaires de l'Asie Occidentale et répandus en Europe dès les premiers temps de l'ère chrétienne, n'ont dû s'introduire en Chine qu'au xme siècle, avec l'invasion mongole; au xve siècle (grâce peut-être à la dispersion des ouvriers byzantins, après les conquêtes des Turcs), l'art de l'émaillerie prit dans le pays un développement considérable; il s'est continué avec tant de persistance et de richesse jusqu'à l'époque contemporaine, qu'on en est venu à le tenir pour un des arts typiques de la Chine. Le procédé est le même que celui des artistes de Byzance, dont la description nous a été conservée, mais, tandis qu'à Byzance il a servi presque uniquement à orner des plaques d'or, il a été appliqué en Chine à des objets de bronze de toutes formes et de toutes dimensions; des rubans de métal étroits et minces sont, comme on sait, appliqués sur la pièce à décorer au moyen d'un vernis spécial, de manière à former le contour du dessin; les intervalles sont remplis d'un composé vitreux, diversement coloré, réduit en poudre fine, lequel est ensuite soumis à une ou plusieurs cuissons; après quoi, la surface est polie à la pierre ponce, le bord supérieur des rubans, ainsi que les parties métalliques de la pièce restées apparentes, sont habituellement dorés. Le travail de «champlevé», où les cavités destinées à recevoir l'émail sont obtenues par des creux ménagés dans le métal formant le corps même de l'objet, travail qui a connu en Europe, au Moyen âge, une si heureuse fortune, s'est trouvé employé en Extrême-Orient, concurremment avec le «cloisonné»; mais on ne le rencontre guère que dans les ouvrages les plus anciens ou dans leurs imitations modernes; d'une façon générale, les émaux chinois sont cloisonnés. Les pièces datant du temps des Ming (1368-1644), surtout celles qui sont antérieures au xviiie siècle, se distinguent par le beau caractère du dessin et la largeur de l'exécution. Si la technique de l'émailler y est moins parfaite qu'elle ne l'est devenue aux siècles suivants, si la surface présente souvent des inégalités et des piqûres, le coloris est d'une intensité et d'une profondeur auxquelles, au xviiie siècle, les émaux n'atteignent plus. Les tons dominants sont un bleu lapis sombre et un bleu turquoise, auxquels s'ajoutent un rouge corail, un jaune franc et un vert de cuivre; le blanc et le noir, quoique manquant de pureté, s'accordent à merveille avec ces couleurs pour composer la plus riche harmonie. Les œuvres faites sous les premiers empereurs de la dynastie Tsing, Kang-Hi (1662-1722) et Yong-Cheng (1723-1735), gardent quelque chose de la puissance qui caractérise celles de l'époque des Ming. Au contraire, avec le règne de Kien-Long (1735-1798), on constate la même transformation que dans les porcelaines: l'exécution devient d'un fini et d'une délicatesse extrêmes; dans les belles pièces, elle est pour ainsi dire sans défaut; mais la qualité du style est inférieure, même quand les formes des anciens vases rituels sont reproduites. Le décor prend plus de préciosité; les couleurs, plus diverses et plus claires, n'ont pas la franchise et l'éclat d'autre-

Page 9

fois. Au cours du xixe siècle, l'art de l'émail a suivi la décadence des autres arts. La collection David Weill contient 143 objets des dimensions et des formes les plus diverses, qui datent de toutes les époques entre la fin du xive siècle et celle du xviiie : tables, grandes et petites plaques, écrans, vases, brûle-parfums, chandeliers, bassins, plateaux, bols, théières, boîtes, étuis, sceptres, miroirs, bracelets, étriers, etc.; on voit que rien n'y manque qui puisse donner une idée complète et juste des émaux chinois. Beaucoup de ces objets sont de la meilleure époque Ming; le visiteur les reconnaîtra aux caractères que nous avons brièvement indiqués; les pièces Kang-Hi ou Kien-Long sont généralement de la plus belle qualité. Il serait fastidieux d'énumérer, sans que cette énumération soit accompagnée d'illustrations, les pièces les plus caractéristiques. Nous signalerons cependant une grande plaque bleue décorée de fleurs et d'oiseaux, une autre plaque plus petite, d'une tonalité très particulière, représentant des chauves-souris roses dans des nuages bleus, et la série des boîtes, de toutes époques et de toutes dimensions, dont l'une porte la marque de Kia-Tsing (1522-1566), ornée de personnages dans un paysage. L'Exposition de l'art indigène des colonies françaises L'originalité et la nouveauté ne sont pas les qualités les moins attrayantes de l'exposition qui s'est ouverte en novembre dernier au Musée des Arts décoratifs. Afin de justifier largement le titre de cette manifestation de sympathie pour les arts de nos colonies on a groupé des productions provenant du Cambodge, du Tonkin, de Madagascar et de l'Océanie, du Dahomey et de l'Afrique occidentale, du Congo français et même... du Congo belge. L'art de notre vaste colonie d'Indo-Chine nous est de moins en moins inconnu, et on ne peut pas dire que cette exposition nous informe mieux sur l'admirable art Khmer, que nous ne le sommes à Paris grâce aux efforts récents de M. Hackin, le savant conservateur du Musée Guimet et de ses collaborateurs. L'art annamite, si subtil, si intellectuel, ne tient pas non plus la place qu'il mérite. C'est sans doute qu'on nous réserve pour un prochain jour une exposition où il figurera seul dans le même local et qui montrera les efforts faits pour stimuler et remettre au travail les artistes et les artisans qui possèdent encore là-bas des traditions. L'art océanien et celui de Madagascar, que le visiteur rencontre d'abord, sont surtout représentés par des exemplaires d'art décoratif. On y remarque des étoffes en écorce d'arbres pressée, étoffes ornées de dessins généralement géométriques et qu'on appelle des Tapas, on y voit aussi des poteaux funéraires sculptés ou des soutiens de case également sculptés, formés d'êtres, génies, ou fétiches, superposés. Ces poteaux de faitage nous rappellent, d'une façon curieuse et inattendue, les motifs sculptés de même sorte par des Lapons ou des Indiens Peaux-Rouges (Musée Ashmolean de Washington). Mais le véritable intérêt de cette exposition est sans contredit celui qu'offre l'art africain, l'art nègre (on devrait plutôt dire «les arts nègres»), qui sollicite de plus en plus l'attention des savants et des critiques (1). Les spécimens dahoméens qu'on nous présente et qui proviennent des dépouilles du palais de Behanzin amusent par leur ressemblance simiesque avec notre art européen. Il y a là un certain Ebo ou Gobo, génie de la guerre, fabriqué en tuyau de poète et en fer-blanc, qui est représenté couronne sur la tête, col rigide autour du cou et les pieds nus, du plus cocasse et débonnaire effet, (1) Voir l'article de M. Louis Sonolet, dans le numéro de septembre-octobre de la Gazette des Beaux-Arts.

Page 10

BEAUX-ARTS et qui rappelle les « Impressions d'Afrique » de funambulesque mémoire! Faut-il dire que des gens, généralement pris au sérieux, ont pu comparer la statue en cuivre de Behanzin au reliquaire de Sainte Foy de Conques? Génie de la Maternité (Bois). Avec l'art de l'Afrique occidentale et du Congo, il nous paraît que nous sommes en présence d'une « esthétique » bien autrement originale. C'est un art qui cherche plus à surprendre qu'à plaire : « L'Olympe africain, dit justement M. Jean-Louis Vaudoyer, est peuplé de divinités affreuses, repoussantes, qui cherchent à faire peur, sans imposer la moindre impression de puissance et de grandeur. » Les visages de ces statues ou de ces masques en bois, d'une très belle patine, sont torturés, traités Masque en bois (Afrique occidentale française). d'une façon en général très peu naturaliste. Il faudrait pourtant faire des différences entre les immenses contrées d'où proviennent ces spécimens et ne pas généraliser trop hâtivement. Certes, le Génie de la Maternité, aux mamelles pendantes comme deux autres dégonflées, ne saurait être rangé dans la même classe que telle de ces petites statuettes dont l'inspiration est prise par l'artiste autour de lui, dans la vie quotidienne, dans les gestes de l'Ecraseur de graines ou du Petit singe familier. Les uns et les autres cependant font songer à de possibles influences égyptiennes, et même assyriennes, telle cette dent d'ivoire sculpté figurant des guerriers analogues à ceux du tombeau de Darius, voire égéennes, tel ce casque en bois (collection Hessel) qui évoque d'une façon saisissante un de ceux qui furent exhumés du Trésor des Atrides... Mais ne nous aventurons pas sur un terrain glissant. Le point de vue esthétique, qui est le nôtre, nous autorise seulement à signaler le caractère évidemment très attachant pour nous Petit singe en ivoire (Collection Bela Hein). quoique assez déconcertant de cet art africain, qu'on a peut-être tort de croire tellement spontané et primitif. Jean-Gabriel Lemoine. MUSÉE DE SAINT-GERMAIN Le groupe en pierre trouvé récemment à Alesia par le Commandant Espérandieu, dont il a été question dans une des dernières séances de l'Institut, a été donné au Musée des Antiquités nationales. PALAIS DES PAPES D'AVIGNON L'exposition des tapisseries des Gobelins et de la Savonnerie, dans le palais des Papes, que nous avons annoncée dans notre numéro du 15 octobre, s'est ouverte au public le 2 décembre.

Page 11

BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE Le Salon Triennal à Anvers Le Salon Triennal, qui vient de s'ouvrir à Anvers, est intéressant à plus d'un titre. Malgré des lacunes regrettables, il souligne une tendance très nette de la jeune école belge : tendance à s'individualiser, à s'affranchir du joug des écoles voisines, de la nôtre en particulier, à puiser son inspiration et ses moyens d'expression dans le pays même, à conformer sa technique à la lumière, à l'air, au milieu belge. C'est là un fait heureux auquel nous ne pouvons qu'applaudir, tout impérialisme étant néfaste en art aussi bien qu'en politique, et le rôle de notre vivante peinture française étant de susciter et d'éveiller des personnalités de valeur, bien plus que de former de pâles copistes. Eugène Laermans, avec ses Mendiants, a su rendre toute la grandeur désolée des vastes paysages de Flandre, que le soleil abandonne : dépassant la note personnelle et locale, il évoque pour nous tout le tragique humain. Emile Claus, dans une toile triomphante de force et d'ardeur, nous montre un premier soleil de printemps éclairant des arbres au bord de la Lys et nous dit, en même temps, toute la joie de la patrie retrouvée après l'exil de Londres. A côté de ces maîtres, qui nous livrent dans ces pages magistrales toute l'émotion et toute la science de leur vie d'artiste si bien remplie, se groupent les plus jeunes qui cherchent encore, interrogeant leur pays et leur sensibilité : Paulus, de plus en plus maître d'un vigoureux métier, nous donne son Haleur au Borinage, toile de grande impression et d'une chau-de harmonie dorée, relevée de violentes oppositions de noirs; Opsomer, avec une vue de Lierre largement établie, dit un beau poème de l'hiver en Flandre; Derchain, dans un triptyque malheureusement un peu terne, nous raconte de jolies choses sur un coin de route des Ardennes; Latinis, évoque dans des symphonies de blancs habilement nuancés, tout le calme des petites villes wallonnes; Wéry et sa robuste et vraie petite paysanne des Flandres; Marcel Gillis et Dequène, héritiers, semble-t-il, d'une vision à la Breughel. Nous avons vraiment là, pour ne citer que quelques noms, un ardent témoignage d'amour et de compréhension de la vivante Belgique. Qu'il n'y ait point ici de nationalisme étroit, le Salon Triennal le prouve par la place réservée aux étrangers. C'est notre Bourdelle qu'il invite et qui triomphe avec son buste d'Ingres, son buste de Perret, ses calmes et harmonieux bas-reliefs, ses bacchantes et ses génies. C'est l'école hollandaise contemporaine, largement représentée à Anvers, par M. A.-J. Bauer, dont les vues et les personnages d'Orient sont d'une délicatesse de vision et de tons qui rappelle le meilleur Fromentin; par Breitner, qui fut le peintre des hivers brumeux d'Amsterdam, mais aussi des chaudes intimités toutes éclairées par de beaux nus féminins; par les essais plus modernes, teintés de cubisme, d'un Colnot, aux toits si chauds et si rares ; d'un Wiegman ; d'un Sluyters aux constructions étranges, sans oublier Paul Dom, d'une sensibilité si pénétrante. Une importante section de sculpture belge, où l'on admirait surtout, à côté du maître Rousseau, Wynants et Grandmoulin, et une section de médailles, où Dropsy et Jean Pommier, chez nous, Armand Bonnetain, chez les Belges, se faisaient principalement remarquer, venaient compléter cet intéressant Salon. \\ Le Musée Plantin montre une suite de dessins et d'eaux-fortes d'Henri de Braekeler, tirés de ses propres collections ou prêtés par des amateurs de la ville. C'est là une heureuse manifestation, car les dessins des grands artistes belges du xixe siècle sont trop peu connus. L'exposition actuelle permet de constater une fois de plus combien Braekeler était amoureux de la lumière, indépendamment de toute couleur, et avec quelle passion et quel génie il savait en suivre et en rendre les mille jeux subtils et changeants. \\ Souhaitons bon succès au groupement de la Gravure Originale Belge, qui vient de se cons-