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BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE --- AVANT-PROPOS Le public porte en France un intérêt croissant à la vie artistique ; les grands quotidiens le renseignent, au hasard de l'information, sur ses diverses manifestations ; de nombreuses revues spéciales lui consacrent de copieux articles. Il restait pourtant quelque chose à faire pour rendre cette information plus facile, plus exacte et plus complète : à savoir de la résumer en une publication où se trouverait condensé chaque quinzaine, tout ce que l'amateur peut souhaiter de connaître des événements survenus dans le monde des arts en France comme à l'étranger. C'est à quoi va s'employer Beaux-Arts. Beaux-Arts rendra compte des Expositions, tant rétrospectives qu'actuelles, de peinture, de sculpture, aussi bien que d'art appliqué : il le fera dans un esprit de parfaite impartialité, sachant la force et l'utilité de la tradition, mais conscient en même temps de la nécessité de la recherche et de l'intérêt que suscite si justement en tous les domaines l'effort moderne ; ses compte-rendus paraîtront, autant que possible, à temps pour signaler, pendant leur durée, les principales de ces expositions et renseigner l'amateur sur leur qualité. Le Courrier des ventes aura sa place : sans s'astreindre à publier tous les prix, il sera conçu de façon à donner la physionomie des séances essentielles et des plus importantes enchères. Les Livres d'Art notables seront signalés et appréciés au fur et à mesure de leur apparition. Si les ouvrages dramatiques ne sauraient, non plus que le roman ou la poésie, entrer dans notre cadre, Beaux-Arts s'attachera à noter les innovations, si remarquables souvent, de la décoration théâtrale et les nouveautés musicales vraiment dignes d'attention. Une des rubriques les plus importantes sera consacrée à la vie de nos musées nationaux ou municipaux, parisiens ou provinciaux. Alors qu'en Italie, en Amérique et en Allemagne des revues spéciales s'attachent à suivre le développement des collections publiques, en France, depuis la disparition, du fait de la guerre, de l'utile publication des Musées de France faisant suite à Musées et Monuments, le public n'est plus tenu régulièrement au courant des dons qui leur sont faits et de leurs acquisitions. Beaux-Arts comblera cette lacune. Une autre rubrique apportera tous les renseignements utiles sur ce grand musée, le plus beau de tous, que forment les monuments élevés depuis dix siècles sur notre sol et qui, plus que tout autre peut-être, a besoin de la sollicitude éclairée du public. Partout des reproductions photographiques aussi abondantes que possible mettront sous les yeux du lecteur, les œuvres mêmes dont on l'entretient. Si Beaux-Arts remplit son programme, on y trouvera donc tout ce qui peut intéresser de la vie artistique, nationale ou internationale. Or, la qualité de ses collaborateurs permet d'espérer que le nouveau recueil tiendra ses promesses. Il justifiera le succès qui ne manquera pas de lui venir, et sûrement très vite, sous le patronage et comme sous la garantie de sa grande ainée la Gazette des Beaux-Arts. Raymond Koechlin.

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BEAUX-ARTS NOUVELLES - L'hommage national rendu à l'illustre mémoire de Pasteur dans les cérémonies du centenaire célébrées à Paris et qui se continueront à Dôle et à Strasbourg, comportait naturellement une part de manifestations artistiques. Celles-ci ont souligné le caractère d'universalité que devait revêtir l'hommage. Ce fut d'abord la décision significative du timbre à l'effigie de Pasteur (on sait que cette effigie sera exécutée d'après un médailion du sculpteur Prudhomme), puis l'installation au Musée du Luxembourg, pour qu'il y pût être plus généralement admiré, du portrait classique d'Edelfelt, déposé jusqu'ici par l'Etat à la Sorbonne. Enfin l'Etat vient de commander au sculpteur Aronson un buste dont le marbre sera placé à l'Institut Pasteur, mais dont les reproductions et les réductions exécutées par l'atelier des moulages des Musées Nationaux seront répandues par les soins du comité Pasteur, ou mises en vente au public à des prix très réduits, à l'atelier du Louvre. - M. le Directeur des Beaux-Arts a inauguré, le lundi 8 janvier, l'Exposition, organisée au Pavillon de Marsan par le Service des Monuments Historiques, de l'Architecture française des XVIIe et XVIIIe siècles. Les membres de l'Union centrale des Arts Décoratifs et de la Société des Amis du Louvre, avaient été invités à cette inauguration. - Ceux-ci ont été conviés, d'autre part, à visiter le 16 janvier l'installation au Musée du Louvre du legs de la baronne Salomon de Rothschild, également ouverte le 15 par M. le Directeur des Beaux-Arts. Nous reviendrons sur ces deux expositions. - M. Maurice Fenaille, membre de l'Institut, vient d'être nommé vice-président du Conseil des Musées, à la place de M. Raymond Koechlin, récemment élu président. - La nationalité française a été récemment conférée par décret à M. Jacques Zoubaloff. On sait l'inlassable générosité dont ce grand amateur russe, ami de longue date de notre pays et de ses richesses d'art, a fait preuve envers nos collections publiques. L'admirable série des plâtres et dessins de Barye, des peintures de premier ordre de Corot, Daumier, Chassériau, entrées au Louvre grâce à lui, ses dons répétés aux Arts décoratifs, au Petit Palais, à Gallière, au Musée de Reims, lui constituent des titres incomparables à notre respectueuse reconnaissance. - Le Conseil municipal a voté un crédit de 10.000 francs pour l'installation dans Paris de diverses statues décoratives appartenant à l'Etat, notamment du Faune de Dardé, qui figurera dans les jardins du Trocadéro, et de la fontaine de Carius, destinée aux jardins du Palais-Royal. - Les Amis de l'art liturgique, réunis sous la présidence du cardinal Dubois, archevêque de Paris, ont entendu un rapport de Mgr Batiffol sur le rôle de cette Société, qui a organisé des cours et des visites aux églises et aux musées. On a chanté ensuite la plus ancienne hymne chrétienne connue, récemment découverte à Oxyrynchos et communiquée à l'Académie des Inscriptions par M. Théodore Reinach. - La Société centrale des Architectes a élu son bureau pour 1923 : MM. Ch. Girault, de l'Institut, président; Legros, Delaage, Brincourt (de Honfleur), vice-présidents. - Sur la proposition du Ministre des Affaires Etrangères, la croix de la Légion d'honneur a été accordée à Mme Georges Blumenthal, de New-York, dont on sait le rôle actif comme initiatrice de la précieuse Fondation américaine pour la pensée et l'art français, dont on connaît aussi l'amour passionné pour nos arts anciens et modernes.

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BEAUX-ARTS Un article paru dans l'Œuvre du 5 janvier posait à nouveau, de façon très opportune, l'éternelle question du Pavillon de Flore, incendié par la Commune, puis, successivement, par les services qui l'accaparèrent, Préfecture de la Seine et Ministère des Colonies. Le Ministère des Finances y maintient actuellement des services « logés là par surprise pendant la guerre », malgré un décret d'affectation de 1883, qui avait paru définitivement réalisé en 1912. Les risques s'accumulent avec les paperasses et les cloisons provisoires, avec les pénétrations réciproques et irrégulières suivant les étages, des collections, des bureaux et des dépôts; attend-on un désastre pour déménager? Or, le projet du 19 novembre 1922 relatif à l'abandon du Séminaire de Saint-Sulpice prévoit une dépense de 30 millions pour l'aménagement de nouveaux locaux. Ne pourrait-on y caser aussi les indésirables services du Pavillon de Flore? L'EXPOSITION D'ARCHITECTURE des XVIIe et XVIIIe Siècles au Pavillon de Marsan Le renom de l'architecture classique française a souffert des querelles qui se sont émues entre les écoles. Les partisans du gothique l'ont accusée d'illogisme, d'italianisme et de mille autres crimes. Les défenseurs des tendances modernes l'ont confondue avec ses pastiches. Par une singulière contradiction, elle était imitée par des architectes, qui se refusaient à l'étudier historiquement, et qui mêlaient les éléments d'âges différents, et dédaignée par des érudits pour qui l'archéologie digne de ce nom s'arrête au xvie siècle. Plut au ciel qu'elle aur été exploitée un peu moins par les architectes et un peu plus par les historiens! Quelques travaux avaient déjà montré combien injustes étaient ces préjugés: des architectes du xvime siècle ont été l'objet de monographies luxueuses et copieuses. L'exposition, qui eut lieu l'été dernier à Strasbourg, et dont M. Danis avait pris l'heureuse initiative, a prouvé l'intérêt que portent à ces élévations et à ces plans, non point seulement les amateurs, les architectes, les érudits, mais encore le grand public. Aussi a-t-il semblé opportun au Service des Monuments historiques, dont la protection ne s'étend pas uniquement, aux œuvres du Moyen Age et de la Renaissance, d'organiser une exposition semblable, à Paris, au Pavillon de Marsan. On retrouve dans les salles du Musée des Arts décoratifs, la plupart des œuvres envoyées à Strasbourg. On y peut voir aussi des pièces nouvelles obtenues de la générosité des collectionneurs et de la bonne volonté des établissements publics. C'est ainsi que le département de la Gironde a bien voulu nous prêter quelques œuvres de Gabriel, auxquelles l'agence d'architecture du Musée de Versailles a joint des documents fort précieux. Les villes de Strasbourg, Besançon, Amiens, etc., n'ont pas été moins libérales. L'Ecole des Beaux-Arts nous a confié un certain nombre des prix de Rome du xvime siècle, qui valent par leur habileté et leur effet décoratif. Nous ne pouvons citer ici tous les collaborateurs de cette exposition: qu'ils n'en soient pas moins certains de notre reconnaissance. Les organisateurs n'ont pas eu la prétention de donner une idée complète de l'architecture française aux xvme et xvime siècles. Ils ont dû se contenter des œuvres qu'il était possible d'obtenir. Parfois, pour évoquer l'ensemble d'un édifice dont ils présentaient un détail, ils ont exposé une gravure, mais ils se sont efforcés de recourir surtout aux documents originaux. Aussi, n'ignorent-ils pas Projet de transformation de la façade de Versailles, par J.-A. GABRIEL. Cl Serv. Phot. B.-A.

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BEAUX-ARTS les lacunes de cette exposition. De grands maîtres demeurent absents: ils n'ont pas été oubliés, mais ils ont eu cette malchance que leurs œuvres fus- Cl. Serv. Phot. B.-A. Reconstitution d'une salle du Trianon de Porcelaine, par M. DANIS. sent conservées en des dépôts à qui leurs statuts interdisaient les prêts. Il eut été possible de faire prendre des photographies. Nous n'avons pas usé de ce moyen pour ne pas donner à cette exposition un caractère trop abstrait. Il importait de montrer la beauté de ces dessins d'architectes autant que de présenter une collection de documents. L'exposition de Strasbourg offrait le tableau de l'architecture jusqu'à nos jours. Nous avons préféré, à Paris, grouper plus d'œuvres des xvie et xviiie siècles et nous arrêter à 1830-1840, au moment où les influences, les programmes, les matériaux nouveaux vont modifier le style et préparer l'architecture moderne. Nous ne pouvons, en ces quelques lignes, énumérer les œuvres exposées et qui marquent les étapes de notre architecture de Levau à Duban, en passant par Perrault, F. Blondel, Bruand, Vauban, J.-H Mansard, R. de Cotte, Boffrand, Oppenordt, Gabriel, Contant d'Ivry, Soufflot, Mique, de Wailly, Louis, Chalgrin, Gondouin, Brongniart, Vignon, Percier et Fontaine, et tant d'autres encore. Nous serions heureux si les visiteurs de cette exposition éprouvaient le désir de mieux connaître une architecture dont on découvre à l'étude la variété, la souplesse, l'ingéniosité, le pittoresque, et qui fut une des formes où, durant deux siècles, notre esprit, à la fois logique et fantaisiste, idéaliste et réaliste, raisonneur et artiste, se plut à enfermer son rêve de beauté. Louis HAUTECOEUR. ENSEIGNEMENT Du 15 au 30 janvier Conférences du Trocadéro Samedis 20 et 27, et 3 février, à 16 h. 30, M. Rapine, architecte en chef des Monuments Historiques: Charpentes, planchers, pans de bois, combles, dans les édifices français, du Moyen Age au XVIIIe siècle. Conférences du Louvre 4, quai des Tuileries. Vendredi 19, à 17 heures. M. Merlin, Conservateur-adjoint des Musées Nationaux: Le Musée du Bardo à Tunis. Mercredi 24, à 20 heures 45. M. Louis Hourticq: Giotto et la chapelle de l'Arena à Padoue. Vendredi 26, à 17 heures. M. Gustave Fougères, Professeur à la Sorbonne: Le Musée d'Athènes. Mercredi 31, à 20 heures 45. M. Constant, Maître de Conférences à la Faculté des Lettres de Lille: Le Musée Lapidaire d'Arles. Ecole du Louvre Le Samedi 23 décembre, M. Henry Marguery, attaché à l'administration des Bibliothèque et Musée de la Guerre, a soutenu une thèse sur La peinture militaire en France de 1870 à nos jours. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Beaux-Arts Séance du 6 janvier. M. Laloux prend la présidence de l'Académie. Une lettre du général Gouraud annonce la création de l'Institut archéologique d'art musulman de Damas, auquel l'Académie décide d'accorder son patronage. Académie des Inscriptions et Belles Lettres Séance du 5 janvier. M. Homolle prend la présidence de l'Académie, et, dans son discours d'entrée, suggère diverses réformes relatives aux visites de candidature et au recrutement même de l'Académie, qu'il estime devoir être élrgi pour faire place aux représentants des disciplines nouvelles et aux savants de province. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 5 janvier. Présidence de M. Paul Vitry M. Henry Lemonnier montre à la Société la photographie d'un dessin à la plume représentant la bataille de Marignan. Ce curieux dessin, du Musée de Chantilly, est attribué au maître graveur de 1530, connu sous le nom de maître à la Ratière. M. Jean Cordey parle de l'inventaire fait dans l'appartement de Fouquet, au Louvre, deux mois après l'arrestation du surintendant à Nantes. M. J. Marquet de Vasse-

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BEAUX-ARTS lot, grâce à un document retrouvé dans les papiers de Colbert, détermine l'emplacement de l'appartement de Fouquet, qui fut plus tard celui de Colbert. Il était situé au second étage du Logis du roi (aujourd'hui salle des Sept Cheminées). M. Vitry lit une note de M. Rocheblave sur le buste de S. Hoogendijk, par Houdon, à la Sté batave de Rotterdam. UNE EXPOSITION DE PEINTURES DES FRÈRES LE NAIN L'exposition qui vient de s'ouvrir (1) est en grande partie le résultat et la consécration des belles études analytiques, si perspicaces et délicates, données par M. Paul Jamot à la Gazette des Beaux-Arts en 1922. Il en a résumé lui-même les résultats dans le catalogue de l'exposition qui groupe si heureusement quelques toiles, inconnues ou peu connues jusqu'ici, d'attribution certaine et de qualité remarquable, grâce à la libéralité de la baronne de Berckheim, du duc de Rutland, de MM. Hindley Smith, Warneck, J. et G. Bernheim jeunes, Sambon et Nieuhuys. Une intéressante exposition des œuvres des Le Nain avait déjà eu lieu à Londres en 1910 au Burlington Fine Arts Club. Celle-ci nous fait avancer encore avec plus de précision dans la connaissance longtemps incertaine de l'art des trois frères originaires de Laon, qui représentent dans l'art français du xvie siècle une note si exceptionnelle, où se reconnaissent cependant dans la gravité simple, dans la mesure et l'harmonie, quelques-unes des meilleures qualités de l'esprit français du xviiie siècle quelque chose aussi de ce réalisme ému et attentif qui fera le fond du tempérament d'un Chardin. La manière d'Antoine, l'aîné, né en 1588, paraît faite de bonhomie un peu gauche et témoigne d'un sens un peu lourd de la réalité. Elle n'est représentée du reste par aucun tableau à l'exposition. Louis, plus jeune de quelques années (il était né en 1593) est un artiste très supérieur: c'est lui sans doute l'auteur de l'admirable Repas des paysans de la collection Lacaze. Il est représenté ici par le Benedicite, qui appartient à M. Hindley Smith, et par Les Paysans devant leur maison (au duc de Rutland), scènes rustiques qui, écrit M. Jamot, « respirent une paix pleine de dignité, où la vérité est rendue avec conscience par un observateur clairvoyant qui ne force rien, qui n'exagère rien, ni en bien ni en mal, qui est seulement porté vers les modèles qu'il a choisis par une grave sympathie ». Le troisième frère, Mathieu, né seulement en 1607, et qui prolongera son activité — et son succès — jusqu'en 1674, très influencé par ses frères, surtout par Louis, est un talent moins original, moins austère, mais plus brillant et plus souple. C'est le plus abondamment représenté ici. Portraitiste comme ses ainés, il se révèle à nous par l'élegante et expressive effigie de jeune seigneur prêtée par M. Warneck. Abordant exceptionnellement les sujets mythologiques, il nous donne, dans la Vénus dans la Forge de Vulcain, que M. Jamot a fait entrer si heureusement au Musée de Reims, une œuvre unique où le charme sain et puissant des figures de l'atelier des Le Nain s'allie à une fantaisie classique inattendue. Mais c'est surtout dans les pittoresques réunions de jeunes gentilshommes attablés dans des auberges, fumant ou jouant, mais sans tapage, à la flamande, qu'il excelle, groupes de portraits pénétrants et animés, comme cette Réunion d'amateurs du Louvre que l'on classait jadis à l'école hollandaise sous le nom de Chambre de Rhétorique, comme le Corps de Garde ou les Joueurs de Trictac (1), qui sont ici exposés, et dont on peut rapprocher pour leur élégance discrète plusieurs scènes villageoises attribuées selon toute probabilité au même auteur. (1). Le Conseil des Musées, dans sa séance du 8 janvier, a voté l'acquisition de ce tableau, pour le Musée du Louvre. Nous aurons donc l'occasion d'y revenir. (1) A la galerie Louis Sambon, 61, avenue Victor-Emmanuel III, au bénéfice de l'œuvre des enfants tuberculeux de Reims.

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BEAUX-ARTS MONUMENTS HISTORIQUES Nous nous proposons, dans cette chronique, de tenir nos lecteurs au courant des principales nouvelles qui intéressent la sauvegarde de nos monuments anciens, et nous voudrions leur signaler tour à tour les classements les plus intéressants adoptés par la Commission des Monuments Historiques, l'œuvre poursuivie par ce service pour la remise en état des monuments atteints par la guerre, et le résultat des fouilles qu'il est amené à entreprendre. À notre époque où l'on donne aux questions d'urbanisme une importance dont on ne saurait nier l'intérêt, bien des municipalités ont tendance, par une compréhension un peu étroite de ce qu'est l'aménagement d'une ville, à faire disparaître, par des alignements souvent sans intérêt, ce que nos vieilles cités contiennent encore de demeures pittoresques. D'autre part, des collectionneurs étrangers qu'attire le charme de nos pierres n'hésitent pas à faire démonter des édifices parfois fort importants pour les transporter au delà des mers, sans prendre garde que cette séparation du paysage où ils ont été élevés leur fait perdre la plus grande partie de leur caractère. Aussi la Commission des Monuments Historiques poursuit-elle activement, à l'heure actuelle, le classement d'immeubles particuliers, pour les sauver de la pioche des démolisseurs. Nous signalerons, notamment à Cordes (Tarn), les curieuses maisons dites du Grand Veneur et du Grand Ecuyer, la maison Prunet, la maison Carrié, la maison Ladevèze, du xxe et du xime siècles; à Gien (Loiret), les maisons sises 5, 25 et 58, rue Gambetta; à Clamecy (Nièvre), la maison du xve siècle, située rue de l'Hospice; à Blois (Loir-et-Cher), l'ancien évêché; à Amiens, le charmant Théâtre, œuvre de l'architecte Rousseau; à Reims, la porte dite de la Cour du Chapitre. Dans le Var, le classement d'un édicule du xve siècle, situé dans les bâtiments de la ferme de la Vacherie, sur la commune de Tourves, sauvera cette élégante construction d'une disparition sans doute prochaine. Ce petit édifice hexagonal a souvent éveillé la sagacité des curieux. Il semble bien, d'après l'examen minutieux qui en a été fait par M. l'Inspecteur général des Monuments Historiques Nodet, que ce soit un tabernacle, provenant peut-être de l'église de Ste-Baume ou de la cathédrale St-Sauveur, à Aix, et adossé, au xviiie siècle, à une tour de cette époque. On voit encore, sur l'une des faces, l'ouverture de la niche, bouchée avec des briques, et sur les autres, des armoiries très mutiées, ainsi qu'un petit bas-relief représentant l'Annonciation. Les inscriptions sont trop dégradées pour pouvoir être déchiffrées. La tour à laquelle est adossé ce tabernacle porte une décoration de pilastres cannelés de style Louis XVI. Le tout est en fort mauvais état de conservation, et le classement intervenu permettra de sauvegarder, dans un site particulièrement agréable, une charmante fantaisie du grand seigneur de l'époque, possesseur du château de Tourves, le comte de Valbelle, qui voulut sans doute avoir, la mode y étant, une «Vacherie» qui rappelât celles des résidences royales. Jean Verrier.

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[1] 15 JANVIER 1923 7 BULLETIN DES MUSÉES LE LEGS SALOMON DE ROTHSCHILD au Musée du Louvre En mourant, au début de 1922, la baronne Salomon de Rothschild laissait un testament dont les dispositions à l’égard de l’Etat étaient d’une magnifique générosité. Elle léguait à la France son bel hôtel de la rue Berryer, avec toutes les collections et le mobilier qu’il contenait, à charge pour l’Administration des Beaux-Arts d’en faire un centre d’attractions artistiques, réunions de sociétés, expositions, congrès, etc. Le Musée du Louvre, le Musée de Cluny et le Musée des Arts décoratifs étaient autorisés à y faire des prélèvements de leur choix pour leurs collections, le surplus des objets d’art devant être conservé dans la belle demeure, pour y contribuer à la décoration ou y retenir la curiosité des visiteurs. Le Musée des Arts décoratifs a reçu un fort joli mobilier de salon en tapisserie estampillée de Jacob, et une grande tapisserie de Mortlake; le Musée de Cluny ne put prélever, faute de place, qu’une Cl. Serv. Phot. B.-A. Plat en faïence de Faenza. partie, d’ailleurs importante, de la collection d’orfèvrerie allemande, détachée jadis par raison successorale des grandes collections du baron Karl Mayer de Rothschild, de Francfort, qui ont été publiées en un magnifique album de planches, en 1883. Le Musée du Louvre fut plus richement doté. Ses choix délibérés l’ont mis en possession d’un petit portrait d’homme de Rembrandt, et d’un grand paysage de Théodore Rousseau, de quatre beaux meubles du xviiie siècle français (secrétaire en citronnier avec plaques de Sèvres, fin de Louis XVI, petit guéridon rond à plaques de Sèvres, estampillé de Carlin, petit bureau de dame Louis XV, petit bonheur du jour). Une magnifique pendule de bronze doré avec deux figures couchées en porcelaine de Vincennes, sous un bosquet de petites roses, signée Gauron 1754, et une pendule en porcelaine de Sèvres complètent ce très bel ensemble, ainsi qu’une incomparable série de soixante boîtes à miniatures du xviiie siècle. Parmi les émaux points, à un superbe triptyque de l’époque de Nardon Pénicaud, et à deux portraits de Léonard Limosin, s’ajoutent dix plaques à sujets tirés de l’Enéide, d’après des estampes du Cl. Serv. Phot. B.-A. Pendule décorée de porcelaine de Vincennes.

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BULLETIN DES MUSÉES xvie siècle, qui viennent compléter une série très importante, sur laquelle M. Marquet de Vasselot aura à revenir ici même plus longuement. Verre émaillé de Venise Une aiguière de Bernard Palissy, par son élégance et son impeccable exécution, n’a pas paru indigne de la magnifique collection du Louvre. Un très beau bronze italien d’Andrea Riccio, une femme assise, nue jusqu’à la ceinture, a son analogue au Cabinet des Médailles et dans la collection Gustave de Rothschild. Quinze objets de faïence orientale, plats et taros hispano-moresques, vases et plats de Damas ou émaillé du Caire, trois cuivres damasquinés d’argent, un tapis de soie, et une curieuse série d’armes iront plus tard accroître les séries, récemment installées au Pavillon Sully, de l’art musulman. Mais le plus notable enrichissement de nos collections réside en l’entrée de vingt faïences italiennes d’une importance capitale, quelques-unes portant inscriptions et dates et dont l’une est une aiguière de la série des Porcelaines de Médicis, par conséquent objet rarissime, et surtout de sept verreries émaillées de Venise (xvie siècle) à sujets de personnages, dont le Louvre ne possédait aucun spécimen, et qu’il pouvait désespérer d’acquérir jamais, vu leur extrême rareté, si la générosité d’un Rothschild ne venait pas l’en doter un jour. Nous reproduisons ici l’une des plus belles. Exposées provisoirement dans une salle voisine de celle qui contient le legs Adolphe de Rothschild, ces collections, au bout de quelques mois, seront reversées à leurs séries respectives, et y perpétueront le souvenir d’une des plus larges libéralités dont le Louvre ait été gratifié. Gaston Migeon. MUSÉE DU LOUVRE Antiquités grecques et romaines. — Le département a acquis, durant le dernier trimestre, les petites pièces suivantes : 1° Tête d’un jeune Pan, aux oreilles animales, la chevelure aux mèches onduleuses surmontée de deux cornes naissantes. Marbre. — Athènes. — Rapporté par M. Daveluy, premier directeur de l’Ecole Française, en même temps que la tête de la frise du Parthénon, donnée par Mlle L. de La Coulonche. 2° Poupée en os. La coiffure indique l’époque romaine. Les jambes, qui s’attachaient à deux anneaux, manquent. — Rhodes. 3° Statuette en bois autrefois dorée, Alexandre (?) debout, un manteau jeté sur les épaules.— Egypte. Etienne Michon. Peintures et dessins. — Le département vient de recevoir en don de M. F. Flameng, récemment nommé membre du Conseil des Musées, deux peintures: une vigoureuse Etude de dindon mort de l’Ecole espagnole du xvie siècle, et une Figure d’homme en bustle jouant de la flûte, par Van Dyck. Don de la Société des Amis du Louvre. — La Société, continuant la série des heureuses acquisitions qui ont si utilement enrichi le fonds des dessins et esquisses de nos grands maîtres du xixe siècle, vient, par l’entremise de M. Henraux, de faire entrer au Louvre une magnifique aquarelle Arabe assis, aquarelle de DELACROIX. de Delacroix, représentant un Arabe assis. Cette aquarelle provient de la collection Haviland et avait figuré en 1891 à la vente Burty.

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[3] BULLETIN DES MUSÉES 9 LE LEGS MARCEL BING Le nom de Marcel Bing, enlevé prématurément l'autre année, méritait, certes, d'être conservé au Louvre, dont l'enseignement fut si profitable à la Cl. Serv. Phot. B.-A. Dessin par DEGAS. formation de son goût et dont il fut l'un des amis les plus dévoués. Collaborateur, puis successeur de son père, à la célèbre galerie de la rue de Provence, élève de Courajod et de Molinier, lié d'amitié avec la plupart de ceux qui ont recueilli leur héritage et dont il avait été le condisciple à l'Ecole du Louvre, artiste, esprit charmant et délicat, grand voyageur et presque explorateur pour ses fructueuses expéditions en Chine, il avait acquis un sens profond et raffiné de toutes les formes de l'art, sensible surtout à celles de l'Extrême-Orient, qu'il connaissait à merveille par l'éducation paternelle et par son information personnelle puisée aux sources mêmes, en même temps qu'aux modernités les plus aiguës. C'est sous ce double aspect que la série des objets choisis dans ses collections, en conformité avec ses volontés, par les exécuteurs de celles-ci, le représentera dans le trésor de notre art national. Elle comporte un ensemble de douze pièces qui viennent d'être présentées au public, au mois de janvier, sur les épines de la Salle Denon, au Louvre. Un très beau vase chinois en bronze de l'époque des Tcheou, un portrait de prêtre assis, qui semble de l'époque des Song, une Kouan-Yn peinte, de l'époque des Yuan, nous apportent des documents qui sont en même temps des œuvres d'art de grand prix. D'autre part, un buste de jeune fille, plâtre original de Rude, étude pour sa figure de l'Hébé, mettra dans nos collections de sculpture une note nouvelle de fraîcheur et de grâce délicate. Enfin, une série de dessins de Degas, rehaussés de gouache et de lavas, ont été prélevés dans la collection de Marcel Bing. Tous proviennent des ventes de l'atelier du maître, et avaient été choisis avec le goût le plus avisé et le plus sûr, parmi les plus caractéristiques de ses différentes manières. Le plus important, celui que nous reproduisons ici, est une étude de femme à micorps, nouant les rubans de son chapeau (vers 1875). D'une finesse incisive, un autre portrait de femme à la mine de plomb s'apparente aux études de la jeunesse de Degas. C'est le portrait de Mlle Hélène Hertel, depuis comtesse Falzacappa, daté de 1865. Une saisissante silhouette d'ama- Cl. Serv, Phot. B.-A. Buste de jeune fille, Plâtre par RUDE. zone, ainsi qu'une feuille contenant une douzaine d'études de femmes assises, appartiennent encore à l'époque du Second Empire. Ailleurs, c'est l'admi-

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rable étude d'une encolure de cheval avec un cavalier, deux études de femme debout et chantant. enfin, un des puissants fusains de Femme à sa toilette, datant de la vieillesse de Degas. MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS Le Musée des Arts Décoratifs qui, l'été dernier, avait vu s'enrichir les séries de bois sculptés et de bronzes qui font une de ses plus utiles originalités, par les donations Larcade et David Weill, a reçu, récemment encore, de M. Doistau, des faïences de Delft et de Rouen, qui viennent compléter les riches collections déjà formées par lui, et du Dr Chompret des pièces intéressantes de la manufacture d'Aprey. Le Dr Contenau a fait don de chasubles et d'ornements religieux des xviie et xviiie siècles, qu'il avait autrefois prêtées. Le legs de la baronne Salomon de Rothschild a fait entrer dans la salle Louis XVI un mobilier composé de six fauteuils et deux chaises en bois doré, signé de Georges Jacob. Il est de forme assez simple, mais caractéristique de la manière de cet ébéniste vers 1780. On sait que G. Jacob, reçu maître en 1765, a commencé par exécuter des meubles Louis XV d'une ligne souple sans mollesse, et qu'il fut plus tard un des principaux initiateurs du style qui allait devenir le style Empire; entre temps, il a fait, pour la cour et les particuliers, quelques-uns des meilleurs mobiliers de style Louis XVI. Celui de la baronne de Rothschild est recouvert en tapisserie de Beauvais; les sièges sont ornés d'attributs, les dossiers des chiffres C. D. entrelacés, sur un fond bleu qu'entourent une guirlande de fleurs et un contrefond bleu de ciel. On ignore pour qui a été exécuté ce mobilier; mais la composition et le coloris en sont très heureux. Placé contre les murs du petit salon que décorent les panneaux peints dans le style de Prieur, il s'harmonise parfaitement avec eux. Dans la même pièce, prendra place une très belle console en bois sculpté et doré, de la même époque, offerte au Musée par M. Jacques Guérin. C'est un meuble d'un dessin à la fois riche et sobre: la ceinture, ornée d'oves et de guirlandes ajourées, est supportée par des pieds sur lesquels courent des feuillages et qui se terminent à la partie inférieure par des volutes d'une courbe extrêmement gracieuse. MUSEE DE TOURS Un legs de Mlle Denouille a fait entrer au Musée, en 1922, outre le portrait de la donatrice par Léon Bonnat, et un joli pastel de femme du xviiie siècle, dont l'attribution à Perroneau ne peut cependant se défendre, une bonne série de dessins d'Ingres et de Flandrin. Ingres y est représenté par une Etude de femme nue debout — une Esquisse pour le Diplôme de l'exposition de 1867 — un Guerrier assis (Achille) à mi-jambes — une Etude d'hommes nus (joueurs de pelote ?); Hippolyte Flandrin par deux crayons, un Archange et une Charité; Paul Flandrin par deux portraits de M. et Mme Vinet. Le Musée a reçu, d'autre part, un dessin de Paul Renouard, représentant l'Arrivée du Pilote à bord d'un Transatlantique, une Etude de portrait de jeune fille peinte par Roll, un dessin de David pour son Bélisaire, une réplique du tableau de Jan Steen, la Danse du chien, enfin plusieurs portraits, œuvres d'artistes locaux, Muraton et Félix Laurent, ce dernier ancien directeur de l'Ecole des Beaux-Arts et du Musée de Tours. Ces tableaux et dessins, joints à divers achats de la ville, deux dessins de Ch. Cazin (vente Bourgarel) une aquarelle de Brascassat et un dessin de Flers, ainsi qu'aux dépôts de l'Etat qui ont accru les séries modernes du Musée, ont nécessité l'ouverture de toute une série de nouvelles salles aménagées dans le second étage de l'ancien palais archiopiscopal que le Musée occupe depuis 1911. MUSÉE DE BEAUVAIS A la suite de l'exposition qui a eu lieu cet été, pendant la saison d'art, à l'hôtel de ville, une souscription publique a permis d'acquérir toute une collection de céramiques du maître potier Delaherche, auxquelles celui-ci a joint de lui-même quelques pièces capitales représentant les différentes étapes de sa production qui, comme on le sait, a toujours eu comme centre d'activité la région du Beauvaisis, dont il est originaire. Une salle Delaherche va pouvoir être ainsi constituée au Musée de Beauvais, à la suite de celle où sont réunies les anciennes céramiques locales qui s'échelonnent du xive au xixe siècle, notamment les célèbres pièces de Savignies. Dans l'une et l'autre, la série historique des tapisserie de l'histoire de saint Pierre, exécutée en 1460 pour Guillaume de Hellande, servira de fond aux céramiques anciennes et modernes, appariées ainsi dans l'unité de ce magnifique décor. MUSEE HISTORIQUE DE STRASBOURG Le Musée Historique de Strasbourg, fondé en 1919, a acquis à la vente de la collection Engel-Gros, un important vitrail aux armes de la Ville de Strasbourg, portant la date de 1523 et l'inscription: "Insignia civitatis argentinensis". Le Musée a, en outre, acheté à la même vente, un second vitrail du xvie siècle, aux armoires de familles strasbourgeoises et, à la vente des autographes, les brevets originaux (1758-1792) du général Kellermann.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE Fernand Khnopff (1858 1921) Des documents importants sur l'œuvre et l'évolution de Fernand Khnopff nous ont été montrés à Bruxelles à la fin de 1922, par la vente de son atelier d'abord, par l'exposition de deux de ses toiles les plus caractéristiques à la Rétrospective du Cercle artistique; enfin par la vente de l'atelier de Mellery, qui fut son premier maître et exerça sur lui une action assez profonde. Ces manifestations éclairent son œuvre d'un jour plus précis, et l'on commence à distinguer plus nettement la place qu'il occupera dans cette active et nombreuse école belge, l'exemple et l'enseignement qu'il laissera aux jeunes artistes. Au Cercle artistique, Khnopff triomphait. Sa toile En écoutant du Schumann, qui date de 1883, qu'il fit donc à 25 ans, supportait sans faiblir les plus brillants voisinages; les dons les plus heureux s'y révèlent: sens subtil de la lumière, science des harmonies délicates, des couleurs chaudes et vigoureuses. A ces qualités, qui sont ici celles de la race et de l'école, d'autres, plus spéciales, s'ajoutaient: émotion contenue et profonde, notation et rendu d'un milieu, d'une heure, choix de l'essentiel pour arriver, sans surcharge, à tout dire. Il ne restait à souhaiter au peintre débutant qu'un accent peut-être un peu plus fort, un peu moins de distinction, un peu plus de spontanéité. Cette toile, malheureusement, resta presque isolée dans la carrière du peintre, avec quelques beaux portraits datant à peu près de la même époque: Portrait de Mlle G. Philippson (1885). Portrait de Mlle M. Khnopff (1887). Des forces diverses, jointes peut-être à une certaine crainte physique des réalisations, allaient peu à peu écarter Fernand Khnopff de l'observation de la Vie, la grande éducatrice, la grande source de tout art. Parmi ces influences figurent les préraphaélites anglais, et Burne Jones en particulier; Gustave Moreau, que Khnopff, jeune, connut à Paris; plus tard, Huysmans et tous ceux qui prônaient la tour d'ivoire où, croyaient-ils, se cachait la Beauté, les souvenirs très vifs aussi d'une enfance passée jusqu'à huit ans dans la ville morte de Bruges, de Bruges en 1865! Xavier Mellery enfin, dont l'art froid, voulu, appliqué, penchant vers l'abstraction n'était guère fait pour lutter contre les dangereuses tendances systématiques de son élève. L'œuvre de Khnopff, qui avait si heureusement débuté, perdit peu à peu, en se raffinant et se subtilisant, ses belles qualités de force et d'équilibre sain. La transformation peut se suivre presque d'année en année. Le tableau du Musée de Bruxelles, «Memories», qui date de 1889, tient encore à la réalité, mais il n'a plus ces chaudes couleurs, cette précision de milieu, cette vivante liaison des personnages de la toile de 1883; déjà il n'y a plus d'atmosphère. L'art de Khnopff devient purement cérébral. Il peindra des idées, des abstractions et non plus la réalité vivifiée et transformée par ses impressions personnelles, et nous aurons Offrande, Diffidence, Une aile bleue, Le Secret. Le métier restera très beau, le dessin très pur, mais la force de la couleur va de plus en plus en s'évanouissant; et l'inspiration reste fermée, rare, byzantine. L'art de Khnopff, comme la maison qu'il s'était fait construire à Bruxelles, n'a plus de fenêtres s'ouvrent toutes grandes sur le Soleil et sur l'Espace; la lumière y passe par des verres épais qui la tamisent et l'adoucissent artificiellement. Fernand Khnopff, avec toutes ses qualités, avec sa haute culture, avait, chose très rare chez les peintres belges de sa génération, un sens inné de la ligne et de l'harmonie; il paraissait né pour faire figure d'initiateur et de chef d'école. Ces belles espérances ne se sont pas réalisées. Le peintre